‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 92 sur 202 · Non parent des Oukaci de Tamda · texte numérisé non relu

Non parent des Oukaci de Tamda

2. Cet épisode n’a pu être connu 'que par des témoins indigènes, mais tous, témoins ou accusés (à l’exception de Omar-Oukaci), ont raconté les faits de la même façon et tels qu’ils sont relatés ici.

3. Le père nous resta fidèle et nous rendit des services; mais ses üls, Alohammed-Saïd, Mohammed-Sghir, Ilassène et El-Itaoussine, se firent remarquer par leur acharnement contre nous. Tous quatre furent séquestrés nominativement; le premier eut cinq ans de travaux forcés.

se met à leur poursuite à la tête d'un groupe qui ne cesse de tirer sur les fugitifs. Brassenhauer, resté un peu en arrière, tombe blessé, et, changeant de direction, il se traîne en rampant dans un champ broussailleux. Mais il a été vu, et, sans plus se soucier des autres colons, la bande entière se précipite sur lui. Il se relève, croise la baïonnette, et, par sa Hère attitude, impose un instant à ses agresseurs ; mais trois coups de feu le font tomber de nouveau; on l’achève à coups de matraque, et un nommé El-hadj-Rabah-ben-Lounis lui tranche la tête.

Les rebelles reviennent alors à Ben-Ncboud, dont ils achèvent le pillage et dont ils brûlent les maisons.

Quant aux quatre autres colons, ils arrivèrent sans encombre à Dellis, au moment où toutes les crêtes voisines de la place se couvraient de contingents rebelles et où une barque était envoyée à Alger pour informer de la situation. »

Le 19 avril, les indigènes dévastèrent toutes les maisons de campagne de la petite banlieue. Procédant le plus souvent avec beaucoup de méthode et en gens pratiques, ils chargeaient des bourriquots et des mulets de tuiles, d’outils de jardinage, et de poutrelles arrachées aux habitations.

On ne pouvait songer à faire une sortie contre eux, car on n’avait pas en ville assez d’hommes pour assurer la garde des remparts, qui, en raison de la configuration du sol, ont un développement excessif et laissent de grands vides entre l’enceinte et les constructions. Tous les hommes valides, soldats et miliciens, étaient sur pied, et on n’avait pu constituer ni réserves ni piquets pour faire des patrouilles. Cependant la ville était encombrée d’indigènes qui, quoique fort paisibles, donnaient néanmoins des inquiétudes à la population civile.

Dans la nuit du 19 au 20, les rebelles, devenus plus entreprenants en raison de notre inaction, vinrent rôder assez [très des remparts. On les éloigna à coups de fusil, mais il n’y eut pas d’attaque.

Le 20, vers huit heures du matin, une reconnaissance de 12 spahis, commandés par le maréchal des logis Ahmed-Taïeb-ben-Si-Moula ', fut envoyée à l’extérieur, avec mission de se rapprocher autant que possible de l’ennemi, sans s’engager. Un détachement de 30 zouaves les suivait pour protéger leur retraite, le cas échéant.

Les spahis arrivèrent jusqu’aux premières crêtes et virent qu'il n’y

1. Parent de Si-Moula-Naït-Ameur, dont il est question au chapitre vi, page 269. 11 a pris sa retraite comme officier décoré.

LA KHOUANNERIE

avait là que 300 hommes environ armés de fusils ; 300 ou 400 autres étaient avec eux, mais ils n’avaient que des sabres, des pistolets et des matraques.

Après avoir reconnu plusieurs membres de la famille de Mahieddine parmi les chefs et notables commandant ces rebelles, les spahis rentrèrent sans avoir eu d’engagement.

Les deux jours suivants, les Qbaïls restèrent sur ces positions, bien groupés, mais hors de portée de nos canons, et se bornant à former autour de la place un cercle infranchissable.

Le 22, à dix heures du matin, le Jura entra en rade, ayant à bord un millier de mobiles de l’Hérault, dont 400 restèrent à Dellis: il dé barqua de grands approvisionnements de vivres et de munitions. Pendant ce temps, les Taourga, Beni-Tour, Beni-Slyem, Beni-Ouaguenoun, etc., étaient en mouvement et se concentraient aux environs de la ferme «incendiée de Boumedas.

Le 23 avril, à cinq heures du matin, le général Hanoteau faisait sortir par la poterne de Sidi-Souzane une corvée de ioO indigènes, commandés par le capitaine Huber, chef du bureau arabe, et protégés par un détachement de zouaves. Cette corvée était chargée de couper les broussailles et de déblayer le pied de l’escarpe en avant de la poterne.

