‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 62 sur 202 · Voir l’Introduction, pages 28 et · texte numérisé non relu

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LES REVOLTES LOCALES

Le chef de la famille seigneuriale des Ü. Moktar-Cheraga, qui alors était Si-Ali-ben-Abderrahmane ', remettait en effet à son commandant supérieur, le jour même où il la recevait, la lettre suivante :

« A Si Ali-ben-Abderrahmane, caïd des Ouled-Moktar-Cueraga,

« (Après de très longs compliments.) Nous vous informons que nous avons entrepris le djehad : nous prions Dieu qu’il nous aide dans nos projets! Ami, voici pour vous le moment; ne laissez pas échapper cette occasion ; c’est maintenant que doivent se montrer les braves, c’est pour la cause de Dieu et de son prophète. Tous nos amis et tous les gens de notre soff ne doivent former qu’un seul faisceau. Notre vie, jusqu' ici, a été gaspillée sans utilité. Venez, vous verrez avec quel empressement les gens se précipitent dans la voie de la religion de Dieu et de son prophète; votre esprit en sera vivement frappé. Nous prions Dieu qu’il vous accorde l'entrée de son Tabernacle.

<c Dans le cas où le bachagha du Tittery s’insurgerait, nous vous prions de vous considérer comme l’un de ses fds; par ce moyen vous aurez un puissant aide.

« Salut de la part de Mohammed-ben-el-hadj-el-Moqrani.

« 26 dou-el-hidja -1287. — (17 mars 1871). »

Le conseil qui terminait cette lettre était d’un homme sensé et habile. Ali-ben-Abderrahmane n’avait alors que quarante-cinq ans, le bachagha Ben-Yahia en avait soixante-six1 2; et si le premier, par la noblesse de sa famille, était le seigneur vénéré du pays, le second était ''homme supérieur qui s'impose à tous dans un moment de crise.

Le n'était cependant qu’un soldat parvenu, de mince extraction, ayant une jambe de bois, et d’une tournure assez vulgaire, tandis que Al lr : Abderrahmane était le type du gentilhomme et du brillant cavahei Tous deux étaient d’une bravoure proverbiale, mais le bac lu. jha b n-Yabia l’emportait sur tous par son intelligence, par la finesse et 1 1 ndeté de ses conceptions politiques ou militaires. Avec

1. J ! était caïd des <• ïds des Ouled-Moktar, depuis le 9 février 1865. — 11 avait déjà, vient .“'•mplc caïd empêché, en 1864, les tribus de Médéa de faire cause commune avec Brahim-ben-Abdallah-ben-Bouaziz.

2. Ben-Yahi..-ben-Aïssa était né vers 1805, d’une humble famille de fellah. 11 avait débute en 1830 à Sidi-Ferruch et Saouéli comme simple cavalier. Plus tard, il fut mokrazni de l’agha du Tittery, Bou-Chareb, et c’est sous les ordres de ce chef indigène, à Miliana, qu’il fut blessé, en combattant contre nous, d’une

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lui rien n'était impossil)le. D’ailleurs simple, affable, familier, « bon enfant », prodigue, il était plus populaire qu’Ali-ben-Abderrahmane, dont la réserve, la fierté et les procédés autoritaires inspiraient plus de respect peut-être, mais moins de sympathie.

Moqrani avait aussi écrit le même jour à Ben-Yahia, et il avait donné à sa lettre une tournure en rapport avec le caractère et les aptitudes du destinataire, qui s'empressa de la remettre au bureau arabe. Elle était ainsi conçue :

« A Ben-Yatiia-ben-Aïssa, bachagha du Tittery,

« (Après de nombreux compliments.) Sachez que nous avons ouvert les portes du djeliad; nous attaquons aujourd’hui Bordj-bou- Arreridj avec près de 4,000 cavaliers. Si Dieu le veut, nous nous emparerons, dans la journée, d'une partie de la ville; le reste tombera cette nuit entre nos mains. Le fort seul résistera probablement, à cause de ses murs; mais, en le bloquant, nous espérons nous en rendre maîtres dans une huitaine de jours. Dans le cas où la colonne de Sétif sortirait, nous laisserions le fort de Bou-Arreridj pour aller à sa rencontre. Dieu seul donne la victoire.

