LIBERTÉ, ÉGALITÉ
— (c L'Isle-en-Joupdaln, 24 llierm . an VII .
« Vive la République!
« Le général de brigade de la 2'^^ subdivision de « la 10^ division militaire aux membres compo- « sant le conseil militaire à Toulouse.
« Citoyens,
« A quatre heures du matin nous sommes « partis dePibrac et nous sommes rendus, à neuf « heures un quart, à l'Isle-en-Jourdain. A huit a heures et demie, nos éclaireurs ont rencontré, à (( une demi-lieue, trois vedettes de la commune
19 i INSURRECTION DE l'AN VU
« de risle-en-Jourdain qui, sur le Qui vive! « ont répondu : Bourbon royaliste! avec beauce coup d'invectives. D'après la reconnaissance u que j'ai faite en ce moment des trois divisions (( de leur armée, dont celle de droite et celle de « gauche semblaient vouloir nous cerner, j'ai « ordonné aux citoyens Martres et Quincy de se « mettre chacun à la tête d'une colonne d'infan- « terie pour faire face à celle des insurgés. J'ai u fait mettre la cavalerie en avant pour masquer « deux pièces d'artillerie que j'ai fait établir en « batterie. Nos tirailleurs ont commencé l'atta- « que. L'impatience de la cavalerie l'a emportée, a Elle a chargé les coquins qui étaient en bataille « au-devant de la commune, soutenus par une « petite couleuvrine qui est restée en notre ^jou- « voir. La cavalerie, les tirailleurs, toute la troupe u en général s'est conduite avec honneur et dis- « tinction. La terre est jonchée de cadavres. Nous « avons pris la ville d'assaut. Je donne à la troupe « le temps deserafraîchir et de se refaire sous tous « les rapports. Elle passe un p2u la mesure. J'en « suis fâché !
« Je n'ai pas encore tous les renseignements « que j'ai droit d'attendre. Je ne me détermi- « nerai à poursuivre les coquins que lorsque je « saura: bien positivement où ils se sont retirés. « Je présume cependant que je me p'.;rterai sur « Gimontj dont ils faisaient le siège h. er et sur « lequel ils se portent encore. Nous pourrons
« peut-être bien faire le siège de quelques châu teaux reconnus pour appartenir aux chefs des « brigands et être leur repaire.
« Nous avons un grand nombre de prisonniers « que je ferai conduire à Toulouse pour plus « grande sûreté.
« Salut républicain.
« AUBUGEOIS (1). »
Aubugeois ne donne pas les pertes de l'un et de l'autre parti ; mais le commissaire du Directoire exécutif Lamagdelaine , dans un rapport au ministre de la guerre en date du 25 thermidor, déclare que les royalistes perdirent quatre cents hommes et quatre-vingts prisonniers sur six mille combattants. Les républicains eurent un tué et plusieurs blessés. Toutes les prisons de l'Isle-en- Jourdain étaient pleines de patriotes. Les rebelles étaient commandés parBarbazan, Lahage et les frères d'Albis de Rasingues.
Nous croyons devoir faire suivre ce rapport d'un épisode très caractéristique de cette malheureuse guerre, raconté dans le Journal de Toulouse du 19 fructidor an vu.
« Les brigands royaux, maîtres de l'Isle-en- « Jourdain, dit ce journal, avaient envoyé des « détachements dans les environs pour se prou curer des vivres et des renforts. Un de ces dé- « tacheraents pénétra dans la maison d'un nommé
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VU, liasse 2,
196 INSDRRECTIOX DE l'aN VII
« Cizes, meunier, républicain prononcé et acqué- «- reur de biens nationaux. Après avoir pillé sa « demeure et son moulin, pris son argent, ses « effets et ses provisions, ils le lièrent et l'emme- « nèrent à risle-en-Jourdain. Arrivés sur l'espla- « nade de cette ville, les brigands délibérèrent si « on le fusillerait ou le pendrait à l'un des arbres « de cette esplanade. La pendaison l'emporta. On « se procura une corde suffisamment longue et (( solide et on se mit en train de procéder à cette « opération. Mais, à peine le malheureux Cizes « était-il hissé en l'air qu'une violente fusillade, (( accompagnée de vigoureux coups de canon, re- « tentit aux portes de la ville. Les royalistes, surce pris et croyant le pauvre meunier mort ou en « train de mourir, attachèrent précipitamment la « corde au tronc de l'arbre et s'enfuirent. Cizes, « très solidement constitué et d'une force peu « commune, en profita pour dégager ses mains « du lien qui les étreignait et que des efforts « successifs et violents, faits pendant le trajet de « sa maison à la ville, avaient relâché, et saisit vice goureusement au-dessus de sa tête la corde qui « le suspendait afin d'empêcher la strangulation. « Cette situation, aussi pénible que critique, ne « pouvait durer longtemps. Cizes luttait avec « l'énergie du désespoir. Mais ses forces s'affai- « blissaient de minute en minute et il allait suc- « comber, lorsqu'un cavalier volontaire de l'armée « républicaine, le citoyen Lavigne, de Blagnac,
Là RÉPRESSION 197
« entré des premiers dans l'Isle-en-Jourdain , « l'aperçut, courut à lui et, descendant de cheval, « détacha la corde du tronc de l'arbre et prit à « bras-le-corps le pauvre meunier à demi-mort. »
Ce cavalier était notre oncle. Il nous a souvent raconté cet exploit de sa jeunesse patriotique,' et nous ne l'avons rapporté que parce que nous l'avons trouvé consigné dans un journal de cette époque. Il nous a semblé, d'ailleurs, qu'un acte d'humanité consolerait un peu des violences et des crimes que notra plume a retracés et aura à retracer encore.
Aubugeois se porta le même jour sur Gimont afin de se joindre au général Petit-Pressigny pour étouffer dans son œuf l'insurrection du Gers.
Cette insurrection avait éclaté dans ce département comme dans celui de la Haute-Garonne. Pendant la nuit du 18 au 19 thermidor, les populations rurales des cantons de Samatan et de Lombez s'étaient soulevées pour marcher sur ces deux petites villes. Un gendarme parti de la dernière arrivait le 20, à une heure du matin, à risle-en-Dodon , pour demander un prompt secours au commissaire du Directoire exécutif, lui annonçant que deux mille rebelles allaient s'emparer de Lombez. A cette nouvelle fâcheuse, ce fonctionnaire se hâte d'envoyer en reconnaissance, sur la route de Lombez, la brigade de son canton et de convoquer l'administration municipale en expédiant dans chaque commune des
198 INSURaECTISN DE l'aN VII
émissaires sûrs et dévoués chargés de prévenir les agents municipaux et de faire sonner le tocsin jiour appeler toute la population aux armes. Il fait en même temps informer les chefs de la garde nationale et les patriotes de ce qui se passe, rassemble toutes les armes, le peu de munitions dont on dispose et se prépare à une vigoureuse résistance dans le cas probable où les insurgés, maîtres de Lombez, marcheraient sur l'Isle-en- Dodon. Mais la gendarmerie envoyée en reconnaissance vers Lombez rentre en annonçant que cette ville et celle de Samatan sont au pouvoir des rebelles. Le commissaire s'empresse alors de mettre en lieu sûr les registres de l'ètat-civil, les écharpes, les drapeaux, la correspondance et tous les papiers importants. Puis il envoie des ordonnances porter une lettre à ses collègues des cantons de Boulogne, Saint-Gaudens, Aurignac, Montréjeau dans la Haute-Garonne; Monléon, Masseube et Simorre dans le Gers. Voici le texte de celle qu'il adressa à celui de Boulogne-sur-
Gesse :
« 20 thermidor.
a Camin à Dastugue.
« Vite, mon compagnon d'infortune. Ta brigade u et tous les bons citoyens de ton canton. Nous « allons être cernés par six cents brigands royaux. « Samatan et Lombez ont capitulé. Je rassemble « toutes mes forces. Fais comme moi et marche « sur ici.
« Fais partir au galop ta brigade. Un instant « perdu est un malheur! Fais sonner le tocsin. « Nous les repousserons. J'en jure par la Répu- « blique! Vite, et vite! Je suis alarmé sur le sort « des commissaires de Lombez et de Samatan. « Vite, au galop !
« Camin (1). »
A midi, l'administration municipale de l'Isleen-Dodon était au grand complet et se constituait en permanence. La garde nationale, parfaitement organisée, ainsi que le prouve le tableau suivant, est réunie et se poste sur les hauteurs voisines.
GARDE NATIONALE MOBILE Du canton de l'Isle-en-Dodon.
COMPAGNIE No 1
ÉTAT-MAJOR
MAC fils aîné, eaioitaine ; ABADIE (Germain), lieutenant; DESCADEILLAS (Jean-Marie), id.; PALISSARD fils aîné, sous-lieutenant ; SUDÉRIE (Joseph), id.
SERGENTS
BUREAU (Barthélémy), de l'Isle-en-Dodon ;
DADER (Paul), de Molas ;
OLLÉ (Jean), de Martisserre;
DUFOUR, boulanger, de l'Isle-en-Dodon.
(1) Arch. de la Hte-Gne, Itisurr. de Van^VII, liasse 12,
200 INSDRaECTION DE L \N YH
CAPORAUX
LA^ŒRAN (Simon), de l'Isle-en-Dodon; SANGUIN (Bernard), id.
VIGNES (François), id.
DUPRAT-DANOS, id.
LIZAUTE (Joseph), de Boissède; LAURENTIES (François), de Molas ; DUCASSÉ (Raymond), de Martisserre ; BOUAS (Alexis), de Mirambeau.
COMPAGNIE No 2
ÉTAT-MAJOR
SANARENS (Pierre), de Montesquieu, capitaine; SOUMEILLAN (Jean), de Puymaurin, lieutenant; SALLES (François), de Montbernard, lieutenant; LOZES (Jean-Baptiste), de Puymaurin, sous-lieutenant VIGNES (Dominique), d'Anan, id.
SERGENTS
DUFRÉCHOU (Guillaume), de Puymaurin; DARAN (Joseiîh), de Puymaurin; SAMARAN-FAGET (Jean), d'Anan; PÊNE (Barthélémy), de Puymaurin.
CAPORAUX
FERRAN (Pierre), d'Anan;
DESPAX (Dominique), de Montbernard;
DÉCOUCUT (Guillaume), de Montbernard ;
SAUT (François), de
LARROUCAU (Baptiste), de Puymaurin; DESPAX (Valentin), de Puymaurin ; DUFRÉCHOU (François), de Puymaurin ; DÉSANGLES (Jean), de
COMPAGNIE No 3
ÉTAT-MAJOR
DUZAC (Luc), de Saint-Laurent, capitaine; VIGNES (Pierre), de Saint-Frajou, lieutenant;
SOULAN (Jean), de Salerm, lieutenant;
SARRÈRE (Jean- Baptiste), de Coueilles, sous-lieutenant ;
SAINT-RAYMOND (Martin), d'Agassac, id.
SERGENTS
CHARRIÈRE (Guillaume), de Salerm ; SAUT (François), de Saint-Frajou ; CAPERAN (Guillaume), de Lilhac ; LATAPIE (Jean-Pierre), de Saint-Laurent.
CAPORAUX
GABARROT (Jean), de Saint-Frajou ; BON (Raymond), de Saint-Frajou ; SAMARAN (Guillaume), de Salerm ; BRUMAS (Jean), de Coueilles ; BALMANE (Dominique), de Saint-Laurent; GILIBERT (Bertrand), de Saint- Laurent ; CASSAET (Guillaume), de Saint-Laurent; DUFOURC (Benoît), de Salerm.
COMPAGNIE No 4
ÉTAT-MAJOR
DARIO (Benoît), de Fabas, capitaine; CAUSSADE (Jean-Vincent), de Fabas, lieutenant; DUFAUT (Jean-Pierre), de Frontignan, id. ESCLASSAN (J.-P.), de Castelgaillard, sous-lieutenant ; LOUBIERRE (Bertrand), de Fabas, id.
SERGENTS
GESTA (Jean), de Frontignan; CIZOS (Jean), de Castelgaillard; DADER (Jean-Paul), de Fabas; CLERMONT (Jean-Raymond), de Labastide.
CAPORAUX
LAOUAT (Bernard), de Frontignan; De SAINT-IGNAN (Vincent), de Fabas ; DUPRAT (Jean), tailleur, de Fabas ;
202 INSURRECTION DE l'aN VU
SAVÈRE (Jean), de Labastide ; LAVEDAN (Baptiste), de Labastide; DARIO (Pierre), de Castelgaillard; DUPIN (Guillaume), de Castelgaillard; LAFORGUE (Pierre), de Mauvesin.
Cam in allait monter à cheval avec quatre patriotes pour s'assurer par lui-même de lasituation réelle de Lombez lorsqu'il vit arriver, vers une heure, le citoyen Dupetit, agent municipal de cette commune, à la tête de trente républicains obligés de fuir devant les insurgés vainqueurs. La consternation est générale et le citoyen Lacassaigne, de Fabas, ancien chef d'escadrons, offre de mettre un peu d'ordre dans les forces militaires dont on disposait. Cette offre patriotique est accueillie avec autant d'empressement que de reconnaissance» Lacassaigne se met à l'œuvre. Il organise la défense, forme ou plutôt improvise un petit corps de cavalerie de cinquante hommes, pendant que tous les républicains du canton, accourus à l'appel du danger avecles administrateurs de leurs communes, s'arment de fusils, de sabres, de fourches, de faux et font le service de la place, afin de permettre à la garde nationale toute entière d'occuper les hauteurs et de veiller aux alentours delà ville. Le brave Caton, agent municipal de Saint-Frajou, âgé de soixante-dix ans, monte à cheval et part pour Saint-Gaudens afin de presser le départ des secours demandés et proposer l'organisation de la défense dans l'arrondissement.
LA EÉPRESSION 203
Le 21, à la pointe du jour, on apprend que les insurgés marchent sur l'Isle-en-Dodon avec une colonne d'un millier d'hommes. Les avant-postes sont doublés et la colonne de Boulogne arrive vers une heure de l'après-midi. Après un moment de repos, cette colonne se joint aux autres forces et l'on décide d'aller à la rencontre des bandes royalistes. Gamin se met à la tête de toutes les gardes nationales de son canton, formant un effectif de trois cents fantassins et de quarante-cinq cavaliers. Il va occuper les hauteurs de Cadeillan pendant qu'un autre corps, d'une force à peu près égale, ira s'emparer de celles de Mirambeau ; mais les insurgés, au lieu de s'avancer rapidement, s'étaient arrêtés à Sauveterre pour y abattre l'arbre de la liberté, dévaster quelques maisons et y arrêter ou incarcérer quelques patriotes ou fonctionnaires.
Cependant la nuit arrivait et les forces républicaines prenaient leurs mesures pour bivouaquer tranquillement sur les hauteurs qu'elles occupaient. A onze heures Gamin rentre à l'Isleen-Dodon afin de pourvoir aux subsistances nécessaires à cette petite armée. Le vieux Gaton venait d'y arriver, ayant fait à cheval quatrevingts kilomètres en vingt-quatre heures. Il était accompagné du lieutenant Soubiran-Lamaguère, commandant la gendarmerie de l'arrondissement de Saint-Gaudens et de quarante gendarmes. On se réunit à la maison commune et il est décidé da
204 INSURBECTION DE l'a.N VU
former une troisième colonne au moyen des républicains venus des autres communes et de tous ceux qui voudront prendre part à cette expédition de salut public.
