‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 49 sur 202 · Communiquée en original par AI. Ben-Ali-Chérif · texte numérisé non relu

Communiquée en original par AI. Ben-Ali-Chérif

LA CRISE

tenant la paix, dans le pays. J'envoie auprès de vous Si-Saïd-ben-Abid, Si-Ahmed-ou-Mehenna et le caïd Ouraba, et je prie également le bachagha de la Medjana, noire ami commun, et Si-ben-Djeddou 1 de se rencontrer avec eux à. Akbou pour opérer une réconciliation entre vous et la famille du Chikh-el-IIaddad.

« J'espère que Si-Aziz renoncera aux intrigues et qu’il marchera franchement dans une bonne voie; s’il n’en était pas ainsi, que les malheurs qui pourraient arriver plus tard retombent sur sa tête.

« Soyez sûr qu’en vous montrant grand et généreux, en pardonnant à ceux qui peuvent avoir eu des torts envers vous, votre position ne peut que grandir. Soyez également persuadé que le gouvernement, surtout celui de la République, saura toujours reconnaître le mérite des hommes tels que vous.

« Recevez, etc.

« Signé : Box valet. »

Cette lettre et cette démarche ne modifièrent pas les sentiments de Ben-Ali-Ghérif, qui cependant ne voulut pas se mettre en travers des intentions de l’autorité.

Moqrani et les caïds se rendirent le 8 à Seddouq : c'était la première fois que le bachagha de la Medjana, Saïd-ben-Abid et Ben- Djeddou rendaient visite au vieux Chikh-cl-Haddad, et tout se borna aux lieux communs qu’on échange dans une première entrevue. Mais, si la conversation fut insignifiante, l'importance de cette démarche du chef autorisé de la noblesse d’épée au grand maître des Rahmanya n’échappa à personne; et, encore bien que le bachagha n’eût pas mis à cette visite l'apparat ordinaire, l'orgueil d'Aziz fut agréablement tlatté. 11 lui fut facile, dès lors, de persuader aux Khouan que Moqrani était venu simplement rendre hommage au vieux pontife.

Le 9 janvier au soir, les caïds, ayant avec eux Aziz, étaient de retour à Akbou. L’entrevue entre le fils de Ghikh-el-Haddad et Ben- Ali-Chérif fut froide et cérémonieuse. Ni la souplesse d’Aziz ni les efforts de Moqrani ne réussirent à vaincre la réserve de Ben-Ali- Cliérif, habile à concilier les formules de la plus exquise courtoisie avec le peu de sympathie que lui inspirait Aziz. On se donna le baiser de paix, mais du bout des lèvres, et sans que personne fût dupe des protestations échangées.

On passa la journée du 10 à Akbou, et le 11 au matin chacun regagna sa tribu.

1. C'était le neveu de Ben-Ali-Ghérif, niais il était plus âgé que son oncle.

LES REVOLTES LOCALES

Dans ces deux réunions de Seddouq et d’Akbou, on causa beaucoup des affaires de la France, on exprima des regrets du passé, et on n’y fit pas précisément l'éloge de M. Crémieux, ni celui du gouvernement de M. Dubouzet. Mais on n’alla pas au delà : il ne pouvait être question ni de complot ni de révolte entre ces anciens adversaires réunis dans de pareilles conditions et plus soucieux de s’observer que de se livrer les uns aux autres. Les survivants de ces entrevues n’ont pas cessé d’affirmer, depuis vingt ans, qu’il n’y eut ni réconciliation, ni complot, ni alliance, et les faits de l'insurrection viennent à l'appui de cette affirmation

Le 1:2 janvier, Ben-Ali-Chérif écrivit au commandant supérieur de Bougie que l’entrevue avait eulieu, qu'il n’avaitjamais agi avec Aziz que dans l’intérêt de la paix et du calme, et qu’il ferait tous ses efforts pour que, à l’avenir, Aziz soit convaincu de ses bonnes intentions. Il ajoutait qu’aussitôt les pluies terminées, il enverrait son fils faire une visite à Ghikh-el-Haddad. Le 17, il écrivit au colonel Bonvalet une lettre beaucoup plus sèche, et dans laquelle il ne cachait pas le mécontentement que lui avait causé cette entrevue et le peu d’effet qu’il en attendait -.

1. On sait avec quelle âpreté l’on a attaqué, en 1871, la politique d’apaisement essayée par l’autorité militaire. En dehors des officiers des affaires indigènes, peu de personnes en Algérie apprécièrent sainement cette question ; cependant, il y en eut. C’est ainsi que le 20 mars 1873, dans le procès des chefs indigènes, M. Forcioli, depuis sénateur et député, s’exprimait en ces termes dans sa plaidoirie :

" Quant à la réconciliation des soffs, dont on a fait un crime au général Augeraud et au colonel Bonvalet, j’estime, contrairement à mon confrère, qu’elle était politique et habile, et qu’elle devait retarder, sinon empêcher l’insurrection. — Elle ne l’a ni empêchée ni retardée, me dira-t-on. Messieurs, il est facile d’émettre une opinion lorsque le fait est accompli, mais il est moins facile de prévoir sainement. Pour apprécier ce qu’il lut advenu si la réconciliation n’eùt pas eu lieu, il nous suffira de nous reporter à l’affaire de Tougourt, jugée récemment devant le conseil de guerre. Là, « la politique traditionnelle » avait bien été conservée, Ali-Bey avait été opposé à Bengana, et aucun chef militaire n’avait, tenté de les réconcilier. L’insurrection a-t-elle été évitée? Loin de là, Messieurs, à la première nouvelle de nos désastres les deux soifs rivaux fondaient l’un sur l’autre, le pays était saccagé, la garnison française massacrée, chef en tête! Ainsi, d’un côté on réconcilie les soifs, l’insurrection éclate; et, de l’autre, on entretient leur animosité, [elle n’en [éclate pas moins. Ce n’est donc pas là qu’il faut chercher la vraie cause. »

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