« Il y a ici un enthousiasme général pour le djeliad, et, si les musulmans se soulevaient de tous les côtés, je vous jure par Dieu qu'ils n'auraient plus besoin de s’insurger une autre fois.

balle, qui nécessita l’amputation de la jambe. 11 n’en resta pas moins un cavalier surprenant, connue habileté et vigueur : à soixante-quatorze ans, il faisait encore la fantasia comme un jeune homme.

En 1842, il lit sa soumission ; son intelligence et son activité frappèrent tous ses chefs. Le 14 mai 1842, il se distingua lors de la prise de la zmala à Taguine, fut nommé caïd au mois de juillet de la même année, et enfin bachagha du Tittery, le 29 novembre 1841, en récompense de la part qu’il avait prise à la sou mission des Üuled-Nayl.

11 serait trop long de raconter ses brillants services : ce serait toute uae biographie à faire; rappelons seulement ce qu’il lit en 1848, lors de 1 ■xpé'Viun dirigée sur Bouçada par le colonel Daumas, pendant le siège de Zaab ha quand le choléra vint décimer nos troupes et les immobiliser par suit de l'encombrement des malades; ses cavaliers allèrent à 2U lieues du croup couper des branchages, qu’il lit transformer en brancard pour enlever 1 s cholériques: en. même temps il organisait un service de ravitaillement en au potable;' puis, par ses habiles négociations, il empêchait toute résistance sur la roule et à Bouçada, qui ouvrit ses portes sans coup férir.

Le bachagha Ben-Yahia-ben-Aïssa a toujours été pauvre, car il a passé sa vie à être exploité parles juifs et les parasites; il est décédé b •> novembre 1886, à l’àge de quatre-vingt-un ans environ.

11 avait toujours été du soif des Cheraga, c’est-à-dire de celui de Si-Ali-ben- Abderahmane, et avait été fort ami avec le khalifat àloqrani.

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ISS

« Aussi, si vous avez en vue l'amour de Dieu et de son prophète, ne manquez pas l’occasion présente.

« Que de travail et que d'efforts nous avons prodigués en dehors de la cause de Dieu! Et tout cela pour aboutir à des froissements et à des humiliations !

« Mais l’Islam est toujours debout !

:< Dans le cas où vous accepteriez nos propositions, nous croyons inutile de vous conseiller de vous presser : vous savez mieux que moi que, dans les opérations de guerre, il ne faut pas perdre de temps. Dieu seul guide dans la bonne voie. Et le salut de Mohammed-ben-elhadj - Ah med-el-Moq ran i .

« 26 dou-el-hidja 1287. — (17 mars 1871). »

Le beau-frère et cousin de Moqrani, Saïd-ben-Boudaoud, caïd du Hodna, écrivit aussi de son côté plusieurs lettres qui nous furent remises par les intéressés.

La première en date, de celles (pie nous avons eues, est du 21 mars; elle fut remise au commandant supérieur de Djelfa par le bachaglia des Ouled-Nayl. La voici in extenso :

« Au Sid Belgacem-ben-Laureucu, bacuagua des Ouled-Nayl,

a Djelfa,

« (Après les compliments.) Je vous dirai ce qui suit : Notre frère Mohammed, le bachaglia, a réuni les contingents du Tell, depuis Sétif jusqu’à Alger, et avec eux tous il a marché sur Bord-bou-Arreridj, qu’il a pillé et dont il s’est emparé. De là, il se dirigea avec ses contingents et sa zmala sur Sétif.

« Aujourd'hui, les gens du Hodna, ceux des O. Madi, les Ouled- Deradj, se porteront tous vers Bouçada, pour y faire la guerre sainte. Je vous informe de tout cela pour que vous puissiez nous venir en aide dans tout ce que je viens de vous dire. D'ici peu de temps, tous les nôtres se rendront à Bouçada, sous les murs du fort, où nous ferons le djehad. Écrit par ordre de Saïd-ben-Boudaoud, caïd du Hodna. »

Cette lettre met bien en relief la nullité de son auteur, qui, bien que dévoué corps et âme au bachaglia, ne fut jamais pour lui qu’un auxiliaire encombrant, incapable et paresseux.