Cette colonne est formée à deux heures du matin, le 22, mais à peu près sans armes et sans munitions. Gamin et Soubiran-Lamaguère se mettent à la tête de toutes les forces réunies, ayant pour lieutenants Matet, de l'Isle-en-Dodon ; Lacassaigne et Dario, de Fabas ; Castex, de Larroque ; Pelleport, Lafargue cadet et Salles, de Boulogne, et l'on part pour aller rejoindre les autres colonnes sur les hauteurs de Cadeillan et de Mirambeau. A cinq heures du matin, les trois colonnes se trouvaient en bataille à une lieue de Lombez. Les républicains de Simorre, répondant à l'appel comme ceux de Boulogne, avaient fait dire à Gamin qu'ils le rejoindraient derrière Sauveterre abandonné par les royalistes. Vers dix heures, en effet, leur troupe a fait sa jonction avec celles de Gamin et l'on se trouve bientôt en vue de Lombez. Les tirailleurs engagent le feu de part et d'autre. Les républicains s'attendaient à une lutte sérieuse, à une véritable bataille. Tout se borna à un petit engagement, car les rebelles abandonnèrent la ville sur un coup de main hardi de Soubiran- Lamaguère (1).
Mais laissons parler ce lieutenant.
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 13.
« Le 22 thermidor, à deux heures du matin, « dit-il dans son rapport à l'administration cen- « traie, je me mis en marche après avoir envoyé « à la colonne de Simorre l'ordre de nous rejoin- « dre au bas du château de Sauveterre. Les in- « surgés occupaient, la veille, cette commune. Une « de mes colonnes, forte de cent cinquante hom- « mes, marchait de l'autre côté de la Save afin de « s'emparer des hauteurs qui dominent Lombez. « Arrivé à un quart d'heure de cette ville, j'aperce çois ces hauteurs occupées par environ trois « cents brigands pendant que d'autres forces se « groupaient de l'autre côté, à gauche de la ville. « Nous continuons notre marche en colonne ser- « rée, renvoyant et recevant quelques coups de « fusil. Tout à coup, je vois les deux colonnes « ennemies s'ébranler pour nous attaquer en nous « enveloppant. Je profite de ce moment pour « m'élancer, avec quelques gendarmes, vers la « ville où nous entrons en passant sur le corps « d'un poste de vingt hommes qui gardait la « principale porte. La cavalerie entre à ma suite, « suivie de près par l'infanterie; Lombez est à « nous et je range ma petite armée en bataille « devant la porte qu'on avait voulu nous dispute ter ; mais ce coup de main a surpris les bri- « gands qui commencent à battre en retraite. « Ma cavalerie court sur eux, les disperse et, « pendant deux heures de poursuite, leur tue « soixante hommes et fait autant de prison-
206 INSURRECTION DE I.'aN VU
« niers. Je rentre à Lombez pour y laisser une « petite garnison et je me porte immédiatement « sur Samatan que les brigands venaient d'aban- « donner et où je passe la nuit avec mes trou- « pes (1). »
Au dire de Contaut, président de la municipalité de Lombez, les insurgés de ces contrées étaient commandés par de Lahage, de Sailhas fils, Domezon fils et Lamothe-Riolas.
Mais, pendant que tout celase passait, une bande d'insurgés de trois à quatre cents hommes, formée pendant la nuit précédente dans les communes de Riolas, Labastide-Paumès , Coueilles et autres, du canton de l'Isle-en-Dodon, apparaissait vers onze heures du matin, le 22, sur les hauteurs de Mivambeau et de Saint-Frajou et arrivait par les vignes à dix minutes de cette ville. Heureusement que le citoyen Castérés , de Boulogne, venait d'arriver avec un renfort de deux cents hommes, dont quatre-vingts de Monléon (Hautes-Pyrénées), conduits par le citoyen Gaillard aîné, et qu'il était resté dans l'Isle les capitaines Marambat et Lartigue-Oueytes qui, se mettant à la tête de cette colonne grossie de tous les hommes de garde et de tous les bons citoyens, chassèrent les royalistes de toutes les positions et les poursuivirent jusqu'à Frontignan, dont ils attaquèrent et prirent le château où les rebelles
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VU, liasse 16.
Lk BÉPRES8I0N 207
s'étaient, disait-on, réfugiés, mais où ils ne trouvèrent personne (1).
Si nous sommes entré dans tous ces détails sur la conduite de l'administration du canton de l'Isleen-Dodon, c'est que cette administration fut celle qui montra, ainsi que ses administrés, le plus d'activité, d'intelligence et d'énergie dans ces tristes circonstances, et qu'elle fut une des principales causes de l'échec de l'insurrection de l'an VII. Il est certain que si cette administration, prise de peur ou composée, comme tant d'autres, de traîtres ou de lâches, avait laissé les insurgés pénétrer dans l'Isle-en-Dodon, ils étaient à Saint- Gaudens en vingt-quatre heures , insurgeaient tout cet arrondissement on ne peut mieux disposé, comme nous le verrons bientôt, et se mettaient en rapport direct et continu avec l'Espagne, où de nombreux émigrés attendaient le moment d'entrer en France avec des hommes, des armes et des munitions accumulés sur la frontière. Il est vrai de dire qu'elle fut puissamment secondée dans son œuvre par les administrateurs du canton de Boulogne : Pierre Pelleport, président; Lacoste, Lartigue, Fourcade, Raymond Capdau, Salles, Debernat, Larrieu, Rimailho, Paya, Quérillac, Lascoméres, Mathe, etc., etc. Nous n'insisterons pas sur les dangers que cette situation
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, Registre des délibérations de l'Isle-en-Dodon.
208 INSDRBEGTION DE l'aN Vil
aurait fait courir à Toulouse et à notre patrie, dans l'état où elles se trouvaient en ce moment; mais nous allons donner un échantillon des dispositions peu patriotiques de certaines municipalités, en prenant pour exemple celle de Saint-Gaudens.
Le lieutenant Lamaguère raconte, dans son rapport, qu'appelé à la maison commune , le 21 thermidor à neuf heures du matin, pour y recevoir communication d'une lettre de l'Isle-en- Dodon , il y était encore à midi sollicitant vainement de l'administration municipale des hommes, du pain et du fer, avec l'ordre de partir pour cette ville. Mais malgré les réquisitions du commissaire du Directoire exécutif Suberville, les administrateurs du canton de Saint-Gaudens hésitaient. Ils perdaient le temps à ergoter sur les textes de. la Constitution, aies commenter, les interpréter, et le président, Mariande aîné, finit par déclarer qu'il ne leur était pas permis de faire sortir les colonnes mobiles d'un canton à l'autre sans un arrêté de l'administration centrale. Lamaguère répondit qu'il y avait force majeure, que l'ennemi était là et qu'il fallait aller à lui pour le repousser et le vaincre, si on ne voulait pas le voir arriver à Saint-Gaudens et envahir l'arrondissement tout entier. Ce langage patriotique et sensé ne les toucha point. îls continuèrent à discuter, peser, sonder tous les termes de la Constitution et des lois. C'est alors que le brave lieutenant de gendarmerie s'écria : Eh ! bien, je vais réunir autant
de gendarmes que je le pourrai et je partirai sans vos ordres et malgré vous. Il partit , en effet, quelques instants après avec les gendarmes Forgues et Picot, après avoir envoyé l'ordre à plusieurs brigades d'aller le rejoindre à l'Isle-en- Dodon. Il arriva dans cette ville vers sept heures du soir ; « mais là, dit-il, tout changeait d'aspect. « Des sentinelles, des patrouilles, des piquets « d'hommes armés occupaient tous les postes. Les « routes étaient surveillées. Tout était prêt. Le « citoyen Lacassaigne, ancien militaire, y avait « organisé à la hâte un corps de cavalerie de (( cinquante hommes qui se conduisit fort bien. « On distribua du pain, de la viande et de Teau- « de-vie, etc., etc. (1). »
L'hommage rendu par le lieutenant Soubiran- Lamaguère à la vigilance et à l'activité de l'administration municipale de l'Isle-en-Dodon est pleinement justifié par les promptes et énergiques mesures qu'elle sut prendre pendant toute la durée de la crise contre-révolutionnaire et dont nous croyons devoirreproduire quelques extraits.
Cette administration avait, dès le 21 thermidor, informé l'administration centrale de la Haute- Garonne de tout ce qui se passait en réclamant avec instance des armes et des munitions. Mais n'ayant reçu aucune réponse à sa lettre, le 24 du même mois, elle pensa que cette lettre avait été
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr.de l'an VIT, liasse 16.
210 INSCBRECTION DE l'AN VU
interceptée par les brigands et se détermina à prendre la délibération suivante :
« L'adminis-tration municipale en permanence,
« Considérant que la nécessité de repousser les u brigands qui menaçaient la République et le « canton a forcé l'administration à appeler un <c grand nombre d'hommes destinés à grossir « l'armée républicaine afin de vaincre et d'anéan- « tir les brigands ;
« Considérant que les fournitures à faire pour « la subsistance des troupes ne peuvent éprouver « aucun retardement ;
« Que négliger cette partie essentielle serait « évidemment compromettre la sûreté publique;
« Que, dans cette commune, il n'y a aucun « étapier et que l'agence municipale a été obligée « de pourvoir à toutes les fournitures ; mais que « n'ayant aucuns fonds en main il faut nécessai- « rement en mettre à sa disposition;
« Considérant que l'administration n'a aucun u autre moyen d'y pourvoir que celui de prendre « sur les contributions;
« Que, quoique cette partie des fonds publics soit « sacrée, la nécessité des circonstances et l'ur- « gence du salut public doivent prévaloir sur tout ;
« Ouï le commissaire du Directoire exécutif,
« L'administration municipale en permanence^ « Arrête :
« Article premier. — Les percepteurs des con- « tributions publiques ci-après désignés remet-
« tront sur-Je-champ, entre les mains de l'agence « municipale de la commune de l'Isle-en-Dodon, « les sommes ci-après , savoir (suit le nom des dix-huit communes du canton chargées de verser la somme totale de 1,475 francs, répartie proportionnellement à la richesse de chaque commune).
« Art. 2. — Dans le cas où lesdits percepteurs « ne remettraient pas sur-le-champ les sommes « ci-dessus, chacun pour ce qui le concerne, ils « seront déclarés personnellement responsables « des événements qui pourraient être la suite de « la désorganisation de l'armée républicaine ré- « sultant du non payement de la solde légale.
« Art. 3. — L'administration prendra ensuite « les moyens de faire remplacer ces sommes dans « les caisses, ou d'obtenir l'autorisation des autoce rites supérieures lorsque les communications « seront rétablies avec elles.
« Art. 4. — L'agence municipale de l'Isle-en- « Dodon rendra compte de toutes les sommes « mises à sa disposition.
« Délibéré à l'Isle-en-Dodon le 24 thermidor « an VII de la République une et indivisible.
« G. D'E^E.'^i: , président ; F. Fréchou, secrétaire. »
Les mêmes administrateurs prirent, le 27 du même mois, une autre délibération dans laquelle après avoir énuméré les difficultés de toute sorte qu'ils avaient eues à surmonter pour vaincre les insurgés à cause du manque absolu d'argent,
d'armes et de munitions, et pour arracher les citoyens aux travaux si importants de la moisson, ils déclarent : « Que dans de telles circonstances « la prudence même indique de recourir aux « caisses publiques, parce que si , par malheur, « ils venaient à ne pas pouvoir résister au débor- « dément des brigands, ceux-ci ne manqueraient « pas de s'emparer de ces caisses et que les fonds « qu'ils enlèveraient seraient perdus pourlaRépu- « blique, au lieu que s'ils étaient employés à la « nourriture des braves défenseurs de la Consti- « tution ils seraient utilisés pour la patrie. »
En conséquence, ces administrateurs arrêtèrent :
« Article premier. — Le receveur de l'enre- « gistrementet du domaine national au bureau de « risle-en-Dodon versera sur-le-champ, et sous « sa responsabilité, tous les fonds qu'il aura dans « sa caisse entre les mains du citoyen Marrast, « adjoint municipal de risle-en-Dodon, qui lui en « fournira récépissé et sera pris pour comptant.
« Art. 2. — Le citoyen Marrast emploiera ces « fonds au payement des fournitures à faire à la « troupe nationale, tant de cavalerie que d'infan- « terie, stationnée dans ce canton et employée à « la répression des brigands royaux, et en rente dra ensuite un compte exact.
« Art. 3. — Le présent sera transmis, par une « ordonnance, à l'administration centrale, avec « invitation à l'autoriser ou, à défaut, de nous « faire parvenir les fonds nécessaires.
« Délibéré à risle-en-Dodon les jour, mois et « an que dessus.
« G. DEBEtiT, président ; Namastre, agent mu- « nicipal ; Marrast et Bernis, adjoints mu- « nicipaux; Gamin, commissaire du Diree- « toire exécutif; Labatut, agent m,unicipal ; « AuTOFAGE , agent municipal; Dutrain, « agent municipal ; Latrille, agent muni- « eipal ; Villepigue-Floran, agent munici- « pal; Capdeville, agent municipal; Faute, « adjoint municipal ; Tournan , adjoint (( municipal ; Clausade et Décamps, etc.; a F. Fréchou, secrétaire en ehef{l). »
Nous devons toutefois reconnaître que, malgré leur apathie ou leur mauvaise volonté, les ergoteurs de Saint-Gaudens se déterminèrent, le 22 thermidor, à former une colonne mobile de cent quatre-vingts hommes d'infanterie qui partit sous le cDmmandement de Blaché et de Bascans, anciens militaires. Cette colonne arriva à Boulogne le même jour à six heures du soir et y passa la nuit. Elle entra à l'Isle-en-Dodon le lendemain23,àtrois heures de l'après-midi, et on l'envoya, dans la nuit, à Labastide-Paumès où elle fit des battues et arrêta deux individus qu'elle amena à l'Isle le 24. Elle y trouva l'ordre de se rendre immédiatement à Martres-Tolosane et partit le 25 ; mais, arrivée à Aurignac, elle s'y ar-
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VU, liasse 12,
214 lîfSOBBECTION DE l'aN VII
rêta pour se reposer et se rafraîchir, car \\ faisait bien chaud, dit le rapport. Peu de temps après arrivait une ordonnance annonçant l'occupation dé Martres par les insurgés. Blaché fait battre la générale pour rappeler ses hommes et se disposait à partir lorsqu'on apprit l'apparition des rebelles sur les hauteurs de Francon. L'administration municipale d'Aurignac, effrayée, sans défense, parce que sa colonne mobile était à Cazères avec le général Bartier, invita Blaché à marcher sur Francon. Celui-ci obéit. 11 se rend dans cette localité, où il passe la nuit après avoir dispersé les rebelles et fait cinq -prisonniers qu'il amène le lendemain à Aurignac avec sa colonne. Le désastre de la Terrasse y était connu, ainsi que Toccupation de Saint-Martory par les royalistes. A ces tristes nouvelles, Blaché se hâte de regagner Saint-Gaudens avec sa colonne et ses cinq prisonniers, après une promenade de quatre jours aussi fatigante qu'inutile (1).
