LE K HALIFAX AHMED -EL-MOQRANI
La nouvelle de l'entrée des Français à Alger fut vile connue dans toute la Régence, et, comme l’oligarchie turque, renversée avec le dernier dey, n’avait ni racines ni sympathies dans le pays, le retour dans les tribus des contingents vaincus provoqua partout des désordres et des révolte».
Le de\ Hussein était à peine embarqué qu’en dehors de l’étroit espace occupé par nos troupes et des cantons jusqu’alors indépendants, l’anarchie menaçait l’existence même de la société indigène; mais, presque aussitôt, les personnalités politiques ou religieuses, en pays arabe, et les anciens des tribus, en pays berbères, s’entremirent pour reconstituer soit les fiefs héréditaires, soit les confédérations démocratiques ou guerrières, que le despotisme et la politique des Turcs avaient amoindris ou brisés.
En dehors de ces confédérations, établies surtout dans les massifs montagneux peu accessibles, la noblesse d’épée et l'élément maraboutique furent tout de suite en compétition d'intérêts, chacun voulant accaparer au profit de sa caste la direction des masses affolées qui cherchaient des maîtres et des protecteurs.
Dans l’ouest, l’élément maraboutique triompha; aux luttes fratricides entre musulmans il opposa la défense sacrée de l’islam, et montra le pouvoir politique comme devant revenir de droit à ceux qui se seraient le plus distingués dans la guerre sainte contre les chrétiens envahisseurs. Dès le début, les marabouts de l’ouest entrevirent ce qu’on appela plus tard Yère des cherf'a, et, préparant la voie à Abd-el-Kader-ben-Mahieddine encore ignoré, ils nous forcèrent à conquérir les armes à la main, et parfois tribu par tribu, la majeure partie du territoire à l’est du méridien d’Alger, et cela, malgré l’appoint considérable que nous donnèrent les douars et zmalas, dont l'élément maraboutique n’avait su se concilier ni l’affection ni les services.
Dans l’est et dans tout le Sahara, la noblesse d’épée garda la prééminence sur les marabouts. Là, les djouads avaient en effet plus qu’ailleurs conservé leur autorité politique, leurs privilèges et leurs influences. Par les grands fiefs, reconnus comme cheikhats héréditaires, ils détenaient en réalité tout le pays, de Médéa aux frontières tunisiennes, et la suzeraineté des bevs du Titteri et de Constantinc était bien plus nominale qu’effective.
11 y avait en outre, en 1830, à la tête du bevlik de Constantine, un homme d’une réelle valeur, entouré de conseillers intelligents qui surent tirer parti de la situation et furent servis par les circonstances. Au lieu de commettre la L'Insurrection de 1871. 2
faute, comme ses collègues du Titteri et d’Oran, de demander une investiture ou un secours aux chrétiens victorieux, ce qui heurtait le sentiment islamique et faisait le jeu des marabouts, le bey Ahmed se posa en défenseur de la foi, et il utilisa les rouages existants et ses alliances familiales avec les grands feudalaires de son beylik. Sachant bien qu’avec les musulmans toute innovation est dangereuse, il ne se proclama pas indépendant et affecta d’agir en qualité de khalifat et de successeur du dey renversé, attendant, disait-il, du sultan de Stamboul des secours et le titre de pacha. Cette attitude à la fois correcte et habile lui fut facilitée par une déclaration solennelle du chikh-el-Islam de Constantine, qui, au nom du mufti, des imans, des jurisconsultes et des notables de la ville, publia un fetoua ou consultation disant en substance que « telle était ia conduite que devait tenir le bey pour sauvegarder les intérêts de la religion et empêcher l’anarchie ».
Les circonstances étaient graves en effet; à la nouvelle de. la prise d’Alger, les janissaires de Constantine s’étaient retirés sur le Mansoura et avaient proclamé bey Mahmoud, lils de l'ancien bey Tchakeur : il était, disaient-ils, déshonorant que des Turcs obéissent à un couloughli, à un sang mêlé. Beaucoup d’habitants de Constantine s’étaient tout de suite ralliés au nouveau bey et avaient fermé les portes de la ville pour empêcher la rentrée d’Ahmed-Bev.
