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CHAPITRE III La Répression

Les nouvelles officielles de l'entrée des insurgés à Lanta, Caraman, Montesquieu, Montgiscard, Nailloux, Auterive, Muret et Saint-Lys, et delà défaite des colonnes républicaines envoyées contre eux àCastanet et à Lanta, arrivèrent successivement à Toulouse et y produisirent une profonde émotion.

En présence de ces faits alarmants et des progrès incessants et rapides d'une insurrection qu'elle n'avait su ni prévoir ni prévenir, et qui menaçait le département tout entier et arrivait aux portes de Toulouse, l'administration centrale de la Haute-Garonne, siégeant en permanence depuis la veille, se détermina à prendre des mesures rigoureuses mais nécessaires.

Elle commença tout d'abord par mettre en vigueur la loi du 24 messidor que nous avons reproduite dans ses dispositions essentielles. Puis elle constitua un comité militaire chargé de la défense du département, ordonna la concentration à Toulouse de toutes les brigades de gendarmerie disponibles et la réquisition des chevaux néces-

LA RÉPRESSION ISS

saires aux services militaires. Le premier de ces arrêtés était ainsi conçu :

« Du 20 thermidor an vu, à sept heures du soir.

« La permanence continuant,

« Tous les symptômes d'une contre-révolution « se déployant de la manière la plus évidente, les {( moments étant précieux et le département de la « Haute-Garonne se trouvant dans les cas prévus « par la loi du 24 messidor an vu sur la répression « des brigandages et des assassinats à l'intérieur ;

« Ouï le commissaire du Directoire exécutif,

« L'administration centrale arrête :

« Article premier. — Il y a lieu d'appliquer « dans la commuiie de Toulouse la rigueur de « l'article 2 de la loi du 24 messidor dernier.

« En conséquence, l'administration municipale « de la commune de Toulouse est requise de s'as- « surer, par tous les moyens légaux, et ce sans « le moindre délai, de tous les individus compris « dans quelqu'une des classes exprimées dans « l'article 2 précité.

« Art. 2. — Le général Aubugeois, en qui la « confiance du gouvernement est placée; qui pos- « sède entièrement, parce qu'il en est digne, celle « de l'administration centrale, est invité et, en tant « que de besoin, requis de prendre toutes les me- « sures militaires que les circonstances exigent « pour conserver à la République la ville de Tou- « louse et le département de la Haute-Garonne,

154 INSUBRECTION DE l'an VII

4 la sagesse, le zèle et l'énergie du général offrant « à l'administration centrale une garantie suffi- « santé.

« Extrait du présent sera de suite transmis à « l'administration municipale de Toulouse, au « général Aubugeois et au Directoire exécutif par « l'intermédiaire des ministres de la guerre, de « la police générale et de l'intérieur.

« Délibéré à Toulouse les jour, mois et an « que dessus.

« Caissel, président ; Barrau, Leygue, « Desbarreaux, Camparan, adminis- « trateurs ; V. Lamagdelaine, com- « missaire du Directoire exécutif; « 'QÉG\3\\A.KT,seerétaire-général{l). »

Le lendemain, 21 thermidor (7 août), l'administration centrale ordonna aux citoyens Servoisier, payeur-général du département, et Lefèvre, receveur-général des contributions directes, de transporter de suite à la maison commune leurs caisses , registres et pièces comptables, et adressa l'appel suivant aux républicains du département:

« L'administration centrale de la Haute-Garonne « aux républicains de ce département.

« SÉANCE permanente

<f du 21 thermidor an vu de la République française une,

« indivisible et impérissable.

« Républicains !

« La République est en péril imminent!...

(1) Arch, de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VU, liasse 3.

LA BÉPBESSION 155

u Des brigands royaux en grand nombre ont « levé l'étendard de la révolte ! Des drapeaux a blancs et les cris séditieux de : Vice le Roi ! « sont leurs signaux de ralliement. Leurs projets u sont d'assiéger Toulouse. Le parc d'artillerie est « leur point de mire. Ils espèrent pouvoir tuer la u liberté en s'emparant de cette commune popu- « leuse qui toujours lui servit d'asile. Ils regar- « dent avec raison ce centre comme le poste le « plus important et le plus difficile à emporter. « Quant aux cantons, ils se flattent d'avance d'en « être facilement les maîtres. Ils se trompent, les « scélérats!... Vous marcherez contre eux et ils « auront vécu !...

« Nous faisons un appel à votive patriotisme. « Volez à notre secours , il en est temps , et tout « sera sauvé !

« La présente proclamation sera imprimée pour « être sur-le-champ envoyée dans tous les can- « tons et y être affichée et publiée dans toutes les a communes de l'arrondissement.

« Fait à Toulouse les jour, mois et an que « dessus.

« Ca^ssel, président; Barrau, Desbar- « REAUX, Leygue, Camparan, Gclmi- « nistrateurs ; Lamagdelaine , coni- « missaire du Directoire exécutif; « BÉGuiLLET, secreïai>e-^endra/(l). »

(1) Arch. delaHte-Gne, Insurr.de Van Vil, liasse 3.

156 INSURRECTION DE l'aN YII

Ce chaleureux appel fut suivi le lendemain de l'arrête qui suit :

« Da 22 thermidor an vu de la République franraise « une et indivisible, à deux heures du matin.

(( La permanence continuant,

(( Vu par l'administration centrale son arrêté « du 21 courant ;

« Vu- la pétition présentée par un grand nomce bre de citoyens de la commune de Toulouse, « tendant à provoquer l'exécution de la loi du « 24 messidor an vu sur la répression des brigan- « dages et des assassinats à l'intérieur;

« L'avis de l'administration municipale de Tou- « louse portant que, pour arrêter les progrès des « ro^^alistes insurgés et être assurés que les « républicains, dans le cas d'attaque, n'auront rien « à redouter de leurs ennemis existant dans la « commune, il est de la dernière urgence de « s'assurer momentanément, et pendant le dan- « ger qui nous menace, des personnes capables « de servir les projets des contre-révolutionnaires (( et d'inquiéter les républicains amis de la patrie ; « et sans préjudice néanmoins de l'exécution de (( la loi du 24 messidor dernier, dont les disposi- (( tions sont appliquées à la commune de Tou- « louse par l'arrêté de l'administration centrale (( du jour d'hier ;

« Vu enfin les articles 1, 2, 3 et 4 de la loi pré- <( citée ;

« Considérant que le département delà Haute--

« Garonne se trouve dans les circonstances u malheureuses prévues par la loi ;

« Que le péril est tellement imminent que la « liberté et la Constitution républicaine de l'an m, « ainsi que tous les bons républicains qui l'aiment « et la chérissent, sont dans le plus grand danger ;

« Qu'il résulte des rapports faits par les déta- « chements rentrés hier au soir que les brigands (( royaux s'avancent à grands pas vers la com- « mune de Toulouse, et que ladite commune est « sur le point d'être cernée, par conséquent privée « de toute communication avec le dehors ;

« Qu'il résuite aussi des renseignements parve- « nus à la police civile que ces brigands sont com- (( mandés par des chefs delaclasse ci-devant noble, (( par des parents d'émigrés et des émigrés même « qui se sont jactés de trouver parmi leurs parents a et leurs nombreux amis des appuis et de puis- « sants renforts , au moyen desquels tous les « établissements républicainement constitués se- « ront anéantis et remplacés par d'autres con- (( formes aux instructions dont sont nantis les « commissaires brevetés de Louis xviii, ainsi que « l'administrstion en a la certitude matérielle;

« Que d'ailleurs ces rapports coïncident parfai- « tement avec les mouvements qu'ont tentés la « nuit dernière les royalistes de Toulouse, de « s'emparer de la ville comme ils se sont emparés « des armes du poste de la place du Salin ;

« Considérant enfin qu'une sanguinaire héca-

158 INSCaaECTIà.N de l'an VII

<{ tombe de républicains est méditée pour sceller « l'entrée de ces hordes barbares d'égorgeurs <( dans le chef-lieu du département;

« D'après ce douloureux mais trop puissant <c motif, l'administration centrale du département « de la Haute-Garonne,

« Ouï le commissaire du Directoire exécutif, « Arrête :

a Article premier. — L'administration muni- « cipale est requise de prendre, dans sa sagesse, « toutes les mesures propres à assurer l'exécution « de la loi du 24 messidor dernier sur la répres- « sion des brigandages et des assassinats à l'in- « té rieur.