Pendant que s'exécutait ce travail, l’aviso le Limier quittait la rade et ' allait canonner le village d’El-Assoua, où étaient rassemblés de nombreux contingents kabyles.

A sept heures et demie, les Taourga et les masses ennemies, qui couvraient les hauteurs autour de la ville, descendaient, ayant pour objectif évident une attaque vers la mer entre le bastion 13 et la batterie 15.

Les travailleurs sont aussitôt rappelés et en un instant des zouaves, des marins, des mobiles et des miliciens occupent les créneaux.

Dès que les rebelles, conduits par les fils de Mahieddine et par ceux de caïd Lounis, sont en vue et à portée, ils sont accueillis par une vive fusillade et par quelques boîtes à mitraille [qui les arrêtent net. S’embusquant alors derrière tous les obstacles, dans les rochers du bord de la mer et dans une batterie de cote inachevée, ils engagent contre nous des feux de tirailleurs remarquablement bien dirigés.

Mais, au bruit de la fusillade, le Limier est revenu; ses obus, lancés avec précision dans les ravins et les anfractuosités qui ne sont pas vus de la place, débusquent en partie les assaillants.

L'aviso le Daim , qui arrive sur ces entrefaites, croise ses feux avec

DELLI S

ceux du Limier et achève de dégager les abords de la place; au bout d’une heure eL demie, il ne reste plus que quelques tirailleurs isolés qui s'acharnent à tirer jusqu’au soir, alors que les contingents ont regagné Boumedas.

Dans cette affaire, nous n’avons que deux blessés, un matelot du Daim et un mobile.

On était absolument sans nouvelles de l'intérieur des tribus; les émissaires envoyés n’avaient pas* reparu ; on sut, plus tard, que le plus dévoué d’entre eux, Si-Amar-ou-Mohand , amine-el-oumena des Aït-Ouaguenoun, qui, les premiers jours, nous avait bien renseignés, avait été arrêté à Taourga, garrotté et gardé à vue.

Il fallait cependant savoir à quoi s’en tenir; il y avait, parmi nos agents indigènes lestés à l’extérieur, des gens dont le silence ne s’expliquait pas, car ils s’étaient trop souvent compromis à notre service pour avoir fîiit cause commune avec les khouans, les mécontents et les inconscients.

L'interprète militaire Guérin, attaché au général Hanoteau, fut envoyé, dans cette même journée du 23 avril, en mission auprès du caïd des Isser-el-Ouidane, Dali-Ahmed-ben-Hossaïne, qui passait pour dévoué à la France, et dont l'habitation était au bord de la mer.

L'interprète Guérin, accompagné de deux indigènes de confiance, monta à bord du Daim, qui, rangeant la côte au plus près, afin de montrer ses canons aux indigènes, le débarqua à l’embouchure de l'Isser.

A l'approche du canot accostant le rivage, des bergers s’éloignent en appelant ; quelques Qbaïls en armes apparaissent, mais n'osent s’avancer : Guérin dépêche alors ses deux indigènes à la maison du caïd, avec un mot l'invitant à venir conférer sur la plage. Dali-Ahmed arrive presque aussitôt à cheval, et, contrairement aux habitudes de déférence des chefs indigènes vis-à-vis des officiers ou fonctionnaires français, et même contrairement aux usages courants de la politesse entre personnes de même rang, il ne met pas pied à terre, et salue sans quitter la selle.

Notre envoyé n'accepte pas cette impertinence, quia fait sourire les nombreux Qbaïls spectateurs, et, sans s’émouvoir, il décline au caïd sa qualité « d’envoyé du général commandant la subdivision ». Dali- Abmed ne bougeant pas, Guérin ajoute : « Puisque c’est ainsi que vous recevez le délégué du général, il est inutile que je vous entretienne de ma mission ; vous êtes avec les ennemis de la France, je vous quitte, et, dans un instant, votre bordj sera canonné. »

LA KHOUANNERIE

Le caïd se décide alors à mettre pied à terre; il fait éloigner les assistants, puis, n'étant plus ni surveillé ni écouté, il donne, de bonne grâce et avec véracité, des renseignements précis sur ce qui s’est passé. 11 fait savoir, entre autres choses, que Omar-ben-Zamoun, Saïd-ben-Ahmed, président du douar d’El-Richa, et d’autres indigènes, ont chez eux des Européens prisonniers, qui sont en sûreté et bien traités, car « ces indigènes les gardent pour se faire pardonner et bien venir si les Français sont victorieux, et pour en tirer une bonne rançon si les khouans sont vainqueurs, avec l’aide de Dieu ».

