‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 86 sur 202 · Voir le chapitre précédent, page · texte numérisé non relu

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partie de leur fortune provenait de terrains jadis enlevés aux Qbaïls par les premiers Oukaci, mais que nous leur avions attribués en toute propriété. De ce chef, ils avaient quelques jaloux et quelques ennemis dans le Sebaou ; ils en avaient d’autres encore provenant des rancunes et des haines qui s’accumulent en tous pays contre les familles qui ont été longtemps en possession d’une autorité politique absolue et sans contrôle. Enfin, il faut le dire, l’orgueil d'Ali-Oukaci, et ses prétentions à une noble origine , lui avaient créé quelques inimitiés.

Tant que nous avions eu à Tizi-Ouzou, comme commandants supérieurs et comme chefs de bureau arabe, des hommes connaissant bien l’histoire du pays et habitués aux affaires indigènes, les accusations calomnieuses ou les insinuations malveillantes contre les Oukaci n’avaient pu réussir à ébranler leur crédit, car nous n’avions aucun intérêt à diminuer et à laisser déconsidérer des gens que nous savions entièrement ralliés à nous et prêts à nous servir en toute circonstance. Mais, le 15 février, quand ces officiers expérimentés eurent été remplacés par un vieux brave homme de chef de bataillon retraité, ne sachant rien du pays, et par un capitaine improvisé chef de bureau arabe bien que très médiocre adjoint de deuxième classe, les ennemis d’Ali-Oukaci avaient triomphé et ils s’étaient mis aussitôt à discréditer à leur profit ce loyal serviteur.

Dès les premiers jours de son arrivée, le commandant Leblanc, malgré ses qualités très réelles, avait accepté toutes les médisances et les calomnies débitées contre le caïd Ali. Celui-ci, habitué à certains égards, avait été froissé de la façon dont il avait été reçu et des quelques reproches qui lui avaient été faits, reproches maladroits et immérités, étant donné que ce titre de caïd qu’on lui maintenait, par habitude ou par politesse, ne correspondait à aucune fonction et n'entraînait pour lui aucune responsabilité. Il s’en était expliqué plusieurs fois, non sans une certaine amertume, avec le commandant Leblanc, faisant sonner bien haut les services de sa famille et ses titres personnels à plus de bienveillance. Il n’avait fait que s’aliéner le commandant, qui avait été frappé surtout de la vivacité des paroles et du ton élevé pris par Oukaci.

Lorsqu’on avait connu la révolte de Moqrani, la méfiance témoignée au caïd Ali fut encore plus accentuée, méfiance d’autant plus irritante et injuste que, à l’exception du commandant Leblanc et du capitaine faisant fonction de chef de bureau arabe, tout le monde savait que l’influence qui alors dominait dans la famille d’Oukaci était celle de

Chikh-el-Haddad, acquise au soff hostile au bachagha de la Medjana.

Le 4 avril, en passant à Tizi-Ouzou, lors de son retour d'Alger à Akbou, Ben-Ali-Chérif, qui s’exprime admirablement en français, vint faire une visite au commandant Leblanc et essaya, en termes chaleureux, de recommander son ami Ali-Oukaci, qu'il savait calomnié. Ben-Ali-Chérif parla aussi de nos difficultés en Algérie et des recommandations dont l’avait chargé le général Lallemand pour les Üukaci, « sur le concours desquels on comptait à Alger ». Cette démarche déplut au commandant et augmenta encore sa méfiance, car il n'v vit que la plaidoirie d’un complice cherchant à le tromper par de belles phrases.

Les khouans Rahmanya qui se trouvaient clans son entourage ne manquèrent pas d'ailleurs de lui dire que Ben-Ali-Chérif était un ami intime du bachagha Moqrani ; qu’il traversait le pays pour recruter des partisans à l'insurrection et entraîner Oukaci dans le mouvement. Quelques jours plus tard, quand on sut que le djehad était proclamé, le commandant Leblanc n'hésita pas à attribuer au passage de fien- Ali-Chérif le soulèvement du cercle de Tizi-Ouzou.

En réalité, celui qui, dès le 10 avril, commença à soulever. les indigènes de la région, alors que le caïd Ali était encore clans le devoir, fut le moqaddem Mohammed-ou-Ali-Ouqadi de Bou-Hinoun1. Son inlluence était absolue dans tout le pâté montagneux des Beni-Aïssi, et Chikh-el-Haddad avait en lui un agent aussi habile que dévoué.

Mohammed-ou-Ali-Ouqadi était un prédicateur exalté et entraînant; il avait une véritable éloquence, et, de plus, il était depuis longtemps aimé et estimé dans le pays, en raison de sa charité et de ses vertus privées. Au début, ce fut surtout contre Ali-Oukaci qu'il excita les gens, en disant qu'il fallait commencer par débarrasser le pays de tous les « mtournine2 » ou renégats qui servaient les Français, alors que la volonté de Uieu était si manifestement hostile aux chrétiens « puisque aujourd’hui ils étaient vaincus, sans armée, dominés parles juifs, et reniés par des gens aussi sérieux et aus>i estimables que Chikh-el-Haddad et Moqrani ».

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