DÉPARTEMENT DU GERS
« Les commandants, pour le Roy, l'armée en « station à Montfort déclarent et promettent en son « nom pardon et amitié, n'importe quelles ayent « été leurs opinions, à tous ceux de ses sujets qui
(1) Ministère de la guerre (archives historiques), Correspondance militaire générale, liasse du 14 août.
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« voudront se ranger sous sa légitime obéissance. « En conséquence, déclarons que nous tiendrons « pour criminels de lèze-nation tous ceux qui, par « leur insinuation perfide, cherchent à inspirer « de méfiance sur la parole que nous leur don- « nons au nom du Roy de les recevoir avec nous, « et de ne jamais les inquiéter sur leur conduite « et opinion passées.
« Telle est la volonté du Roy que nous avons « juré et jurons d'exécuter au péril de nos vies.
« Donné à Montfort, au quartier-général, le « 16 août 1799 et le premier du Reigne de « Louis xviii.
« De Brocqueville, général de la « cavalerie; Mauléon , adju- « dant - général ; Bonnet, com- « mandani ; Palanque , adjii- « dant-général, signés.
« CoUationné mot à mot sur l'original déposé « à l'administration centrale du Gers et envoyé « par le commissaire du Directoire exécutif près « l'administration municipale de Fleurance par « l'administration centrale du Gers.
« Remeignon, m. Vives, J.-P. Laroche, « MoHic, Bailac ; David, commissaire du « Directoire exécutif (1). »
Avant de quitter Beaumont-de-Lomagne pour (1) Arch. du Gers, Insurrection de l'an VJI.
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rentrer à Toulouse, le général Aubugeois informe de cette détermination l'adjudant- général Portai, qu'il a laissé à Verdun avec un fort détachement et lui dit : Je fais comme les fondeurs de Bourges, je chômefaute de m,atiêres, les insurgés ayant eomplètement disparu. Il écrit également à l'administration centrale de la Haute-Garonne que tout rentre dans l'ordre, que les rebelles, battus de tous les côtés par ses collègues Cayla, VidaJot et Petit- Pressigny, ne donnent plus signe de vie ; mais qu'il va, en passant, fouiller la forêt et les ruines de l'abbaye de Grand-Selve où se sont, lui a-t-on dit, réfugiés avec leur chef les débris de la bande de Thermes. Il emmène avec lui une centaine de prisonniers sur lesquels on a saisi des pièces essentielles que le citoyen Gau jeune, du Tarn, lui remettra avec sa lettre, et laisse à Beaumont cent vingt hommes du canton de Cadours avec un chef de brigade (1).
Ce général fouilla, en effet, la forêt de Grand- Selve dans tous les sens et n'y trouva personne; mais les détachements qui bordaient la forêt en dehors pour saisir tous ceux qui en sortiraient lui amenèrent un prêtre réfractaire et un chef des brigands qu'on disait fort dangereux. Dans cette situation, écrit-il à l'administration centrale, j'ai l'intention de passer la nuit à Grenade, fort estimable pour son zèle et son républicanisme, et
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de Van VII, liasse 5.
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de rentrer demain à Toulouse avec ma colonne. Le général Aubugeois joint à cette dernière lettre un rapport du commandant de la garde nationale du canton de Grenade, signalant un trait héroïque du citoyen Capmartin, du Burgaud, à l'occasion de l'entrée des brigands dans ce village et du pillage de la maison du citoyen Portes, député au conseil des Cinq-Cents.
Il résulte des rapports officiels des quatre généraux qui cernèrent et dispersèrent les insurgés de cette contrée que les rebelles perdirent dans cette campagne trois cents morts ou blessés et cent vingt-cinq prisonniers, parmi lesquels le ci-devant comte de Mauléon, commissaire royal pour Louis xviii, et un certain Razoua, installé juge royal à Beaumoni.