« Art. 2. — Elle prendra, sans perte de temps, « des otages dans les classes des individus men- (( tionnées dans l'article 2 de la loi précitée. Elle « déterminera, d'après ses connaissances locales, (( le nombre des dits otages, de telle sorte que le « salut de la Ri'publique puisse être à l'abri de « toute atteinte de leur part.

« Art. 3. — Elle déposera les otages dans la « maison nationale, dite des Carmélites, et elle « observera d'apporter a l'exécution de cette « rigoureuse mais indispensable mesure toute la « prudence et les précautions dont elle est suscep- « tible. Elle évitera surtout d'exercer à l'égard des « dits otages aucun acte de rigueur qu'ils ne « rendraient pas nécessaire par la violence ou « une coupable résistance.

« Art. 4. — Extrait du présent arrêté sera « transmis aux ministres de la police générale, « de la guerre et de l'intérieur, avec invitation de « faire approuver par le Directoire exécutif et, en « attendant, vu l'urgence, il recevra son exécu- « tion provisoire.

« Un extrait en sera sur-le-champ adressé à « l'administration municipale.

« Délibéré à la permanence, dans une des salles « de la maison commune de Toulouse, les jour, « mois et an que dessus.

« Caissel, président ; Barrau , Camparan , « Leygue, Desbarreaux, administrateurs; « V. Lamagdelaine, commissaire du Diu rectoire exécutif; Lacoste, pour le « secrétaire-général (1). »

Cet arrêté fut suivi de deux autres pris le même jour. 'Par le premier, l'administration centrale étendait à tout le département l'application de son arrêté de la veille relatif à l'exécution de la loi du 24 messidor , et par le second elle ordonnait à toutes les administrations municipales de faire arrêter toutes les personnes qui, par leurs actes ou leurs propos, auraient témoigné ou témoigneraient de leur connivence ou de leur sympathie pour les insurgés.

Ces mesures quelque peu violentes et excessives étaient motivées par la situation critique dans

(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VIT, liasse 3.

160 l\SURaECTI9.\ DE l'aN VU

laquelle se trouvaient la ville de Toulouise et le département de la Haute-Garonne. La ville, pleine de réfugiés des campagnes et des cantons voisins, était très agitée. La surprise et le désarmement du poste de la place du Salin et le rassemblement royaliste dont parle Du Mège, qui s'était formé la nuit précédente près de l'hôtel de l'Académie, dans le but d'aller surprendre l'arsenal pour donner le signal convenu aux insurgés stationnés sur le coteau de Pech-David, avaient surexcité au plus haut point tous les esprits. La générale battait dans toutes les rues appelant les républicains à la maison commune. Les postes avaient été doublés, les portes de la ville fermées, et on armait ses remparts des gros canons que possédait l'arsenal. L'administration centrale s'attendait à une attaque nocturne de la part des royalistes de la ville ou à la voir cernée et assiégée par les seize mille rebelles existant à ses portes ou à quelques heures de marche (1). C'est pourquoi elle prenait ces dispositions belliqueuses, et les membres de la municipalité : Paul Vaïsse, président; J.-F. Aubegès, Bellan cadet, Corbet, F. Deville, C. Marie, en permanence comme l'administration centrale, avaient pris un arrêté ordonnant à tous les citoyens d'illuminer leurs croisées pendant la nuit afin d'éclairer les rues et les places publiques, les prévenant qu'on procéderait à l'arrestation de

(1) Ministère de la guerre (archives historiques), Correspondance militaire générale, basse du 6 août.

quiconque serait rencontré hors de chez lui après la retraite.

L'état général du département ressemblait en tous points à celui de la ville de Toulouse. La population des campagnes, très surexcitée, était en l'air. Les ouvriers des champs, petits propriétaires ou cultivateurs, avaient abandonné les travaux si précieux et si pressants de la moisson pour rejoindre les bandes royalistes ou pour les combattre. Cet abandon, de la part des paysans de l'un et de l'autre parti, donne la juste mesure de leur surexcitation. Des cantons déjà cités, l'insurrection avait gagné toutes les communes des cantons de Saint-Sulpice-de-Lézat, de Beaumontsur-Lèze , de Rieux , de Cintegabelle , de Noé , Carbonne , Cadours , Léguevin , Lévignac , et s'étendait dans l'Ariège et dans l'Aude. De Paulo occupait Saverdun avec deux mille hommes et menaçait Pamiers, pendant que les rebelles de Lombez et de Samatan entraient à l'Isle-en-Jourdain et se portaient de là sur Gimont, Cologne, Mauvezin et Montfort, dans le Gers.

Cependant le comité militaire, composé des citoyens Pasquier, commandant de place, Lemonnier, ex-général, Vicose et Laval, ex-adjudants généraux, Carivenc fils et Martres, chefs de bataillon, Esquerré et Arbousset, capitaines, Barrau, administrateur du département, et Corbet, administrateur municipal, s'occupait activement de la défense de la ville et de la région. Il se réunit

162 • INSDRBECTION DE l'aN VU

pour la première fois le 21 thermidor (7 août), à deux heures du matin, et resta jour et nuit en permanence jusqu'au 27, concentrant dans ses mains tous les pouvoirs, faisant des réquisitions d'hommes, de vivres, de chevaux, dirigeant les opérations militaires, correspondant avec les municipalités du département et des départements voisins, nommant les chefs de corps et prenant, par des arrêtés, toutes les mesures propres à vaincre les rebelles et à rétablir l'ordre. Mais, après l'arrivée à Toulouse du général Gommes, commandant provisoirement les 9^ et 10® divisions militaires, l'administration centrale prit, le 26 thermidor, un arrêté prononçant la dissolution du comité militaire, motifs pris de ce que l'existence de ce conseil était incompatible avec les pouvoirs du général en chef, du commissaire des guerres et du commissaire ordonnateur qui, seuls, doivent avoir la direction des troupes en marche et des subsistances. Néanmoins, ce comité avait rendu de grands services'en organisant une force publique à opposer aux rebelles, en dirigeant les opérations militaires et en donnant de l'unité au commandement (1).