A cette date, Lafont, commissaire du Directoire exécutif à Pau, écrivait aux ministres de l'intérieur et de la police générale que la conspiration royaliste s'étendait sur tout le territoire de la République et que Brotier de Lavilleheurnoy était un des principaux chefs. Les bandes royales sont prêtes partout et n'attendent que des ordres pour entrer en action comme dans la Haute-Garonne,
(1; Arch. de la Hte-Gne, /nsurr. de Van VII, liasse 13.
LA RSPaESSION 215
le Gers, l'Ariège, l'Aude, et attaquer Pau et Bayonne. — Je ne puis, dit-il, prendre aucune mesure de sûreté parce que, à l'exception du citoyen Dalban, toute l'administration centrale est dévouée aux conspirateurs. Les prêtres réfractaires sont rentrés en très grand nombre . L'archevêque d'Auch est dans le pays, etBagnères-de-Bigorre est rempli d'étrangers fort suspects. Le peuple des campagnes est égaré, séduit par leurs soins et leurs agissements, u On dit hautement que dans peu nous u aurons un roi et que le massacre des républi- « cains, fixé d'abord à la Saint-Jean, est définitive- « ment renvoyé à la Saint- Barthélémy . Cette date (( nous dit ce que nous pouvons attendre (1). »
Comme l'administration centrale de la Haute- Garonne, celle du Gers avait reçu de divers fonctionnaires du département, bien avant l'insurrection, plusieurs lettres ou rapports sur le complot royaliste et les préparatifs évidents d'un soulèvement prochain. Nous avons parlé, dans les préludes, de quelques-uns de ces documents, et notamment de la proclamation des administrateurs du Gers en date du 4 thermidor et de l'arrêté du lendemain prescrivant quelques mesures de précaution. Mais cet arrêté ne fut pas exécuté ; car, à Auch comme à Toulouse, l'administration centrale ne fit absolument rien pour prévenir le mouvement insurrectionnel ni pour se défendre
(1) Minist. de la guerre (^arch. hist.j, liasse dul2 aoûtl799.
216 LNSnaBECTION DE l'aN VU
contre une attaque quelconque. Il est vrai de dire que si Toulouse manquait de moyens de défense, Auchen était absolument dépourvu. Il ne pouvait guère disposer que de colonnes mobiles de garde nationale mal armées, mal organisées et ne possédant presque pas de munitions pour les quelques vieux fusils de calibre ou de chasse qu'elles avaient dans les mains.
C'est dans cette situation que l'administration centrale du Gers apprit, le 19 thermidor au matin, le rassemblement de Bragayrac dans la Haute- Garonne! Craignant que ce mouvement contrerévolutionnaire n'eût des ramifications dans les cantons voisins de Lombez et de Samatan, cette administration se déclara en permanence et ordonna, conformément à la loi du 28 germinal an VI, la réunion immédiate de cinq brigades de gendarmerie au chef-lieu du département. Elle informa ensuite l'administration centrale de la Haute-Garonne de ce qui se passait à Bragayrac et lui demanda avec instance des armes, des munitions et surtout des canons. Puis, elle adressa un chaleureux appel aux i^épublicains du département, en invitant ceux des cantons limitrophes de la Ilaute-Garonne à envoyer à Auch cinq cents hommes armés par canton.
Mais ces ordres étaient à peine donnés qu'un courrier lui apporta, le lendemain 20 thermidoç, la nouvelle de l'occupation de Lombez et de Samatan par les rebelles, et de la vive fermenta-
tion qui régnait dans les cantons de Gimont et de risle-en- Jourdain. L'administration était fort perplexe et fort embarrassée. Heureusement que, dans l'après-midi, le général Petit -Pressigny arriva de Toulouse avec la mission d'organiser les bataillons auxiliaires, conformément aux lois des 10 et 14 messidor an vu, et de prendre le commandement en chef des troupes républicaines qui pourraient être appelées à combattre les insurgés. Au moment où ce général montrait aux administrateurs du Gers les pouvoirs que lui avait confiés le général commandant la 10® division militaire, trois républicains de Gimont sont introduits dans la salle des séances de l'administration et annoncent qu'un millier d'insurgés marchent sur cette ville. Aussitôt des messagers sont expédiés dans les cantons limitrophes pour y presser le départ des cinq cents hommes requis la veille et qu'un nouvel arrêté élève à mille par canton. Ces hommes ont ordre d'amener avec eux tous les prêtres en surveillance, tous les réquisitionnaires connus, ainsi que les otages arrêtés, qui seront tous enfermés dans les prisons d'Auch.
L'administration centrale apprend le lendemain le soulèvement contre-révolutionnaire des cantons de l'Isle-en-Jourdain, Cologne, Mauvezin, Montfort, Saint-Clar et Mirepoix, et l'occupation de tous ces chefs-lieux par les brigands (1).
(1) Apch. du Gers, Insurrection de Van VIL
218 mSCRRECTION DE l'aN VII
Mais l'administration municipale du canton de Gimont avait reçu, le 20 thermidor, vers une heure du matin, une lettre du commissaire du Directoire exécutif du canton de Samatan lui demandant de prompts secours pour repousser les brigands qui marchaient sur cette ville. Cette administration s'était immédiatement réunie et, vers les trois heures du matin, soixante hommes armés partaient pour Samatan sous la conduite de l'adjoint municipal Vitrac, du brigadier de gendarmerie Calmels et du gendarme Pépet. Cette petite troupe fit halte au Bézéril, à moitié chemin de Samatan , et les deux gendarmes coururent vers cette ville pour s'assurer de sa situation; mais ils ne tardèrent pas à rencontrer des gens armés marchant par troupes vers Samatan. Voulant savoir si c'étaient des amis ou des ennemis, les gendarmes crièrent : Qui vive ! Un formidable cri de : A. bas les coquins! les scélérats ! Rendezvous ! leur répondit. — Non, dirent les gendarmes, vive la République ! A ces mots, des coups de fusil partent de tous les côtés, les deux gendarmes sont blessés en divers endroits avec du petit plomb et le brigadier a son chapeau emporté par une balle. Les deux cavaliers tournent bride et courent à fond de train rejoindre leurs camarades qui s'avançaient toujours. En présence de cette situation, la petite colonne de Gimont rentra dans cette ville afin d'y organiser une défense sérieuse. Arrivé vers neuf heures du matin, l'ad-
joint municipal Vitrée convoqua l'administration qui se déclara en permanence. Vitrac lui rend compte de ce qu'il a vu, des dangers qui menacent la ville de Gimont et de la nécessité absolue de se préparer à la lutte. On s'empresse d'appeler le juge de paix Alem et le commissaire du Directoire exécutif Sérain, qui étaient à leur maison de campagne, eton écrit àSaint-Antonin,de Marsan, commandant du bataillon des gardes nationales de Larrax, pour l'inviter à réunir immédiatement son bataillon, afin de se rendre à Gimont menacé par les brigands royaux. Elle informe ensuite les administrations centrales du Gers et de la Haute- Garonne des événements qui se passent ou se préparent et demande à cette dernière des armes et des munitions ; puis elle fait appel au patriotisme des cantons de Cologne et de Mauvezin, afin d'étouffer l'insurrection dans son berceau, et établit, en attendant, des postes d'observation sur toutes les routes.
Dans l'après-midi , les colonnes mobiles de Marsan, Aubiet et Ausan arrivent les uns après les autres et, vers quatre heures, cinq individus de Bézéril viennent annoncer qu'une petite bande armée a envahi cette localité aux cris répétés de : Vive le Roc / et enlevé toutes les armes qu'elle a trouvées dans le domicile des citoyens. Dans la soirée, des détachements des autres communes du canton de Gimont, de Touget et du canton de Mauvezin, arrivent avec les agents municipaux à
^20 iNSuaaECTio.N de l'an vu
leur tête. Le citoyen Saint-Autonin prend le commandement de toutes ces forces, les organise et place des postes dans la ville, à ses portes et sur les hauteurs environnantes, afin de surveiller l'ennemi. Toute cette partie du département du Gers est très accidentée. Les collines succèdent aux collines et les ravins aux ravins, dételle sorte qu'on dirait un immense troupeau d'éléphants gigantesques cheminant côte à côte.
Le lendemain, 21 thermidor, Saint-Antonin forme une petite colonne de deux cents hommes et part pour le Bézéril afin de s'assurer par luimême de la position ei de la force des brigands. Mais, arrivé près de cette localité, il ne tarde pas à apercevoir sur les collines environnantes des masses de paysans criant à tue-tête : Vive le Roi I A bas la République ! Mort aux patriotes ! Saint- Antonin veut attendre les insurgés de pied ferme et range sa troupe en bataille sur la route. L'adjoint municipal Vitrac et les autres officiers lui font observer qu'il serait téméraire et même dangereux d'entrer en lutte avec des forces décuples, et qu'il est plus prudent et plus sûr de se replier sur Gimont, afin de ne pas exposer cette ville à être saccagée par les brigands royaux. Ce sage avis est adopté et on rentre à Gimont vers trois heures de l'après-midi. L'administration municipale était en permanence et au grand complet. Elle donne son entière approbation à la retraite de la colonne, vu sa faiblesse numérique, son mau-
vais armement et le peu de munitions dont elle dispose.
Cependant, les insurgés avancent et menacent de cerner Gimont. De nouveaux détachements de gardes nationales sont arrivés dans la matinée. On les incorpore dans la colonne deSaint-Antonin et tous les chefs militaires, d'accord avec l'administration municipale, décident d'aller à la rencontre des rebelles. On bat aussitôt la générale, double les postes, et on se met en marche vers quatre heures , ayant à sa tête le commissaire du Directoire exécutif Sérain, le juge de paix Alem, l'adjoint municipal Vitrac, quelques' agents municipaux des autres communes et les deux secrétaires de l'administration municipale de Gimont Roignan et Rivière. Ce petit corps s'avance bravement sur la route de Samatan et aperçoit bientôt les brigands venant à lui en criant : Vive le Roi ! A bas la République ! Les deux- troupes ne tardent pas à se trouver en présence sur le territoire du domaine de Charlas. Les républicains comptaient trois cents fantassins et trente cavaliers dont quelques gendarmes, avec une pièce d'artillerie de quatre bien montée et bien pourvue. Les contre-révolutionnaires avaient une quinzaine de cents hommes. Le combat s'engage de part et d'autre. On se fusille avec entrain. Les royalistes tiennent bon et s'avancent fièrement. Le moment est décisif, solennel; mais le feu réitéré du canon des républicains, habilement
3i?2 IXSDRRBCTIO.N DE L'aN VU
manœuvré, ne tarde pas à jeter l'épouvante et le désordre dans les rangs ennemis qui se débandent et fuient de tous les côtés. Les républicains les poursuivent vigoureusement jusque dans la métairie de Charlas où ils croyaient trouver un asile. Ils en sont bientôt délogés et poursuivis par la cavalerie qui en tue ou blesse un très grand nombre et fait quelques prisonniers. Ce combat eut lieu le 21 thermidor (7 août 1799). Il dura deux heures et ne coûta aux républicains que quelques blessés ; mais il arrêta la marche des rebelles et donna quelque répit aux patriotes •de Gimont (1).
En rentrant dans cette ville, à la nuit, la colonne y reçut un accueil enthousiaste. L'administration municipale la complimenta chaleureusement et lui donna de nombreux témoignages de gratitude et de reconnaissance. Mais Saint-Antonin ne s'endormit point, car il fit battre la générale, après une heure de repos, pour placer des postes avancés sur tous les points culminants voisins de Gimont, organiser des patrouilles afin de veiller à la sécurité publique et se prémunir contre tout retour offensif des insurgés. Quoique relativement calme, la nuit du 21 au 22 se passa dans l'inquiétude. Les bruits les plus alarmants circulaient sur l'Isle-en-Jourdain, Cologne, Mauvezin, Lombez etSamatan, qu'on disait au pouvoir
(1) Archives du Gers, Registre de l'administration municipale du canton de Gimont.
des royalistes qui, réunis au nombre de dix mille, devaient se porter le lendemain sur Gimont afin de s'en emparer et d'en faire leur quartiergénéral.
Néanmoins, le 22 se passa sans voir personne, et l'arrivée du général Petit-Pressigny, venant d'Auch, vers midi, avec un renfort d'infanterie et de cavalerie commandé par Mousquères, calma un peu cette inquiétude. Ce renfort était accompagné des citoyens Sauclières, commissaire des guerres, Laumond, préposé aux subsistances militaires, et Gaultier, chirurgien-major des armées. On requit les armes, les chevaux, les vivres et les fourrages nécessaires à ce petit corps d'armée qui, grâce aux détachements de gardes nationales et de volontaires arrivant de tous les côtés, s'élevait, le 22 au soir, à près dé deux mille hommes.
Le 23, à cinq heures du matin, des vedettes de cavalerie envoyées pendant la nuit en reconnaissance, rentrent à Gimont en disant que les brigands, au nombre de plus de six mille, marchent sur la ville. Aussitôt la générale bat. Les républicains se réunissent et vont prendre position à la Sardine. Vers six heures, les ennemis apparaissent, en effet, au bois de la Garnison. Le général Petit-Pressigny ne quitte pas sa position de la Sardine. Il envoie des tirailleurs jusque vers le pont Français. Les insurgés en font autant en criant sans cesse : Vive le Roi! à bas la Républi-
224 INSURRECTION DE LAN Vil
■que! On reste en présence jusqu'à onze heures. Puis les rebelles se retirent tout à coup, et le général Petit-Pressigny en profite pour faire rentrer ses troupes à Gimont, afin qu'elles prennent leur repas; mais il laisse des postes suffisants aux points convenables.
A une heure de l'après-midi, un cavalier vient annoncer au général que les brigands reparaissent et semblent menacer Larroque. La générale bat et l'on marche droit à l'ennemi, dont on atteint l'avant-gai'de sur les hauteurs de Gisearo. La fusillade éclate sur ces hauteurs et celles de Montégut. Les brigands, battus de tous les côtés, se replient et se retranchent dans le château de Clermont, sur la route de l'Isle-en-Jourdain. Les républicains les y poursuivent et attaquent le château. Les insurgés se défendent vigoureusement, faisant feu par toutes les croisées. La si- ^^uation devenait difficile pour les patriotes qui, cependant, avançaient toujours vers le château, malgré le feu de peloton des insurgés cachés dans les jardins et les maïs qui l'entouraient. Mais la nuit arrivait et les rebelles, voyant que le cercle se resserrait de plus en plus et que le château allait être pris d'assaut, profitèrent de ses premières ombres et s'évadèrent par les jardins et les maïs sans être aperçus. Il s'en allait temps ; car, dit le général Petit-Pressigny dans une lettre, « je n'avais plus de munitions et ma « situation devenait des plus critiques. » C'est
ce qui sauva les insurgés plutôt que leur fuite que ce général voyait avec satisfaction.
