‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 7 sur 202 · Article · texte numérisé non relu

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8. Article 7, complété par l’arrêté du 5 juillet 1840 B. O., qui créait des escadrons de spahis de khalifat. Chaque escadron avait cent cavaliers et quatre sous-lieutenants indigènes. Ils s’équipaient et se montaient à leurs frais, et n’avaient pour distinctive « qu’une flamme bleue sur la tête», dit l’arrêté; en réalité, leur uniforme fut le bernous bleu.

9. Ali-ben-Aissa, ancien lieutenant du bey, khalifat du Sahel.

Ali-ben-Hamlaoui, khalifat du Ferdjioua, et remplacé, dès 1840, par Bouak-

kaz-ben-Achour, dont il était l’homme de paille, et qui avait préféré d’abord ne pas exercer de fonctions officielles.

INTRODUCTION

intérêt nous imposait ces procédés pratiques et peu dispendieux. Ce qu’il nous l'allait alors, ce n’était ni des administrateurs ni des fonctionnaires, c’était des alliés puissants et influents, des gens dont le nom, les antécédents, la situation familiale, nous fissent accepter par les populations, travaillées par l’émir au nom de l’islam.

A ces alliés inespérés, qui venaient nous offrir des pays que nous ne connaissions pas, et dans lesquels on ne nous avait jamais vus, il eût été puéril de demander autre chose qu’un concours politique et guerrier. C’est ce qu’on lit; et, dès que notre autorité se fut affermie, il ne fut plus créé de klialifat, alors même que d’autres grands personnages vinrent se ranger spontanément sous notre autorité, avec les populations dont leurs familles avaient eu jusqu’alors le gouvernement effectif.

Ceux-là, dans la province de Constantine, furent de simples caïds; c’est ce qui arriva aux anciens chikhs héréditaires de l’Aorès, du Bellezma, de Qsarettir, du Zouagha, duDir et des Guerfa U Leurs caïdats au début furent immenses, mais ils entrèrent, dès le premier jour, à notre service comme fonctionnaires, et non comme alliés.

Les deux plus grands commandements de klialifat furent, en 1838, celui du chikh-el-Arab, à qui on donna tout le Sahara (y compris le Djerid, qui est et a toujours été tunisien), et celui de la Medjana, qui comprenait « tout le territoire s’étendant entre le khalifalik du Ferdjioua à l’est, l’arrondissement du chikh-el- Arab au sud, et la province du Tittery à l’ouest »; parmi les « principales tribus» explicitement désignées dans l’arrêté de nomination se trouvaient celles du Hamza, celle de Bouçada et celle du llodna.

Le double de cet arrêté, qui est du 24 octobre, fut, à cette même date, remis en grande cérémonie à Ahmed-el-Moqrani par le maréchal Valée, dans le palais de Constantine.

Le procès-verbal de cette remise et de la prestation de serment du klialifat fut signé par dix-sept personnes.

Moins de deux mois après son investiture, le klialifat Moqrani se faisait fort de faire passer à travers les Bibane deux colonnes françaises qui seraient parties d’Alger et de Constantine, opération que le gouvernement voulait faire pour affirmer ses droits sur un pays que l’émir s’attribuait, en vertu d’une

Ahmed-el-Moqrani, klialifat de la Medjana.

Ferhat-ben-Saïd, et, à partir du 19 janvier 1810, Bouazid-Bengana, chikh-el- Arab. (Un paragraphe de l’arrêté disait que le chikh-el-Arab avait rang de khalifat.)

Ali-ben-Baahmed, caïd elAouassi, nommé klialifat un peu plus tard.

Le caïd des Hanencha (ancien chikh héréditaire) et celui des Amour avaient, .d’après l’arrêté, la même situation que les khalifats, sauf l’escadron de spahis.

1. Sous les Turcs, le beylik de Constantine se composait de : onze grands fiefs héréditaires reconnus, dont les chefs portaient le simple titre de chikh, et étaient de grands vassaux avec lesquels on comptait.

Vingt caïdats de tribu ; quatre caïdats de ville ; dix-huit tribus, apanages du hey ; et enfin vingt-trois tribus reconnues indépendantes, c’est-à-dire ne rele vant nominalement d’aucun chef investi par les Turcs ou reconnaissant leur suzeraineté.

Un certain nombre de petits fiefs maraboutiques, indépendants en fait, et en bonne relation avec les Turcs, qui les déclaraient exempts d’impôts.

INTRODUCTION

interprétation discutable des stipulations si étrangement libellées du traité de la Tafna.

La colonne de Constantine, commandée par le général Galbois, se mit en route parDjemila et arriva à Sétif, sans coup férir, le 15 décembre 1838; mais, celle d’Alger ayant été immobilisée par les pluies, l’expédition fut remise à l'année suivante.

Le khalifat profita de ce retard pour consolider ou étendre ses alliances; et les circonstances favorisèrent ses démarches. En effet, au commencement de 1839, et. à la suite d’un échec infligé à Abdesselem, près le Djebel-Youcef, par le chikh de Qsareltir, chikh Messaoud, chef indépendant des Righa-Quebala, l’émir Abd-el-Ivader avait rappelé son khalifat à Médéa, et l’avait remplacé par Ahmed-ben-Omar, le propre khodja d’Abdesselem-el-Moqrani. C’était la mise en pratique, par l’émir, de la substitution de l’élément maraboutique 1 à la noblesse d’épée dans la direction des affaires. Pour quelle raison Abdesselem-el- Moqrani accepta-t-il l’humiliation d’avoir à s’incliner devant son secrétaire, on ne le sait pas au juste, mais il est permis de penser que ce fut la haine qu’il portait à son cousin qui lui fit dévorer cet affront, dont son orgueil de djouad dut cruellement souffrir.