Il est certain que si, après leurs petits succès de Deymes et de Lanta, les insurgés, au lieu de perdre leur temps à installer des consuls dans les communes à la place des agents municipaux,

(1) jMinistère de la guerre (archives historiques), Correspondance militaire générale, liasse du 13 août.

avaient profité du désordre et de la panique qui les suivit et marché rapidement et résolument sur Toulouse, en concentrant sur ce point les quatre mille hommes qu'ils avaient à Caraman et Lanta, les cinq mille qui occupaient Muret et Saint-Lys, les trois à quatre mille stationnés à Auterive ou à Saverdun avec de Paulo, et ceux qui étaient concentrés à Castanet et sur le plateau de Pech- David, celte ville pouvait être surprise et emportée par un coup de main dans la nuit du 21 au 22, alors que les rebelles campés à Pech-David tentèrent seuls de pénétrer dans le faubourg Saint- Michel. Mais il faut reconnaître que si l'administration centrale avait manqué de prévoyance et s'était pour ainsi dire endormie dans une fausse sécurité alors que l'orage s'annonçait de toute part, les chefs insurgés, qui avaient si longuement médité et organisé leur complot, manquèrent absolument de décision, d'activité et d'énergie. On pourra dire à leur décharge que leurs troupes étaient inhabiles, mal armées, mal organisées; mais il est surabondamment démontré qu'en ce moment celles des républicains l'étaient encore plus mal, puisqu'elles n'existaient point. Cela ressort clairement de deux arrêtés du comité militaire. Le premier, en date du 21 thermidor, appelle sous les armes toute la garde nationale de Toulouse, active ou sédentaire; le second, daté du 22, ordonne l'organisation de cette garde nationale et des détachements étrangers qui sont

164 INSURRECTION DE l'an VU

venus ou qui viendront à Toulouse pour combattre les rebelles, en compagnies régulières de cinquante-huit hommes et en bataillons de dix compagnies. On forma ainsi onze bataillons , dont un d'élite, et un escadron de chasseurs à cheval commande par le capitaine Fontètes, de Toulouse (1). Ce n'était donc, de part et d'autre, que des troupes de volontaires inexpérimentes, se valant au point de vue militaire et obéissant, les uns à l'appel de la loi ou à la voix du patriotisme, les autres à des calculs intéressés , des sentiments fanatiques ou à la haine du gouvernement de la République. Avant cette date du 22 thermidor, la ville de Toulouse n'avait, pour répondre à une attaque imprévue, que trente-quatre chasseurs à cheval du 14® régiment, nous l'avons déjà dit, et cinq à six cents hommes de garde nationale active. Pour doubler les postes à la première nouvelle du mouvement contre-révolutionnaire, et pour former les colonnes mobiles qui combattirent les insurgés à Deymes, à Lanta, à Pech-David, à Colomiers et à l'Isle-en-Jourdain, on fut obligé de faire appel à la garde nationale sédentaire et aux républicains de bonne volonté. A ce moment, les postes établis dans la ville étaient au nombre de trente-trois et occupaient neuf cent soixante-treize hommes.

Il ne faut pas perdre de vue que la ville de

(1) Arch. delà VUe-Gnc, Insurr.de l'an YII, liasse 2.

Toulouse ne comptait guère, à cette époque, que soixante mille habitants au plus, et que malgré ses murs d'enceinte, elle n'aurait pu résister à une attaque combinée avec les royalistes de l'intérieur, très nombreux et fort bien disposés, mais qui, comme ceux du dehors, manquèrent d'audace ou peut-être d'entente.

Quoi qu'il en soit, la nouvelle du soulèvement contre -révolutionnaire fut portée à Albi, le 19 thermidor, par un exprès venu de Lavaur pour annoncer à l'administration centrale de ce département qu'un rassemblement de quatre mille brigands s'était emparé de Lanta, Caraman, Saint- Félix, Auriac et Saint-Julia, et se dirigeait sur Lavaur par Mouzens et Cuq-Toulza. Dès le 14 thermidor, la municipalité de Lavaur avait été prévenue de ce mouvement insurrectionnel par l'agent municipal de Loubens qui le fixait au 16 de ce mois (1) ; mais il n'éclata que dans la nuit du 18 au 19, ainsi que nous l'avons vu. Ce fut la municipalité de Caraman elle-même qui en apporta la nouvelle à Lavaur. Cette ville dirigea immédiatement cent gardes nationaux sur Caraman et expédia un courrier à l'administration centrale du département du Tarn pour l'informer de ce qui se passait. L'administration centrale requit immédiatement les administrations municipales de Gaillac et de Pujdaurens d'expé-

(1) Ministère de la guerre (arch. histor.), Correspondance militaire générale, liasse du 8 août.

dier sur-le-champ, vers Lavaur, des colonnes mobiles de gardes nationales aussi fortes que possible. Elle donna en même temps Tordre aux brigades de gendarmerie de Gaillac, Saint- Paul, Lacaune, Rabastens et à une brigade d'Albi de partir pour Lavaur. Le commandement de toutes les forces réunies dans cette dernière ville fut confié au chef d'escadrons de gendarmerie Izos, avec pouvoir de requérir sur sa route toutes les gardes nationales dont il animait besoin pour vaincre et disperser les brigands. Mais lorsque Izos arriva à Lavaur, les colonnes de cette ville, de Gaillac et des localités voisines étaient parties sous la conduite du citoyen Azéma, ancien chef de bataillon, et arrivaient au Bourg-Sain^t-Bernard dans la soirée du 20, au moment où les républicains de Toulouse et de Verfeil étaient aux prises avec les insurgés de Lan ta. Le lendemain, 21 thermidor, Azéma écrivait à l'administration centrale de la Haute -Garonne pour lui demander des munitions, des armes, des vivres et un officier général capable de diriger ses troupes. Le conseil militaire désigna l'adjudant général Vicose, l'un de ses membres. Vicose était un officier supérieur de l'armée d'Italie rentré à cause de ses nombreuses blessures. Il partit immédiatement pour le Bourg avec son adjoint Amalric et y arriva dans la soirée du même jour (1).

(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr.de l'an VII, liasse 16.

LA RÉPBESSION 167

Pendant ce temps, une autre colonne de quinze cents hommes environ se formait à Puylaurens, au moyen des contingents de cette ville, de Castres, de Mazamet et du contingent de Revel qui la rejoignit après la prise de Saint-Félix et de Saint-Juiia.

En arrivant au Bourg-Saint-Bernard, le général Vicose y trouva le chef d'escadrons de gendarmerie Izos qui refusa obstinément de lui céder le commandement de ses troupes. Cela ressort d'une lettre écrite le 25 thermidor à l'administration centrale du Tarn par le comité militaire, dans laquelle il dit « qu'il lui dénonce la conduite « plus que suspecte du chef d'escadrons Izos qui, « par son entêtement et un amour-propre déplacés, « a failli compromettre la chose publique. C'est « ainsi que le 21 du courant il a refusé de céder « le commandement des troupes de votre dépar- « tement au général Vicose, que nous avions « envoyé au Bourg sur la demande du citoyen u Azéma, commandant des gardes nationales qui « y étaient campées. Toutes les instances du « général, même l'offre de se mettre sous ses « ordres comme simple aide de camp, furent « inutiles, et Vicose se vit obligé, malgré les pouce voirs réguliers dont il était muni, de se retirer « en présence de troupes qui le huèrent. Izos ne « voulut jamais marcher ni sur C iraman ni sur u Toulouse et il est certain qu'' aurait agi de « même le 23. s'il n'avait appris qi.o les forces par-