C’est ainsi qu'en ce moment môme il perdait dix jours pleins pour

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expédier les lettres si urgentes de son beau-frère au bachagha du Tittery et au caïd des Ouled-Moktar.

Ayant, depuis longtemps, avec ce dernier des rapports plus suivis et plus intimes que n'en avait Moqrani, il avait cru devoir lui écrire personnellement. Il lui donnait des renseignements dont l'exagération et la fausseté évidentes devaient éveiller la défiance du destinataire. Voici, en effet, en quels termes iJ annonçait, le 27 mars, l’envoi des lettres écrites le 17 par son beau-frère :

« Au CAÏD DES CAÏDS AlI-BeN-AbDERRAHMANE ,

« (Compliments.) Nous vous informons que les cercles de Bou-Arreridi et de Sétif sont en insurrection avec le sofT du bachagha. Bou- Arreridj est pris, le bachagha fait surveiller Sétif. Je vous envoie de sa part une lettre pour vous, ainsi qu’une autre pour le bachagha Ben-Yahia; prière de la lui faire parvenir immédiatement.

« Donnez-nous des renseignements sur le fils de Si-Hamza; le bruit court qu’il est arrivé à Géry ville ; faites-nous savoir s’il est en force ou non. Renseignez-nous sur les cercles de Médéaet de Boghar; est-il vrai que Si-el-Ilaouas 1 soit détenu par les Français? Ne nous cachez rien et rendez-nous réponse par le porteur. Salut de la part de votre ami Saïd-ben-Boudaoud, qui est insurgé.

« P. S. — Si-Ahmed-Boumezrag a livré combat à la colonne d'Aumale, il lui a tué quarante hommes et fait quarante prisonniers auxquels il a fait couper la tête. A la suite de cette affaire, la colonne a dû battre en retraite sur Aumale. Les Zouaoua doivent bientôt faire parler la poudre contre les chrétiens. Si-Lalla-ben-Sidi-Chikh est entré à Ouargla; il sera sous peu à Tougout. Tout le sud de la province de Constantine est en complète insurrection contre les Français. »

Les mêmes émissaires qui portaient cette lettre et celle du bachagha en emportaient une troisième écrite par les notables des Ouled-Madi, de l'Oued-Chellal (Ouled-Ali-ben-Khaled et Ouled-ben-Yahia), ceux qui, en 1804, avaient été les compagnons de Brahim-ben-Abdallahben-Bouaziz.

il) El-IIaouas, fils du bachagha Ben-Yahia-ben-Aïssa, était caïd cl kiad du Til— tery depuis le 8 février 186'i. — En 1874, le 2 décembre, il est passé caïd cl kiad des Ouled-Allan.

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Cette troisième lettre était infiniment plus posée que celle de Saïdben-Boudaoud :

« A Sidi-Ali-ben-Abderraiimane, caïd des caïds des Ouled-Moktar ,

« (Après les compliments.) Comme bonnes nouvelles, nous vous informons que tous les gens du sud de Constantine à Alger sont unanimes pour demander (le règne de) la loi du prophète Mohammed. Nous attendons à ce propos des renseignements de votre part. Souvenez-vous de vos ancêtres, votre parti et le nôtre n'en font qu’un.

« Quant aux Ouled-Moqrane, le bachagha Mohammed-ben-el-hadj- Ahmed a attaqué Bordj-bou-Arreridj et en a expulsé les habitants. Son frère Boumezrag a combattu la colonne d’Aumale et a tué plusieurs chrétiens; il l'a forcée à se retirer dans les forts qu’il bloque en ce moment ; Sétif est cerné par toutes les tribus environnantes, avec leurs caïds en tete. Nous, nous nous dirigeons vers Bouçada. Le £aïd Saïdben-Boudaoud est avec nous.

« Nous vous avons donné connaissance de ce que nous savons, ne négligez pas ce que nous vous mandons; salut de la part des Ouled- Ali-ben-Khaled et des Ouled-ben-Yahia. Rendez-nous réponse par le porteur.