Pendant que les quatre généraux précités débarrassaient le nord-ouest du département de la Haute-Caronne et le nord-est de celui du Gers des bandes royalistes qui les désolaient depuis huit jours, le général Commes partait de Toulouse avec une forte colonne de gardes nationaux de cette ville, de volontaires de TAude, du Tarn et de quelques troupes régulières pour se mettre à la poursuite de l'armée dite royale, qui avait abandonné Muret depuis deux jours en y laissant six mille rations de pain, soixante septiers de blé et dix-neuf barriques devin, le tout pris sur les propriétés des acquéreurs de biens nationaux. Mais laissons parler le juge de paix Laviguerie :
th. RÉPRESSION 231
« Enfin^ le 28 thermidor (14 août) au matin, « arriva de Toulouse une armée de quatre mille « hommes au moins , composée de onze cent « soixante-dix fantassins et le reste de cavalerie^ « dragons, hussards, gendarmes et volontaires à « cheval, avec trois pièces de canon, un obusier « et les munitions nécessaires, sous les ordres de « deux généraux. Une force si considérable nous « fit frémir. Nous craignîmes que les menaces « d'incendie et de destruction proférées la veille « par les patriotes forains mis en liberté après « sept jours d'une dure détention , et celles « articulées par l'armée arrêtée un instant à « Monjuif, le 26, ne se réalisassent. Je me « rendis auprès des généraux, à la maison com- « mune, pour plaider la cause de notre malheu- « reuse ville et leur exposer qu'elle avait été « contrainte de céder à la force et ne pouvait « être responsable de ce qui s'était passé. Les « généraux le comprirent si bien qu'après la « distribution du pain et du vin ils firent pro- « clamer à la tête des colonnes qu^il était dé- « fendu de piller ni de vexer les habitants sous « peine d^être fusillé de suite. Mais, malgré cette « défense sévère, de nombreux vols furent com- « mis et plusieurs maisons de belle apparence « entièrement dévalisées. Il était difficile qu'il « en fût autrement à cause du grand nombre « d'hommes, de femmes et d'enfants qui sui- « vaient l'armée. Cette armée partit le même jour.
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« vers quatre heures de l'après-midi, pour aller « à Noé.
« Le 29, les magistrats rentrèrent ou se mon- « trèrent. On s'empressa de replanter l'arbre de « la liberté et de chanter force chansons patrioti- « ques. Une partie de l'armée de la veille repassa, « se rendant à Toulouse, avec un général. Le « 30 thermidor tout était rentré dans l'ordre et « le juge de paix clôt son procès-verbal (1). »
Tel est le procès-verbal du juge de paix de Muret Laviguerie. Il ne fait pas grand honneur au courage ni au patriotisme des magistrats, fonctionnaires et habitants d'une ville de quatre mille âmes qui fuient ou se cachent, le 20 thermidor, devant une bande de cinq à six cents insurgés mal armés, qu'ils attendaient depuis près de vingt-quatre heures. Nous l'avons toutefois reproduit presque textuellement et par fractions, parce qu'il est fort intéressant et très habilement fait. Nous n'en discuterons pas la sincérité, malgré les contradictions et les appréciations inexactes qu'il contient, telle que celle de l'armée de Gommes comptant près de ^roï's mille cavaliers. D'où étaientils sortis? Mais il nous est impossible de ne pas nous demander comment il se faisait que ce juge de paix n'eût pas envoyé, le 26, un exprès à Aubugeois arrêté à la côte de Monjuif pour lui faire savoir que les rebelles avaient abandonné Muret,
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 11.
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et qu'il fût resté, pendant dix jours, au milieu des insurgés sans être inquiété, alors que leur premier soin était de mettre partout la main sur les magistrats et les fonctionnaires, de les piller, les arrêter et quelquefois les assassiner? Le commissaire du Directoire exécutif Lamagdelaine va nous le dire. Ce fonctionnaire déclare, dans un rapport au ministre de la police générale, que le fils et le gendre de Laviguerie étaient à la tête des royalistes de Muret, commandés par Gallias, frère du commissaire du Directoire exécutif prés le tribunal civil et criminel de Toulouse. Il résulte, en effet, de pièces de l'état-major des rebelles trouvées à Muret, écrites et signées par eux, que le général en chef était Gallias et qu'il avait sous ses ordres Rougé, de Paulo,d'Aguin, Saint-Martin, Laborde, frère du député du Gers, les frères Marin, Puntous, de Sainte-Foy, Boyer, deRieumes, etc., etc. Un riche propriétaire, nommé Carrière, installé consul à Muret, était le commissaire civil de Louis xviii dans cette ville (1).