168 INSURRECTION DE L'aN Vil

« ties de Revel, après avoir délivré Saint-Félix et « rejoint celles de Puylaurens , allaient délivrer « Saint-Julia et Auriac, puis Caraman , sans sa « participation. Nous vous laissons , citoyens « collègues , dit le comité militaire , le soin « d'apprécier cette conduite et de prendre à l'égard (( de ce chef indigne telles mesures que vous « jugerez convenables (1). »

L'administration centrale du Tarn défend le commandant de ses troupes et dit, dans une lettre du 27, « qu'Izos est un bon citoyen , qu'il ne doit « y avoir eu entre lui et Vicose que le désir d'être « le premier à attaquer et à vaincre les insurgés « concentrés à Caraman. Comme toutes les forces « réunies au Bourg venaient, à peu de chose près, « du Tarn, Izos pensait que c'était à lui à les com- « mander. Quant au refus d'un grand nombre de « ces troupes de se porter sur Toulouse après avoir « arraché à leur prison les patriotes de Lanta, « cela venait de ce que les républicains du Tarn « n'avaient quitté spontanément leur famille que « dans le but exclusif de délivrer Caraman et de « rentrer chez eux (2). »

Ces raisons, relativement fondées, ne sauraient excuser en rien le chef d'escadrons Izos d'avoir manqué à tous ses devoirs en refusant de céder son commandement à un. chef supérieur en grade

(1) Arch. de la Hte-Gne, Insuir. ae L'an VII, liasse 2.

(2) Ici., ibid., liasse 16.

LA RlîPaESSION 1G9

et muni de pouvoirs réguliers délivrés par le conseil militaire de défense. Cette conduite, de la part d'un officier appartenant à l'armée régulière, était impardonnable et nous comprenons le langage du comité militaire à son égard. Elle était d'un mauvais exemple et pouvait amener des conséquences fâcheuses, car elle introduisit l'indiscipline dans cette colonne. Heureusement que le citoyen Sévérac aîné, membre de l'administration centrale du Tarn et commissaire délégué près de ce petit corps d'armée, arriva le lendemain de la rentrée de Vicose à Toulouse, c'est-à-dire le 22 thermidor (8 août), et fit décider l'attaque de Caraman pour le 23. Voici comment il raconte lui-même cette affaire à ses collègues de l'administration centrale du Tarn :

« Au quartier général, à Caraman, le 23 thermidor « an VII, à huit heures et demie du matin.

« Citoyens collègues,

« Je me suis hâté d'aller, avec quarante cava- « liers, joindre l'armée républicaine du Tarn, « division de Lavaur, campée au Bourg-Ber- « nard, fatiguée de son inaction. J'ai fait, avec « seize cents hommes seulement, de concert avec « les chefs de l'entier corps d'armée, une tenta- « tive qui a réussi, après toutefois nous être con- « voqués en conseil de guerre et avoir discuté pence dant deux heures sur tous les moyens praticables. « Le seul de ces moyens, auquel nous avons cru

170 INSUaBECTlON DE l'aN VU

« devoir nous arrêter, a été celui qui reste pour « dernière ressource aux républicains : l'attaque. « Je monte en conséquence à cheval, décoré des u marques distinctives de ma place.. Je fais rasce sembler l'armée et, après lui avoir fait connaî- « tre l'objet de ma mission, je la harangue et lui « promets de marcher à sa tète. On bat la géné- « raie à deux heures du matin et nous dirigeons « notre marche sur Caraman où nous savions « l'ennemi retranché, fort de deux mille hommes « et muni d'une belle pièce d'artillerie du calibre « de quatre.

« Arrivés devant Caraman, nos forces se diviu sent en trois colonnes précédées de quelques « tirailleurs. Les tambours battent la charge et, « malgré le feu de la pièce de quatre, nos troupes « entrent dans Caraman la bayonnette en avant et « s'emparent du canon, qui nous servira pour le « département. Les ennemis ont pris la fuite dans « le plus grand désordre. La cavalerie d'Alby, qui « nous a servis avec le plus grand courage et beau- « coup de succès, les a chargés vigoureusement. « L'ennemi a perdu en to it eeal vingt hommes , « et nous n3 nous sommes* j'is aperçus qu'aucun « de- nous ait reçu la moindre blessure. Marchant (( toujours à la tête de la division, j'ai été cons- « tamment témoin du courage de nos braves qui « ont fait des prodiges.

« On doit de grands éloges à la conduite cou- « rageuse, ferme et soutenue du citoyen Azèma,

tk RÉPBESSION 17 I

<( chef de bataillon, qui s'est distingué dans cette <( occasion. Cette victoire ne nous a coûté <c qu'une heure de temps. Je n'ai pu voir sans « verser des larmes d'attendrissement cent vingt (( patriotes que nous avons eu le bonheur de ren- « dre à la liberté et qui s'attendaient de jour en « jour à être égorgés. Vive la République!

« Sévérac aîné (1). »

Bien que ce rapport ne dise rien du différend survenu entre Vicose et Izos, il le confirme par son silence même et donne un grand poids à la version du général qui déclare, dans une lettre du 22 thermidor, qu'arrivé au Bourg-Bernard à une heure et demie du matin pour prendre le commandement des troupes stationnées sur ce point, il n'a pas trouvé dans le chef d'escadrons Izos tout le bon vouloir désirable, mais qu'il a fini par obtenir que sa colonne le suivrait à Lanta pour combattre les insurgés, et que ces insurgés ayant disparu à leur approche, il avait voulu amener à Toulouse cette colonne, forte de deux mille six cents hommes ; mais que les chefs et les soldats lui ont carrément déclaré qu'ils entraient au Bourg et que s'ils ne recevaient pas dans la journée les armes, les munitions et les vivres qu'ils réclamaient vainement depuis deux jours, ils regagneraient, tous, leurs foyers. Dans cette situation , ajoute Vicose, il ne m'a pas été possible d'opérer le mou- Ci) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 16.

172 INSUBBECTION DE l'aN VII

vement convenu et je suis reparti pour Toulouse avec cinquante fantassins et huit cavaliers.

La menace faite au général Vicose dut se réaliser le lendemain, puisque cette colonne était réduite presque de moitié le 23 et que Sévérac ne put attaquer Caraman qu'avec seize cents hommes. Il convient toutefois de reconnaître que cette espèce de désertion était pour ainsi dire légitimée par le manque presque absolu de bonnes armes, de vivres et de munitions, malgré les réclamations pressantes et réitérées du citoyen Vidalot, commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale de Caraman, qui avait suivi l'armée de Lavaur, et auquel le comité militaire répondait : « Procurez-vous des vivres par des « réquisitions et par tous les moyens possibles. « C'est par suite de cette réponse qu'il se présenta, le 21 thermidor, chez le citoyen de Bourg, à Saussens, suivi d'un détachement armé et accompagné du citoyen Auriol-Langotier, agent municipal de la commune de Loubens. Cette visite inattendue amena une scène sanglante que le dit de Bourg raconte comme suit, dans une plainte •'' adressée au citoyen Rabaud le jeune, délégué du gouvernement à Toulouse, le 6 nivôse an viii (30 décembre 1799) :

« Citoyen délégué,

(( Le 19 thermidor dernier, il y eut quelques « troubles à Caraman, Des hommes pervers en

LA. PÉf'ftVSSlON 173

« prirent prétexte pour aller dans les communes « voisines commettre des excès.