Pendant ce temps le lieutenant Soubiran- Lamaguère que nous avons laissé victorieux à Samatan, le 22 thermidor, pour y passer la nuit, en partait le 23 au matin et arrivait en quelques heures au bois de la Hourcade où le général Petit- Pressigny lui avait donné rendez-vous, et où il reçut la mission de s'emparer des moulins à vent situés sur la route de l'Isle-en-Jourdain, à une faible distance du château de Clermont, afin de barrer le passage à tout renfort venant de l'Isle et de prendre les rebelles à revers. Lamaguère venait d'exécuter heureusement cette manœuvre et était maître des moulins à vent, lorsqu'il vit venir à lui, du côté de l'Isle-en- Jourdain, une forte colonne de rebelles qui allait l'attaquer, de telle sorte qu'il s'exposait à être pris entre deux feux au lieu d'y prendre ses adversaires. Il donne aussitôt l'ordre au gendarme Picot de placer ses canons en batterie sur la grand'route et de faire un feu vigoureux sur cette colonne, pendant qu'il l'attaquera sur les flancs avec son infanterie et sa cavalerie. Cet ordre est immédiatement exécuté. Le combat s'engage. La fusillade répond à la fusillade et le canon au canon. Mais les royalistes ne possédaient qu'une petite couleuvrine, celle qu'Aubugeois leur prit le lendemain. Elle fut bientôt réduite au silence et leur colonne ne tarda pas à battre en retraite sur l'Isle-en-Jourdain
226 INSCRRECTION DE L àN VU
avec les échappés du château de Clermont, laissant bon nombre de morts et de blessés sur le champ de bataille. La nuit sépara les combattants et ne permit pas à la cavalerie républicaine de poursuivre les insurgés. Si la colonne mobile commandée par Saint-Pierre, de Labarthe, avait puarriver à temps, dit le rapport de l'administration municipale de Gimont, c'en était fait des rebelles, qui ne perdirent pas un très grand nombre des leurs, parce qu'ils étaient à couvert dans le château, les jardins et les maïs très élevés à cette époque. Ces insurgés étaient commandés par le chevalier d'Albis de Razingues, dit la Biographie toulousaine (1). Lamaguère porte les pertes des insurgés à cent vingt hommes tués ou blessés. Daubas, commandant la place de Gimont, dans une lettre écrite le 24 à l'administration centrale du Gers, déclare que les rebelles ont perdu quatre-vingt-dix hommes et douze prisonniers, tandis que les républicains n'ont eu que deux morts et quatre blessés. Ces blessés, ainsi que plusieurs blessés insurgés, furent transportés à l'hospice de Gimont où les troupes républicaines victorieuses arrivèrent à dix heures du soir, harassées de fatigue et de faim, sans quoi elles auraient marché sur l'Isleen-Jourdain.
Arrivé à Gimont, le lieutenant Soubiran-Lama-
(1) Archives du Gers, Registre des délibérations de l'administration municipale de Gimont.
guère y trouva l'ordre de rentrer immédiatement dans son arrondissement menacé par les royalistes. Il communiqua cet ordre au général Petit- Pressigny et le quitta le lendemain, 24 thermidor, à la pointe du jour, avec sa colonne, pour aller coucher à Boulogne. Il en partit le lendemain et arriva vers minuit à Saint-Gaudens, où il trouva la même froideur et la même apathie (1).
La nuit du 23 au 24 fut tranquille. La population et les troupes en profitèrent pour se remettre de trois jours et trois nuits d'agitation, d'alarme et de fatigue. Mais le général Petit-Pressigny envoya des vedettes en découverte dans toutes les directions, pour se garder de toute surprise, et les forces républicaines, au lieu de rentrer dans la ville, bivouaquèrent sur les collines avoisinant Gimont. Le quartier-général était à la Sardine et un autre camp occupait la serre d'en Robert. Le lendemain matin, de bonne heure, toutes les vedettes rentrèrent en annonçant que les brigands, réunis en très grand nombre à l'Isle-en-Jourdain, se disposaient à marcher sur Mauvezin et de là sur Gimont. Mais on apprit, vers quatre heures du soir, qu'une colonne républicaine venue de Toulouse, sous les ordres du général Aubugeois, les avait battus à plate couture et pris d'assaut la ville dont les principales maisons avaient été pillées. Un peu plus tard, le bruit courut que cette colonne
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 12.
228 INSDRRECTION DE l'aN VU
marchait sur Gimont, où elle arriva en effet vers neuf heures du soir. Elle y fut reçue avec enthousiasme et fêtée avec entrain. Les deux généraux se concertèrent et résolurent de se porter, le lendemain, sur Mauvezin, où les vaincus de la veille s'étaient réfugiés. Mais le général Aubugeois reçut dans la nuit, du comité militaire de Toulouse, l'ordre de se porter immédiatement sur Muret, par Saint-Lys. Le lendemain, 25 thermidor au matin, ce général quitta Gimont avec toutes ses troupes.
Le général Petit- Pressigny, réduit par le départ d'Aubugeois et de Lamaguère à huit cents hommes d'infanterie et deux cents de cavalerie, manquant d'armes et absolument dépourvu de poudre et de balles, résolut de passer quelques jours à Gimont afin de s'en procurer, de réorganiser ses colonnes et surtout de changer bon nombre de leurs officiers, ceux de la garde nationale de Gimont ne lui inspirant, dit-il, aucune confiance. Il requit, à cet effet, la municipalité de cette ville de procéder à de nouvelles nominations et de lui livrer le plomb qui couvrait la flèche de la chapelle de Cahuzac pour fabriquer les foudres qui devaient exterminer les brigands. Les ordres nécessaires ayant été donnés, ce plomb fut converti en balles. Le citoyen Daubas fut ensuite nommé commandant de la place de Gimont. Il mit immédiatement à exécution la loi du 24 messidor sur les otages, et le général Petit-Pressigny, pourvu de vivres et
de munitions pour ses troupes entièrement réorganisées, partit pour Mauvezin le 30 et y entra le lendemain, l^'" fructidor (17 août), après avoir pris ou tué tous ceux qui avaient résisté. Il se porta de là sur Beaumont-de-Lomagne, dans la Haute- Garonne, pendant que son lieutenant Mousquères s'emparait de Montfort et y tuait ou blessait quatre-vingts insurgés et y faisait autant de prisonniers (1).
Les succès du général Petit-Pressigny étaient dus en bonne partie à la vigilance, l'activité et l'énergie de l'administration du canton de Gimont. Cette administration se composait en ce moment de : Destouet, président; Collongues, Faure, Arqué, Baget, Bonnemaison, Saint-Martin, agents ou adjoints municipaux; de Sérain, commissaire du Directoire exécutif, et de Roignan, secrétaire. Ils arrêtèrent le développement de l'insurrection dans le Gers et préservèrent la ville d'Auch de l'invasion des barbares royalistes, comme ceux du lieutenant Soubiran-Lamaguère, à Lombez et à Samatan, préservèrent l'arrondissement de Saint- Gaudens et son chef-lieu.
Toutefois, l'administration centrale du département du Gers n'était pas demeurée inactive. Ne pouvant obtenir ni armes ni munitions de Toulouse, elle envoya le citoyen Deschaux jusqu'à Bayonne, où il parvint à se procurer deux pièces
(1) Archives du Gers, Registre de l'administration municipale du canton de Gimont.
de campagne qui furent confiées au capitaine d'artillerie Canteloup, avec la mission d'organiser un petit détachement de canonniers pour les servir. Elle établissait en même temps une fabrique d'armes et de munitions aux Cordeliers et constituait un comité militaire de défense, composé du chef de brigade de gendarmerie Bergeron, du capitaine de la même arme Laborde, du commandant de la cavalerie de Condom Larroche, et des citoyens Carbon, Manas et Guillemette (1). Trente hommes de Tarbes, se rendant à Toulouse, étant arrivés à Auch le 23 thermidor, l'administration centrale les garda et les incorpora dans la petite colonne de deux cents fantassins commandée par le citoyen Gros qui devait partir le lendemain pour Gimont, mais qui fut retenue à cause des craintes qu'inspirait l'attitude des royalistes de la ville, en présence de l'absence probable de toute troupe républicaine, et de la fermentation qui se manifestait dans le canton de Miélan. Elle finit enfin par avoir sous la main des forces suffisantes pour envoyer, le 25, deux cents hommes d'infanterie et trente de cavalerie dans le canton de Fleurance, commandés par Cazaux, de Laromieu, et cent fantassins et vingt cavaliers dans ceux de Saint-Clar et de Mirepoix, sous les ordres de Gros, afin d'empêcher les rebelles de gagner la rive gauche du Gers et surtout la ville de Fleu-
(1) Arch. du ministère de la guerre, liasse du 15 août.
rance. Trois jours après, l'adjudant-général Delort arriva à Auch avec quelques cavaliers ; il fut immédiatement chargé d'organiser un petit escadron volant de cavalerie qui se porterait, sous ses ordres, sur tous les points menacés. Les archives du Gers contiennent une longue et curieuse lettre de Bazergues, agent municipal d'Hêches (Hautes-Pyrénées), et de son adjoint Cardeillac, dans laquelle ils développent le plan des insurgés qu'ils disent tenir de l'un d'eux. C'est celui que tous les documents indiquent. Mais ils y font figurer le duc de Laforce, leur ancien seigneur.
UnAriégeois, très ariégeois, trop ariégeoig peutêtre, M. H. Duclos, dans un volumineux ouvrage sur les hommes de son pays, a consacré à la rébellion de l'an vu un chapitre tout entier de son livre. Mais ce chapitre, empreint d'un esprit local excessif, exagéré même, semble avoir été exclusivement écrit pour la glorification du comte Jules de Paulo, que l'auteur cherche à élever à la hauteur d'un Larochejacquelein ou d'un Lescure, et qui fut, dit-il, « l'âme et le principal organisateur « du soulèvement royaliste de l'an vu, dont l'Ariège « fut le berceau, avec des ramifications dans la « Haute-Garonne (1). »
Malheureusement pour cet écrivain, les documents officiels, les faits et même son compatriote
(1) Histoire des Ariégeois, tome II, page 277.
232 INSURRECTION DE l'a.N Vil
M. de Casteras (1), démentent toutes ses assertions et réduisentsonhérosà des proportions bien moindres. De Paulo ne fut, en effet, comme ses collaborateurs Rougé, d'Aguin, de Lahage, Barbazan, Nègre, Lamothe-Vedel, etc., etc., que l'un des chefs de la révolte royaliste de l'an vu. Il se mit, comme eux, à la tête des réquisitionnaires, des conscrits, des déserteurs et des paysans de son ancienne seigneurie et souleva, au nom de la religion et de Louis xviii, la population de la vallée de l'A-riège que sa famille habitait depuis des siècles. Son odyssée insurrectionnelle n'offre rien d'épique. Elle se borna à la prise de Calmont qui ne fut pas très héroïque, comme nous l'avons vu; à sa défaite du Vernet; à sa facile victoire de Saint -Martory et à sa disparition dans la déconfiture de l'armée royaliste à Montréjeau.
Tout démontre qu'il était brave, hardi, courageux ; mais nous n'avons trouvé nulle part des preuves bien évidentes de ses capacités militaires. Nous ne voyons pas, en effet, qu'il fût très habile de s'éloigner de Toulouse et de remonter la vallée de l'Ariège, alors que ses amis et coopérateurs étaient concentrés en force à Muret ; que ceux de Caraman tenaient en échec les trois mille républicains venus du Tarn pour les combattre, et que ceux de Baziège, Montesquieu, Montgiscard, Nailloux et Castanet occupaient la colline de
(1) La Récolution dans l'Ariège, page 357.
Pech-David, aux portes de Toulouse, leur objectif évident, nécessaire, absolu, et dont la possession pouvait seule offrir quelques chances de succès à l'insurrection.
Si, en effet, les insurgés, au lieu de s'éparpiller pour soulever des villages ou de rester dans l'inaction, avaient concentré rapidement toutes leurs forces dès le 21 thermidor et suivi le plan indiqué par M. de Casteras (1) et par tous les documents , nul doute qu'ils ne fussent entrés dans la ville de Toulouse, alors sans défense, pour peu que leurs amis du dedans les eussent secondés en provoquant un soulèvement quelconque.
Quoi qu'en dise donc M. Duclos, le département de l'Ariège ne fut pas plus le berceau de l'insurrection de l'an vu que de Paulo n'en fut l'âme. Nous avons vu et établi qu'elle partit de la Haute- Garonne et se propagea rapidement dans les départements limitrophes. L'Ariège ne fit que suivre l'impulsion donnée et ses premiers insurgés parurent à Lissac , près Saverdun , le 21 thermidor (7 août 1799).
Voici ce que dit à cet égard l'adjudant-général ■Chaussey, dans son rapport à l'administration centrale de l'Ariège :
« Mon dessein était d'arriver avant le lever du « soleil à Lèzat, afin d'y exécuter vos ordres, de « cerner cette commune coupable et de la désar-
(1) La Réoolution dans l'Ariège, page 358.
234 iNSuaaECTio.v de l'an vu
« mer. Mes forces se composaient de cent trente « hommes d'infanterie et trente de cavalerie ; des « citoyens Pierre Féret, mon adjoint, et de Tarta- « nac, capitaine commandant la gendarmerie du « département.
« Mon avant-garde, en arrivant à Lissac, com- « mune distante de Saverdun d'une lieue et « demie, fut assaillie par plusieurs coups de fusil. « Les ombres de la nuit m'empêchèrent de voir « d'où partaient les coups de feu. La colonne « s'arrêta à mes ordres : je prenais des disposi- « tions à l'instant où un soldat du 14*^ chasseurs « à cheval est grièvement blessé d'un coup de « fusil au bras. Ce coup de feu est tiré de si près « qu'il lui brûle la figure. Trois autres sont bles- « ses de coups de fourches et de sabres, parmi « lesquels se trouve le guide que j'avais pris. La « veille, la conspiration royale avait déjà éclaté « dans la Haute-Garonne. Je l'ignorais et je « n'avais point pensé que j'aurais à me défendre, « sur ma route, contre les embuscades perfides « des brigands royaux. Ils avaient de grands « avantages sur moi c' étaient supérieurs en « nombre. J'étais à décoL'vert, ils étaient cachés- « derrière des tas de paille et des murailles d'où H ils tiraient sans pouvoir être atteints. Ils étaient « sans doute instruits de mon approche; j'igno- « rais leur présence dans un pays dont la situation « m'était inconnue. Néanmoins, seize rebelles, « armés de fourches de fer ou de sabres, furent
« pris et conduits aux prisons de Foix. L'un « d'eux me dit que les brigands l'avaient forcé à « les suivre et m'informa que trois ou quatre « cents hommes étaient cachés dans un champ de K millet, à une petite distance de Lissac, et que si « je faisais quelques pas aucun des miens n'échap- « perait, etc.
« Dans ces circonstances imprévueset pénibles, u ajoute Chaussey, la prudence du chef doit modé- « rer la fougue du soldat. Je réunis les officiers et « il fut statué, d'une voix unanime, que nous nous « replierions sur Saverdun, d'où nous étions partis « à neuf heures du soir et où nous arrivâmes à « deux heures du matin.