Celui-ci avait quitté Alger accompagné d’Ahmed-el-Moqrani et des contingents delaMedjana; en arrivant aux Bibane, il avait appris qu’un Moqrani des Ouled-Gandouz s’était mis à la tête d’un mouvement insurrectionnel dirigé contre lui par les grandes tribus des Ameur1, des Abdelnour et des Télaghma, aidés des Qbails des montagnes voisines de Sétif. A cette nouvelle, le bey s’arrêta, et, en même temps qu’il dépêchait des émissaires à ses parents, les Bengana de Biskra, pour leur demander des secours, il expédiait à Ben- Gandouz une très longue lettre se terminant par la promesse de le nommer chikh de la Medjana et par l’invitation de venir conférer avec lui. Ben-Gandouz se laissa prendre à ces belles paroles, et il arriva au camp du bey, qui le maintint prisonnier.
Cette trahison, exécutée sur le territoire de sa principauté, indisposa le vieux chikh Ben-Abdallah-el-Moqrani et son fidèle lieutenant Abdesselem, qui déjà voyait d’un mauvais œil la faveur croissante de son rival Ahmed-el-Moqrani; néanmoins ils laissèrent le bey traverser tranquillement la Medjana.
Celui-ei arriva sans encombre au delà de Sétif; l’arrestation de Ben-Gandouz avait fait avorter le plan des rebelles, qui n’osèrent d’abord attaquer lu bey. Mais Ben-Gandouz-el-Moqrani avait sa fille mariée au caïd des Ameur, Salah-ben -lllès, et, quand celle-ci connut l’aventure de son père et l’inertie des Ameur, elle se mit à parcourir à cheval les campements de son mari, et, le
1. Le caïdat des Ameur, sous les Turcs, était composé des tribus avec lesquelles, en 1849, nous avons formé les trois caïdats des Ameur-Guebala, Ameur- Dalira et Ouled-Nabet, lesquels, -en 1867, 1868 et 1870, furent répartis en seize douars communes, devenus autant de sections communales dans l’organisation actuelle.
Les Ameur, sous les Turcs, disposaient de mille cavaliers; ils avaient pour caïd, sous le bey Ahmed, Salah-ben-Illès, qui descendait d’un des janissaires, échappé de Zemora en 16.79. Son père et son grand-père avaient été caïds dans le Hodna. Nous retrouverons les Ouled-IUès en 1871.
INTRODUCTION
visage découvert, les cheveux épars, elle appelait les guerriers à la délivrance de son père. Cet acte insolite, l’éclatante beauté et l’exaltation de la jeune et noble dame, firent un tel effet que, le surlendemain, au point du jour, le camp du bey, installé à Dra-el-Toubal, chez les Ouled-Abdelnour, était cerné par plusieurs milliers de cavaliers. Le bey Ahmed leur envoya des agents sûrs et discrets qui engagèrent les rebelles à parlementer; il reçut des députés qu'il gagna à prix d'argent, et l’attaque fut remise au lendemain.
Dans la nuit, Ben-Gandouz était étranglé et enterré en un endroit du camp bien en évidence; puis le bey, laissant ses feux allumés, décampa et arriva au point du jour à Kef-Tarzout. Quand les goums rebelles, mystifiés et furieux, le rejoignirent, il leur tint tête bravement et fut secouru en temps utile par les nomades des Bcngana.
Après quoi, à la tête des Sahariens victorieux r, il arriva sous les murs de Constantine. Abandonné alors par ses janissaires, qui allèrent rejoindre leurs camarades révoltés, le bey campa sur les bords du Roummel, près de l’aqueduc romain.
Ce fut là que la diplomatie des Bengana, admirablement servie par l’intelligente mère du bey, El-hadja-Rekia, réussit à obtenir le fetoua dont il a été parlé plus haut, ce qui ouvrit les portes de la ville à Ahmed.
Le premier soin du bey, rentré dans son palais, fut de se débarrasser de sa milice turque et du prétendant Mahmoud-ben-Tchakeur, ce à quoi il réussit par la ruse et par de nombreuses exécutions; après quoi il songea à rompre la ligue des seigneurs arabes.