« (27 mars 1871). »

Le caïd des caïds Ali-ben-Abderrahmane ne s’était, pas contenté de nous remettre ces lettres, il avait prolité de la présence accidentelle d’un spahi chez lui pour nous livrer les émissaires, qui n’étaient du reste (pie des messagers sans importance.

Moqrani avait dû être profondément navré en apprenant l’insuccès de ses démarches chez les Ouled-Nayl et surtout chez les Ouled-Moktar : sans le concours de ces deux groupes dirigeants, il lui était impossible d’avoir des alliés au sud et à l’ouest; les Ouled-Allane seuls s’étaient déclarés prêts à se soulever, mais ils avaient subordonné leur mouvement à l’arrivée chez eux des Ouled-Moqrane, car ces anciens rajra, inféodés aux Ouled-Moktar-Cheraga, n’étaient pas gens à se grouper et à agir sans avoir un chef à leur tête.

Le bachagha n’avait non plus rien à espérer des Ouled-Sidi-Chikh, encore bien que par leur situation de famille ils fussent pour Moqrani des alliés indiqués. A cette époque, les Ouled-Sidi-Chikh-Gheraga, battus en 187U au Maroc, sur l’Oued-Chaïr, étaient tenus en échec par

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Slimane-ben-Kadclour, chef desGheraba, alors aglia des Hamyane, et Si-Kaddour-ben-Hamza était en pourparlers avec nous. Aussi, quelles que fussent les sympathies des Ouled-Hamza pour les Ouled-Moqrane, ils avaient à défendre leurs intérêts menacés par les Ouled-Sidi-Chikh- Gheraba, et ils ne pouvaient quitter les régions sahariennes, où ils trouvaient à la fois les ziara nécessaires à leur existence princière et les cavaliers indispensables à leur lutte contre Slimane-ben-Kaddour.

En somme, Moqrani restait isolé avec quelques-uns de ses parents, et il n'avait réussi à rallier à sa cause aucun des membres marquants de cette féodalité indigène dont il s’était constitué le champion.

Il lui fallait donc chercher ailleurs ses alliés, et, à défaut de la ligue des seigneurs qu'il aurait voulu organiser, se contenter des auxiliaires que lui donneraient les circonstances ou qu’il pourrait recruter, sans se montrer trop exigeant sur leur provenance.

Il avait, sans doute, tout d'abord tourné ses regards vers le sud et l’est, où nous avions des ennemis qui pouvaient nous obliger à des diversions profitables à ses intérêts. Mais là encore le baehagha avait eu des déceptions.

A Souq-Ahras, la rébellion militaire des spahis et les excitations des Itesqui avaient à peine ébranlé la fidélité des tribus kabyles, jadis inféodées aux seigneurs du Hanencha. L’héritier légitime de l'ancienne famille dirigeante, Khaled-ben-Ali, depuis longtemps à Biskra, loin du pays de ses ancêtres, oublié des Hanencha, se considérait comme un membre de la famille des Bengana, avec lesquels il était allié par les femmes, et dont il suivait la politique. Quant à Keblouti, malgré son astuce et son esprit d’intrigue, il avait échoué et était réduit, pour vivre, à faire le métier de bandit sur la frontière tunisienne; on a dit que le baehagha lui avait écrit pour lui annoncer la prise de Bordj-bou-Arreridj et pour le féliciter du coup de main contre Souq-Ahras ; rien n’est moins prouvé : la lettre fut écrite par un des khodja du baehagha, mais Moqrani ne la signa pas et ne l'envoya pas, puisqu’elle /ut trouvée par nous à la Medjana; le baehagha était trop orgueilleux et trop fier pour écrire en ces termes à un homme comme Keblouti, et il lui aurait répugné d’être en alliance ouverte avec le petit-fils d'un secrétaire assassin de son seigneur.

Au sud de Tebessa, il y avait des gens offrant plus de surface que Keblouti. Naceur-ben-Chohra était un homme de grande tente et d’une valeur indéniable, Mahieddine-ben-el-hadj-Abd-el-Kader avait, par le nom de son père, un prestige énorme ; mais le baehagha

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n'avait nulle envie de faire alliance avec le fils de cet émir par qui son père le khalifat avait été dédaigné et combattu au profit et en compagnie des Ouled-Abdesselem.