« De nouvelles circonstances mirent obstacle à « ce que je passasse, suivant mes projets, toute la « journée du 21 thermidor à Saverdun. Un bruit « public annonça, vers midi, que les brigands à « cocarde blanche s'avançaient sur Saverdun par « la route de Lissac, dans le dessein d'aller, le « lendemain, à Pamiers. Il fallait empêcher leur « entrée. J'éprouve une difficulté douloureuse à « vous dire que la désertion réduisit mon infan- « terie à cinquante hommes. La commune de « Saverdun, menacée d'une invasion prochaine, « n'avait aucune force disponible, ni munitions. (( L'agent municipal réclamait la présence de ma « petite colonne à Saverdun; mais l'intérêt gèné- « rai sollicitait la défense des places de Pamiers « et de Foix. Mes officiers, assemblés, furent tous
236 INSURRECTION DE l'an VII
« d'avis de nous retirer à Pamiers où nous arri- <( vâmes le même jour (1). »
Les brigands à cocarde blanche qui marchaient sur Saverdun étaient ceux de de Paulo. Ce chef, pendant que Chaussey était aux prises avec les insurgés de Lissac, s'emparait de Calmont, comme nous l'avons vu, entrait à Mazères et se dirigeait sur Saverdun où il était rejoint partons les insurgés de la contrée. Cela ressort d'une lettre de l'administration centrale de l'Ariège à celle de la Haute- Garonne, en date du 23 thermidor, dans laquelle, après avoir constaté l'occupation de Mazères et de Saverdun par les rebelles, il est dit: « Nous organi- « sons une compagnie de canonniers expérimentés « et nous ferons tous nosefforts pour vous seconder.
u Nous avons la plus grande confiance dans les a lumières, le civisme et la fermeté du citoyen « Chaussey, adjudant-général, commandant la « force armée de l'Ariège. Il va avoir pour colla- « borateurs les citoyens Danduran, chef de batail- « Ion, commandant la place de Narbonne; Bribes, « chef de brigade, et Lifitte, son adjoint. Informez- « nous des dispositions que vous aurez prises et « de la situation de vot;"3 département. — Salut « et fraternité.
« Gomma, président; Delage, Signorel , Da- « REXY, administrateurs ; i . Laurens, commis- « saire provisoire du Directoire exécutif (2). «
(1) H. Duclos. Histoire des Ariégeois, tome II, p. SOS.
(2) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an Yll, liasse IG.
LA BÉPRIÎSSION 237
Chaussey rentra, en effet, à Pamiers dans la soirée du 21. Son premier soin fut de requérir de l'administration municipale toutes les gardes nationales du canton, conformément à l'arrêté de l'administration centrale en date du même jour, ainsi que les munitions et les chevaux nécessaires à la constitution d'un corps de troupes capable de préserver la ville de Pamiers de l'invasion des contre-révolutionnaires. Cette administration répondit à ses demandes avec un zèle et une promptitude dignes d'éloges, et le lendemain ce général put constituer un bataillon d'infanterie et un petit escadron de cavalerie, grâce à l'empressement que les gardes nationaux et les volontaires mirent à répondre à l'appel des autorités.
« Je prenais des dispositions, le 23, dit Chaussey, lorsque j'appris que l'ennemi s'avançait par la route de Saverdun, au nombre d'environ deux mille hommes (1). Je fis battre la générale^ et à l'instant là garde nationale s'assemble : infanterie, cavalerie et les deux pièces de canon que je venais de recevoir de Foix se mettent en marche et s'avancent au-devant de l'ennemi. Il était encore loin. Je me mets à même de faire une reconnaissance avec quelques cavaliers et tirailleurs. A quelque distance de Pamiers, un paysan me remet la sommavion suivante :
« De par le roi légitime, je vous ordonne de venir
(1) Ministère de la guerre (archives historiques). Correspondance militaire générale, liasse du 9 août.
238 INSCRRECTieN DE l'aN VU
« VOUS réunir à l'armée catholique et royale que « j'ai l'honneur de commander; je vous promets « alors pardon général et protection ; sinon, s'il « vous arrivait de tirer un seul coup de fusil, « vous n'aurez point de quartier et vous serez « tous passés au fil de l'épée. J'attends une ré- <( ponse sur-le-champ, si vous voulez éviter votre « châtiment.
« 10 août 1799.
<( Le général Comte de Paulo. »
« Je répondis immédiatement :
(( Au nom de la République française une, in- « divisible et impérissable, et des braves républi- « cains que j'ai l'avantage de commander, j'or- « donne au soi-disant comte de Paulo, général de « l'armée royale, de mettre bas les armes et d'éva- « cuer la commune de Saverdun dans la minute. « S'il lui arrive de me faire encore des somma- « tions, je lui apporterai moi-même la réponse à (( coups de bayonnette et à coups de canon.
« Pamiers, le 23 thermidor, à onze heures du (( matin. — Vive la République!
u Chaussey (1). »
Au lieu de haranguer son adversaire, comme les héros d'Homère, le comte de Paulo préférait lui adresser une sommation écrite. C'était plus commode mais moins épique.
(1) H. Duclôs. Histoire des Ariégeois, tome II, p. 312
LA RÉPUESsIOX 239
Quoi qu'il en soit, le général Chaussey continua sa marche et aperçut enfin l'ennemi dans la plaine du Vernet-d'Ariège, entre Pamiers et ce village, vis-à-vis celui de Bonnac. Il le fit aussitôt attaquer par ses tirailleurs, en attendant l'arrivée de toutes ses forces.
« Je fis venir, dit-il dans son long rapport, sur u mes derrières les deux pièces de canon et un « détachement de cent cinquante hommes. Les u deux canons sont mis en batterie et l'infanterie « en bataille. La fusillade s'engage; elle devient « vive lorsqu'un coup de canon fut tiré sur cette « bande royale. Il paraissait qu'elle voulait faire « résistance; mais, par une canonnade bien nour- « rie, je la forçai à la retraite. Je fis continuer le « feu, et, dans peu, l'armée catholique et royale u fut en déroute. On ne voyait dans la plaine que u brigands épars, fuyant à toutes jambes (1). »
Le général Chaussey fit poursuivre l'ennemi sans pouvoir l'atteindre ; mais il trouva sur le champ de bataille une pièce de canon, quelques boulets, de la mitraille et quatre chevaux qu'il fit conduire à Pamiers pendant qu'il se dirigeait sur Saverdun, où il arriva à sept heures du soir. Il estime la perte des royalistes à cent sept hommes tués, beaucoup de blessés et quinze prisonniers, tandis qu'il ne perdit personne et n'eut qu'un cheval du 14® chasseurs de blessé.
(1) H. Duclos. Histoire des Ariégeois, tome II, p. 312.
240 INSURRECTION DE l'aN VH
Nevoulant pas donner du repos à son adversaire, Chaussey partit deSaverdun le 24, afin de le poursuivre activement.il prit la route de Saint-Ybars, passa dans cette ville et successivement à Lézat, Saint-Sulpice, Rieux, et arriva à Carbonne sans avoir pu le joindre; il y passa toute la journée du 28. C'est là qu'il apprit le désastre de la Terrasse et la marche des royalistes sur Saint- Martory. Il donna immédiatement l'ordre au général Latour, qui était à Labastide-de-Sérou, et au général Léra de se porter sur cette ville pendant qu'il allait se placer lui-même sur la ligne de Mazères, Saverdun, Saint-Ybars.
Nous avouons ne pas comprendre ce mouvement du général Chaussey qui, après avoir mis quatre grands jours pour se rendre de Saverdun à Carbonne, y séjourna le cinquième et se replia le lendemain sur Saverdun pour couvrir sans doute Pamiers et Foix, où il n'y avait plus d'insurgés, au lieu de se mettre aux trousses de l'armée royale qui marchait sur Saint-Martory et d'y rejoindre Latour et Léra.
Au reste, il aurait été difficile à ce général, après son succès du Vernet-d'Ariège, d'atteindre l'armée catholique et royale, parce que, au lieu de franchir l'Ariège, comme le dit M. Roschach (1), pour gagner Muret, ie comte de Paulo s'était réfugié chez un meunier à Espanès, canton de Mon-
(1) Foix et Comminges, page 360.
giscard. Il en sortit le 25 et se trouvait le 26 à Cintegabelle, ainsi que le prouve sa lettre à M. Moulis, à Calmont, que nous avons reproduite. Il en partait le lendemain à l'approche du général Vicose venant du Lauragais, passait à Auterive, où il élargissait lui-même les prisonniers, dit l'un d'eux, l'abbé Peyret, et arrivait à Muret le même jour (27 thermidor), vers quatre heures du soir, avec cent quarante hommes à pied ou à cheval, alors qu'il en avait promis d'abord trois mille, puis douze cents, selon le juge de paix Laviguerie. « Il passa dans « une barque et fut très surpris de ne pas y trou- « ver l'armée royale. Il courut se renseiger au- « près de l'administration improvisée parles re- « belles qui commençait à se démembrer, et sur « ses renseignements il s'empressa de partir pour « aller rejoindre l'armée royale en retraite vers les « Pyrénées. Ladite administration ne tarda pas « à faire comme lui. Elle fit mettre en liberté les « prisonniers étrangers, ceux de Muret étant élar- « gis depuis deux jours, et se dispersa (1). »
Pendant ce temps, les gardes nationales de Daumazan, du Mas-d'Azil, de Sainte-Croix et de Saint-Girons marchaient sur Montesquieu-Volvestre et Rieux menacés par les brigands, et le général Léra écrivait de Lahitère à l'administration du Mas-d'Azil, le 24 thermidor (10 août) :
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr.de l'an VII, liasse 11.
242 INSDRRECTIOX DE l'\N VU
« Citoyens, je marche avec une force armée « sur Carbonne. Les ennemis se sont repliés sur « Muret. Si vous avez des troupes à faire mar- « cher, veuillez les diriger sur ce point. Je compte (( sur votre républicanisme. Veuillez ne faire a marcher que des gens bien armés et décidés à « combattre. — Vive la République !
« Léra (1). »
Mais la ville de Rieux avait été déjà envahie le 22 thermidor, pillée et dévalisée, ainsi qu'il résuite d'une réclamation de la gendarmerie de cette localité, en date du 28 fructidor, tendant à obtenir une indemnité de 1,382 francs pour les objets volés dans son domicile, pendant que la brigade marchait avec les gardes nationaux, sous le commandement du lieutenant Deprat, de la gendarmerie de Toulouse, à la rencontre des rebelles royaux et les combattait, le 21, à cinq heures du soir, au lieu dit la Gondole, près Muret, en y laissant quatre morts et quelques blessés.
D'un autre côté, on écrivait de Rieux, le 30 thermidor : « Depuis douze jours, les brigands « royaux se sont emparés de nos environs ety ont u commis toutes sortes d'exactions; mais une « colonne d'Ariégeois, commandée par le citoyen « Léra, vint relever nos forces et notre courage. « Un instant après on annonce que les brigands « se sont emparés de Carbonne. On bat la géné-
(1) H. Duclos. Histoire des Ariégeois, tome II, p. 324.
« raie et on se porte sur Carbonne. Mais les nôtres « sont battus, laissant des morts et des blessés, et « les royaux s'emparent de Rieux. Les patrio- « tes se rallient et se retirent sur Saint-Girons « avec le brigadier Léra. Maîtres de Rieux, les « brigands y commettent les excès les ylus « révoltants. Les propriétés des républicains, w qui venaient de perdre Laurent Lafaille au « pont de Carbonne et qui avaient perdu quatre « des leurs au combat de la Gondole, près Mute ret, sont livrées au pillage. Le plus féroce « de tous étaii un certain Pascal Sieurac, de « Rieux (1). ))
Tous ces événements sont confirmés par un très long rapport de Bellouguet, commissaire du Directoire exécutif à Foix, conservé aux archives historiques du ministère de la guerre (2). Après avoir constaté dans ce pays un mauvais esprit qu'il ne soupçonnait pas, ce fonctionnaire parle de l'envahissement des communes de Muret, Noé, Capens, Carbonne et Rieux par les brigands qui menacent de se porter sur les cantons de Sainte- Croix, Daumazan, le Mas-d'Azil. Il passe ensuite à l'entrée de de Paulo à Saverdun avec deux mille hommes et à la vive émotion qui s'empare de tout le nord-ouest du département à la nouvelle de cet événement. Les bons citoyens se lèvent en
(1) Journal de Toulouse du 3 fructidor an VII.
respondance militaire générale, liasse du 12 août.
244 INSDRRECTION DE l'ax VU
masse. Le chef de brigade Léra se met à la tête d'une compagnie de garde nationale formée à Saint-Girons et se porte sur Sainte-Croix. Sa colonne se renforce en route de détachements venant de Saint-Lizier, Massât et Castillon. Il pousse alors une pointe sur Garbonne pour arrêter les brigands et se voitobligé de se replier; mais des renforts suffisants lui étant arrivés des cantons voisins, il renouvelle sa tentative et force les rebelles à abandonner Rieux et Garbonne. Pendant ce temps, le général de brigade Latour, à la tète d'une autre colonne de volontaires de Labastide-de-Sérou, se porte sur le Mas-d'Azil et Daumazan, afin' de donner la main à Léra si besoin est. Après avoir raconté lô combat du Vernet-d'Ariège, Bellouguet se plaint de ce que le département de l'Ariège est abandonné à luimême, sans armes et sans munitions, n'ayant, depuis six jours, aucune communication avec Toulouse. Dans cette situation, l'administration centrale, dont le courage et l'énergie sont audessus de tout éloge, a été obligée de tout créer, n'ayant que deux pièces de quatre sans gargousses à balle ni à mitraille. Les citoyens réparent des fusils, fondent des balles, forgent des piques de touslescôtés, commeauxbeauxjoursdela Révolution, pendant que d'autres se portent aux frontières pour surveiller les passages et empêcher l'entrée des émigrés avec des armes et des munitions. « Cependant le général Vicose, dit le citoyen
« T.,., attaché à l'état-major de ce général, pour « ménager ses munitions d'artillerie résolut de « faire incendier le château de Terraqueuse afin « qu'il ne pût pas serviràlarésistance des rebelles, « et y fit mettre le feu à deux heures du matin. « A sept heures du soir le feu durait encore. Les a habitants du pays applaudissaient à cette mesure « parce qu'ils n'auraient plus à craindre que leurs « récoltes servissent à l'entretien des rebelles qui « s'y réfugiaient.
« Le 27, à trois heures du matin, les troupes de « Vicose marchaient sur Cintegabelle pour y pour- « suivre les brigands qui s'y étaient, disait-on, re- « tirés. Mais ilsavaient décampé à l'arrivée du gé- « néral, après avoir pillé, saccagé, détruit ou brûlé « tout ce qui se trouvait dans la maison commune. « Nous y avons saisi une coy^respondance qui jette « le plus grand jour sur la conspiration royale.
« De Cintegabelle, le général Vicose se porta « sur Auterive qui était abandonné. Les rebelles « étaient partis pour Muret avec les patriotes pri- « sonniers d'Auterive et des environs. C'est à u l'attaque de Pamiers que LaboucheroUe fils a « été tué. Nous nous sommes ensuite portés sur « Lagardelle, Saint-Sulpice et Beaumont-sura Lèze, et, de là, à Carbonne et à Saint-Elix où « nous avons rejoint le général Gommes (1). »
Il y a là au moins deux erreurs. La première
(1) Journal de Toulouse du 1" fructidor an VII.