Mais tous ces crimes, l’assassinat de Ben-Gandouz, l'affaire de Kef-Tarzout, et un nouveau guet-apens dans lequel Mohammed-ben-cl-hadj-Bengana , opérant pour le compte du bey, avait attiré les Abdelnour et les Telaghma à Aïn-Soltane, avaient eu pour effet de resserrer l’union de tous les anciens ennemis du bey.
Cette fois, le vieux chikh de la Medjana, Ben-Abdallah, ou plus exactement son khalifat, Abdesselem-el-Moqrani, était à la tête de la ligue avec les Amcur ou les Ouled-Illès, les Abdelnour, les Telaghma, les Righa-Dahra de Si-Mohammed-sghir-ben-chikh-Saad, les Ouled-Mosly, les Ouled-Madi du solï Ouled- Bouras, etc.
Quant à Ahmed-ben-Mohammed-el-Moqrani, il resta fidèle au bey, et, appuyé par les Ouled-Madi de l’oued Chellal (soif des Bouaziz), par quelques fractions de l’Ouennougha, par les Righa-Guebala de chikh Messaoud, il vint grossir les contingents des Bengana et d’Ali-ben-Aïssa.
Mais bientôt le parti hostile au bey de Constantine reçut des renforts inespérés : l'ancien bey Ibrahim-el-Gueritli, destitué par Hussein, arriva un beau jour chez Salah-ben-lllès, précédé de lettres apocryphes annonçant que les Français, débarqués à Bône, l’avaient nommé bey de Constantine. Ibrahim était le gendre de Ferhat-ben-Saïd-Bouokkaz , le chikh-el-Àrab effectif du Sahara1 2: celui-ci arriva avec les Arab-Cheraga (Ahl-ben-Ali, Ghamra, Cherfa), les Ouled-Sahnoun, etc.
1. Les Sahariet lesBouazid, Selmia, Ilahmane, ou Arab-Gheraba, qui sont restes du soft’ des Bengaina.
2. Mohamed-ben-el-hadj-Bengana était titulaire nominal de cette charge, mais il n’avait aucune autorité au sud d’El-Oulaïa.
INTRODUCTION
Le quartier général des rebelles fut d’abord à Aïn-Kareb, chez les Ouled- Abdelnour, puis il se transporta, à l’automne de 1830, à Biar-Djedid, près Mechira.
Le bey Ahmed marcha contre eux; en une nuit, son argent et la diplomatie de Mohammed-ben el-hadj-Bengana réussirent à semer la division entre les divers chefs et à en acheter quelques-uns, entre autres Sahli-ben-Boubeghla, qui, le lendemain, fit volte-face avec les Ouled-Sahnoun au début du combat. Cette trahison entraîna la déroute générale des ennemis du bey.
Après cette affaire, dans laquelle il reçut en pleine figure un coup de feu qui lui brisa quatre dents, Ahfncd-el-Moqrani rentra dans les environs de la Medjana, et, pendant que le bey allait guerroyer .dans le Sahara de Biskra, il reprit, pour son compte personnel, la lutte contre Abdesselem-el-ben-Illès, qu’il réussit à rejeter momentanément vers le sud.
C’est alors qu’en février 1831 Abdesselem-el-Moqrani , Salah-ben-lllès et Ferhat-ben-Saïd-ben-Bouokkaz envoyèrent au général Berthezènc, à Alger, des lettres dans lesquelles ils offraient leur concours et leur soumission à la France, à condition qu’on les aidât à débarrasser le pays du bey Ahmed. .
A cette époque, nous n’étions pas à même d'apprécier la valeur de ces propositions, et encore moins en état* de les accepter; l’affaire en resta là, pour être reprise l’année suivante, en janvier et mars 1832, avec une nouvelle insistance, par Ferhat-ben-Saïd-ben-Bouokkaz. Quoi qu'il en soft, comme point de départ de nos relations avec les grands chefs de la province de Constantine, cette triple démarche de février 1831 est à retenir.
