LE DJ EU AD
jeta dans l’insurrection toutes les tribus du littoral, des portes d’Alger au méridien de Collo.
Ces nouveaux insurgés étaient autrement redoutables que ceux recrutés par les Ouled-Moqrane. Ils avaient pour' eux la force et la discipline résultant d’une organisation déjà ancienne et fonctionnant avec régularité : chaque moqaddem avait en main un groupe homogène rompu à l'obéissance passive et illimitée, « à peine de forfaiture et de sacrilège ».
Sans doute tous ces moqaddem n’avaient pas des aptitudes guerrières, mais cela n’était pas nécessaire, car il leur était toujours facile de trouver et de désigner parmi leurs khouans, ou même en dehors, les chefs militaires aptes à conduire les masses au combat. Dans ce cas, sans abdiquer leur autorité spirituelle, les moqaddem marchaient avec ces chefs, donnant les premiers l’exemple de l’obéissance pour les choses de guerre; le plus souvent ils portaient un drapeau, qui était une relique vénérée dans le pays, et ils excitaient le sentiment religieux en présidant aux prières faites en commun d’après le rituel des Rahmanya, à certaines heures du jour et avant chaque combat prévu et arrêté d’avance.
Tout cet appareil religieux, qui, pour nous, rappelle une autre époque, n’était, entre les mains d’Aziz, qu'un moyen d'action. Ni lui ni son père n’étaient des fanatiques. « La proclamation que Chikh-el- Haddad lança comme chef religieux est remplie de considérations politiques; malgré la violence que comporte forcément un document de ce genre, ce n’est pas tant la cause de l’Islam qu’il met en avant que T intérêt matériel des Kabyles. Sans doute il promet l'entrée du paradis et des grâces spéciales à ceux qui se feront tuer dans cette guerre contre les chrétiens, mais ce n’est nullement le style d’un fanatique dont la haine virulente fait explosion et dont la ferveur ultrareligieuse dirige les pensées: c’est une proclamation politique, rédigée dans le langage voulu, pour le but à atteindre, par un homme de sang-froid pesant le pour et le contre et utilisant avec habileté tout le parti qu’il peut tirer de son caractère religieux et de son autorité spirituelle sur les masses qu’il veut appeler au combat; mais, au fond, on sent que l'idée religieuse n'est qu’un instrument aux mains de Chikh-el-Haddad, comme Chikh-el-Haddad n’est lui-mème qu’un instrument aux mains de son fils et de Moqrani '. »
Aziz l’a avoué plus tard très nettement en disant devant la cour