« Le 20 thermidor, ma maison fut tout à coup « entourée par des détachements sans chefs d'une a force armée, à la tête de laquelle étaient les « citoyens Vidaloi, commissaire du Directoire u exécutif, et Auriol-Langotier, agent municipal « de Loubens, administrateur du canton de « Caraman.

« Je vis à peine ces gens armés accourir que « mon fils, capitaine de cavalerie, et moi, leur « offrîmes des rafraîchissements qu'on leur dis- <*. tribuait et tout ce qui pouvait dépendre de nous. « Mais à l'instant, mon malheureux fils reçut un « coup de fusil qui l'étendit mort sur ma porte. « Aussitôt cette bande forcenée s'élança sur moi, « s'empara de ma femme, et après nous avoir fait « marcher sur le corps sanglant de notre fils, on « nous jeta sur une charrette. On affecta de nous <( y mettre ainsi en spectacle deux jours de suite ; « on nous traduisit avec notre domestique dans « les prisons de Lavaur et, de là, dans celles de « Toulouse où j'ai resté cinq semaines, tandis « que le meurtrier de mon fils a toujours été et « est encore libre dans la commune de Loubens.

(( Dès qu'on se fut débarrassé des maîtres de (( la maison, on a enfoncé et brisé les portes des « armoires et mes effets ont été mis au pillage. « Quelque argent et mon portefeuille ont disparu « avec ce que j'ignore. Sous prétexte de nourrir

174 INSURRECTION DE l'aN \1I

« l'armée, on tua quatre de mes plus beaux « bœufs de labourage, deux veaux de lait, un a troupeau de moutons et deux chèvres laitières. « On m'enleva tout ce que j'avais de vins et de « bouteilles de liqueurs, d'avoine, de légumes, « une charretée environ de foin, puis on s'empai*a « de quatre-vingts septiers de blé qu'on fit verser « dans les magasins du citoyen Blanc Roaix, à « Caraman, qu'on a constamment refusé de res- « tituer, malgré un arrêté de l'administration (( centrale. Sur cos quatre-vingts septiers, il y en « avait vingt-cinq de vendus au citoyen Vaïsse, « qu'on a également refusé de rendre.

« Le citoyen Janroux, cordonnier de Caraman, « membre de la garde mobile, s'empara, le jour « du pillage, d'une jumentet il n'a pas été possible (( de la lui faire rendre par l'autorité militaire « dont il dépendait.

« Je n'ai pu ni me faire restituer mes effets, « mes denrées, ni m'en faire payer la valeur, pas « même en bons de réquisitions pour le payement « de mes impositions.

« Dans cette triste situation, citoyen délégué, « je vous demande justice, puisque vous promettez « de ne tolérer aucune vexation.

{( De Bourg. »

Quelque regrettablesquesoientles faits exposés par le citoyen de Bourg, et tout en respectant l'esprit et les termes de sa plainte, il nous est im-

LA RÉPBESSION 175

possible d'admettre que son fils ait été, brutalement et sans motifs, tué juste au moment où ils offraient des rafraîchissements au détachement armé, guidé par Vidalot, et qui n'était pas sanschefs puisqu'il avait à sa tête le commissaire du Directoire exécutif du canton et un agent municipal. Il dut y avoir quelque rixe ou quelque résistance de la part du capitaine de cavalerie. Quant aux réquisitions et à l'enlèvement des vivres de toute sorte, ils étaient le résultat, ou mieux la conséquence, de l'état de guerre provoqué par la rébellion des coreligionnaires politiques du citoyen de Bourg et des mauvais exemples qu'ils avaient donnés, comme nous l'avons vu. C'était une nécessité dépendant de la situation qu'ils avaient créée; il fallait la subir et se rappeler que la violence appelle la violence et la justifie.

La prise de Caraman arrêta l'insurrection, si elle ne l'anéantit pas, à l'est de la Haute-Garonne, et l'empêcha de s'étendre rapidement dans le Tarn, l'Aude et l'Aveyron. Cet heureux résultat fut exclusivementdû au patriotisme, àl'activité et à l'énergie des citoyens du département du Tarn qui se levèrent en masse et formèrent, en quarante-huit heures, une armée de plus de cinq mille hommes fort habilement disposée en deux colonnes ou divisions, dont l'une, partie de Puylaurens avec quinze cents fantassins et deux cent quarante cavaliers, parmi lesquels étaient des hussards, prenait les insurgés à revers et leur

176 INSDRBECTION DE l'an \'H

enlevait successivement Saint -Julia et Auriac, pendant que l'autre, partie de Lavaur, leur barrait la route de Toulouse et s'emparait de Caraman, leur quartier général. Ces deux corps se joignirent à Caraman quelques heures après l'entrée de Sévérac dans cette ville.

D'après une lettre de l'administration municipale de Puylaurens, Auriac aurait été pris de vive force le 23 au matin, et les rebelles y auraient perdu soixante /zommes, y compris le chevalier de Saint-Louis Delor qui les commandait. Delor fut tué par un hussard. Il était décoré de tous les insignes de ses titres et qualités et portait une ceinture pleine d'or, trois montres à répétition et trois pistolets (1).

A Caraman, les républicains perdirent le commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale de Revel Cazeaux qui, épuisé par trois jours de fatigues, sans sommeil et sans repos, tomba de cheval dans la lutte et mourut des suites de cette chute. Voici ce que ce brave fonctionnaire écrivait de Revel, le 21 thermidor, à son collègue près l'administration centrale à Toulouse :

« Citoyen, « Le brigandage organisé par les ennemis irré- « conciliables de notre Constitution se fait sentir,

(1) Ministère de la guerre (archives historiques), Correspondance militaire générale, liasse du 9 août.

« depuis trois à quatre jours, dans nos contrées. M A Saint-Julia, hier matin, une bande de ces w scélérats y coupa l'arbre de la liberté, dé- « chira en lambeaux les écharpes municipales, le « drapeau de la garde nationale et foula aux « pieds les cocardes après les avoir arrachées aux « citoj^ens qui les portaient. Toutes ces horreurs « se sont commises en criant : Vive le Roi f Vive « Louis XVIII l

« Informé de cet événement terrible, je me « concerte avec l'adjoint municipal de cette com- (( mune et quelques bons républicains et je me « porte sur le lieu qui venait d'être le théâtre de u ces abominations. .Je fais redresser l'arbre de la « liberté au cri répété de : Vive la République ! « Les fonctionnaires publics de cette commune a s'étaient i^etirés pour ne point tomber sous leurs « coups meurtriers.

« Cinq à six viJlages limitrophes de ce canton « et de Saint-Félix ont éprouvé le même malheur. « Enfin, citoj^en commissaire, tout fait présager « des malheurs incalculables. Nous sommes sans « armes ; sentez quelle est notre position! Depuis « vingt-quatre heures je suis sur pied, harassé de « fatigue. Cependant, le péril se trouvant éminent, « nous nous sommes concertés cette nuit avec les « cantons de Sorèze, Dourgne, Puylaurens du « département du Tarn, et Castelnaudary de « l'Aude, pour aviser aux moyens de sûreté, et « peut-être pourrons-nous différer les incursions

« de ces brigands ; mais il nous faut des secours. « Caraman est le lieu où ils ont établi leur quar- « tier général. Leur nombre augmente tous les « jours par les recrues qu'ils font dans les villace ges où ils se portent. Le tocsin sonne de toute « part pour leur réunion et les patriotes devien- « nent leur proye, et ils les déposent dans une « prison de Caraman où, disent-ils, est leur tri- « bunal pour les juger.