Il déclare aussi que. lui et les autres chefs des Issers, Ouled-Smir, Djeddiane, Drouh, ne voulaient pas se révolter, mais que, ne pouvant être protégés par nous, ils ont dû se mettre du côté des plus forts. « Si une colonne vient, nous serons les premiers à nous soumettre et à combattre de tout cœur dans vos rangs, car nous n’aimons pas les khouans et nous ne voulons pas de leur autorité ; mais, jusque-là nous ne pouvons rien pour vous, si ce n’est vous donner des renseignements quand vous viendrez en demander comme aujourd'hui; mais ce serait nous compromettre que de recevoir vos émissaires ou de vous en adresser. »

L’interprète Guérin engagea le caïd à avoir une attitude plus nette; il lui demanda, comme gage des bonnes intentions qu’il manifestait, son jeune fds, qui serait emmené à Dellis, et resterait l’hôte du général. Le caïd refusa, disant que cela le compromettrait inutilement aux yeux des rebelles.

On se sépara sur ce refus, après avoir échangé quelques formules banales de politesse; et le soir, à onze heures, 1 q Daim, qui avait débarqué M. Guérin à Dellis, apportait à Alger le récit de cette entrevue.

Il avait été précédé par le Limier, qui avait remis un rapport sommaire sur les combats de la journée et qui avait amené le caïd Lounis, dont la présence à Dellis exaspérait les colons.

Le départ des deux avisos était sans inconvénient, car la frégate YArmicle venait d’arriver à Dellis et avait mis à terre ses compagnies de débarquement pour renforcer la garnison.

Il y eut toujours un ou plusieurs bateaux de guerre en rade de Dellis; aussi les Qbaïls, renseignés sur la puissance de notre artillerie de marine, ne tentèrent aucune attaque contre la ville, mais ils maintinrent étroitement le blocus.

Le 27 avril, une sortie fut faite pour réparer la conduite d’eau d'Aïn-Kandok, coupée par les insurgés. Il n’y eut pas d'engagement,

DELLIS

la conduite fut remise en état , mais clans la nuit elle fut de nouveau coupée, et de façon à ne pouvoir plus être rétablie en quelques heures.

Dans cette même nuit du 27 au 28, les rebelles mirent aussi hors de service la conduite d’El-Assoua et brisèrent ta porte du château d’eau de la troisième conduite, dite de Bouabada.

Le 28, une reconnaissance put, sans être sérieusement inquiétée, malgré l'échange de quelques coups de fusil, remplacer la porte du château d’eau par un mur solide et bien cimenté, qui le mit à l’abri des destructions ultérieures. La ville était, du reste, pourvue d’excellents puits, et elle n’avait pas à craindre de manquer d’eau potable.

Dans cette même journée du 28, sur un autre point, au pied des remparts, le troupeau fut attaqué, et sa défense nous coûta la vie d’un matelot.

Le 29, ce fut une corvée de bois qui essuya le feu de l’ennemi, sans d’ailleurs avoir personne de blessé.

L’investissement se resserrait, ou plutôt les groupes chargés du blocus devenaient plus entreprenants; mais ils restaient toujours massés hors de portée de nos canons et sur des positions qu'il eût été inutile d’aller attaquer, car on ne pouvait songer à les conserver, et elles étaient trop éloignées de la place pour gêner la défense.

Les choses continuèrent ainsi jusqu'au 0 mai sans incident particulier1.

1. La suite des faits relatifs à la région de Dellis se trouve au livre III, chapitre i : Du Secaou a la mer.

PALESTRO

(1!) avril-23 avril.)

Aiamal et Aït-Khalfoun. — Griefs contre le maire. — Question du marché. — Propos inquiétants. — Entrevue du chef d’annexe avec les chefs indigènes (13 avril). — Demande de secours 15 avril). — Conciliabule sur le marché des Aït-Khalfoun; l’attaque est décidée (19 avril). — Incendie des meules ; pilla.ges et dévastations autour du village (20 avril). — Sauvetages isolés. — Lettre du caïd des Animal (20 avril). — Attaque et prise du presbytère (21 avril). — Fuite de quatre Européens (21 avril). — Attaque de la gendarmerie (22 avril). — Pourparlers. — La bande des Zouatna. — Massacre de trente et un colons (22 avril). — Itùle de Saïd-ou-Ali. — Attaque de la maison cantonnière; nouveaux pourparlers; désarmement et départ en captivité des quarante survivants (22 avril). — Arrivée des captifs chez Saïd-ou-Ali (23 avril). — Régime des prisonniers. — Départ de l’Alma du colonel Fourchault (23 avril). — Son arrivée à Palestro ; inhumation des victimes (24 avril). — Combat chez les llou’derbala ; arrivée au Fondouq (25 avril).