246 mSCBBECTlOxN DE LAN VU
concerne les prisonniers d'Auterive délivrés par de Paulo, au dire de l'abbé Peyret qui ne saurait être un témoin suspect, et la seconde l'incendie du château de Terraqueuse ordonné par Vicose, Voici comment M. E. Roschach raconte la prise de ce château :
« Des troupes régulières étaient arrivées, à la (( nuit tombante, par les plateaux du Lauragais, « sur la crête des bois qui dominent Terraqueuse. « Le château, endormi au milieu de ses arbres « centenaires, baignait silencieusement ses pieds « dans les eaux, et les sept tourelles qui le flan- « quaient ne promettaient pas de résistance. La « colonne républicaine campa jusqu'au jour aux « fermes de Noé et de 1 Archer, et, le lendemain, « elle descendit par le chemin du bois, avec deux (( canons, sur le dernier repli de la colline dont « l'Ers contourne la base. C'est de là qu'ils saluè- (( rent de quelques volées d'artillerie la citadelle « sans défense. Ne recevant pas de réponse, des « hussards passèrent le gué, pénétrèrent dans le « château et se bornèrent à visiter révolutionnai- « rement les caves et à vider l'office pour continuer « ensuite leur marche à la poursuite des insurgés.
« Durant cette occupation pacifique singulièrea ment idéalisée par l'imagination des vainqueurs, « une vieille servante de la maison était demeu- « rée, tapie au fond d'un placard, à demi-morte « d'effroi (1). »
(1) Foix et Comrninges,
Li RÉPRESSION 247
Ce récit, où il n'est nullement question de l'incendie du château de Terraqueuse, ne cadre guère avec celui du citoyen T... qui le voit brûler depuis deux heures du matin jusqu'à sept heures du soir, bien qu'il soit avec Vicose sur la route d'Auterive à Muret. D'ailleurs, M. E. Roschach raconte tout autrement l'incendie de ce château.
« A la nouvelle de la déroute du Vernet, dit-il, (( les patriotes de la contrée, ceux de Calmont « principalement, accoururent en masse à Terra- « queuse où ils organisèrent un déménagement « complet. Meubles, linge, ustensiles furent jetés « sur la terrasse et chacun en prit sa part. Diver- « ses maisons du pays renferment encore des obu jets de cette origine.
« Avant de quitter la place, la bande héroïque « assembla des tas de gerbes dans les salles et y « mit le feu (1). «
Le général Vicose proteste, à son tour, contre l'accusation dirigée contre lui et raconte cet incident comme suit :
« Toulouse, 3 vendémiaire an viii.
(c Vicose, adjudant- général retiré, au rédacteur « de TAmi des Lois.
« Dans votre numéro du 29 fructidor, un ano- « nyme prétend que pendant ma marche contre les « rebelles j'étais obsédé par deux scélérats, mes « aides-de-camp, commissaires de police à Tou-
(1) Foix et Coinminges.
248 INSCRftECTlON DE L \N VII
« louse. Il n'y avait de commissaire do police « dans mon état-major que le citoyen Capoulat, « capitaine retiré par suite de blessures, un des u braves de l'armée d'Italie, ennemi juré du pillage « et un de ceux qui m'ont le plus efficacement aidé « à réprimer les désordres inévitables dans une « troupe levée à la hâte et prise dans une vingtaine « de cantons de plusieurs départements qui, la « plupart, retournaient chez eux après quelques « jours de marche.
« Des traîneurs ou des fuyards ont, comme « l'annonce l'anonyme, mis le feu au château du « comte de Paulo, général commandant le comté « de Foix pour Louis xviii. Mais l'anonyme ne « dit pas tout ce que j'ai fait pour découvrir (( les coupables. Il ne dit pas que lorsque je « l'appris j'étais en marche pour me porter sur « Cintegabelle, l'un des quartiers-généraux des « rebelles, où l'on m'avait annoncé qu'ils étaient « en force. »
Après avoir dit que l'anonyme qui le diffame jugea à propos de l'abandonner avec deux cents hommes au moment de l'attaque de Montréjeau, Vicose invoque le témoignage des capitaines Caminade et Delaur, de la gendarmerie et de l'artillerie de l'Aude, .qui ne le quittèrent pas un seul instant, et il termine ainsi sa lettre :
« C'est la première et la dernière fois que je K réponds à de pareilles accusations. On veut, « par un système de calomnie parfaitement com-
LA llErUEsilOX 249
« biné, dégoûter les républicains intègres. Plu- « sieurs journalistes se prêtent avec complaisance « à ce manège. Je vous invite, citoyen, à ne pas « l'encourager par votre exemple.
u J'espère que vous voudrez bien insérer ma « lettre dans votre prochaine feuille. — Salut.
« G. ViCOSE (1). »
Malgré la diversité de ces versions sur les véritables auteurs de l'incendie du château de Terraqueuse, nous estimons que celle de Vicose est la seule fondée, puisque ce château était intact lorsqu'il le quitta, le 27 thermidor au matin. M. Roschach commet donc une erreur en accusant les habitants de Calmont et des environs de cet incendie, à la suite de l'affaire du Vernetd'Ariège, qui eut lieu le 23.
Mais les succès obtenus par les troupes républicaines à Caraman, Pech-David, le Vernetd'Ariège, Colomiers, l'Isle - en - Jourdain, Gimont, etc., n'avaient guère changé la situation du département de la Haute-Garonne, car les insurgés, battus à Caraman et à Pech-David, étaient encore maîtres des hauts plateaux du Lauragais, entre le petit Lers et TAriège, de la vallée de ce fleuve et de celle de la Garonne. Ils occupaient Baziége, Montgiscard, Montesquieu-sur-le-Canal, Nailloux, Cintegabelle, Auterive, Saint-Sulpice, Beaumont-sur- Lèze, Lézat, Carbonne,
(1) Journal de Toulouse du 5 vendémiaire an VIII.
250 INSLIIRECTION DE l'aN VU
Rieux, Saint-Lys et Muret, où ils avaient concentré une force active de quatre mille hommes environ et établi leur quartier-général. Toutefois, la victoire d'Aubugeois à l'Isle-en-Jourdain les avait séparés de leurs coreligionnaires du Gers et mis un obstacle sérieux à la jonction de toutes leurs forces sur un point déterminé, afin de tenter un coup décisif. Dans cet état de choses, il ne restait guère plus aux troupes de Rougé et de dePaulo qu'à battre en retraite sur Saint-Gaudens pour soulever cet arrondissement, ou à se porter résolument sur Toulouse pour y vaincre ou mourir. Mais c'était un peu tard. Les onze bataillons de garde nationale et l'escadron des volontaires à cheval de Fontètes y étaient organisés et armés. Les départements limitrophes, répondant à l'appel fait par l'administi^ation centrale de la Haute-Garonne le 19 thermidor, avaient envoyé ou étaient prêts à envoyer des troupes nombreuses.
Nous avons vu que dès le 21 thermidor le Tarn avait massé près de trois mille hommes au Bourg- Saint-Bernard et que cette colonne s'emparait de Caraman le 23, pendant qu'une autre colonne de ce département, partie de Puylaurens, prenait successivement Saint-Julia, Auriac et entrait à Caraman presque sur les talons de leurs compatriotes. Il est vrai que, dès le lendemain, les deux colonnes étaient réduites à trois cents hommes qui ne quittèrent plus les Toulousains et se con-
Là RÉl'llËSSION 251
duisirent partout vaillamment jusqu'à la fin de l'insurrection.
De son côté, l'administration centrale du Lot avait ordonné, le 22 thermidor, une levée de quinze cents hommes qui seront mis à la disposition de l'administration centrale de la Haute-Garonne.
L'Aude n'avait pas mis moins d'empressement à venir en aide à la Haute-Garonne ; car son administration centrale écrivait, le 23 thermidor, à l'administration centrale à Toulouse :
« Citoyens collègues , au moment où vous « recevrez cette lettre, le citoyen Sirugue-Maret, a chef de brigade, inspecteur de gendarmerie, se « trouvera sur la rive gauche du canal des deux « mers et au-dessus de Castelnaudary avec mille (( hommes d'infanterie nationale, quatre-vingt- « dix de cavalerie de ligne et deux pièces de « campagne. Sur la rive droite, le citoyen Albert, « officier d'état-major, aura établi son quartier- « général à Castelnaudary, où il aura sous son « commandernent deux pièces servies par des « artilleurs de ligne, cinquante chasseurs à cheval a et quelques centaines d'hommus à pied, bien « équipés, bien armés et surtout bien résolus.
« Veuillez bien, citoyens collègues , pour la « rapidité des mouvements et pour l'unité d'ac- « tion qui doit exister dans les opérations mili- « taires , correspondre avec ces deux officiers tt pour tout ce qui concerne la défense des deux « départements.
252 INSURRECTION PE l'aN" VU
« Il est instant que vous fassiez parvenir à Cas- « telnaudary trois caissons du calibre de quatre, a mille cinq cent quatre gargousses, etc.. {suit (( une longue liste d'objets d'' artillerie). « Salut et fraternité.
« Joseph SizAiRE, président; Arnaud, « RivalS, Despeyroux, B. Poulaille, u administrateurs ; Malaterre, se- (( erétaire - général ; Embry, commis- « saire du Directoire exécutif {!). »
Ces magnifiques promesses ne durent pas être tenues ni ces ordres exécutés, puisque le chef de brigade commandant la dixième division de gendarmerie, Sirugue-Maret, arriva le même jour 23 àVillefranche-de-Lauragais avec quinze cavaliers et cinquante fantassins, précédant de quelques heures cent hommes d'infanterie et deux canons bien montés et bien servis. En passant à Labasitde-d'Anjou, ce chef avait ordonné au capitaine de gendarmerie Caminade de réunir immédiatement sa brigade avec tous les volontaires qu'il pourrait recruter pour se transporter aux Cassés et à Montmaur dont les insurgés s'étaient emparés et où ils avaient arboré le drapeau blanc, et de se concerter, à cet effet, avec les commandants des colonnes mobiles de Revel et Castelnaudary. Le capitaine Caminade se mit de suite en mesure d'exécuter cet ordre et les insur-
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 16.
LA RÉPBKSSION ?53
gés furent chassés des Cassés et de Montmaur après une petite résistance. La commune de Marsa, du même département de l'Aude, s'était insurgée dans la nuit du 3 au 4 août (17 et 18 thermidor). Les rebelles avaient assailli et maltraité les citoyens Palanqué et Caneille dans leurs maisons où tout fut brisé, dévasté (1).
Le 24 thermidor, l'administration municipale de Villefranche-de-Lauragais écrivait à l'administration centrale de la Haute-Garonne qu'elle possédait à ce moment six cent cinquante hommes de garde nationale mobile, dix à douze cavaliers volontaires, plus quatre-vingt-deux gendarmes ou chasseurs à cheval venus de l'Aude avec cinq cents gardes nationaux, et qu'elle attendait, dans la journée du lendemain 25, le général Gommes, commandant les neuvième et dixième divisions militaires, avec une demi^brigade de troupes de ligne et quatre pièces de canon (2).
Gommes était à Perpignan. Il y apprend le soulèvement insurrectionnel de la Haute-Garonne, le 22 thermidor, et part le 23 pour Garcassonne, après avoir ordonné toutes les mesures propres à surveiller les émigrés sur la frontière d'Espagne et garanti les côtes et les forts de toute attaque. H quitte cette ville le 24, arrive à Toulouse le 25 et y prend le commandement supérieur de toutes
(1) Ministère de la guerre (arch. histor.), Correspondance militaire générale, liasse du 6 août.
(2) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 14.
254 INSLRBBCTION DE L kS VU
les troupes. Il a envoyé à Chaussey, de Perpignan, vingt-cinq chasseurs à cheval avec une pièce d'artillerie et des munitions, et ordonné à Vicose, en passant à Villefranche-de-Lauragais, de s'emparer de Xailloux, Calmont, Cintegabelle et Auterive afin d'appuyer les opérations de Chaussey et d'empêcher les insurgés de s'établir sur les deux rives de la Garonne. Il compte marcher le lendemain sur Muret, s'il a des forces suffisantes ou que la colonne mobile de deux mille hommes, créée par l'arrêté de ce jour de l'administration centrale de la Haute-Garonne, soit organisée. «Il sera plus « aisé de s'en servira propos que de disposer d'une « immensité de gardes nationaux qui marchent et « se retirent quand ils veulent et sur lesquels on « ne peut jamais compter (1). » Dans ce rapport an ministre de la guerre, en date du 27 thermidor (13 août), Gommes estime qu'à ce jour les insurgés ont perdu de mille à douze cents hommes. Voici le texte de l'arrêté visé par le général Gommes :
« Du 26 thermidor an vu de la République « française une et indivisible.
« L'administration centrale du département « de la Haute-Garonne,
« Vu ses précédents arrêtés sur la mise en « activité des colonnes mobiles, notamment ceux « des 9 messidor dernier et 19 thermidor courant ;
(1) Ministère de la guerre (arch. hist.), Correspondance militaire générale, liasse du 14 août.
LA RÉPIIESSION 255
« Considérant que les circonstances critiques « où les agents de la contre-révolution ont réduit « le département de la Haute-Garonne rendent « les dispositions do ces arrêtés insuffisantes et « qu'il importe d'y obvier promptement;
« Que le service de la garde nationale en masse (( présente des difficultés lorsqu'il s'agit d'expé- M ditions extérieures^ et que les chefs peu zélés « à se rendre à leur poste nécessitent l'amal- « game d'une compagnie dans une autre, ce qui « produit indispensablement de. la confusion;
« Ouï le commissaire du Directoire exécutif, « Arrête :
« Article premier. — Il sera choisi, parmi les « citoyens qui composent la garde nationale de c( Toulouse, deux mille hommes qui formeront la « colonne mobile.
« Art. 2. — Ces deux mille hommes seront pris « de préférence parmi les républicains les plus dé- (( terminés et les plus capables de contribuer par « leur courage à l'anéantissement des brigands « insurgés et au salut de la chose publique.
« Art. 3. — Ils seront de suite organisés en « compagnies et en bataillons. Ils seront entière- « ment sur le pied de guerre, tant pour la solde « et l'étape que pour la discipline.
« Art. 4. — Mille hommes de cette colonne « passeront la revue du commissaire des guerres, « le 27 thermidor courant, et se tiendront prêts à « exécuter les mouvements qui seront ordonnés
25fi UNSUSRECTIO.N DE L AN VU
« par les généraux Gommes et Aubugeois , se « trouvant actuellement dans le chef-lieu du « département.
« A.RT. 5. — Les mille hommes restant devront « être organisés sur le même pied et prêts à « subir pareille revue le 28 du dit. Cependant, s'il <( y avait de la difficulté à trouver ces deux mille « hommes d'élite dans la garde nationale toulou- « saine, la municipalité pourra faire compléter le « dernier mille en prenant des membres dans les « colonnes mobiles ou gardes nationales des « cantons de ce département qui se trouvent en « ce moment auxiliaires dans la commune de « Toulouse, pourvu qu'ils réunissent les qualités « nécessaires.