« Les communications sont interceptées de tout « côté. J'ignore donc si l'exprès que je vous en- « voie vous parviendra.

a Veuillez, citoyen commissaire, nous faire « passer et du monde et des canons. Nos monta- « gnes favorisent le rassemblement de cette horde « impie, et si le mal n'est pas arrêté dans sa (( source, ce pays deviendra une seconde Vendée.

« N'hésitez pas, je vous prie, un seul instant à « venir à notre secours, et vous ferez approuver, « je l'espère, les mesures déjà prises et celles que « nous allons prendre vu le danger qui nous « menace.

« Salut et fraternité.

« Cazea-UX (1). »

Quant aux morts et aux blessés de toutes ces rencontres, nous ferons observer, une fois pour toutes, que le nombre en varie selon les narrateurs et qu'il est généralement exagéré dans les

(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 14.

rapports officiels, où les républicains ne perdent personne pendant que les révoltés perdent beaucoup de monde. La vérité vraie c'est que, dans tous ces combats, les républicains subissaient moins de pertes parce qu'ils étaient mieux armés, faisaient jouer l'artillerie, et que dans la défaite leur cavalerie sabrait impitoyablement les rebelles et faisait de nombreuses victimes. D'ailleurs, l'exaspération des volontaires républicains était très grande et bien naturelle, sinon excusable. Ils avaient été obligés de quitter les travaux si précieux de la moisson pour courir aux armes afin de défendre leurs personnes et leurs propriétés contre des actes de brigandage et des meurtres comme la mise à sac de la gendarmerie de Caraman , l'assassinat des deux femmes de cette ville et de Salbat , de Loubens. Aussi cette guerre futelle, dès le début, une guerre à mort, une guerre d'extermination , comme dit au ministre de l'intérieur le commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale de la Haute-Garonne dans un rapport du 26 thermidor :

(( Je ne terminerai pas cette lettre, citoyen mi- « nistre, sans vous présenter des observations qui « pèsent sur mon cœur et dont vous sentirez toute « l'importance. La guerre que font les royalistes « aux républicains, et réciproquement, est une « guerre d'extermination. Il est rare qu'on fasse « des prisonniers de part et d'autre. Les rebelles « se composent d'une multitude furieuse, mais

180 INSCRaECTlON DE l'\N VII

« mal armée. Les républicains sont en plus petit « nombre, mais mieux armés. Les premiers com- « battent avec une fureur qui approche du délire; « les seconds avec un courage plus calme et plus (( sûr de ses coups. Et chacun, ayant la certitude « de recevoir la mort s'il est vaincu, ne manque « pas de la donner sans miséricorde. Cela vous « explique pourquoi on fait si peu de prisonniers « et pourquoi les rebelles assassinent les répu- « blicains et pillent leurs maisons dans toutes les (( communes où ils entrent. Jamais guerre n'a « présenté aussi fortement les terribles caractères « des guerres civiles que celle qui se fait ici (1). » Nous n'ajouterons rien à ces observations aussi justes que judicieuses.

Cependant le général Vicose était arrivé àCarcassonne le 23 thermidor vers l'entrée de la nuit. Il prit immédiatement le commandement de toutes les forces républicaines qui s'y trouvaientréunies et convoqua tous les officiers supérieurs afin d'arrêter les mesures à prendre pour le Isndemain. Il fut convenu qu'on partirait au point du jour pour balayer les environs de Caraman et se porter sur Baziége et Montgiscard. Vicose informa le comité militaire de ces dispositions ; mais le lendemain, au moment du départ, l'armée républicaine qui, la veille, comptait environ quatre mille hommes, était réduite

(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an Vil, liasse 3.

de moitié par le départ de la colonne de Lavaur presque toute entière. Le général s'en montra plus satisfait que peiné ; car il l'avait quelque peu provoqué par le langage qu'il lui avait tenu. Après ce qui s'était passé entre eux à Lan ta, ce départ était plutôt, en effet, un bénéfice qu'une perte. Néanmoins , cette défection contraignit Vicose à passer la journée du 24 à Caraman, afin de réorganiser sa petite troupe et de lui donner plus de cohésion et d'homogénéité. Ce retard forcé lui permit de recevoir dans la soirée le premier convoi de munitions et de vivres venu de Toulouse et si souvent réclamé par Vidalot. Il se composait de quatre mille rations d'infanterie et de cavalerie et était dirigé par le commissaire des guerres Didier, chargé désormais de la police et des subsistances du corps de Vicose. La situation se régularisait et chacun des petits corps de troupes formés ou en formation avait son chirurgien et son apothicaire. Tarbès , médecin, et Faillies, ancien pharmacien des hôpitaux militaires, ayant offert leurs services au comité militaire, furent attachés en leur qualité à l'armée de Vicose. Le lendemain 25, ce géaéral, après avoir dispersé les insurgés des alentours de Caraman et pris deux drapeaux blancs, se dirigea sur Baziége. Voici comment le citoyen T..., attaché à l'étatmajor de Vicose, raconte la marche de sa colonne :

« Nous n'avons trouvé à Lanta que dix à douze

182 INSURRECTION DE l'aN Vil

« femmes éplorées qui nous offrirent des œufs. « Nous ne négligeâmes rien pour dissiper leurs (( alarmes. Caraman n'a encore pour habitants « que quelques patriotes. Cette commune n'offre u qu'une vaste solitude. Blanc a échappé aux « plus grands dangers. Je lui dois de la recon- « naissance pour les services particuliers qu'il « m'a rendus. A Baziège, les patriotes nous ont « reçus comme leurs frères, leurs libérateurs. « Delor^ le fourbe Delor , a été pris au camp des (( rebelles les armes à la main.. Il est dans les « prisons de Villefranche pour être incessamment « traduit devant la commission militaire. Labou- « cherolle fils, qui était à la tête des brigands, a « été tué. Son domestique, qui combattait à ses « côtés, a été fait prisonnier. A Villefranche, c'est « toujours le même enthousiasme patriotique. « Les républicains qui nous sont arrivés de l'Aude « se battent comme des lions. Nous n'avons trouvé « à Montgiscard que quelques femmes égarées « par le délire de la douleur. Nous sommes par- « venus à calmer leurs craintes. Elles ont fini « par nous apporter du vin et de l'eau que nous « avons acceptés : la fatigue et la chaleur nous en « faisaient un besoin. Des recherches faites dans « la commune ont procuré l'arrestation de quatre « brigands.

« Nailloux ne présente qu'une funèbre solitude. « Cinq hommes sont restés, tous les autres ont « fui.

« Nous ne sommes restés que quelques minutes « à Calmont. Des citoyennes sont venues à notre « rencontre en criant : Vive la République! et en « nous offrant des rafraîchissements. Nous assiéu geons le château de Terraqueuse, chef-lieu de (c la contre-révolution, ancienne propriété de a Paulo. Il ressemble assez , par son immense « étendue, à celui du ci-devant archevêque de « Toulouse. Quelques boulets ont été lancés sur « cet exécrable repaire. Encore un instant et il « sera entièrement dévoré par les flammes venge- « resses.