D’ailleurs, l’eût-il voulu, il n’avait plus aucune diversion à espérer de ce coté : le désaveu de Mahieddine par l’émir était maintenant un fait de notoriété publique1.

L’aventure tentée par lui avait échoué misérablement.

Sollicité, le S mars, de marcher sur Tebessa, par le cliikh Kherif- Ben-Mahmed, par les notables Ahmed-ben-Merzoug et Hassane-ben- Amar, ennemis jurés du caïd Ahmed-Ch aoucli; sollicité aussi par le chikh Mizouni,du Kef, et par Keblouti, Mahieddine s’était avancé à petites journées vers le nord. En route il avait appris que des émissaires de Moqrani étaient arrivés à Khanga-Sidi-Nadji, annoncer au caïd Ahmed-ben-Naceur-ben-Taïeb l'attaque de Bordj-bou-Arreridj et la destruction de la ville. Cette nouvelle avait de suite augmenté le nombre de ses partisans.

A peu près en ce moment, le général Pouget venait de quitter Constantine' et marchait sur Tebessa, avec une petite colonne de 2,200 hommes. Le vieux khalifat des Haracta, Ba-Ahmed, avait réuni ses goums, qui, sous les ordres du capitaine Raffin, chef du bureau arabe d’Aïn-Beida, et avec ceux des caïds Si-Ali-ben-el-Arbi, Si-Boudiaf-ben- Salah, etc., étaient venus prendre position entre la Meskiana et Halloufa; mais ils n’avaient pu arriver à temps pour empêcher le pillage du moulin d’Aïn-Chabro, ni l’incendie des meules sous Tebessa.

Le 2i au soir, la colonne avait couché à Halloufa; le 2a, les reconnaissances des goums avaient eu plusieurs escarmouches avec les contingents ennemis, et ils avaient rapporté la nouvelle certaine que Mahieddine était campé à Yokkous, où le chikh Ali-ben-Abdelkader avait facilité l’installation des rebelles dont les masses barraient la route à la fontaine du Génie et le long de l’Oued-Hamaïdja.

Le 20, le général Pouget avait engagé le combat sur ce point; l’ennemi, occupant une longue ligne de plus d’un kilomètre, que jalonnaient quatre drapeaux, marchait bravement en dépit du feu de l’artillerie; mais les chasseurs d’Afrique à droite, les spahis et les goums

1. La photographie de la lettre de Damas avait même produit un elîet assez curieux sur quelques notabilités indigènes, qui, prenant texte du début de cette lettre (« Vous nous informez que des imposteurs se servant de notre nom et de notre cachet... »), ne crurent pas que le compagnon de Naceur-ben-Chohra fût un iils de l’émir; ces notabilités indigènes accusèrent « le juif Crémieux d’avoir, avec sa légèreté habituelle, fait faire une démarche inconsidérée à l’ex-émir, qui n’avait pas besoin de démentir une pareille invention ».

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à gauche, par une double charge poussée à fond, avaient culbuté l'armée du chéri f, enlevé les quatre drapeaux, tué une centaine d’hommes et fait 20 prisonniers.

Ue notre coté, 2 hommes avaient été tués et G avaient été blessés.

Le jour même, la colonne Pouget était entrée à Tebessa pour en repartir le 28 .

Nos goums, à Bahiret-el-Arneb et à Ras-ed-Deb, avaient fait des razzias fructueuses, mais le pays s'était vidé bien vite. Les Allaouna s'étaient soumis, Naceur-ben-Ghohra était rentré dans le Sahara, les Üuled-Khalifat, les O. Sidi-Abid et Mahieddine étaient passés en Tunisie.

S'inclinant alors, un peu tard, devant la volonté paternelle, Mahieddine avait gagné Tunis et s'était embarqué de suite pour Alexandrie d’Égypte z.

Quant au Sahara, il ne pouvait apporter un secours utile au bachagha qu'autant que l’un des deux grands soifs se serait ouvertement déclaré pour lui. Le contraire avait eu lieu : jamais les Bengana, ces anciens amis du bachagha, n’avaient été aussi prodigues de démonstrations extérieures en faveur de la France et des Français.

