‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 53 sur 202 · LA RÉVOLTE DU BACHAGHA · texte numérisé non relu

LA RÉVOLTE DU BACHAGHA

(18 février- 14 mars.)

Assassinat de quatre ouvriers près les chantiers des Bibane (18 février). — Télégramme d’Aumale annonçant que Moqrani est en insurrection (21 février). — Évacuation des chantiers (25 février). — Entrevue de Bou-Djelil (25 février). — Évacuation de Msila (25 février). — Nomination du chef d’escadrons Ducheyron au commandement de la place de Bordj (25 février). — Le bachagha Moqrani envoie sa démission (27 février). — Entrevue du capitaine Duval et du bachagha (28 février). — Réponse du général Lallemand (3 mars). — Entrevue des capitaines Olivier et Duval avec le bachagha (4 mars). — Nouvelle démission du bachagha (9 mars'. — Démarches du chikh Bouakkaz-ben-Achour à Constantine. — Réponse du général administrateur (14 mars). — Conseil tenu à la Medjana par les Moqrani (14 mars). — Lettres du bachagha annonçant qu’il va nous combattre (14 mars).

Le 18 février 1871, quatre ouvriers européens étaient assassinés à quelque distance des chantiers installés aux Bibane pour la construction de la route nationale. Ils s’étaient, malgré les recommandations, écartés des travaux, et étaient allés couper du bois dans une forêt du voisinage; il fut impossible de connaître les auteurs de ces crimes. Il y avait sur ce chantier des Calabrais, des Marocains et d'autres Européens ou indigènes, dont les antécédents n’étaient guère bons. Depuis plus d’un mois, des désordres graves étaient signalés ; les ouvriers indigènes n’étaient pas payés régulièrement par l’entrepreneur, et ils avaient menacé plusieurs fois de se faire justice eux-mèmes. Les ouvriers européens se sentaient menacés et demandaient le licenciement des chantiers. On reculait devant cette mesure, qui eût été un aveu de notre impuissance à protéger nos travailleurs, et l'autorité militaire, le commissaire civil de Bordj, le bachagha, et même une partie de la presse constantinoise, étaient d'avis que la rentrée des

LES REVOLTES LOCALES

chantiers, surtout avec ces gens non payés, serait l’occasion de désordres pouvant entraîner un mouvement insurrectionnel.

Néanmoins, quand on connut ce quadruple assassinat, beaucoup de gens en firent remonter la responsabilité au bachagha. On alla même plus loin, car, le 21 février, on télégraphiait officiellement d’Aumale que le bachagha était en insurrection dans les Beni-Abbès et à Dra- Mettename. Moqrani fut très froissé de ces accusations et de ces bruits, que les Ouled-Abdesselem ne se faisaient pas faute de colporter.

Il nous continua, cependant, son concours, et, quand l'ordre arriva au commandant supérieur de « prendre ses dispositions pour assurer la sécurité des travailleurs», il l’accompagna sur les chantiers avec Boumezrag. Le capitaine Olivier recommanda aux ouvriers de se grouper entre eux, de ne point s’isoler dans la forêt, les assurant que, s’ils suivaient ces conseils, ils 11e seraient point inquiétés. Le bachagha et Boumezrag répondirent, devant eux, des fractions constituées qui les entouraient, et sur lesquelles leur influence était connue.

Deux jours après, le capitaine Olivier recevait l’ordre de faire rentrer les chantiers : c’était une question d’argent qui avait entraîné cette résolution. En vain il protesta ; 011 lui répondit de s’appuyer sur le bachagha. Celui-ci s’écria : « Mais c’est impossible, vous voulez donc provoquer une insurrection? — ■ Nous 11’avons qu’à obéir, l’ordre est formel! — - Mais, au moins, les ouvriers sont-ils payés? » Ils ne l’étaient pas; et on se contenta de dire, par télégramme, que le service des ponts et chaussées rembourserait les avances qui seraient faites. On ne disait pas qui ferait ces avances.

Le capitaine Olivier envoya le bachagha, Boumezrag et Hamou- Bourenane-el- Moqrani , procéder à cette évacuation. Le bachagha avança de ses deniers 1,500 francs pour désintéresser les ouvriers non payés, et, comme ils 11’avaient pas assez des charrettes de l’entrepreneur pour transporter leurs bagages, il leur fit donner des mulets de corvée par les tribus voisines. Quand tout fut prévu, le 25 février, il laissa à Boumezrag et à Ilamou le soin d’accompagner les ouvriers jusqu'à Bordj, et il se rendit de sa personne à Boudjelil, où il avait donné rendez-vous à Ben-Ali-Chérif.

Le marabout de Chellala avait prévenu de cette entrevue le commandant supérieur de Bougie, et il attendait Moqrani. Celui-ci était à la fois découragé et surexcité. Il fit part à son ami des difficultés au milieu desquelles il se débattait, des méfiances qu’on lui témoignait, des accusations calomnieuses dont il était l’objet, alors qu’il continuait à servir de son mieux, comme il le faisait en ce moment même

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