« Demain nous marchons sur..., où les brigands « sont réunis en force. Nous ignorons leur nomci bre; mais des hommes déterminés comme nous « à combattre jusqu'au dernier soupir comman- (i dent toujours la victoire.

« Je joins à la présente une lettre originale de « Paulo, que j'ai trouvée sur un brigand auquel « j'ai fait mordre la poussière. »

« Du quartier général de l'armée royaliste à Cinte- « gabelle, ce 12 août (26 thermidor) 1799.

« Vive le Roi Louis xviii!

« De par le Roi,

« Il est ordonné à tous les braves royalistes de

« venir se réunir à moi. Je leur promets de ne

• « jamais les abandonner. Les nouvelles du côté

« de Toulouse, il sont parfaite (^s«(?J. En sorte que

« bientôt notre bon roi sera reconnu par tou-

184 INSnRRECTION DE L A.N VU

« tes les provinces du Midi. Je vous embrasse à

« tous.

(( Le Comte de Paulo,

« Général de la province de Foix.

« A Monsieur Moulis, à Calmont (1). »

Nous avons reproduit la relation aussi claire que laconique du citoyen T..., parce qu'elle donne la mesure du triste état dans le(|uel l'insurrection mettait nos campagnes.

Maintenant que les révoltés de la rive droite de la Garonne, battus et dispersés, n'offrent plus de danger sérieux, revenons à Toulouse.

Nous avons laissé cette ville, le 21 thermidor, presque sans défenseurs. Elle n'avait à opposer aux insurgés campés sur les coteaux de Pech- David, à deux kilomètres de ses portes, que la garde nationale sédentaire, non organisée, et les colonnes battues à Deymes et à Lanta. Les insurgés étaient descendus en foule de leur position, le 21 au soir, et avaient marché sur le faubourg Saint-Michel. Une petite colonne d'infanterie et de cavalerie se porta à leur rencontre avec une pièce d'artillerie; un combat s'engagea et, après une légère escarmouche et quelques coups de canon , les rebelles regagnèrent le coteau dont ils étaient descendus, en laissant trois morts sur le champ de bataille.

Le coteau de Pech-David forme l'extrémité

(1) Journal de Toulouse, n° 117, 27 thermidor an VII,

nord du haut et riche p'ateau très accidenté qui sépare le petit Lei'S de TAriég-e et de la Gai*onne, et sur lequel sont assis les canions de Castanet, Monigis'tard et NaiDouv. Il se termine à Test par des peoi.es ondulées et fHversement inclinées jusqu'au canal du Lair-s.uedoc; à l'ouest, par des pentes raides, souvent à pic, qui baignent leur pied dans la Garonne, et au nord par une pointe, espèce de promontoire terreux du haut duquel on domine la ville de Toulouse et la vallée de la Garonne, à plus de cent mètres d'altitude.

Le lendemain , 22 thermidor (8 août), à huit heures du matin la générale battait dans les rues de Toulouse. Les gardes nationaux , les volontaires de la ville et ceux de la campagne réfugiés dans cette cité répondaient à l'appel et une troupe d'environ cinq cents hommes, infanterie et cavalerie, munie de trois pièces de canon, se massait sur la place de la Liberté. Le général de brigade Aubugeois, commandant la deuxième subdivision de la Haute-Garonne et provisoirement la dixième division militaire en l'absence du général Gommes, retenu à Perpignan, se mettait à la tête de cette troupe et se dirigeait vers le coteau de Pech-David où campait, depuis la nuit du 19 thermidor, un corps de sept à huit cents insurgés qu'il voulait déloger à tout prix, parce qu'il constituait un grand danger pour la ville de Toulouse. Arrivé à l'extrémité du faubourg Saint- Michel, au pied du coteau, le général Aubugeois

186 INSURRECTION DE l'aN VII

engagea l'action, et dès que l'action fut engagée, il détacha de sa troupe une petite colonne qu'il fit filerpar un chemin vicinal vers le village de Saint- Agne, afin de prendre les révoltés à revers pendant qu'il les attaquait de front avec son infanterie, sa cavalerie et son artillerie par les pentes relativement douces mais accidentées que le coteau offre au nord-est. Le général avait combiné son attaque de manière à acculer les insurgés sur la crête du coteau aux pentes abruptes qui bordent la Garonne, afin de les obliger à se rendre ou à se voir précipiter dans le fleuve. L'attaque fut prompte et énergi:[ue, mais les rebelles se défendirent vaillamment et il fallut employer l'artillerie pour rompre leurs lignes. Le combat dura près de deux heures. Il fut acharné de part et d'autre. Cependant les rebelles, voyant leurs rangs troués et emportés par la mitraille, commencèrent à plier, à se débander et à prendre la fuite. La cavalerie se mit alors à leur poursuite et les sabra sans pitié comme sans merci. Néanmoins, le général Aubugeois ne vit pas son plan se réaliser, parce que la colonne qui devait prendre les vaincus à revers fut arrêtée dans sa marche par un groupe d'insurgés retranchés dans le château de Niquet, près Saint-Agne. Cette colonne, surprise et vigoureusement assaillie par une vive fusillade partant des fenêtres et de la terrasse de ce château, se vit obligée, pour venir à bout de -cette résistance, de recourir au général Aubugeois

Lk RÉPRESSION 187

dont elle entendait le canon à un kilomètre environ. Ce général se hâta de lui envoyer une pièce d'artillerie avec un petit détachement qui la renforça. On fit jouer le canon, et les portes comme les croisées furent bientôt ouvertes. Les républicains se précipitèrent dans le château, la baïonnette en avant, mais n'y trouvèrent personne. Les rebelles, profitant de lacanonade, s'étaient enfuis par une porte de derrière donnant sur un bois. Tout fut brisé, pillé, dévasté, et on ne laissa rien de ce qui pouvait être emporté dans cette demeure princièreoù l'or s'alliait à la soie dans les meubles, les lit=:, les tentures, etc.

Comme leur voisin Bénaben, de Pouvourviile, le citoyen François Campielset sa femme Clémentine Montalembert, propriétaires du château de Niquet, adressèrent à l'administration centrale de la Haute-Garonne, le 20 brumaire an viii (10 novembre 1799), une pétition dans laquelle ils exposent : « Que la colonne partie de Toulouse, le 22 theru midor, pour chasser les insurgés de Pech- « David, se laissa persuader par des gens qui « cherchaient le pillage que des rebelles étaient (( cachés dans leur château, et sans requérir l'ouu verture des portes pour visiter l'intérieur les « canons furent de suite pointés contre les murs « pour les abattre et s'y introduire. Le maîtrece valet des pétitionnaires se présenta pour offrir « d'ouvrir les portes ; mais déjàles boulets avaient (( fait plusieurs brèches aux murs intérieurs et

J88 I^suRhECTION DE l'an VU

<( extérieurs. La force armée s'était introduite « avec tous ceux qui marchaient à sa suite et tout <( y fut brisé, pillé, etc. «

L'adminisl.raiion centrale s'empressa de transmettre cetie péi'j'on au général Aubugeois qui répondit par la le^ire suivante :

« Toulouse, 28 biumaire an viii (18 noveml're 1799).

« En réponse à votre lettre du 26 du courant, je n dois vous dire que le 22lherroidor demie»', lors- (( que l'action fut engagée contre les rebelles « insurgés sur les hauteurs de Pech-David, « j'ordonnai à une division de l'armée que je c^m- « mandais de tourner l'ennemi par la droite afin « de l'envelopper.