Quant à l'armée de Commes, voici ce qu'en dit ce même commissaire, dans un rapport du 28 thermidor adressé au ministre de l'intérieur :
f( Une colonne de quinze cents hommes d'infan- « terie et de trois cents cavaliers, avec quatre pièce ces de canon et un obusier, a été dirigée ce matin « sur Muret. Les quelques royalistes qui y étaient
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 3,
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« restés ont pris la fuite et on n'a trouvé' dans « cette ville que des femmes et des enfants. Les « hommes avaient fui par crainte d'être arrêtés, « parce que cette localité, entièrement vouée à la « royauté, ne comprend peut-être pas cinquante « citoyens qui n'aient trempé dans la rébellion. « Il en a, au reste, toujours été ainsi depuis « la Révolution. C'est pourquoi je me joins à « l'administration centrale pour demander au « Corps législatif que le tribunal correctionnel « soit transporté à Rieux (1). »
L'occupation de Muret par les insurgés avait jeté l'alarme dans toute la vallée de la Garonne, jusqu'aux Pyrénées, et vivement impressionné les populations des hauts plateaux qui la dominent, à l'est comme à l'ouest. Partout, les municipalités s'étaient déclarées en permanence et prenaient toutes les mesures propres à se défendre contre une attaque possible. Les colonnes mobiles étaient requises de se réunir aux chefs-lieux de canton afin de parer atout événement. Mais on manquait d'armes^et de munitions, et malgré les lettres les plus pressantes on n'obtenait rien des administrations centrales, se trouvant elles-mêmes au dépourvu. Les bruits les plus alarmants et les plus contradictoires circulaient de tous les côtés. Ils se propageaient avec une rapidité surprenante et apeuraient les populations rurales par leur
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 3.
extravagance et leur exagération. Il va sans dire que les plus extraordinaires étaient les plus accrédités. Toulouse était entre les mains des rebelles. Seize départements avaient pris les armes, et l'ouest comme le Midi étaient à feu et à sang. Louis XVIII allait être proclamé roi de France à Lyon. La République avait fait son temps et dans peu tous les républicains, comme tous les fonctionnaires, devaient subir la peine de leurs crimes et de leurs forfaits, etc., etc. Tous ces dit-on et toutes ces fausses nouvelles, propagées avec soin par les royalistes, obtenaient d'autant plus de créance qu'il était impossible de les démentir officiellement, les communications avec la ville de Toulouse et l'administration centrale se trouvant absolument interrompues. Leur effet était désastreux. Le trouble agitait tous les cœurs timorés et les âmes les plus fermes n'en étaient pas exemptes. De là, des craintes et des hésitations funestes parmi les fonctionnaires et les magistrats les plus dévoués. Les uns faisaient leur démission, les autres abandonnaient leur poste et on ne trouvait personne pour les remplacer. Qu'on juge par là de la triste situation dans laquelle se trouvaient les pays insurgés.
Néanmoins, un grand nombre de municipalités organisaient la défense de leurs foyers et se préparaient même à l'attaque. Nous avons vu que, dès le 21 thermidor, celle de Rieux avait envoyé sa brigade de gendarmerie, avec une petite colonne
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de sa garde nationale, jusqu'au lieu appelé la Gondole, près Muret, pour empêcher les brigands de remonter la vallée de la Garonne. Cette expédition ne fut pas heureuse; mais il aurait pu en être autrement si les cantons qui occupaient les deux rives du fleuve, comme Noé, Carbonne et Cazères, avaient suivi ce généreux exemple, au lieu de se laisser envahir sans la moindre résistance. Malgré cet échec, les citoyens de Rieux, il faut le dire à leur honneur et à leur louange, n'hésitèrent pas, le lendemain 22 thermidor, à se joindre aux gardes nationales voisines pour aller, sous la conduite du général Léra, disputer aux brigands le passage du pont de Carbonne, afin d'empêcher leur irruption dans leur canton et dans le département de l'Ariège. Mais cette tentative n'aboutit point. Après un combat assez vif, où il perdit plusieurs hommes tués, blessés ou faits prisonniers, Lérâ fut obligé d'abandonner Rieux à la merci des rebelles et de se replier sur Saint-Girons. Cependant ce général, voulant à tout prix s'opposer à l'invasion des brigands dans le département de l'Ariège, après avoir reçu de nombreux renforts pendant sa retraite, marcha de nouveau sur Carbonne abandonné par les insurgés, ainsi qu'il le dit lui-même dans sa lettre de Lahitére du 24 thermidor. Dans cette situation, on ne s'explique guère pourquoi et comment il arriva trop tard, le surlendemain 26, au rendezvous que lui avait assigné le général Bartier.
