‹ Histoire de l'insurrection de 1871 en AlgérieChapitre 98 sur 202 · LA IC U OU ANNE RIE · texte numérisé non relu

LA IC U OU ANNE RIE

les avaient mis en demeure de faire cause commune avec les rebelles ou d’être razzés.

Cet envoi de secours était impossible, puisque les troupes étaient alors à Biskra avec le colonel Adler ; le caïd de Batna, Si-Ahmed-bel- Cadi, fut invité à partir avec le chikh et les cavaliers de sa zmala, car cette tribu relevait de son caïdat. Pour toute réponse, le caïd1 se prit à pleurer, et déclara qu’il ne pouvait rien faire sans être soutenu par des troupes régulières.

Les Ouled-Chelieh partirent donc seuls, avec de vagues promesses de secours et l’invitation de se réfugier, le cas échéant, sous le canon de la ville.

Le chikh Messaoud-ben-Zouari revint dans la soirée avec ses deux mêmes compagnons. Il annonça que 1,500 à 2,000 fusils étaient groupés au Teniet-Beghich et au Djebel-Gountas et que le lendemain Slimane-ben-Drouhaï et Ben-Rahmoun, à l’incitation du moqaddem des Rahmanya, Si-Mohammed-Seddik, et des Ouled-Chelieh-Guebala, attaqueraient les établissements européens du Ravin-Bleu, de Fesdis et d’El-Mader; les Oulecl-Chelieh-Dahra tenaient bien encore pour nous, et ils étaient disposés à aider nos soldats, s’ils se présentaient, mais ils étaient débordés, et, s’ils n’étaient pas secourus et soutenus la nuit même, ils allaient être forcés de suivre le gros de la tribu.

Le maire de Batna fut aussitôt avisé de ces graves nouvelles, qui intéressaient surtout le territoire de sa commune; sans perdre de temps, il lit rentrer d’urgence les habitants des endroits signalés.

De nouveau Ahmed-bel-Cadi fut mandé au bureau arabe et prié de tenter quelque chose, ne fût-ce qu’en allant seul, sur sa mule, comme simple marabout, annoncer aux Ouled-Chelieh le retour de la colonne Adeler (déjà prévenu par télégramme) et l’envoi de troupes de Constantine. 11 fut impossible de rien obtenir de ce vieillard apeuré et larmoyant.

Le chikh Messaoud-ben-Zouari et les deux kebars partirent navrés et certainement leur émotion n'était pas feinte : c’était pour eux la ruine dé l’influence de leur soff, qui depuis 1845 s’était appuyé sur les Français, c’était l’humiliation d’avoir à s’effacer et à se traîner à la suite du soff rival, désormais maître de la tribu.

1. Ce même caïd, en 1844, par sa seule influence maraboutique, nous avait fait obtenir, sans coup férir, la soumission des O. Chelieh, TIet, Ouled-el-Cadi, Haracta-Djerma et El-.Mader, Lakhedar-Halfaouïa, (J. Ali-Tahaunnenit et Zoui.

Pendant ces pourparlers, arriva de la scierie Sallerin un émissaire portant un billet répondant à la lettre remise la veille par le chikh Brahim-ben-Ncib. Ce billet, très court, disait en substance :« Merci de vos renseignements et de vos offres, la situation n'est pas aussi grave que vous le croyez ; j'ai autour de moi une centaine d'Ouled-Chelieh qui me gardent, je les connais, et je puis compter sur eux. — Veuve Sallerin. »

Au reçu de ce billet, le chef du bureau arabe obtint du commandant intérimaire de la subdivision l’envoi immédiat à la scierie d un détachement de cinquante hommes du 3e bataillon d'Afrique. Ce détachement devait rester en plaine jusqu'à la ferme Recurt, et, de là, monter à la scierie1, où, selon l’état du pays, il aurait eu à se retrancher ou à faciliter le retour des colons et des ouvriers.

Mais déjà il était trop tard : quand le détachement, parti à minuit, arriva dans la plaine, il vit une grande lueur dans la direction de la scierie, qu’un incendie achevait de consumer.

Dans la soirée cet établissement avait été entouré par les bandes de Ahmed-ben-Rahmoun et de Slimane-ben-Drouhaï, auxquels Slimaneben-Ali-ben-Aïssa et Sahnoun-ben-Rodbane, moqaddems des Ouled- Rabah, avaient amené un millier de fusils des Ouled-Soltane.

Le moqaddem Mohammed-Seddik, un des chefs du soft' des Ouled- Chelieh-Guebala, mit alors en demeure les gens de sa tribu gardiens de la scierie de se joindre tout de suite aux contingents de la guerre sainte ou d'avoir, dans la nuit même, leurs maisons brûlées et leurs troupeaux razzés. Ceux-ci cédèrent; la scierie fut envahie, et les bandits d'Ahmed-ben-Rahmoun, pour mieux compromettre les Ûuled- Chelieh, encore hésitants, massacrèrent sans pitié Mme Sallerin, trois eiifantSvCt douze ouvriers européens, qui, surpris par la défection des Üuled-Chelieh, ne purent se défendre. Le feu fut ensuite mis à la scierie.

Pendant ce temps, sur l’Oued-el-Ma, à l’autre scierie dirigée par M. Prudhome, le chikh Brahim-ben-Ncib avait réuni deux cents fantassins des Halimya, et les Européens faisaient leurs préparatifs pour partir le lendemain ±2 avril.

Ce jour-là, vers sept heures et demie du matin, les bandes armées qui venaient de piller la scierie Sallerin descendirent des crêtes dans le Ravin-Bleu, et, grossies des Ouled-Chelieh-Guebala, elles procédèrent au pillage des fermes et maisons isolées. Un Européen, rentré la veille

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