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Tous avaient été atteints; chaque décès de chef de famille avait marqué une diminution dans le titre honorifique et dans l'importance des fonctions confiées aux enfants ou aux neveux. Le khalifalik du premier Mahieddine de Tourtassine n’était plus, en 1871, que l’aghalik 1 des Beni-Slimane.
C'était cependant la seule des quatre familles citées plus haut dont le chef eût conservé une situation officielle importante; aussi l’agha Malifoud-ben-Mahieddine, quoique très âgé, fut-il le seul de nos anciens alliés qui réussit à maintenir ses tribus dans le devoir, et qui put, sans compromission avec les insurgés, nous donner un concours effectif.
Les Mahieddine de Taourga, les Oukaci et les Benzamoun, au contraire, n'ayant plus depuis longtemps exercé de commandement réel, ne purent nous aider en rien, et furent entraînés dans l'insurrection. Leur influence s'était, amoindrie et elle était à peu près nulle en dehors des banlieues de Dellis et de Tizi-Ouzou. Ils avaient même de nombreux ennemis dont les griefs remontaient aux temps où ils avaient dû sévir pour faire triompher nos armes ou pour assurer l’exécution de nos ordres.
Ils avaient bien été élus amines-el-oumena ; mais, dans cette position, ils n’avaient que peu ou point d’autorité sur les simples amines issus, eux aussi, de l'élection2. Pour maintenir leur influence, ils avaient dû s'appuyer sur les soffs locaux, et souvent ils les subissaient plus qu'ils ne les dirigeaient.
1. Si-Mohammed-ben-.Mahiedcline de Tourtassine, nommé, en 1842, khalifat du Cherg (Beni-Slimane et Sebaou), était mort en 1852, sans enfant. Son frère, Tahar-ben-Mahieddine, avait été nommé bachagha des Beni-Slimane, mais on avait retiré de son commandement l’aghalik des Arib, passé dans la subdivision d’Aumale. A sa mort, en 1860, son second frère, Malifoud-ben-Mahieddine, fut simple agha des Beni-Slimane du nord, le reste des Beni-Slimane ayant été rattaché à Aumale.
En 1871 il était encore en fonctions; il est mort le 9 juillet 1873. Le troisième frère, Ali-ben-Mahieddine, fut plus tard adjoint indigène, puis il donna sa démission.
2. D’après la coutume kabyle, l’amine-el-oumena est le chef d’une fédération de villages : en paix, il préside les amines des villages dans les affaires d'intérêt commun: en guerre, il est le chef militaire. Avant la soumission à la France, certains groupes n’avaient pas d’amine-el-oumena et n'en élisaient qu’en temps de guerre. En 1857, nous en avons mis partout et nous avons commis la faute de les laisser nommer à l’élection, nous réservant un simple droit d’investiture, de telle sorte, que nos agents étaient bien plus soucieux des intérêts de leurs électeurs que de ceux de la politique française. Ils se bornaient à transmettre nos ordres aux amines des villages et à nous rendre compte avec circonspection et de façon à en faire juste assez pour ne pas encourir une révocation qui les aurait rendus inéligibles pendant trois ans.
L'Insurrection de 1871.
LA KIIOUANNERIE
Le plus sympathique des représentants de ces trois familles était Omar-Benzamoun, homme intelligent, de relations sures, ayant dans (es veines du sang de mokhrazni, et vraiment dévoué à la France. Il était bien connu comme hostile au parti des khouans, et il s'était toujours employé à faire comprendre aux Qbaïls qu’en acceptant la direction politique et religieuse des Rahmanya ils compromettaient l’existence de leur kanoun et de leurs usages, que les Français, au moins, avaient toujours respectés. Il n’avait pas été écouté, et, en 1871, il s’était vu menacé de pillage et de ruine s'il ne mettait pas son expérience guerrière au service de ses administrés, prêts à se choisir un autre chef parmi les moqaddems qui briguaient cet honneur. Ceux-là mêmes d’entre les notables Kabyles qui, au fond, pensaient comme lui, avaient alors insisté pour qu'il évitât aux Fiissa l’humiliation d’être conduits au combat par des « hommes de zaouïa ». Benzamoun avait accepté, mais avec l'idée bien arrêtée de ne subir la direction des moqaddems que dans la mesure indispensable pour conserver la plénitude de son autorité. Comme beaucoup d’autres, il a dit plus tard qu’il n’avait consenti à prendre le commandement contre nous que pour empêcher de le voir exercer par des indignes ou par des fanatiques : sa conduite a prouvé qu'il disait vrai.
Telle était la situation, le la avril, dans les Isser, à quelques kilomètres seulement des nombreux villages et établissements de la Mitidja orientale, alors que, plus à l’est, toute la Kabylie était en révolte.
Il aurait fallu pouvoir jeter' immédiatement une colonne sur les contreforts qui dominent la rive gauche de l’Oued-Isser; mais il n’y avait pas de troupes à Alger. Les quelques hommes disponibles avaient été envoyés, partie à Aumale comme renforts, partie à Médéa et Boghar pour former une petite colonne qui, sous les ordres du lieutenant-colonel Muel, du 1er spahis, avait pris position, le 12 avril, à Aïn-Boucif.
Dès le début de l’insurrection du bachagha, le général Lallemand, qui, en sa qualité d’ancien chef du bureau politique, connaissait mieux que personne les alliances des Ouled-Moqrane, avait activement travaillé à la formation de cette colonne, et choisi le point d’ Aïn-Boucif pour son installation.
Etablie ainsi en temps utile au milieu des Ouled-Allane, elle contribua, par sa seule présence, à faire avorter toutes les négociations des Ouled-Moqrane dans le sud de Médéa et de Boghar. Elle raffermit dans le devoir les Ouled-Allane, Ouled-Moktar, Ouled-Naïl, etc.,