Marabouts et /chouans, page U
LA KUûUANNERIE
d’assises : « Lorsqu’on est en insurrection, le djehad est un moyen d’action, et je m’en suis servi... Du moment que j’étais insurgé, je devais mettre en œuvre tous les moyens utiles à ma cause; le djehad, comme les titres que j’ai pris ou qu’on m’a donnés d’émir des musulmans, de défenseur de la religion, etc., n’étaient que les procédés d’exécution imposés par les circonstances. »
L’argument décisif pour entraîner dans le mouvement les Qbaïls, qui auraient eu la velléité de résister à la pression des khouans, fut d’ailleurs fourni par Mocjrani et habilement propagé ou commenté par les émissaires d’Aziz. Il consistait à affirmer que la France allait prendre des terres aux indigènes pour les distribuer aux Français de la métropole, dépouillés et ruinés par les Prussiens, aux colons algériens, et enfin aux juifs, devenus les chefs et les principaux personnages du nouveau gouvernement.
C'était toucher l'endroit sensible chez les montagnards Qbaïls, si attachés à la possession du sol. Pour corroborer le bien fondé de ces affirmations, Aziz et ceux qui comme lui lisaient les journaux français traduisaient en les exagérant et les dénaturant les documents officiels et les articles de presse relatifs aux attributions territoriales à faire en Algérie aux Alsaciens-Lorrains 1 .
Ils commentaient les termes inquiétants de l’arrêté par lequel le commissaire extraordinaire avait apposé le séquestre « sur lesbiens de toute nature, collectifs ou individuels, des tribus ou des indigènes qui avaient pris ou prendraient part à la révolte de Moqrani ».
C’était, selon Aziz et les siens, la dépossession intégrale des gens des trente tribus ou fractions qui avaient suivi le bachagha; et, selon eux, cet arrêté devail avoir pour conséquence de rejeter plus de 100,000 indigènes nus et affamés sur les terres des Qbaïls, qui, alors même qu’ils ne se révolteraient pas, seraient ruinés ou forcés de recevoir à coups de fusil les malheureuses victimes de la rapacité des chrétiens.
C’étaient là les dires des gens raisonnables s’appuyant sur des textes écrits ou imprimés et discutant sérieusement; quant aux exaltés, aux fous et aux fanatiques, qui sont de tous les pays et de toutes les religions, ils faisaient bien d’autres commentaires, lesquels
1. Outre les nombreux articles de presse, dont quelques-uns étaient écrits de façon à inquiéter les propriétaires indigènes, on peut citer les considérants ou les textes des documents suivants, publiés au Mobacher et au Bulletin officiel : Arrêté du 5 mars 1811, — circulaire du 11 mars 1871, — et, plus tard, la loi du 21 juin 1871.