Déçus à cette époque de leurs espérances de soutien par la France, Abdesselem-el-Moqrani et ses alliés s’adressèrent au bey de Tunis. Le bey de Constantine intercepta la lettre d’Abdesselcm, et, quelques années plus tard, s’étant emparé de lui par surprise, il l’emprisonna à Constantine. Cette fois encore Abdesselem ne dut la vie qu’aux instances de sa fille, Aïchouch, femme du bey.
Profitant de la captivité de son cousin, Ahmed-el-Moqrani, investi par le bey du cheikhatde la Medjana, prit le commandement des llachem et la direction du pays, en remplacement du vieil Ben-Abdallah, qui venait de mourir.
En 1836 et 1837, lors des deux expéditions de Constantine, Abdesselem resta détenu à la Kasba, et Ahmed-el-Moqrani combattit contre nous; ses contingents curent de nombreux blessés, notamment dans la retraite que couvrit, en 1836, le général Changarnier.
A la prise de Constantine, Abdesselem put s’échapper à la faveur du désordre qui suivit notre entrée en ville ; profitant à son tour de l’absence et de l’éloignement de son cousin, resté avec le bey Ahmed, il se hâta de rallier à lui les contingents de la Medjana et de prendre possession du fief héréditaire.
Ahmed-el-Moqrani suivit quelque temps le bey vaincu et fugitif; il lui offrit de le conduire à la Qalaa des Beni-Abbès ou dans le Djebel-Maadid ; mais le bey préféra se confier aux lîengana, et chercher un refuge dans le Djebel- Aorès. Un peu froissé de cette préférence et n’ayant rien à faire de ce côté, Ahmed-el-Moqrani reprit le chemin de la Medjana avec ses quelques cavaliers.
Il était trop tard, la place était occupée, et Abdesselem en force lui interdit l’entrée du pays; il alla alors chez les Ouled-Madi de l’oued Chellal,puis finit par gagner la Qalaa des Beni-Abbès, restés fidèles au soft' des Ouled-el-Hadj.
En décembre 1837, l’émir Abd-el-Kader, que le traité de la Tafna avait sacré,
INTRODUCTION
aux yeux de tous les indigènes, souverain légitime des musulmans d’Algérie, vint dans l’Ouennougha organiser son nouveau royaume et faire reconnaître ses prétentions sur les pays environnants.
Ahmed-el-Moqrani et Abdesselem allèrent à lui, se déclarant prêts à accepter sa suzeraineté si les conditions étaient à leur convenance. Abdesselem-el-Moqrani était alors bien plus en situation d’être utile que Ahmed : ce fut donc lui que Abd-cl-Kader agréa et investit en qualité de khalifat de la Medjana. Les Ouled-Gandouz reçurent aussi des caïdats dans le Hodna.
Ahmed-el-Moqrani, ne voulant à aucun prix accepter l'autorité de son cousin, essaya de le renverser, mais il ne put lutter avec succès, car Abdesselem était soutenu par les Hachem, les Ouled-Madi de Msila, et aussi par l’élément maraboutique, que ses intérêts ralliaient à l’émir et chérif Abd-el-Kader-bcn- Mahieddine. Bientôt, aux Bcni-Abbès même, la position ne fut plus tenable; les gens des villages de Tazaert, Azrou, et une partie de ceux d’Ighil-Ali et de Chouarikh, iui étaient hostiles, et, pour ne pas être bloqué à Qalaa, il dut se réfugier chez les Beni-Yadel d’El-Maïn.
Un jour, dans une sortie contre son cousin, Ahmed-el-Moqrani fut fait prisonnier; Abdesselem se contenta de l’exiler dans le Hodna et de lui faire jurer de ne pas rentrer dans la Medjana.
Un pareil serment ne pouvait avoir une longue durée; Ahmed-el-Moqrani, à bout de ressources, songea alors à reprendre pour son compte l’alliance française que son cousin avait vainement sollicitée huit ans auparavant. Il se rendit dans ce but chez le chikli héréditaire du Ferdjioua, Bouakkaz-ben-Achour, qui avait été comme lui un ami du dernier bey, et qui depuis s’était rallié aux Français.