Il est vrai qu'en dépit de ces protestations, ils désorganisaient le pays par leurs intrigues et leur argent; mais ils avaient bien trop peur du solï Bouokkaz, pour songer même à se préoccuper de Moqrani.

Après avoir soustrait les Sahari à l'obéissance du caïd Ben-Henni, ils avaient, dans le Sud, acheté, à beaux deniers comptants, la tribu makhzène des Ouled-Moulet, qui, abandonnant Ali-Bey et les environs de Tougourt, étaient venus camper à proximité des oasis des Zibane.

Bouchoucha, voyant la route libre, et poussé par les Mekhadma, qui avaient à venger leur échec du 10 mars à Gour-Bekrat, était sorti de Ouargla avec 700 meharas et 70 cavaliers. Le 28 mars, à Zaouitaïa (à l'est de Megarine), il avait enlevé à peu près tous les troupeaux des Saïd-Ouled-Amor, restés fidèles à. Ali-Bey. Celui-ci avait essayé de couper la retraite au rezou; il n’avait réussi qu’à livrer un combat

1. 11 arriva à Alexandrie vers le milieu de moharem (8 avril), et en partit ensuite pour Damas, où l’émir Abd-el-Kader refusa quelque temps de le recevoir. Il ne lui pardonna qu’à la lin de décembre 1872, sur la demande du consul de France à Dauias. Si- .Mahieddine avait adressé à notre agent, le 7 choual 128!) (16 décembre 1872), une lettre dans laquelle il faisait amende honorable, et s’engageait par serment et sur sa foi de musulman « à ne jamais former aucun projet, à ne jamais accorder son appui à une tentative contraire aux intérêts politiques ou religieux de la France en Orient, et notamment en Algérie ».

L'Insurrectiori de 1871. 13

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honorable, dans lequel il avait eu 1 homme tué et 12 blessés; il avait tué 10 hommes aux rebelles, en avait blessé 16.

Mais Bouchoucha avait gardé sa razzia, et, en résumé, pour les Saïd-Ouled-Amor fidèles, comme pour tous les gens du Sahara, c’était un échec mettant en relief l'impuissance de notre agba.

Quelque fâcheuse que fût pour nous cette situation, elle ne profitait pas immédiatement au bachagha. Pour en tirer parti, il eût fallu que quelqu’un de ses parents eût été avec Bouchoucha, et eût pris en son nom la responsabilité des succès du chérit. Le bachagha y avait pensé, mais il n’avait personne de sa famille qui pût jouer ce rôle : tous les Moqrani sont des gens du Tell et des hauts plateaux, ce ne sont pas des Sahariens. Un seul avait îles relations avec le Sud : c’était Saïd-ben-Boudaoud, le plus paresseux de tous, et le plus incapable d’un acte de vigueur. 11 s’était borné à envoyer quelques émissaires à Bouchoucha, plus pour savoir au juste ce qu’était cet aventurier que pour essayer une entente qui n’avait pas alors sa raison d’être.

Ainsi, au commencement d’avril, le bachagha n’avait à espérer ni secours ni diversion utile à ses opérations dans la Medjana, l’Ouennougha et le Hodna; encore, dans cette région, Saïd-ben-Boudaoud était-il en partie immobilisé par le soff des Ouled-Bouras, à peu près comme dans la banlieue de Sétif les partisans, isolés de la Medjana, étaient tenus en respect par les gens du soff Abdesselem.

Moqrani était trop intelligent pour ne pas comprendre qu’il devait dès lors renoncer au grand rôle qu’il avait rêvé de chef de la coalition des djouads, et que sa rébellion isolée ne pouvait avoir d'autre résultat que de faire le jeu de son cousin Abdesselem, dont la conduite était, jusqu’alors, restée correcte vis-à-vis de la France. D'un autre coté, il n'admettait pas l'idée de voir la Medjana aux mains de son rival le jour où un gouvernement fort et régulier aurait repris la direction des affaires de l'Algérie. C’était là une éventualité qu’il voulait éviter à tout prix; et, pour l’éviter, il fallait, coûte que coûte, compromettre les Ouled-Abdesselem et les rendre impossibles en les entraînant dans l'insurrection.

Ce fut à quoi il s’employa activement.

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