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service de Moqrani pour combattre les Français; elle lui reconnaissait l'autorité politique sur tous les pays de plaine, et lui garantissait la soumission de tous les membres du sofï de Ben-Abdesselem , qui était dans la dépendance spirituelle de Seddouq.
Cette combinaison donnait si bien satisfaction à la haine et à l'ambition d’Aziz qu'il est possible qu’il en ait eu l'initiative. En tous cas, dès le 21 mars, à la nouvelle de la délivrance de Bou-Arreridj, il avait, à Seddouq, sans y être autorisé par son [1ère, fait publiquement, avec son frère, la prière pour l’extermination des Français.
Le 30 mars, il avait annoncé qu’un marché franc était ouvert à Seddouq, et il avait invité les croyants à s’y réunir.
Mais ce qui agréait au fils plaisait beaucoup moins au père.Chikhel-Haddad, en sa qualité de parvenu, n’aimait pas les djouads qu’il savait ennemis nés des principes égalitaires et démocratiques de l’ordre religieux qu’il dirigeait, et dans lequel il n’v avait de supériorités admises que celles conférées à des individus choisis ou élus en raison de leurs qualités personnelles.
En outre, le vieux chikh était foncièrement hostile à la guerre, non pas seulement par humanité, comme c’était son devoir religieux, mais aussi beaucoup par intérêt, caria guerre c'est, la ruine des zaouïas : pèlerinage, offrandes, quêtes, aumônes, redevances, collectes, tous les revenus disparaissent, ou sont très diminués ; au lieu de recevoir, il faut donner; on ne recrute plus de nouveaux adhérents et on en perd chaque jour; l’influence morale même peut s’amoindrir, les circonstances et le danger donnant fatalement la direction et le pouvoir à des individualités qui échappent peu ou prou à l’action de la zaouïa.
B ailleurs, rien n’incitait Chikh-el-Haddad à se soulever contre les Français : nous ne l'avions jamais beaucoup gêné dans sa propagande; l'essai que nous avions fait, dans ce sens, en employant Ben- Ali-Chérif avait eu lieu trop tard et avec trop de ménagements pour produire un effet appréciable. En ce moment, où nos affaires allaient mal, le bachagha de Chellata partageait notre impuissance et voyait son crédit diminuer au profit de celui des moqaddem de la zaouïa de Seddouq.
Chikh-el-Haddad pensait donc que le mieux était de laisser aller les choses, puisque, au surplus, l’autorité et le prestige de ses agents s’augmentaient chaque jour en présence de l'effacement et du discrédit des chefs ou des agents politiques au service de la France.
Mais, si Chikh-el-Haddad était sage et prudent, il était très vieux et sa volonté débile le mettait souvent a la merci de ses enfants.
L’ainé, Si-Mahmed, ancien lieutenant de Boubeghlaen 1851, était un esprit étroit et fanatique, dont Tardent mysticisme restait étranger à toute préoccupation mondaine ou pécuniaire. C’était un homme honorable et de plus un excellent li I s ; mais il rêvait le martyre, et il ne voyait dans le djehad qu’une œuvre de sanctification devant attirer sur lui et les siens les bénédictions d’Allah.
Si-Aziz, au contraire, avait tous les vices et toutes les ambitions; il avait aussi toutes les hypocrisies. C’était lui le préféré du vieillard, qui finissait presque toujours par faire ce que voulait ce fils, dont il s’exagérait l'intelligence et la valeur morale. Cette fois encore, pour le malheur de sa famille et de plusieurs milliers d’indigènes, Aziz triompha des prudentes résistances de son père.
Le jeudi 6 avril, Chikh-el-Haddad avait déjà cédé aux instances de ses fils, quand arrivèrent à Seddouq les délégués du bachagha : Si-el-hadj-Bouzid-el-Moqrani, Si-Mohammed-Larbi-ben-Hamouda et quatre moqaddem des Beni-Abbès. Ils apportaient une lettre les accréditant pour parfaire l’alliance ébauchée. Àziz et Si-Mahmed convoquèrent aussitôt tous les moqaddem voisins à l’azib de Me1! ah a.
Le 8 avril au matin, alors que, par leurs soins, les Qbaïls affluaient au marché desMcisna, le vieux Chikh-el-Haddad, qui, depuis des années, n’était pas sorti de sa cellule de cénobite, se montra à la foule, soutenu par ses deux fils et entouré de l’élite de ses moqaddem. Puis, après une longue prière faite suivant le rituel spécial deskhouans deSidi- Abdarralimane-Bougouberine, Cliikh-el-IIaddad déclara solennellement que ses deux Mis étaient ses khalifats et ses naïb 1 ; il fit donner lecture à ses fidèles d’une proclamation les conviant à la guerre sainte; après quoi il leur remit un drapeau que « le prophète Mohammed lui avait apporté pendant la nuit », et, jetant son bâton au milieu des assistants, il s’écria qu’avec l'aide d’Allah et du prophète il serait aussi facile de jeter les Français dans la mer.
L’enthousiasme fut immense; l’appel de ce pontife octogénaire donna en quelques jours plus de cent mille soldats au bachagha2, et
1. Ses lieutenants et ses délégués ou vicaires; voir au surplus sur les khouans l’ouvrage intitulé Marabouts et khouans. — Alger, Jourdan, 188t.
2. Le bachagha n’avait pu entraîner qu’une trentaine de fractions ou tribus des cercles de Bordj-bou-Arreridj, Aumale et Bouçada, soit une population de 100,000 âmes environ, représentant au plus 25,000 combattants très disséminés. Chikh-el-Haddad entraîna plus de 250 tribus, représentant 600,000 âmes, soit 120,000 combattants. — Tous ces combattants n’étaient pas des khouans, mais fous subissaient l’influence et souvent la direction des khouans Rahmanya.