Au mois de mai 1839, le général Galbois revint à Sétif, où le khalifat Ahmed-» el-Moqrani vint au-devant de la colonne avec un goum de brillants cavaliers des Hachem, Righa-Quebala, Ameur et Eulma;le chikh Messaoud, de Qsareltir, l’accompagnait et venait, à son incitation, se mettre, avec les Righa de son soff, à la disposition du général et au service de la France.

Abdesselem s’était retiré devant nos troupes et avait pris position à Sidi- Embareck.

Le 25 mai, au soir, le colonel Lanneau,avec trois cents chasseurs et le goum du khalifat Moqrani, fort de mille cavaliers, se portait dans cette direction.

Le 26, au point du jour, Abdesselem prenait la fuite, et notre cavalerie, se lançant à sa poursuite jusqu’au delà deZemora, lui enleva tous ses mulets et une partie de ses troupeaux. Cette belle razzia était le premier fait de guerre exécuté à une de nos colonnes par le khalifat Moqrani; elle eut un grand retentissement chez les indigènes.. C’était du reste un acte de vigueur remarquable, car, en vingt-neuf heures, nos chasseurs et nos goumiers avaient parcouru, presque sans repos, plus de 100 kilomètres (aller et retour)2.

De nombreuses soumissions en furent la conséquence immédiate, et quand, au mois d'octobre suivant, le maréchal Valée et le duc d’Orléans arrivèrent à Sétif, ce fut au milieu d’une véritable ovation des tribus du voisinage.

Le 25 octobre 1839, le maréchal et le prince s’étaient arrêtés à Aïn-Turc, quand, dans la nuit, le khalifat Moqrani vint annoncer que la route était libre.

Le 26, on campait à Bordj-Medjana, dont on prit possession en plaçant cinquante tirailleurs dans les ruines de l’ancien fortin turc.

Le 28, toujours sans coup férir, la division d’Orléans traversait les Bibane,

t. Ahmed-ben-Omar était originaire de la famille chérifienne des Ouled-Sidi- Àïssa à Aumale.

2. Le duc. d’Orléans, dans son livre des Campagnes d'Afrique, page 402, a fait un récit très coloré de « cette charge fantastique, qui ne paraîtrait pas croyable si elle n’avait pas eu autant de témoins ».

INTRODUCTION

que les Turcs avaient nommé les Portes de Fer, et arrivait à Alger le 2 novembre.

Au point de vue de notre action .politique en Algérie, cette marche militaire avait une grande portée; la présence à la tête des troupes d’un prince cher à l’armée d’Afrique fit qu’on donna à ce fait un énorme retentissement, et notre khalifat de laMedjana fut l’objet d’une considération toute spéciale. En réalité, s’il avait été actif et habile, il avait travaillé surtout en vue de la restauration de son fief héréditaire, et il avait été très heureux de faire voiraux populations ces brillants et nombreux soldats appuyant ses droits et son autorité sur le pays. On ne sut pas non plus, et surtout on ne raconta pas à cette époque, qu’en diplomate prudent, Ahmed-ben-el-hadj-el-Moqrani avait, de ses propres deniers, payé à ses vassaux, comme venant de nous, le fameux tribut que les colonnes turques avaient toujours soldé aux riverains des Bibane.

Le 31 octobre, trois jours après le passage du duc d’Orléans aux Bibane, deux cavaliers, envoyés par Ben-Abdesselem-el-Moqrani, arrivaient àTagdemt l, ayant franchi avec des relais 400 kilomètres en trente-six heures, et ils rendaient compte à l’émir de cette expédition et de l’attitude des populations traversées.

Le 3 novembre 1839, Abd-el-Isader était à Médéa et nous déclarait la guerre. Pour faire tomber les oppositions de la féodalité indigène disposée à se rallier à nous, pour vaincre l’inertie des démocraties berbères désireuses de s’isoler de la lutte, le 20 novembre, le jour de l’Aïd-el-Kebir, l’émir, parlant avec le double prestige de chérif fils du prophète, et de moqaddem des Qadria, proclamait le Djehad : la guerre sainte, qui est d’obligation étroite pour tous les musulmans dès qu’elle est proclamée.

Aussitôt la Mitidja était envahie; et partout les lieutenants ou les émissaires de l’émir semaient la trahison et la désaffection autour de nos meilleurs agents. En quelques jours le bénéfice de l’expédition des Portes de Fer était perdu.

Entouré de contingents trop nombreux, notre khalifat avait dû quitter la Medjana et regagner la Qalaa de Beni-Abbès, et, autour de Sétif, notre rayon d’action diminuait rapidement.

Pour faire face à cette prise d’armes générale, nous n’avions ni effectifs sut- * fisants, ni chef à hauteur des difficultés. Le maréchal Valée avait toutes les qualités qui commandent l’estime et le respect, mais ce n’était ni un homme de guerre ni un homme de gouvernement.

Il connaissait, pour les avoir traversées, ces vastes plaines au sud et à l’ouest de Sétif; il avait vu à l’œuvre nos cavaliers et nos goumiers, et, au lieu de faire razzer tout ce qui en pays plat appartenait aux partisans de l’émir, il prescrivait, pour protéger Sétif et appuyer l’action de notre khalifat, la création d’un petit camp retranché à Aïn-Turc. Le point ne commandait ni ne défendait quoi que ce soit, et, de plus, il était situé à quelques milliers de mètres seulement de montagnes habitées par des populations kabyles très denses, restées indépendantes sous les Turcs, et avec lesquelles nous n’avions pour le moment rien à faire.

Il y eut sur ce point, contre Abdesselem-el-Moqrani et ses contingents, une série

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