« L'officier chargé d'exécuter cet ordre fît son <i mouvement par la route qui conduit au château « que vous nommez Niquet. Il fut accueilli à (( l'abordage de la terrasse du dit château par un (' feu de file (lui sorlait de toutes les fenêtres. u Aussitôt il me dépêcha une ordonnance pour « me prévenir de ce qui se passait.

« J'envoyai à l'instant une pièce de canon pour « les protéger. La pièce joua, enfonça portes et (( fenêtres du dit château, dont les insurgés se « sauvèrent par les derrières.

« Le maître-valet, qui fut trouvé dansunamas « de foin, bien profondément enfoncé, déclara « qu'une partie de l'armée ennemie avait bivoua- « que, la nuit du 21 au 22, sur la terrasse, et

« plusieurs personnes du lieu assurèrent que « l'èiai, mijor était au château.

« I' est possible qu'il se soit commis beaucoup w de dilapidations, même des vols. J'ai vu seule- « ment beaucoup d'ornements d'église dont « plusieurs individus éi.aienc aîlublés> dans le (( moment où je faisais ma retraite sur Tou- « louse.

« Voilà, citoyens, tous les renseignements que « je puis vous donner.

« Salut républicain.

« AUBUGEOIS (1). »

Le Journal de Toulouse du 23 thermidor dit, en effet, « que le château de Niquet, repaire de a brigands, a été mis à sac. On a enlevé tous les « meubles et ornements que contenait la chapelle, « de telle sorte que la colonne est rentrée à Tou- « louse dans un attirail assez pittoresque. Les u caissons et les affûts des canons étaient chargés « de lauriers, de croix, de cierges et de chande- « liers; et pendantque tel fantassin était recouvert « d'une aube, tel cavalier portait une chape et tel « autre une chasuble. » C'est bien ici le cas de rappeler le mot de Montaigne que, dans les affaires les plus graves, il y a toujours quelque chose de farcesque.

La dame Montalembert et son mari Campiels

(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 10.

190 INSDRRBCTIOX DE LAN Vit

joignirent à leur plainte un état détaillé de tout ce qu'ils avaient perdu dans chaque pièce de leur château, au grand salon, au salon de compagnie, à la salle à manger, à la chambre jaune, la chambre bleue, la chambre rose, à la cuisine, la chapelle, etc.; mais ils ne donnèrent pas l'estimation de ces pertes qui durent être considérables, vu la richesse des meubles et des appartements de cette luxueuse demeure.

D'aprèsie rapportofficiel du général Aubugeois, le combat de Pech-David n'aurait coûté que deux cents hommes aux insurgés , y compris leur aumônier qui faisait le coup de feu avec un bon fusil de chasse à deux coups , plus un drapeau blanc; mais le procès-verbal du commissaire de police chargé de constater l'état des morts déclare qu'il fit lever trois cent cinq cadavres. Les républicains n'auraient eu que quelques blessés. Cela nous paraît difficile, et c'est le cas de dire que qui prouve trop ne prouve rien.

Au reste, la ville de Toulouse fut fort agitée pendant les journées et la nuit des 21 et 22 thermidor. On s'attendait à un soulèvement royaliste. De nombreuses patrouilles parcoururent de jour et de nuit les rues Montgaillard, Vélane, Nazareth, Perchepinte, Sainte-Scarbes, etc., etc. Les habitants de ces rues furent contraints d'éclairer leurs croisées pendant la nuit, et cinq pièces de canon étaient en permanence à la maison commune et sur la place de la Liberté. Ses portes étaient

Li RÉPRESSION lOt

fermées et on avait placé de l'artillerie sur se* remparts (1).

Le général Aubugeois voulait tirer les conséquences de sa victoire et marcher le lendemain sur Montgiscard afin de rompre le demi -cercle d'insurgés qui enserraient Toulouse de l'est à l'ouest et coupaient ses communications avec le Midi et les départements pyrénéens, lorsqu'on apprit le 23, vers cinq heures du matin, qu'une forte colonne de brigands, partie de Colomiers avant le jour, s'était emparée de Blagnac et se trouvait ainsi presque aux portes de Toulouse. L'administration de ce chef-lieu de canton, avertie par une pat roui Ile qui avait veillé toute la nuit, eut le temps de travej-ser la Garonne avec la plupart des patriotes, pour aller prévenir l'administration centrale de cette invasion.

Acette nouvelle inattendue, la générale fut battue dans toute la ville et, comme la veille, les volontairesaffluèrent à la maison commune. On organisa à la hâte une colonne de quinze cents hommes environ, dont deux cents de cavalerie avec six pièces de canon et on se mit en route. Arrivée entre Saint-Martin-du-Touch et "Colomiers vers onze heures du matin, cette colonne s'arrêta. Le général Aubugeois qui la commandait fit tire un coup de canon et lança ses troupes sur le village de Colomiers. Les insurgés étaient en train de

(1) Ministère de la guerre (arch. hist ), liasse du 28 août.

192 INSURRECTION DE l'aN VU

déjeuner sur l'Esplanade. Le bruit du canon troubla quelque peu leur repas. Ils coururent aux armes et la lutte s'engagea. Elle ne fut pas longue, car un très grand nombre de rebelles, plus séduits et trompés que coupables, s'empressèrent de fuir à travers champs pour gagner leur village ; mais la cavalerie se mit à leur poursuite et les sabra. Les plus braves, ou plutôt les plus intéressés ou les plus compromis, firent mine de se défendre dans le village et sur la grande route qui conduit à l'Isle-en- Jourdain; mais après un semblant de résistance , ils se retirèrent précipitamment sur cette dernière ville. Cette escarmouche de quelques instants coûta la vie à dix-sept royalistes et à quatre républicains. L'agent municipal de Colomiers fut pris au milieu des insurgés. Les chiffres que nous donnons sont officiels. Nous les avons relevés dans les pièces de procédure et demandes d'indemnité faites en 1824 par les veuves et les enfants des insurgés de l'an vu (1). Les vainqueurs s'empressèrent de délivrer les nombreux républicains enfermés dans l'église et quelesinsurgésdevaientpendre, disaient-ils, après leur déjeuner. La plupart d'entre eux se joignirent à la colonne et elle partit pour Pibrac afin de fouiller le vieux château féodal qu'on avait signalé à l'administration centrale comme bourré d'armes et de munitions. Mais on n'y trouva rien, et la

(1) Arch. delaHte-Gne, Insurr. de l'an VU, liasse 36.

petite armée bivouaqua dans les environs de ce village, d'où le général Aubugeois écrivit le lendemain : « Je pars pour l'Isle-en-.Jaurdain où les « fuyards se sont retirés et où nous entendons « depuis un moment une fusillade assez animée. « Je présume que les rebellés sont aux prises « avec les troupes du Gers qui doivent les pour- (( chasser, ce qui me donne l'espoir de les prendre (( entre deux feux. »

Le général Aubugeois se trompait en partie ; car le bruit de la fusillade ne venait pas de l'Isleen-Jourdain, mais du château de Clermont d'où le général Petit-Pressigny chassait les insurgés de Gimont, ainsi que nous le verrons bientôt. Quoi q^u'il en soit, ce général se porta, en effet, sur l'Isleen-Jourdain et y entra après un combat qu'il raconte comme suit :

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