Le général Bartier (Jean-Etienne) était le fils de Bertrand Bartier, homme de loi et président de l'administration municipale du canton d'Aspet. Dès le début de la Révolution, il avait quitté le barreau pour suivre la carrière militaire. Après cinq campagnes aux Pyrénées, au siège de Toulon et en Italie, où il avait conquis le grade d'adjudant-génèral, Bartier, criblé de blessures et d'infirmités, avait été envoyé dans ses foyers avec la maigre retraite attribuée à son grade. Mais le gouvernement ne tarda pas à le nommer commissaire du Directoire exécutif près de son canton. Un an après, c'est-à-dire le 8 ventôse an vu, il était révoqué et remplacé par le juge de paix Saccarère. L'administration municipale toute entière, indignée d'une mesure que rien ne justifiait, donna sa démission. Le père du général s'était retiré depuis quelque temps à cause de son grand âge. Il avait été remplacé par Touzet. Mais lorsque Bartier transmit ses pouvoirs à Saccarère, il mit tant d'instance à ce que l'administration conservât les siens jusqu'à l'expiration de son mandat qu'il obtint gain de cause. Quelques jours après, l'assemblée primaire du canton, réunie à Aspet pour donner un successeur au juge de paix Saccarère, élisait le général à la presque unanimité des voix.
Le 21 thermidor, l'administration municipale du canton d'Aspet se réunissait extraordinairement sous la présidence de Touzet. Etaient pré-
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sents : les cit03''ens Soubrier, Feuillerat, Lachapelle, Lafont, Lanelle, Mailhan, Bataille, Bilac, Vaqué, Cardeilhac, Chibalie, Maubé, Lieux, Lacourt et Périsse, agents ou adjoints municipaux ; Saccarère, commissaire du Directoire exécutif, et Thomas Arjo, secrétaire.
Après avoir ouvert la séance, le président donne communication de diverses lettres envoyées par plusieurs municipalités annonçant l'occupation de Muret, de Noé et de Carbonne par des bandes royalistes qui dévastent tout sur leur passage. L'administration délibère qu'il sera fait immédiatement un appel pressant à tous les bons citoyens afin d'aller au secours des cantons envahis ou menacés. Les volontaires se réuniront à Aspet le 23 thermidor et partiront sous le commandement du général Bartier. Des commissaires sont désignés pour aller de suite saisir les poudres, les armes et les munitions qu'on trouvera dans les boutiques (1).
Muni de cette délibération et frappé de la gravité des événements, Bartier se rend à Saint- Gaudens et se meta la disposition de l'administration municipale pour organiser la résistance, réunir toutes les colonnes mobiles de la vallée de la Garonne et marcher sur Muret afin de délivrer cette ville et rouvrir, s'il est possible, les communications avec Toulouse. Ces offres généreuses et patrioti-
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an V//,!Registre des délibérations de la municipalité d' Aspet.
ques furentchaleureusementaccueillies. On s'empressa d'écrire aux municipalités voisines pour les inviter à envoyer sans retard leurs colonnes mobiles à Cazères , où le général Bartier les organisera et en prendra le commandement. Mais le canton de Saint-Gaudens ne peut rien envoyer, toutes ses forces ayant été dirigées sur l'Isle-en- Dodon menacé par les brigands.
