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LES ISSER ET LA MITIDJA

(8 avril -5 mai.)

Causes du rappel du général Lapasset. — L’insurrection à l’est d’Alger. — Anciennes défenses de la Mitidja sous les Turcs et avant la conquête de la Kabylie. — Marabouts locaux devenus moqaddems. — Les Benzamoun, les Muhieddine de Tourtassine, les Mahieddine de Taourga, les Oukaci. — Leur impuissance en 1871. — La colonne Muel; son rôle et son utilité; son arrivée le 12 avril à Aïn-Boueif. — Précautions à l’Alma (15 avril). — Feux dans la montagne (nuit du 17 au 18). — La journée du 18 avril, d’Azib-Zamoun au col des Beni-Aïcha. — L’Anaya d’Omar-Benzamoun. — Le caïd Saïd-ben-Ahmed et son frère Moussa-ben-Ahmed. — ■ Destruction du village de Bordj-Menaïel (18 avril). — Captivité des colons. — Assassinats aux Isser (18 avril). — Occupation militaire de l’Alma, du l’ondouq et de l’Arba. — Évacuation précipitée du col des Beni-Aïcha, de Saint-Pierre et de Saint-Paul (19 avril). — Beconnaissance offensive au Cors# (19 avril). — Attaque des avant-postes de l’Alma (19 avril). — Deuxième attaque de l’Alma. — La colonne d’avant-garde (le colonel Fourchault) quitte Maison-Carrée (21 avril). — Combat de Sidi-Bouramou à l’Alma (22 avril). — Départ du colonel Fourchault pour Palestro (23 avril). — Méconnaissance offensive vers l’Oued-Safsaf (24 avril). — Attaque du camp de l’Alma (26 avril). — Manœuvres des moqaddems. — Adresse apocryphe des indigènes à la reine d’Angleterre (20 avril). — Sortie des zouaves du camp de l’Alma (29 avril). — Départ d’Alger de la colonne Lallemand (1er mai). — Combat du Boudouaou (3 mai). — La colonne entre en opérations et campe à Markout (5 mai).

Ce n'était pas sans (le graves motifs que, d’Alger, ordre avait été donné au général Lapasset de s’embarquer d’urgence avec sa colonne, au moment précis où une action militaire dans l’Oued-Sahel eût été si nécessaire.

Le 20 avril 1871, lorsque l'amiral de Gueydon avait écrit au général Lallemand « d’avoir à concentrer, pour couvrir Alger et la Mitidja, toutes les troupes non indispensables à la défense des ports dont la protection allait être confiée à notre marine » , l'insurrection s’avan-

çait menaçan te jusqu'au Boudouaou. Fort-National, Dellis, Tizi-Ouzou, Dra-el-Mizane, étaient étroitement bloqués; les villages et les fermes des Isser étaient incendiés et pillés, on croyait leurs habitants massacrés; des bandes armées promenaient la dévastation jusqu’aux portes de l’Alma, où s’étaient à la hâte réfugié quelques-uns des colons de la Mitklja orientale. On savait que, par Bouïra, les Qbaïls du Djurdjura, insurgés, donnaientlamain aux rebelles de l'Ouennougha etde l’Oued- Sahel. Enfin on avait de grosses inquiétudes pour Cherche!!, El- Afroun, Marengo et autres villages, car ies khouans Rahmanya ont des adeptes encore nombreux dans les Beni-Menaceur, et jusqu’à Mazouna, qui est le point extrême rie leur influence vers l'ouest.

La situation était donc très grave, et d’autant plus grave que, pour mettre la banlieue d’Alger à l’abri des incursions des insurgés, nous n’avions plus à notre disposition les moyens politiques qui jadis avaient donné la sécurité à la capitale au temps des Turcs ou pendant les premières années qui avaient suivi la chute de l’émir Abd-el- Kader.

Pour comprendre et apprécier les dangers qui menaçaient Alger au mois d’avril 1871, il faut se rappeler ce qui avait jadis existé entre cette ville et la Kabylie, alors que celle-ci était insoumise ou rebelle.

Au temps des Turcs, toute la Mitidja était couverte d’un réseau de haouchs et de zaouïas appartenant à de petits marabouts. Leur influence était peu étendue, mais presque tous avaient des immunités et un certain crédit auprès des agents et fonctionnaires du beylik, dont beaucoup étaient attributaires de concessions ou d’apanages dans le voisinage même de ces petites zaouïas.

Longtemps ces marabouts avaient été les excitateurs des Hadjoutes et de nos autres ennemis des premiers jours. Puis, plus tard, quand ils eurent reconnu que la lutte était impossible, ils s’étaient soumis comme les autres, et, bien qu'irrités au fond de n’avoir plus les mêmes faveurs ni les mêmes immunités qu’au temps des Turcs, ils s’étaient fait oublier. Mais, avec la perte de leur crédit, ils avaient vu disparaître les offrandes religieuses qui jadis payaient leur intervention officieuse ou leurs démarches auprès des fonctionnaires turcs. Aussi, lorsqu’après la prise de la Kabylie, en 1857, les khouans Rahmanya avaient cherché à substituer leur influence à celle des marabouts locaux, discrédités dans l'esprit des Kabyles, tous ces marabouts de la Mitidja s’étaient empressés de se faire nommer moqaddem. C’était pour eux un moyen d'étre encore quelque chose, et surtout de récolter des offrandes, car ils étaient sur le chemin des pèlerins allant faire leurs

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