Le chikli Bouakkaz affermit Ahmed-el-Moqrani dans ses intentions de soumission, et celui-ci, après s’être mis en relation avec Ali-ben-Baahmed, caïd el Aouassi1, se présenta vers la tin de juillet 1838 au général Galbois, qui commandait à Constantine.
Quand il arriva, nous venions de recevoir les offres de service de Benhenniben-lllès2, qui profitant de notre inexpérience du pays, s’était fait donner le titre de chikh de la Medjana, fonctions que d’ailleurs il n’exerça jamais.
Tout ce qu’on put faire pour Ahmed-el-Moqrani fut de le nommer caïd des Ameur; deux mois après, en septembre, Benhenni-ben-Ulès ayant été tué dans une expédition contre les Bigha-Guebala, Ahmed-el-Moqrani eut le titre qu’il désirait, ou plutôt celui de khalifat, qui fut inauguré officiellement le 30 septembre, et conféré à nos principaux alliés ou lieutenants indigènes venus spontanément à nous.
11 est important de dire ici un mot de cet arrêté du 30 septembre, aujourd'hui oublié, parce qu’il fut, à cette époque, un acte politique d’une haute
1. Le caïd el Aoua'ssi, ou caïd des Haracta, était, sous les Turcs, un des membres de la famille du bey ; il avait sous ses ordres la confédération des Haracta composée de quatre tribus makhzène : Ouled-Saïd, Ouled-Siouan, Ouled-Khanfar, Eumara, et de trente-deux petites tribus vassales, Sellaoua-Kherareb, etc. C’était tout le pays entre Bordj-Sigus et Halloufa : tout ce qui fut plus tard le cercle d’Aïn-Beida, divisé en six caïdats. — Ali-ben-Baahmed était un eouloughli investi par nous; il fut toujours un de nos plus fidèles serviteurs.
2. C’était le frère de Salah-ben-lllès, qui venait d’être tué accidentellement en intervenant dans une rixe des Ameur.
portée et le point de départ de nos relations avec les grandes familles de la province de Constantine. Il contenait une sorte de contrat synallagmatique entre la France et ses khalifals, et les clauses de ce contrat expliquent la résistance que plusieurs d’entre eux ont apportée plus tard à des mesures qui leur parurent restrictives des hautes fonctions dont nous les avions revêtus, en échange de leur concours volontaire et spontané.
Tout d'abord, il convient de remarquer que les fonctions de khalifat ne devaient être conférées que pour « le gouvernement des territoires dont la France ne se réservait pas l’administration directe1 ». Aussi les khalifats relevaient directement du général commandant la province2 3, dont ils étaient « les lieutenants 3 ». Aux temps de la conquête, alors que tout était militaire en Algérie, cela les assimilait implicitement à des généraux de brigade. Ces hauts fonctionnaires avaient droit, « dans l’ctendue de leur commandement, aux honneurs attribués au khalifat sous le gouvernement du bev 4 * ».
Ils nommaient les cheiks des tribus soumises à leur autorité et présentaient leurs candidats pour les emplois de caïd, qui restaient à la nomination du commandant de la province b
Ils percevaient les divers impôts pour le compte de l’État et « gardaient le tiers du hokor comme traitement 6 7 et frais de représentation ». Ils devaient: « gouverner les musulmans suivant les lois du prophète 7 », et, enfin, ils avaient une garde particulière d’un escadron de spahis irréguliers, en partie soldés sur le budget de la France8 9.
Cinq indigènes seulement eurent cette haute situation dans la province de Constantine b
Aujourd’hui, il peut nous paraître bien étrange que la France ait consacré et régularisé de pareilles situations à des indigènes. Mais, au lendemain de la prise de Constantine, alors que l’ex-bev Ahmed tenait encore la campagne, alors que dans l’ouest nous avions à lutter contre l’émir Abd-el-Ivader, alors que dans la métropole l’absurde idée de l’occupation restreinte avait tant de partisans et faisait refuser à nos généraux les moyens d’action necessaires, notre