« Art. 6. — Pour accélérer cette opération, (( l'administration municipale de Toulouse pourra « nommer des commissaires ad hoc et se fera « aider, si elle le juge convenable, par les chefs « de brigade de la garde nationale sédentaire.
« Art. 7. — Elle nommera tous les officiers et « sous-officiers, en observant de ne confier les « grades qu'aux citoj^ens qui ont servi dans les « troupes de ligne, soit dans l'ancien, soit dans « le nouveau régime.
« Art. 8. — La garde des divers postes de la « commune sera montée par les citoyens autres « que ceux formant le corps de la colonne mobile « ci-dessus, à moins que les circonstances et les « généraux n'en ordonnent autrement.
LA BÉPBESSION 257
a Art. 9. — L'administration centrale rappelle « aux citoyens destinés à composer le corps resu pectable et vraiment imposant de la colonne u mobile que la subordination la plus austère, (( l'exactitude la plus stricte à se trouver aux « appels, l'activité dans le service et le mépris « pour le pillage sont les plus sûrs garants de la u victoire qui a déjà accompagné leurs armes et « qui ne peut cesser de leur rester fidèle pourvu « qu'ils ne la rebutent pas.
« L'administration centrale, en rendant homu mage au zèle et aux vertus civiques qui ont « toujours caractérisé les citoyens de Toulouse, « se flatte qu'elle n'aura qu'une continuation « d'éloges à leur donner et qu'ils ne discon- « tinueront pas de bien mériter de la patrie.
« Art. 10. — Le présent arrêté sera imprimé u et affiché. Un extrait en sera de suite transmis u à l'administration municipale de Toulouse.
« Des exemplaires en seront adressés aux « ministres de la police générale, de Tintérieur u et de la guerre.
« Délibéré à ToulousQ, en permanence dans (c une des salles de la maison commune, les jour, u mois et an que dessus.
« Caissel , président , etc., etc ;
« Béguillet, secret.- général (1). »
Avant l'arrivée du général Gommes à Toulouse, (1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 3,
258 I.NSURBECTION DE l'aN VU
le conseil militaire de défense lui avait écrit, le 24 thermidor (10 août) : « Nous sommes instruits « par le capitaine de gendarmerie Caminade, en u résidence à Labastide-d'Anjou, que vous mar- « chez sur Toulouse avec quatre pièces de canon « et cinq cents hommes de troupes de ligne. Nous « vous remercions de ce secours et vous infor- (C mons de la situation générale de notre dcparte- « ment.
« Toulouse est tranquille, grâce à l'énergie et « au dévouement des républicains qui l'adminis- « trent et la défendent. N'ayez donc point d'in- « quiétude sur les projets que les brigands royaux « pourraient avoir formés contre elle. Toutefois, « une partie des forces que vous dirigez nous se- « ront nécessaires pour soulager nos concitoyens (( qui, depuis huit jours, sont sous les armes sans « désemparer. L'autre partie, avec les canons, « pourrait être dirigée sur les points encore occu- « pés par les rebelles. Le centre de la rébellion est « à Muret, qui est leur quartier-général et se « trouve occupé, depuis le 19, par une force éva- « luée à quatre mille hommes, tant infanterie que « cavalerie. Il faudra l'attaquer avec des forces « imposantes, afin de ne laisser échapper aucun « rebelle.
« Le général Vicose est maître de Caraman. « Nous le prévenons de votre marche afin qu'il se « concerte avec vous pour préserver le départe- « ment de l'Ariège de l'invasion des brigands qui
Li EÉPaESSION 259
« occupent Cintegabelle, Auterive et toutes les « localités voisines. Il est également nécessaire u de prévenir de vos projets le général Choussey « qui commande à Pamiers. Le général Aubu- « geois, parti hier avec une force armée nom- « breuse, a dégagé Saint-Simon, Cugnaux, Bla- « gnac et Colomiers des brigands qu'il poursuit « et qui se sont ralliés à Tlsle-en-Jourdain, dans « le Gers. »
Le conseil militaire ignorait à ce moment que Chaussey avait battu de Paulo au Vernet, et Aubugeois de Lahage et Barbazan à l'Isle-en-Jourdain. Le lendemain, ce conseil écrivait ce qui suit au chef de brigade Sirugue-Maret, stationné à ViUefranche-de-Lauragais :
« Le général en chef nous donne avis, citoyen u général, qu'il est dans l'intention d'attaquer « Muret demain. En conséquence, nous vous in- « vitons, et en tant que de besoin vous requérons, « de vous porter de suite sur Toulouse avec vos u troupes, afin que vous soyez ici ce soir pour « aller demain attaquer la porte de Toulouse à « Muret, indiquée par le général Aubugeois, pen- (( dant qu'il l'attaquera de l'autre côté.
<■' Veuillez donc ajourner votre expédition sur « Nailloux, afin de nous rendre maîtres de Muret « et nous mettre en communication avec le Midi « de notre département qui nous fournira des « hommes, des subsistances, etc., etc.
« Le commandement de la colonne qui partira
260 INSURRECTION DE l'AN MI
« de Toulouse peur Muret vous est confié par le « conseil militaire. Ilcomptesurvotre patriotisme, « votre zèle et votre énergie. »
Le même jour, ce conseil écrivait au général Aubugeois :
« Nous avons délibéré sur les rapports faits, de « votre part, par le citoyen Carbonel, et nous « pensons que l'expédition sur Muret doit être « renvoj'ée au 27 afin d'en assurer le succès. Il « serait difficile et dangereux pour la sécurité de « notre ville de vous envoyer une colonne de nos « troupes pour attaquer la porte de Toulouse à « Muret. En renvoyant l'attaque au 27, nous au- « rons reçu les renforts amenés par le chef de u brigade Sirugue-Maret que nous avons requis « de conduire ici. Voici donc les observations que « nous vous soumettons. Vous pouvez, ce soir et « demain, soumettre les rebelles réunis à Saint- « Lys et lieux voisins, et après avoir donné du « repos à vos troupes, vous trouver le 27 au ma- « tin devant Muret.
« Le général Vicose, qui se trouve en ce mo- « ment aux environs de Baziège, informé de vos « mouvements, contiendrait par sa présence les « cantons de Nailloux, Auterive et Cintegabelle. « La colonne partie de Toulouse réduirait les in- « surgés de Portet, Saint-Simon, Cugnaux et au- « très lieux et se trouverait, le 27 au matin, de- « vaut Muret. On pourrait, en outre, envoyer un « petit détachement s'emparer de Pinsaguel, afin
« de s'opposer au passage de la Garonne, si les « rebelles voulaient le tenter (1). »
Ce plan ne fut pas exécuté, parce que l'ordonnance chargée de le remettre au général Aubugeois ne put le rejoindre, et ce général s'arrêtait, le 26 thermidor, à la côte de Monjuif, près Muret, d'où il rentra à Toulouse sans attaquer ladite ville qu'il croyait puissamment défendue.
Le général Gommes, étant rentré à Toulouse le 25 thermidor, prit en main la haute direction de toutes les opérations militaires, et l'administration centrale de la Haute-Garonne rapporta le lendemain son arrêté du 21 constituant le conseil militaire, dont la mission était terminée.
A peine réinstallé, le général Gommes donnait les ordres suivants :
« Du 26 thermidor, à trois heures du matin.
« A l'' administration municipale de « Castelnaudary.
a II est urgent et nécessaire d'avoir toujours u une colonne qui occupe Salles et Saint-Michel- « de-Lanès par des détachements et surveille les « environs de ces communes. »
« Du 26 thermidor, trois heures du matin. « A V adm,inistration centrale de VAude. w Les rebelles sont en force à Muret. L'insur- « rection se fait sentir sur d'autres points, même
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 2.
262 INSORRECTION DB l'iN VU
« dans le Lot. Envoyez-nous du monde à Castel- (( naudary. Demandez des armes et des munitions « et Narbonne et à Perpignan. »
« Même jour et même heure.
(i. Au général Buget à Perpignan.
« Il est urgent, mon cher général, que le citoyen « Mercié recueille des canonniers qu'il connaît à « Perpignan et qu'il les conduise à Carcassonne. « Faites obtempérer sans retard aux demandes « de l'administration centrale de l'Aude; il y a « encore beaucoup à faire ici. Les rebelles sont « en force à Muret. On les attaque ce matin. « Faites exécuter le mouvement que je vous ai « prescrit par lettre de Villefranche. Veillez à la u frontière et à la côte. Tenez prête, au besoin, à « Perpignan une colonne de deux cents républi- « cains d'élite. Je la demanderai si elle est né- « cessaire. Communiquez cette lettre à l'adminis- « tration centrale. »
« Du 26 thermidor, quatre heures du matin. « Au général Auhugeois.
« Une ordonnance forcée de rétrograder par « les brigands n'a pu vous remettre mes nou- « velles dispositions. Vous êtes, sans doute, à « Muret. J'envoie une colonne pour assurer vos a communications avec Toulouse. J'attends la « nouvelle de votre victoire. Vive la République !
« Gommes (1). »
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VU, liasse 2.
Les espérances de ce général ne se réalisèrent point , bien qu'il eût été facile à Aubugeois d'entrer dans Muret. Mais laissons à cet égard parler le juge de paix de cette ville, Laviguerie, témoin oculaire :
« Le 23 thermidor, une armée venant de l'Isle- « en-Jourdain se présenta à la côte de Monjuif, u à un quart d'heure environ de Muret, et s'y « arrêta. Persuadée par de faux renseignements « que la ville était bourrée d'insurgés munis « d'artillerie et que le pont sur la Louge était « coupé, cette armée tira cinq coups de canon « pour provoquer les rebelles ; mais n'ayant vu « paraître personne, elle se dirigea vers Toulouse. « Les patriotes manquèrent là une bonne occa- « sion de reprendre Muret ; car il n'y avait plus, « à ce moment, qu'une arrière-garde de cent « cinquante hommes qui s'empressa de se dé- « bander et de fuir au premier coup de canon, de « sorie qu'il ne resta pas un seul homme armé « dans la ville (1). «
L'abandon volontaire et presque précipité de la ville de Muret, chef-lieu d'arrondissement, par l'armée royale était l'aveu formel, évident de son impuissance et le commencement de la fin de l'insurrection. Toutefois, cet abandon était motivé par la défaite des insurgés dans le Gers et de de Paulo dans l'Ariège, et par la marche de Vicose
(1) Arcli. delaHte-Gne, Insurr.de l'an VII, liasse 11.
264 INSURRECTION DE L'aN VU
et d'Aubugeois sur Muret, pendant que le conseil militaire concentrait des forces imposantes à Toulouse et que le général Gommes y arrivait pour en prendre le commandement supérieur.
Quoi qu'il en soit, l'administration centrale de la Haute-Garonne, voulant faire un dernier appel au bon sens et au patriotisme de ses administrés, leur adressa, le 27 thermidor, la proclamation suivante :
« Les administrateurs du département de laHaute- « Garonne aux habitants des campagnes,
« Habitants des campagnes que les fauteurs du « royalisme ont trompés et dont l'erreur peut du- « rer encore, ouvrez les yeux à l'aspect de l'abîme « où l'on voulait vous engloutir. Revenez de votre « égarement déjà trop prolongé. Reprenez vos « occupations journalières comme viennent de le « faire les citoyens des cantons forains de Tou- « louse, ceux de Lanta, de Castanet, de Caraman, « de Saint-Félix, de Revel, de Baziège, de Ville- « franche, de Montgiscard, de Montesquieu-sur- « le Canal, de Nailloux, de Blagnac et de Saintce Lys. Dans chacun de ces cantons, le peuple a « repris ses travaux et les magistrats républicains « leurs fonctions. Signalez et déclarez à l'autorité « légitime les monstres qui vous fanatisèrent et « ont voulu aliéner vos cœurs à la République. c( Pourriez-vous méconnaître encore sa voix ma- « ternelle et rester plus longtemps sous les dra-
« peaux des féroces agents de la royauté? le « langage du crime a-t-il pu un moment corapri- « mer votre élan naturel pour la vertu? Déchirez « le bandeau dont les barbares vous ont couvert « les yeux pendant quelques jours et revenez avec c( confiance vous jeter dans les bras de vos magis- ({ trats. Ne craignez ni persécution ni vengeance. «• Les lois dont ils sont les organes sont clémen- « tes pour les hommes, comme vous, utiles à la « patrie. Elles ne sont sévères et terribles que « pour les tigres qui, en vous aveuglant, ont « voulu déchirer le sein de la mère commune.
« Que tardez-vous à reprendre vos travaux « rustiques et à continuer vos moissons ? Reve- « nez ; ah ! revenez sans crainte, laborieux agri- « culteurs ; vous verrez, au ton paternel avec a lequel nous vous recevrons, que les républi- « cains savent pardonner à l'erreur et que ce « n'est que ceux qui ont préparé et ordonné rince surrection que la République veut frapper.
« Vous l'avez vu, braves laboureurs ; partout « où l'on a levé l'étendard de la révolte, nos pa- « triotiques phalanges ont terrassé les vils suppôts « de Louis xviii. Et ils seront défaits avec la même « promptitude partout où ils oseront se montrer. « Les perfides vous avaient dit qu'ils vaincraient; « mais ils ont été trompés dans leur attente po- « pulicide, et la victoire est restée fidèle aux sol- « dats de la liberté.
« Déjà trop de sang a coulé. Nos braves gémis-
266 INSDRRECTION DE l'aN VII
« sent d'être obligés de combattre contre des
« Français. Abandonnez vos généraux féroces et
« nommez-les hautement pour qu'ils soient punis
« de leurs crimes. Ils se faisaient insolemment
« appeler vos chefs ; ils ne voulaient être que vos
« bourreaux. Eux seuls ont encouru la haine
« nationale; eux seuls sont rayés de la liste
« de la grande famille. Mais vous, agriculteurs,
« vous qui, livrés à vous-mêmes, avez l'âme
« pure comme les productions de vos campagnes,
« rentrez dans le giron de la République. Plus tôt
« vous aurez repris vos travaux, plus tôt vous serez
« pardonnes. Croyez à la sincérité des paroles de
« paix que nous vous adressons comme à l'affec-
« tion que des pères tendres portent à leurs en-
« fants, même lorsqu'ils sont égarés.
« Et vous, administrations municipales de
« canton, pénétrez-vous de nos principes pacifî-
« cateurs ; traitez vos administrés qui revien-
« dront de leurs erreurs avec les mêmes égards
u que nous les traiterions nous-mêmes. Vous
« partagez notre sollicitude. Nous sommes, vous
« et nous, animés du i lême esprit et du même
« amour pour la liberté. Que le même sentiment
« nous dirige et que la même clémence nous ca-
« ractérise pour ramener la paix dans nos con-
« trées et rendre à nos concitoyens le bonheur
« que le royalisme voulait leur ravir,
« La présente proclamation sera imprimée pour « être sur-le-champ envoyée dans tous les can-
« .tons et y être affichée et publiée dans toutes les
« communes de l'arrondissement.
