Nommé le 29 décembre
INTRODUCTION
donnait aussitôt aux affaires indigènes et aux opérations militaires une direction pratique, s’inspirant à la fois des nécessités du pays et des intérêts de la France.
Tout d'abord il substitua au système des petits postes, dont la garde et le ravitaillement épuisaient nos troupes sans effets utiles, des colonnes légères suffisamment fortes et outillées pour passer partout et montrer nos soldats dans les tribus.
Dès le mois de juin, les voies ayant été habilement préparées par le khalifat Moqrani, le général Négrier arriva sans coup férir à Msila, où il fut reçu comme un libérateur et où toutes les tribus du voisinage vinrent spontanément faire acte de soumission.
En revenant vers Sétif, on laissa, sur la demande du khalifat, 300 hommes à Aïn-bou-Arreridj, autour du petit rocher isolé que surmontaient les ruines du fort Turc, déjà occupées un instant en J 839. Pour se mettre à l’abri d’un coup de main, ces hommes déblayèrent les ruines, et, sans outils, avec de la terre en guise de mortier, ils tirent une enceinte de 180 mètres de contour qu’on nomma lu Redoute. Telle fut l’origine de Cordj-bou-Arreridj.
Peu de jours après cette installation, en juillet 1841, El-Hoceïne-Benazouz, ancien khalifat de l’émir Abd-el-Kader, destitué à la suite de sa défaite au combat de Salsou l 2, et depuis cette époque réfugié auprès d’El-hadj-Mostafa, écrivit à Ahmed-el-Moqrani pour le prier d’êlre son intermédiaire auprès des Français et de lui faire accorder l’amane. Moqrani lui répondit de venir à Msila, où il le verrait; mais notre khalifat n’avait point oublié le concours effectif prêté en diverses circonstances à Abdesselem par Benazouz : il tit dire aux gens de Msila d’arrêter l’ancien khalifat de l’émir et de le lui amener. Ce qui fut fait. Moqrani l’expédia alors à Constantine, d’où le général l’envoya à l’île Sainte-Marguerite -.
Le commandement de la petite garnison de Bou-Arreridj avait été contié au capitaine Dargent, qui avait surtout pour mission de guider et de conseiller le khalifat Moqrani. Il devait lui transmettre et lui expliquer les ordres de l’autorité. Il n’était lui-même ni le chef, ni le subordonné de khalifat, et cette situation, qui ressemblait fort à celle qu’ont nos résidents modernes dans les pays île protectorat, demandait beaucoup de tact et d’intelligence. Elle était d'autant plus délicate pour le capitaine Dargent qu'en sa qualité d’officier
1. Le combat de Salsou avait été livré le 24 mars 1840, non loin d’El-Outaïa, par les nomades Gheraba remontant vers le Tell, et à qui Benazouz voulait barrer la route. Les Bengana, campés à El-Mader, près Batna, n’y assistaient pas. Les cavaliers de leur zmala étaient venus jusqu'à El-Kantara, mais ils avaient rebroussé chemin, en apprenant les dispositions prises par Benazouz. Les Gheraba firent, à eux seuls, un carnage épouvantable des réguliers de l’émir. Quand un courrier en apporta la nouvelle à Bou-Aziz-Bengana, chikh-el-Arab, celui-ci vint a El-Outaïa, et, moyennant 5,000 francs « payés aux nomades de son soff », il fit couper sur les cadavres cinq cents paires d’oreilles que Khaled-ben-Ali-el-IIanachi, parent par alliance des Bengana, porta à Constantine, avec une lettre rendant compte des « dispositions stratégiques et des prouesses des Bengana », dont ce combat fit la fortune. Le général Galbois ne sut que beaucoup plus tard la vérité. (Voir dans la Revue africaine, 1884, page 253, les détails véridiques donnés par AL Féraud sur cette affaire légendaire.)