‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 93 sur 202 · PALES T K · texte numérisé non relu

PALES T K

caïd des Am mal, on voyait hisser et agiter le drapeau de la kouba de Baba- Ali.

A ce signal, de tous les côtés surgissent des groupes armés qui se répandent autour du village, mais qui évitent avec soin de s’approcher du groupe des trois maisons, dans lesquelles ils voient les colons sur la défensive; ils ne s'attaquent qu'aux habitations isolées. La ferme et la briqueterie du maire sont les premières pillées et incendiées; un ouvrier européen, qui s'y trouve encore, se défend et est tué. Presque en même temps, une bande conduite par Mohammed-Bourahla, amine des Aït-Nzar (des Aït-Khalfoun), saccage la maison Broussais. Là aussi se trouve un Européen isolé, resté comme gardien : il ne lui est rien fait, car il est connu et aussitôt couvert par l’anaya de Moliammed-ou-el-hadj-ou-el-llaleli, qui l’emmène dans la montagne.

Sur la route nationale, deux Espagnols isolés sont entourés, dépouillés, mais ont la vie sauve. La maison cantonnière de Zbourboura est envahie; ses deux habitants ne sont pas molestés. El-hadj-Amar, de la fraction maraboutique des Ouled-Aïssa (ou Cherfa-el-Qalaa) , les prend sous son anaya et les emmène chez lui avec l'assistance d'Alimed-ben-Amar des Aït-Khalfoun.

Deux ou trois autres isolés sont de même protégés par des individualités mêlées aux pillards.

Pendant toute la journée on saccage les environs du village, et les rebelles tiraillent jusqu’au soir sur le gros des habitations, sans d’ailleurs s’approcher beaucoup : ce sont des gens qui ne résistent pas au plaisir de faire parler la poudre; mais il n'y a, en somme, aucune attaque combinée contre les trois maisons en état de défense.

Si-Saïd-ou-Ali-ou-Aïssa, amine-el-oumena des Aït-Khalfoun, monté sur un cheval noir, est venu avec quinze ou dix-huit cents hommes, camper à 1,400 mètres du village, sur la limite du terrain des Animal, qui hésitent encore à s'engager en masse.

Le caïd El-hadj-Ahmed-ben-Dahmane, jadis le plus acharné contre le maire, évite de se compromettre. Il est inquiet, et, en fin de compte, il se décide à écrire au chef de l’annexe. Dans cette lettre, qui porte la date du 40 avril, El-hadj-Ahmed-ben-Dahmame dénonce Ali-ben-Salah, moqaddem et Oukil des pauvres, « comme ayant distribué des munitions aux Animal, et les ayant conduits devant le village de Ben-Henni (Palestro) avec les contingents des Aït-Khalfoun; les colons, ajoute-t-il, sont étroitement bloqués, les communications et l’eau sont coupées; ils ne peuvent boire; quant à moi, avec tous L’ Insurrection de 1811. 20

mes frères des Ouled-Dahmane, nous veillons nuit et jour. Et maintenant c’est à vous d’aviser. »

En écrivant celle lettre dans la soirée du 20 avril, El-hadj-Ahmedben-Dahmane espérait sans doute faire retomber sur ses anciens ennemis, les Aït-Khalfoun et le moqaddem Ali-ben-Salah, la responsabilité des faits qui venaient de se passer. En outre, au cas où un escadron de cavalerie serait arrivé en temps utile pour dégager le village, cela lui aurait permis de se poser, lui, sa famille et sa fraction, comme ayant eu le monopole du dévouement.

Quoi qu’il en soit, quand, le 21 au matin, l’envoyé du caïd arriva en vue de l’Alma, il dut s’arrêter : les Ivrachna étaient en train de se battre contre nos avant-postes. Il ne put remettre sa lettre que fort tard dans la journée, et Alger ne fut prévenue que dans la soirée.

A Palestre, la nuit du 20 au 21 avril avait été troublée par de nombreux coups de feu dont le but était surtout de tenir les colons en éveil et de les fatiguer. Au point du jour, des bandes d’Ammal et de Zouatna1 partirent du bordj du caïd, autour duquel étaient massés de douze à quinze cents fusils, et ils marchèrent sur le village.

A la tête du groupe principal on remarque le moqaddem Moharnmed-ben-Lounis qui, monté sur une belle mule noire, porte déployée la bannière de la kouba de Baba-Ali. Il marche droit sur le presbytère, mais la fusillade qui accueille les rebelles leur fait éprouver de telles pertes qu’ils renoncent à une attaque de vive force. Les Qbaïls s’embusquent alors dans les maisons, pratiquent des créneaux dans les murs et concentrent leur feu sur la cure, pendant que d’autres s’occupent à dévaliser les habitations ou à abattre quelques pans de murs afin de se rapprocher tout en restant abrités. Us finissent, vers le soir, par arriver ainsi dans l'église, qu’ils garnissent de tirailleurs.

Pendant toute cette journée, Mohammed-ben-Lounis, toujours sur sa mule noire, toujours portant la bannière de Baba-Ali, se promena, au pas, impassible et psalmodiant à pleine voix ses prières au milieu

]. L'origine des Zouatna remonte à 1638 où, une révolte de couloughli ayant eu lieu à Alger, les rebelles furent internés sur ce point, où ils formèrent bientôt une tribu puissante; les Turcs alors les utilisèrent, comme maklizène, pour défendre la route de Constantine et le pont de Ben-IIinni. Dès 1830, mal vus de leurs voisins, ils s'étaient rapprochés de nous, ce qui leur valut en 1838 d'ètre razzés par l’émir Abd-el-Kader, qui les lit poursuivre jusque sur le Bouzegza. En 1842, quand le général Bugeaud arriva au pont de Ben-Hinni, ils l'accueillirent avec joie et se soumirent pour ne plus bouger. En 1869, ils furent divisés en deux douars-communes : les Bouderbala et les Mosbaha. Ces derniers furent les plus nombreux et les plus compromis des deux douars dans l’attaque, le pillage et le massacre de Palestro.

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