Le village de Palestro, créé par arrêté du 18 novembre 1869, el érigé en section distincte de la commune mixte de Dra-el-AIizane, le 17 mars 1870, avait été installé sur des terrains domaniaux entourant l’ancien gîte d’étape, ou konak turc, du pont de Ben-Hinni, sur l isser.

Les 546 hectares composant la dotation de ce village de cinquanteneuf feux n'avaient donc pas été pris, même par expropriation forcée, aux tribus voisines 1 , Animal et Aït-Khalfoun.

Les Animal avaient été, sous les Turcs, rayas de l’agha d’Alger. Depuis 1830, ils n'avaient été inféodés ni à un soif ni à une personnalité politique ou religieuse. Habitués à obéir et à gagner leur vie en

1. Les tribus à l’est de la Mitidja ont été administrées jusqu’au 10 février 1879 par l’autorité militaire; un chef de bureau arabe installé à l’Arba, et plus tard à Tablat, était chef de l 'annexe d’Alger. En 1871, les Ammal relevaient de cette annexe.

LA K110UANNERIE

travaillant, ils étaient de mœurs paisibles et faciles à administrer. Ils avaient cl’abord vu sans déplaisir l'installation du village français : c’était pour eux une garantie de paix et de sécurité vis-à-vis des Aït- Khalfoun, contre lesquels ils avaient de vieilles inimitiés.

Ces Aït-Khalfoun relevaient de Dra-el-Mizane; ils occupaient dans la montagne 3o hameaux fortement organisés en 3 toufiks comprenant ■4,389 habitants. A peu près indépendants sous les Turcs, ils n’avaient jamais payé l’impôt au dey que contraints et forcés par des colonnes qui venaient camper à Ben-llinni. Ils avaient les qualités et les défauts des Qbaïls du Djurdjura, et avaient toujours été très redoutés des paisibles Animal.

Animal et Aït-Khalfoun venaient d’ailleurs volontiers travailler ou commercer au village français, qui semblait placé dans des conditions excellentes.

Cependant, quand le village fut à peu près créé, il y eut entre les colons et les indigènes plusieurs froissements. L’adjoint spécial, à qui on donnait ordinairement le nom de maire, était entrepreneur de travaux; il employa des gens du voisinage, et, ayant eu souvent avec eux des difficultés lors des règlements de compte, il s’était créé des ennemis particuliers; aussi, d’une façon générale, était-il peu sympathique aux indigènes; mais c’était là une question d’ordre privé et qui eût été sans gravité, si à ces griefs d’ouvriers à patron n’étaient venus s’en joindre d’autres intéressant les collée tivités indigènes. Pour la commodité des colons, et dans l'intérêt des finances de la section de commune, on avait décidé la création d’un marché à Palestre. C’était la ruine du marché des Animal, qui se tenait le vendredi, et un préjudice relatif à celui des Aït-Khalfoun, qui avait lieu le mercredi. Ces deux tribus intéressées avaient vivement protesté : car, en Kabylie, les indigènes attachent à leur marché une importance extrême; avoir un marché n’est pas seulement une question commerciale, c’est avant tout une question de prestige et d’honneur pour la tribu.

On avait passé outre, mais le caïd des Animal, El-hadj-Amed-ben- Dahmane, avait déclaré au maire que tous les notables des Animal useraient de leur influence pour empêcher les indigènes de fréquenter le marché de Palestro.

L’irritation causée par cette affaire avait été, dès les premiers mois de 1871, exploitée par les moqaddems, qui s’étaient entremis pour réconcilier les Animal avec les Aït-Khalfoun, et pour faire adhérer ces derniers à l'ostracisme prononcé contre le marché des chrétiens.

U y eut, à cette occasion, des allées et venues insolites entre les deux tribus, et l'attitude des indigènes était devenue moins bonne. Certains propos avaient été tenus auxquels l'état général du pays donnait une signification inquiétante. C’est ainsi que, clans une salle d’auberge, le fils du caïd des Animal, moitié sérieux, moitié plaisantant, avait dit en arabe en montrant des yeux une jeune fille française : « Si on se bat, en voici une qu'il ne faudra pas tuer, je la prendrai pour femme. » La jeune fille comprenait l’arabe; elle décida sa famille à partir tout de suite pour l'Alma.