« Fait à Toulouse, le 27 thermidor an vu de la
« République française une et indivisible.
a Caissel, président; Barrau, Ley- « GUE, Camparan, Desbarreaux, « administrateurs;L.AMA.GiiEi.AiNE, (c commissaire du Directoire exé- « cutif; Béguillet, seerétaire-gé- « néral (1). »
Mais les insurgés du Gers, venant de Montfort et de Mauvezin, avaient pénétré dans la Haute- Garonne et menaçaient Grenade et Beaumont-de- Lomagne, pendant que les bandes du chevalier de Thermes, de Nègre et du fameux curé Brisefer, parties des limites du département de Lot-et- Garonne, du côté d'Auvillars, s'emparaient de Saint-Nicolas-de-la-Grave et du Mas-Grenier. Toutes ces localités se trouvant sans moyens de défense, demandaient à cor et à cri des hommes, des armes et des munitions à l'administration centrale de la Haute-Garonne qui faisait la sourde oreille ou répondait, par elle-même ou par le conseil militaire, qu'elle était dans l'impossibilité de rien envoyer.
Le Gers, vivement et subitement attaqué par ses propres enfants, n'avait pu, comme le Tarn, l'Ariège, l'Aude, le Lot et le Lot-et-Garonne, ré-
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 3,
268 INSURRECTION DE l'aN VII
pondre à l'appel de la Haute-Garonne. Mais le Lot, malgré son dénûment en armes et en munitions et malgré les mouvements séditieux qui s'étaient produits sur le territoire, avait pris, le 22 thermidor, un arrêté par lequel il ordonnait une levée immédiate de douze cents hommes qui seront mis à la disposition de Tadministration centrale de la Haute-Garonne, sous les ordres du général Cayla, commandant la force armée du Lot et de la Corrèze, en résidence à Montauban. Cet arrêté, signé : Calmon, président ; Verninac, Duphénieux, Peyrat, Brunet, administrateurs; Périès-Labarthe, commissaire du Directoire exécutif, et Cayla, secrétaire, déclare que a malgré l'article 272 de « l'acte constitutionnel qui s'oppose à ce que la « force armée agisse d'un département dans un au- « tresans une autorisation expresse du Directoire « exécutif, neuf cents de ces hommes se rèuni- « ront à Montauban et trois cents à Moissac; (( mais que, sur ce nombre , cinq cents seront « mis immédiatement à la disposition du géné- « rai Cayla, placé sous les ordres de l'adminis- « tration centrale de la Haute-Garonne (1). »
Quatre jours après, les administrateurs du Lot écrivent que la ville de Montauban n'a pu fournir les quatre cents hommes qui, réunis aux cent hommes de Moissac, devaient former les cinq cents hommes promis, à cause de l'état des esprits
(l) Arch. de la Hte-Gne, Iiisurr. de l'an VII, liasse 16.
LA. RÉPBESSION 3M
dans cette ville; mais qu'une colonne mobile de Cahors va partir pour remplacer les forces que le général Cayla emmènera de Montauban. On hâte autant que possible la levée des douze cents hommes dans le département ; mais on n'a ni armes ni munitions à leur donner et la municipalité de Montauban écrit, le 25 thermidor (11 août), à l'administration centrale de la Haute- Garonne : « Qu'il ne lui est pas permis de laisser « partir quatre cents hommes de la ville parce « qu'elle a la certitude qu'il y existe un parti très « nombreux d'ennemis de la Révolution qui sont « organisés en compagnies d'insurgés et qui « n'attendent que le moment favorable pour lever <( l'étendard de la révolte (1). »
Les citoyens Débia oncle, président; Lagravère, Mariette-Auriol, Constans, Favenc père, administrateurs, ajoutent « qu'ils n'ont que deux « canons et que pour se défendre et aller au secours « de leurs voisins, ils demandent trois pièces de « canon de quatre avec tous les ustensiles néces- « saires ; deux caissons de quatre bien garnis, un « caisson de douze garni de cartouches d'infan- « terie, trois cents étoupilles, soixante lances à « feu et quatre brosses d'écouvillon pour pièces « de quatre. Le général Cayla a requis deux cent « cinquante hommes dans les communes voisines. « Nous y joindrons de nos troupes et quelques
(1) Arch. delaHte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 16.
270 INSCaBECTION DB l'AN VU
« cavaliers d'un corps que nous venons de former, « et le tout partira demain au soir pour se mettre (( à la poursuite des insurgés qu'on vient de « chasser de Saint-Nicolas-de-la-Grave. »
Ces demandes et ces observations sont confirmées par le général Cayla, qui écrit le même jour au conseil militaire de Toulouse : « Que depuis qu'il a offert six cents hommes au général Aubugeois pour aller à son secours, les choses ont bien changé; que non-seulement il se voit obligé de prendre des mesures pour repousser les insurgés qui se sont portés dans le département du Lot, mais encore de garder sous la main des forces suffisantes à cause de l'effervescence qui règne à Montauban et des efforts que font les royalistes pour enrôler des hommes sous les drapeaux de Louis XVIII en leur donnant de l'argent. Mais que, dés qu'il aura reçu les renforts qu'il attend des cantons voisins, il marchera sur Verdun, surtout si on lui envoie les munitions, les canons et les autres objets nécessaires à une campagne effective, et portés sur l'état détaillé que doit lui adresser l'administration municipale (1). »
Cependant les administrations municipales des cantons du nord-ouest du département de la Haute-Garonne, Beaumont-de-Lomagne, Grenade, Verdun, envahis depuis quelques jours par
(1) Arch. de la Hte-Gne, /nsurr. de Van Vil, liasse 2.
LÀ RÉPBES3I0N 271
les insurgés ou menacés de l'être, envoyaient lettre sur lettre et courrier sur courrier à l'administration centrale et au conseil militaire pour en obtenir des hommes ou tout au moins des armes et des munitions. Mais le conseil militaire, n'ayant rien à prendre dans un arsenal à peu près vide de munitions et d'armes utilisables^ répondait par des espérances, des encouragements ou ne répondait point. Il se bornait, à défaut d'autre chose, à écrire au général Cayla, le 2G thermidor, à cinq heures du matin : « Pressez le départ de toutes « les forces disponibles pour Verdun. La soumis- « sion de Saint-Nicolas-de-la-Grave, abandonné « par les rebelles à l'approche d'une colonne « républicaine venant de Moissac, facilitera votre « marche. Nous ne pouvons vous envoyer que des « cartouches d'infanterie, des lances à feu et des « étoupilles. Nous pourvoierons aux besoins delà « colonne qui ira à Verdun dés que vous nous en « informerez (1). »
Enfin, le général Cayla se met en marche et arrive à Castelsarrasin, venant de Moissac, le l^'' fructidor (17 août), avec deux cents hommes et une pièce de canon. Il renforce sa petite troupe de cent hommes de Castelsarrasin et franchit la Garonne avec des barques, pendant qu'un fort détachementde hussards venus du Lot-et-Garonne descendait le fleuve sur l'autre rive et entrait à
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 2.
272 mSORRECTION DE l'\N VU
Saint-Nicolas-de-la-Grave que venaient d'abandonner, pour la seconde fois, les bandes de Nègre et du chevalier de Thermes, après avoir mis à sac la maison du commissaire du Directoire exécutif Capéla.
Pendant ce temps, Aubugeois, venant de Toulouse, arrivait à Grenade avec sa colonne. Cette cité patriotique qui a donné tant de preuves de son civisme et de son dévouement à la République pendant cette période critique, lui fit le plus sympathique accueil et augmenta ses forces de deuxcent soixante-dix-neuf fantassins etsoixantedouze cavaliers. Ce général y apprit que quelques jours auparavant les patriotes de cette ville, joints à ceux du Burgaud, voulant arrêter la marche des insurgés de Cadours qui, de Drudas, Belleserre, Pelleport se portaient sur Launac au nombre de six cents environ, étaient allés à leur rencontre et, les ayant rencontrés dans les ravines de Pelleport, les avaient mis en pleine déroute après leur avoir tué ou blessé soixante -dix hommes, parmi lesquels se trouvaient de Fleyres et Izalguier, leurs chefs. Le canton de Grenade étaitalors administré par Arzac, président; Garric, Tissinié, Teulade, Laplaigne, Sarebeyrouse, Faumont, Estelle, Picard, Ségurel, Barrué; etc., etc. Barincou remplissait les fonctions de commissaire du Directoire exécutif à la place de Duzan, absent.
A ce moment, la situation des insurgés de la
Haute-Garonne et du Gers, éparpillés dans cette contrée en colonnes de cinq à six cents hommes, devenait fort critique. Le général Aubugeois arrivait à Verdun, le 2 fructidor à dix heures du soir; Cayla entrait à Saint-Nicolas-de-Ia-Grave, Petit- Pressigny marchait sur Beaumont-de- Lomagne après avoir soumis Cologne, Montfort et Mauvezin, etlegénéralVidalot, venant d'Agen, occupait Saint-Clar. Les bandes insurgées étaient donc cernées par quatre colonnes solides, comptant dans leurs rangs quelques troupes régulières avec des canons bien servis (1).
L'insurrection ne pouvait donc qu'être promptement étouffée. C'est ce qui arriva en effet ; car le général Cayla, s'étant mis à la poursuite des bandes de Thermes et de Nègre qui fuyaient vers Beaumont-de-Lomagne, finit par les joindre le 3 fructidor (19 août), à Labourgade, où elles s'étaient enfermées et retranchées dans le vieux château de Terride. Un combat très vif s'engagea. Les insurgés, bien supérieurs en nombre et abrités par des murailles, se défendaient bravement. Mais la pièce d'artillerie de Cayla s'étant mise de la partie, les vieux murs du château ne tardèrent pas à tomber, et les rebelles battus, dispersés et sabrés par les hussards et les cavaliers volontaires qui se mirent à leur poursuite, perdirent quatre-vingt-dix hommes dont quarante morts. Ces
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 5.
274 INSURRECTION DE l'aSi Vil
cavaliers s'emparèrent de deux charrettes chargées de farine et de pain.
De son côté, le général Aubugeois, accueilli à Verdun-sur-Garonne comme un libérateur, partit le lendemin, 3 fructidor, à huit heures du matin pour Beaumont-de-Lomagne, après avoir envoyé au Mas-Grenier une colonne de deux cent cinquante hommes pour préserver cette petite ville de tout retour offensif de la part des insurgés qui l'avaient abandonnée la veille. Avant de quitter Verdun-sur-Garonne, le général Aubugeois avait envoyé plusieurs cavaliers en reconnaissance afin de s'assurer si, comme on le disait, les brigands avaient concentré toutes leurs forces à Beaumont. Il n'avait pas tardé à apprendre de ces cavaliers que les rebelles s'étaient, pour ainsi dire, enfuis de cette ville à la nouvelle do la prise deMontfort, de Mauvezin et de Saint-Clar par les généraux Vidalot et Petit-Pressigny, et qu'ils se trouvaient en ce moment réunis à Saint-Sardos. Sur ces renseignements, Aubugeois se dirigea immédiatement sur ce village, signalé depuis longtemps comme un des principaux foyers de la rébellion ; mais il n'y rencontra qu'une petite bande de brigands qu'il dispersa à coups de canon. Après ce facile succès, ce général se rabattit sur Larrazet, où il rencontra le général Cayla avec sa petite colonne venant de Labourgade, qui lui apprit que le général Vidalot, avec une forte colonne de volontaires d'Agen, Lamagistère, Villeneuve, Castel-
LÀ BÉPBESSION 275
sagrat, et des gendarmes et des hussards marchait sur Beaumont, par Lavit (1).
Nous avons reproduit, dans le premier chapitre de cet ouvrage, le prudent et sage arrêté de l'administration centrale du département de Lot-et- Garonne, pris le 13 messidor (30 juin), ordoniiant la levée immédiate d'un corps de mille hommes qui se tiendra à la disposition des autorités constituées du département.
C'est avec une forte colonne de ce corps, renforcée de cinquante hussards et de quarante gendarmes, que le général Vidalot était arrivé à Auvillars, un des plus ardents foyers de l'insurrection, le 26 thermidor (12 août) au matin. Il en partit le lendemain pour aller dans le Gers délivrer Saint-Clar-de-Lomagne occupé par les rebelles, d'où ils menaçaient Fleurance, Lectoure et toute la rive gauche du Gers; mais ils avaient délogé à son approche et ne trouva personne dans ce chef-lieu de canton. Rentré à Auvillars, le général Vidalot adressa à l'administration centrale de son département et au ministre de la guerre un rapport dans lequel on lit : « Les forces des re- « belles de Saint-Clar se portent à environ douze « cents hommes, dont les deux tiers marchent à « peu près par force et ne sont armés que de four- « ches et de faulx. Le noyau de cette bande est « formé : 1° des chefs, la plupart bien montés et
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 5
276 INSURRECTION DE l'aN VII
« bien armés ; 2° de déserteurs et de conscrits « ayant des fusils de calibre ou de chasse. Ils sont « environ deux cents. La bande est commandée « par Brocqueville, ex-officier dans la gendarmece rie, Maulêon et Villereau. Les condamnés « d'Auvillars, parmi lesquels figure le chevalier « Thermes, jouent un grand rôle parmi les bri- « gands,'qui fondent sur eux de grandes espéran- « ces et leur confient des détachements nombreux. « Aussitôt qu'ils prennent possession de quelque « ville ou village, les rebelles coupent l'arbre de « la liberté et y substituent une croix. Ils brû- « lent les écharpes des magistrats, les drapeaux « et tous les emblèmes de la liberté qu'ils trou- « vent dans les lieux publics. Ils obligent les ha- « bitants à arborer à leurs fenêtres des mouchoirs « ou des sersnettes de couleur blanche. Les prê- « très qui les accompagnent entonnent un Te « Deum, célèbrent messe, vêpres, complies et « ne font faute de bénédictions. Ils cassent les « administrations actuelles et les remplacent, au « nom de Louis xviii, par des consuls et des « procureurs-syndics. En plusieurs endroits, ils « prennent les magistrats du peuple pour otages « et les forcent à crier : Vive le Roi! Nous vous « citerons, avec un respectueux attendrissement, « citoyen ministre, l'exemple du citoyen Garri- « gués, notaire public à Saint-Nicolas-de-la- (c Grave qui, surpris par les brigands et excité « par eux à pousser le cri infâme, aima mieux
LA BÉPBBSSION 2 77
« périr que de racheter sa vie à ce prix. Il tomba « sous les coups de ces monstres en criant : Vioe « la République f Mais tous les fonctionnaires ne « suivent pas ce noble exemple. Il y en a beaucoup « parmi eux et parmi les agents municipaux qui « font trop souvent preuve de mauvaise volonté « quand ils ne trahissent pas (1). »
Après la prise de Mauvezin et de Montfort, où les rebelles perdirent deux cents hommes tués, blessés ou prisonniers, le général Petit-Pressigny se dirigea sur Beaumont avec toutes ses forces et y entra dans la soirée du 3 fructidor (19 août) sans résistance aucune. Les insurgés avaient abandonné cette ville à la première nouvelle de sa marche. Il y fut rejoint le lendemain par les généraux Aubugeois, Cayla et Vidalot. Ces quatre généraux passèrent la journée du 5 fructidor (21 août) à Beaumont-de-Lomagne avec toutes leurs troupes et décidèrent de rentrer dans leurs départements respectifs, les insurgés ne paraissant plus nulle part et devenant ainsi insaisissables. Voici un des derniers actes de leurs chefs :