Heureusement, les administrateurs des cantons de Montréjeau : Trilhard, Lasserre, Batmale, Cazaugrand, Maupoumé, Save, Reulet, Lère, etc., etc. ; Villaret, président, et J.-P. Sartor, commissaire du Directoire;
De Salies : Anouilh, président provisoire; Lasmartres, Duran, Irles, Ribet, Castex, Rozès, Blanchard, Dubuc, Canal, Gelas, Pujol, Fournie, Duchen, Daures, etc., etc.; Rouède, commissaire du Directoire, et Burgalat, secrétaire ;
De Saint- Martory : Bonneserre, président provisoire; Pégot, Gales, Sarraute, Cassé, Bonneau, Lasmartres, Lastrade, etc., etc. ; Court, commissaire du. Directoire;
jy^Aurignox : Dabeaux, président provisoire ; Dulac, Barrau, Rouzés, Lasserre, Saint-Sébé, Dorliac, Samouillan, Duclos, Amilhat, etc., etc.; Goutelongue, commissaire du Directoire ;
Y>\x Fousseret : Danglans, président; Bazin, Lagèze, Larrieu, Autofage, Ségouffein, B. Dario, Seget, etc., etc.; Lamouroux, commissaire du Directoire exécutif, ne suivirent pas ce triste exemple ;
car, le 25 thermidor, leurs colonnes mobiles étaient réunies à Cazères. Celles d'Aurignac et de Martres s'y trouvaient le 23 au soir. La colonne de Saint-Martory, dit Court, ne put partir que le 24 au matin, vers onze heures, avec celle de Salies arrivée le matin même. A sept heures du soir se présenta celle de Montréjeau, forte de cent quatrevingts hommes bien aguerris, bien disciplinés et commandés par de bons chefs. Vers minuit arrivèrent cinq cents hommes du canton d'Aspet ne portant, en grande partie, que des bâtons ou des faux. Cette colonne passa la nuit à Saint- Martory et partit le 25 au matin pour aller rejoindre les forces réunies à Cazéres sous les ordres du général Bartier (1).
Faisant acte de juste prévoyance, l'administration municipale de Saint-Martory convoqua dans cette ville, pour le 24, toutes les gardes nationales sédentaires du canton afin d'y organiser un corps de réserve destiné à parer aux imprévus qui pourraient surgir. Si cette sage mesure s'était réalisée, le désastre de la Terrasse pouvait être réparé. Mais il n'en fut rien. La plupart des communes répondirent à l'appel; seulement, lorsqu'il fallut désigner les hommes qui devaient constituer ce corps de réserve, tout le monde se récria, disant que tous les hommes présents devaient en faire partie ou personne. Ceux d'Auzas
(1) Arch. delà Hte-Gne, /nSMrr. de V an VU, Jiasse 13.
étaient les plus bruyants. Voyant, qu'elle ne viendrait pas à bout de son projet, la municipalité se décida à envoyer le tout à Bartier qui en ferait ce qu'il pourrait. Cette masse fut donc dirigée sur Martres-Tolosane, le 25 au soir; mais, avant d'arriver dans cette ville, le plus grand nombre avait déserté et, comme toujours, ceux d'Auzas qui criaient le plus : En avant ! en avant ! avaient été les premiers à se débander.
Le 26 thermidor au matin, le général Bartier avait sous sa main, à Cazères, une quinzaine de cents hommes dont la moitié au moins ne portaient que des piques, des bâtons ou des faux et l'autre moitié des fusils de toute espèce et de tout calibre avec peu ou point de munitions. Le commissaire du Directoire exécutif près le canton d'Aurignac, Goutelongue, déclare que les gardes nationaux de ce canton n'avaient, chacun, qu'un coup de feu à tirer (1). Néanmoins, le général Bartier réunit le matin toutes ses forces sur la place de Cazères, les passe en revue et les encourage à se bien conduire. L'épicier-droguiste de Salies-du-Salat Anouilh, et l'apothicaire Bellecour, de Cazères, qui avaient pris, on ne sait pourquoi ni comment, le titre de commissaires civils de cette troupe, se mirent à la haranguer avec emphase ; puis l'apothicaire, ouvrant le code pénal militaire, lui en donna lecture et jura de mourir pour la République.