Dans les premiers jours d’avril, le maire, M. Basselti, étant venu à Alger, avait signalé les craintes de ses administrés et l'attitude peu bienveillante des indigènes.

Le 13 avril, le sous-lieutenant Desnoyer, chef de l’annexe d’Alger, avait réuni à Palestro les chefs des Animal, Aït-Klialfoun, Zouatna, Senhadja et autres tribus voisines. U avait vaguement rassuré le maire, tout en l’engageant à prendre des précautions pour ne pas être surpris, et à user d’une grande prudence dans ses relations; en même temps, le 15, il avait envoyé à ses chefs un rapport concluant à l'envoi d’urgence, dans cette localité, d’un détachement de deux à trois cents hommes. Cette démonstration lui paraissait nécessaire pour raffermir la situation et pour utiliser, pendant qu'il en était temps encore, le crédit et la bonne volonté de nos agents indigènes, sur lesquels, depuis le 11 avril, les moqaddems Rahmanya exerçaient une action néfaste et dangereuse pour nos colons.

11 n’avait pas été possible d’envoyer ce faible secours : la situation était la même partout, et, de tous les côtés, les mêmes demandes étaient faites par nos agents, militaires, civils ou indigènes.

A Palestro, les colons, de plus en plus inquiets, se préparèrent à la lutte et s’exercèrent au maniement des armes que le maire leur avait rapportées d'Alger.

Le 17 avril, El-hadj-Ahmed-ben-Dahmane écrivait encore au chef d'annexe pour lui signaler le caïd Sàïd-ou-el-lladj, des Khrachna-el- Djebel, comme ayant pillé et brûlé des maisons isolées : il ajoutait, détail inexact, que lui et la fraction des Ouled-Dahmane avaient combattu les Khrachna rebelles.

A la même date à peu près, le nommé Saïd-ben-Ramdane, amine des Ihazzamène 1 (Aït-Klialfoun), disait à M"10 Bassetti : « Par la vérité

1. Ilazama en arabe, écrit à tort Azama dans la plupart des documents officiels.

LA K H O U A i\ N E R I E

de Dieu, crois-moi, Madame, laisse là ton mari et va-t’en à Alger; toi, tu es bonne, les autres sont mauvais, il ne faut pas que tu restes ici. »

Le mercredi 19 avril il y eut une affluence extraordinaire sur le marché des Aït-Khalfoun, à la suite de convocations lancées par les moqaddems du pays. Là se rencontrèrent les notabilités religieuses et les chefs investis de douze fractions ou tribus : Ammal, Zouatna, Senhadja, Beni-Menade, Aït-Khalfoun, etc.

Dans cette réunion, il fut décidé que la nuit même on se grouperait dans les ravins autour de Palestro, et qu’on attaquerait le village dès le point du jour.

La nuit venue, les Aït-Khalfoun se rassemblent en effet, au nombre de Irois cents, dans un ravin près du village. Le maire, prévenu par un de ses anciens domestiques, Hamida-ben-Salem 1 , envoie aux informations un de ses employés, Boudjma-ben-Ahmed 2. Celui-ci déclare qu'il n'a rien vu; mais le maire reste habillé et prêt à tout.

Le jeudi 20 avril,- à six heures du matin, des enfants de colons, envoyés pour prendre du foin aux meules situées à côté du village, accourent en disant qu'on vient de mettre le feu aux meules, et qu’ils ont entendu des balles siffler à leurs oreilles : ce qui était vrai.

Au même instant, Mme Y***, qui venait de partir pour Alger dans une voiture particulière, revenait, disant que la route était barrée par des bandes armées. Elle n’avait été l’objet d’aucun acte hostile, mais elle avait cru sage de ne pas essayer de passer.

Le maire lit aussitôt sonner le tocsin et battre la générale : en quelques instants on fut rassemblé et en état de défense; l’éventualité d’une attaque était depuis longtemps prévue, et les trois maisons de la gendarmerie, de la cure et des ponts et chaussées avaient été d’avance désignées comme devant être exclusivement occupées.

Cette dernière, plus solidement construite que les autres, et ayant une terrasse, était la mieux aménagée pour la résistance. On y installa 12 femmes, 14 enfants et quelques miliciens, sous les ordres du conducteur des ponts et chaussées et du garde champêtre. Ce fut là aussi où l'on rassembla le plus de provisions.

Le maire Bassetli et le brigadier de gendarmerie occupèrent la caserne. Le capitaine Auger du génie, alors en mission dans le village, se chargea de la défense du presbytère.

A peine ses dispositions étaient-elles prises que, sur le bordj du

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