TIZI-OUZOU
de la voix; mais, aperçu par une sentinelle à travers un créneau, il fut tué avant d’avoir pu se faire entendre.
Ali-Oukaci renonça à renouveler les pourparlers, et laissa continuer le blocus et la fusillade, sans tenter une attaque de vive force qu’il jugeait impossible. Les assiégés, de leur côté, n'essayèrent, jusqu'au 11 mai, aucune sortie contre ces masses insurgées, qui se tenaient hors de portée et n'engageaient qu’un petit nombre de tirailleurs isolés et disséminés.
Le 6 mai, Ali-Oukaci et Ben-Ali-Chérif reçurent chacun une lettre du bachagha Moqrani, les priant de venir conférer avec lui à l'Oued- Soufflat.
En ce moment, les colonnes Lallemand, Saussier, Cérez, s'avancaient victorieuses; l’aristocratie indigène, humiliée d’étre rejetée au second plan par la démocratie des Rahmanya, songeait à dégager sa cause de celle de ses alliés trop puissants, et avait grand besoin de se concerter en vue de la conduite à tenir.
Ali-Oukaci et Ben-Ali-Chérif se mirent en route le jour même avec une escorte de quarante cavaliers des Imraouènes.
Le lendemain 7, ils rencontrèrent un courrier venant leur annoncer que le bachagha était tué. Ils firent alors demi-tour, et revinrent à Tizi-Ouzou donner cette nouvelle aux insurgés.
Ben-Ali-Chérif croyait l'insurrection terminée, et il engagea vivement Ali-Oukaci à aller avec lui, au bordj de Tizi-Ouzou, se mettre à la disposition du commandant supérieur; mais cette proposition ne fut pas acceptée. Ali-Oukaci était persuadé que ce serait s’exposer à être fusillé sans profit pour personne, et non seulement il ne voulut pas consentir à se présente^ au bordj, mais encore il empêcha Ben-Ali- Chérif de s'y rendre '.
i. La suite des faits relatifs à la région de Tizi-Ouzou se trouve au livre 111, chapitre r: Du Sebaou a la mer, et chapitre v: Dans le Djurdjura.
DELLIS
( 17 avril - 5 mai. )
Les Mahieddine de Taourga : leur adhésion à l'insurrection. — El-hadj-Aomarou-Mahieddine agha des combattants de la guerre sainte. — Nefra à Rebeval; évacuation de ce village et de Ben-Nchoud ; pillage de la ferme Jeannin et des exploitations isolées (17 avril). — Défense de l’école de Rebeval; prise et destruction du village (18 avril). — Évacuation de Ben-Nchoud; pillage du village ;18 avril). — Investissement de Dellis par les rebelles (18 avril). — Arrivée du Jura (22 avril). — Le Limier bombarde El-Assoua (23 avril. — Attaque de Dellis par le bord de la mer (23 avril). — Mission de l’interprète Guérin (23 avril). — L'Armide arrive à Dellis avec ses compagnies de débarquement (23 avril). — Sortie pour réparer la conduite d’eau (27 avril). — Nouvelle sortie pour réparer la conduite; attaque du troupeau (28 avril). — Attaque d'une corvée sous Dellis (29 avril). — Continuation du blocus (du 29 avril au S mai).
Lorsque, après avoir été battu, le 12 mai 1811, à Taourga, par le maréchal Bugeaud, El-hadj-Aomar-ben-Mahieddine avait été forcé d'imiter ses contingents, qui acceptaient notre autorité, il n’avait pas voulu nous prêter son concours personnel, et son frère Lamdani1 avait été nommé agha des Taourga. Quant à lui, il avait affecté de se tenir à l'écart des affaires; il rie nous aimait pas, et il eut bientôt trouvé des griefs contre nous. D’abord, en 1817, quand Belgacem- Qukaci fit sa soumission et fut nommé bachagha, Aomar éprouva un grand froissement : car, bien qu’allié par les femmes avec les Oukaci, il les détestait2, et il ne vit pas sans dépit son frère placé sous les
1. Lamdani ou Lemdani sont les formes berbères du nom et correspondent à la prononciation réelle. Les tolba arabes écrivent plutùt El-.Madani, et en 1844, on écrivait El-Meïdani. — Son aghalik comprenait les Beni-Tour, Beni-Slyem, Beni-Ouaguenoun, Bordj-Sebaou, Flissat-el-Bahr, Beni-Djenad.
2. En 1820, le père d’El-hadj-Aoinar-ou-Mahieddine, qui alors habitait Bordj- Sebaou, avait, de concert avec les Turcs, participé à l’assassinat de Mahmed- Oukaci, père de Belgacem. De 1830 à 1839, El-iladj-Aomar et Belgacem-Oulcaci
L'Insurrection de 1871.
LA KUOUANNERIE
ordres directs de son ancien ennemi, pourvu d’un titre et d’une situation considérables
En 1855 et 1856 il y eut de nouveaux froissements pour les Mahieddine ; l’agha Lemdani, étant mort, fut remplacé par son neveu Lounis-ben-Ahmed-Mahieddine, qui n’eut que le titre de caïd, et qui ne conserva ses fonctions que pendant une année* 1 2 3. On continua bien à dire « le caïd Louais », mais ce n’était plus qu’une appellation bienveillante.
El-hadj-Aomar, en vieillissant, s’était addnné aux pratiques de dévotion et s’était affilié aux Rahmanya, dont son neveu Mohammedben-Ali-ben-Mahmed-ben-Mahieddine était moqaddem.
Lorsque ce dernier, au commencement d’avril 1871, reçut la proclamation de Chikh-el-Haddad, tous les membres de la famille, à l’exception de « caïd Louais », se jetèrent à corps perdu dans le mouvement et devinrent à la fois des prédicateurs ardents du djehad et des chefs militaires énergiques.
Autour d’eux se groupèrent tous les moqaddems des Beni-Ouaguenoun, Beni-Thour et Beni-Slyem, tribus où le vieil Aomar avait conservé une certaine influence; puis aussi de nombreux moqaddems des Isser, entre autres Mohammed-Chérif-ben-el-Ilaoussine-el-Grebissi, chef de la zaouïa de Grébissa et président du Medjelès de Dellis.
Comme partout, des mécontents et des gens tarés, désireux de se refaire une réputation en participant au djehad, se joignirent aux moqaddems. Dans cette catégorie il convient de mentionner l’ancien aglia Alial-ben-Ahmed-Sghir >, qui, de 1844 à 1847, avait été mis à la tète des Amraoua, alors que Lemdani-ben-Mahieddine était agha de Taourga. Allal-ben-Ahmed-Sghir ne nous avait jamais pardonné de l’avoir remplacé par Belgacem-Oukaci, et, si par lui-méme, en raison de son âge très avancé et de sa nullité intellectuelle, il était peu de
s’étaient constamment fait la guerre. En 1837, Belgacem avait mis le siège devant Taourga, et il allait s’en emparer, quand, dans une reconnaissance faite vers l’Oued-Isser, il était tombé blessé aux mains d’un goum des Mahieddine et avait été fait prisonnier.