chapitre u
LOUENNOUGHA
(16 mars-10 avril)
Attaque du caravansérail tic l’Oued-Okhris (IG mars). — Combat aux Beni-Intacène (18 mars). — Razzia de Boumezrag sur la Nezlu du caïd des Ouled-Mcssellem. — Sortie du colonel Trumelet. — Incendie du bordj de Tala-Rana chez les Mechdalla (19 mars). — Combat d’Es-Seroudj (21 mars). — Deuxième attaque du caravansérail de l'Oued-Okhris (22 mars). — Lettre de Boumezrag (23 mars). — Évacuation du caravansérail (24 mars). — Incendie du caravansérail (26 mars). — Camp des rebelles au Djebel-Mogrenine 26 mars . — Lettres de Boumezrag au caïd Mansour et à l’agha Bouzid (31 mars). — Pillage et incendie du caravansérail d’Es-Senam (28 février) . — Attaque du caravansérail d’Es-Senam o et 6 avril). — Reconnaissance du caïd El-Isseri sur Bouira 6 avril). — Petits postes de rebelles surpris près de Bouira. — Attaque et blocus du bordj de Beni-Mansour par les Béni- Abbés et autres. — Dernière reconnaissance sur Bouira (7 avril . — • Sortie des goums et des chasseurs d’Aumale (9 avril). — Combat de l’Oucd-Zayane et razzia dans l'Uued-Dehous (10 avril .
Le 16 mars, le jour même où le bachagha commençait l'attaque et lepillagede Bordj-bou-ArrericIj, son frère, Ahmed-Boumezrag1, parti la veille avec une vingtaine de deïra-mezerguia des Hacbem, marchait sur le caravansérail de l'Oued-Okhris à la tète de deux ou trois cents fantassins des Beni-Intacène de l'Ouènnougha.
Ce caravansérail, situé à (28 kilomètres d’Aumale, sur la route de Bordj -bou-Arreridj, était occupé par dix zouaves, deux Européens et quelques indigènes, parmi lesquels le caïd des Ouled-Salem; c’était
1. La lance, qui n’est plus usitée aujourd’hui que chez les Touaregs, est restée, dans le langage, l’arme des nobles. Ahmed-Boumezrag signifie : « Ahmed, l’homme à la lance. » Le frère du bachagha n’était désigné ordinairement que par ce surnom honorifique de Boumezraç/. — Les deïra, ou cavaliers de race noble, portaient avec orgueil le même titre sous une forme un peu différente : Mezerguia signifie en effet lanciers.
LES REVOLTES LOCALES
une simple maison entourée d'un mur ayant deux petits bastions crénelés. Ses défenseurs, attaqués vers les dix heures du matin, ripostaient par un tir ajusté à la fusillade désordonnée des assaillants qui n’osaient s’approcher, quand, tout à coup, un notable des JBeni- Intacène, voulant les entraîner, s’avance en agitant un fanion. Une balle le frappe mortellement , à cinquante mètres devant la porte du bordj ; aussitôt cette porte s’entr’ouvre, et le zouave Pivert, aidé de quelques-uns de ses camarades, s’élance à la baïonnette, disperse le groupe qui entoure le moribond, enlève le fanion et le rapporte triomphant dans le caravansérail.
Cet épisode mit fin à l’attaque.
Le colonel Trumelet1, prévenu dans la soirée, lit partir aussitôt le capitaine Cartairade, chef du bureau arabe, avec deux pelotons de chasseurs et le goum des Ouled-Dris. Lorsque cette troupe arriva, à trois heures du matin, le 17, les assaillants avaient disparu, et ils ne se montrèrent ni ce jour-là ni la nuit suivante.
Le 18, le capitaine Cartairade, ayant appris par le caïd des O. Salem que lesMehada des Beni-Intacène avaient pris une part prépondérante à l’attaque du 16, se rendit dans leurs montagnes. Le pays était désert.
Vers les deux heures, après avoir incendié des méditas abandonnées, le capitaine reprenait la route du caravansérail, quand il fut attaqué par Boumezrag et Bourenane-el-Moqrani à la tète de cinquante cavaliers et d’environ huit cents fantassins. On se battit tout en marchant, pendant trois heures; le goum des Ouled-Dris se montra d’une prudence excessive, encore bien qu’il ait eu quatre de ses chevaux grièvement blessés; par contre, les chasseurs d’Afrique, commandés par le capitaine Ulrich, firent brillamment leur devoir, combattant tantôt à pied, tantôt à cheval, selon les terrains: ils eurent un sous-officier et un brigadier blessés; un des spahis accompagnant le capitaine Cartairade fut aussi blessé.
L'ennemi, ayant eu quinze hommes tués et plusieurs blessés, renonça à la lutte; quelques isolés seulement continuèrent à tirailler sur le détachement, (pii rentra à quatre heures du soir au caravansérail.
Boumezrag ne voulut pas laisser ses contingents sous le coup de cet insuccès : i l s’empressa de leur procurer une affaire plus lucrative et moins dangereuse.
Le 19, il se porta à huit kilomètres du caravansérail sur la nezla