‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 55 sur 202 · LA REVOLTE DU BACIIAGHA · texte numérisé non relu

LA REVOLTE DU BACIIAGHA

Cependant le bachagha, de retour à la Medjana, avait écrit le 27 février au général Augeraud et au général Lallemand, encore à Constantine, pour demander, avec instance, « qu’on voulut bien accepter sa démission, et qu’on lui permit de s’éloigner d’un pays où tout le monde tenait contre lui des propos malveillants et calomnieux, où on lui avait fait l'affront de ne pas croire à sa parole et d’avoir fait évacuer des chantiers de la sécurité desquels il avait répondu, évacuation qui avait inquiété les populations et qui créait une situation dont il n’entendait pas assumer la responsabilité ». Il demandait à se retirer dans le Hodna, chez son beau-frère Saïd-ben-Boudaoud, où il rassemblerait sa famille, ses serviteurs et ses troupeaux, pour gagner la Tunisie, où il se fixerait.

En même temps qu’on avait prescrit d'évacuer les chantiers, on avait donné Tordre au capitaine Duval, chef du poste de Tazemalt, chez les Beni-Abbès, de rentrer à Bordj, et, lorsque le commandant Ducheyron arriva dans cette ville, le bruit courut que le capitaine avait été assassiné.

Il n’en était rien, et il n'avait même couru aucun danger; s’il avait tardé à se mettre en route, c’est qu'il avait voulu donner à son départ l’apparence d’un voyage ordinaire, et non celui d’une évacuation précipitée.

Le 28 février, après avoir confié la garde du bordj au spahi llamimi-ben-Ali, originaire des Beni-Mellikeuch et ennemi du bachagha, le capitaine Duval, parti le matin de Tazemalt, arrivait dans la plaine de la Medjana escorté de trois spahis.

Il était à peine en vue du bordj du bachagha que trois cavaliers se dirigeaient sur lui à fond de train et en faisant la fantasia. L’un de ces cavaliers était Lakhedar-ben-Abderrahmane-el-Moqrani ; il venait au nom de son cousin prier le capitaine Duval de vouloir bien passer a la Medjana pour une communication grave.

Bien que n’étant pas sans une certaine inquiétude, en raison des bruits qui avaient couru à Tazemalt sur l'attitude du bachagha, le capitaine accéda à cette demande et marcha, tout en causant de choses insignifiantes, avec Lakhedar, qui prit la direction de la Medjana.

Après une demi-heure de marche, il se trouvait en face du bachagha, venu au-devant de lui avec une escorte d’une trentaine de brillants cavaliers.

Le bachagha, après l'avoir salué, fit signe à son escorte de rester en arrière, et, cheminant botte à botte avec le capitaine, il lui dit : « Je suis heureux de vous voir, et je vous suis reconnaissant d’avoir

LES REVOLTES LOCALES

bien voulu quitter votre route pour venir vers moi. J’aurais été vous trouver si je l’avais pu, mais j'étais occupé, et cela m’a été impossible... Les Français me regardent aujourd’hui comme un traitre, un rebelle, et ils se trompent. Pourquoi font-ils des tranchées et des barricades autour de la ville? Je considère ces mesures comme un manque de confiance en moi, et cela me froisse cruellement. Ils ont tort d’agir ainsi, car, le jour où je le voudrai, je prendrai la ville en dépit de leurs travaux... Vous rentrez à Bordj ; eh bien, dites-leur que moi, le bachagha, je suis si peu un rebelle que je viens de rechercher et de retrouver moi-même un troupeau de lot) moutons qui avait été volé à M. Cormi, et que, une heure après votre entrée à Bordj, je l’y ferai conduire par mes cavaliers... Présentez mes salutations au capitaine Olivier. »

On se quitta, et le capitaine Duval arriva sain et sauf à Bordj, à la grande joie et à la grande surprise des officiers et des colons qui le croyaient assassiné. Seulement ses bagages, qui étaient en route et bien derrière lui, furent pillés par des malfaiteurs qui se partagèrent les quelques effets avec les muletiers.

L’Aïd-el-Kébir se passa sans incident, en dépit des prévisions pessimistes du colonel Bonvalet.

La demande de démission du bachagha était arrivée au général Lallemand, le 1er mars au soir, à Philippeville, au moment où il s'embarquait pour Alger. Arrivé dans cette ville, il télégraphia, en réponse à Moqrani :

« Je sais les ennuis que vous éprouvez. Vous et Ben-Ali-Chérif, vous paraissez désespérés. Vous exagérez beaucoup ; les choses ne sont pas aussi graves que votre imagination vous les représente. Tout s’arrangera mieux que vous ne le pensez. Je vous ai déjà dit que votre position n’était pas menacée. Nous arrivons à des temps plus calmes. La paix avec la Prusse est faite; de nombreuses troupes vont venir. Tout va bientôt rentrer dans l’ordre normal. Croyez-moi, car je suis votre ami depuis longtemps; si vous avez quelques griefs à reprocher, si vous éprouvez quelque crainte, venez me voir quand le calme sera rétabli. Nous causerons ensemble, et je ferai cesser les amertumes de votre cœur. Nous traversons des temps difficiles, mais c’est dans les difficultés qu’on reconnaît les vrais amis. Je compte toujours sur vous pour calmer l’agitation, ou du moins pour faire votre possible. Ayez vous-même confiance en moi. Je vous écris plus longuement par lettre. »

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