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VIT, liasse 12.
Bartier avait écrit au général Léra, qui se trouvait vers Sainte-Croix, dans FAriège, pour l'informer de son projet de marcher sur Carbonne, lui disant qu'il ne le réaliserait que lorsqu'il serait lui-même en état de se porter sur ce point. Léra lui répondit qu'il se trouverait le 26, à deux heures de l'après-midi, sur le pont de Carbonne. Comptant sur cette promesse, Bartier partit de Cazères avec sa petite armée, après déjeuner, vers onze heures, afin de se trouver au rendez-vous à l'heure indiquée. L'apothicaire et l'épicier paradaient en tête de la colonne, montés sur de bons et solides chevaux.
La route de Cazères à Carbonne, parallèle et peu éloignée de la Garonne , longe le mur de clôture du parc et du château de la Terrasse sur une assez grande étendue. Arrivée à l'extrémité du parc où se trouve le château, du côté de Carbonne, cette route tourne brusquement à droite vers la rivière par une pente assez raide. Rougé, rentré à Carbonne vers onze heures du matin ave ; environ quatre mille hommes, y avait été informa par les royalistes de Cazères du projet, du nombre et de l'état des troupes de Bartier. Voulant profiter de cette occasion et de l'excellente position que lui offraient le château et le parc de la Terrasse, il s'était empressé de s'y transporter avec ses troupes et avait embusqué une bonne partie de son infanterie derrière le mur de clôture du parc, pendant que l'autre partie, cachée avec
la cavalerie dans l'angle rentrant que forme la route à l'extrémité du château, attendait le moment d'agir efficacement. Bartier, ne se doutant de rien et ne croyant même pas les insurgés à Carbonne, marchait sans défiance et, il faut le dire, sans précautions, plutôt comme une troupe en promenade que comme des soldats pouvant être assaillis à tout instant dans un pays en pleine insurrection. La tête de sa colonne, côtoyant le mur du parc, allait arriver au château lorsqu'il entend tout à coup une fusillade vive et bien nourrie partir de ce parc et voit le mur de clôture couronné d'une épaisse fumée. Cetteattaqueaussi violentequ'inattendue renverse bon nombre d'hommes tués ou blessés et jette le désordre dans les rangs de la colonne. Mais les hommes de Martres et de Montréjeau, plus solides et mieux commandés, tiennent tête à l'orage. Ils serrent leurs rangs et se défendent si bien que l'ordre se rétablit autour d'eux. Bartier, payant de sa personne, parcourt les rangs et encourage ses soldats. Mais la fusillade du parc devient plus vive. Les hommes tombent les uns après les autres. Les républicains répondent inutilement, puisqu'ils ont une muraille entre eux et leurs adversaires. Cela les décourage et les ébranle. Ceux qui n'ont que des bâtons ou des fusils sans munitions commencent à fuir devant un combat aussi inégal. La cavalerie royaliste, embusquée dans l'angle de la route, derrière le château, saisit ce moment. Elle sort de
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sa cachette et se jette à fond de train sui' la colonne ébranlée. Une panique s'empare d'elle; Bartiercourt aux plus démoralisés, les ranime par son exemple, parvient à les rallier et les ramène au combat au pas de charge. Mais tous les gardes nationaux mal armés et ne pouvant se défendre quittent les rangs et se débandent, abandonnant leurs frères au milieu du danger. Banier est entoux'é d'ennemis. Il se défend avec un courage héroïque et finit par se faire jour avec son sabre. Cependant son cheval, grièvement blessé, perd ses forces avec son sang, et ce général se voit obligé de rallier les plus braves de ses soldats qui résistent encore et de se replier sur Martres avec eux (1).
Les commissaires civils, dit le citoyen Lamouche, de Cazères, dans une lettre du 16 fructidor, qui avaient si chaleureusement harangué les troupes de Bartier sur la place de Cazères et juré de mourir pour la République, furent les premiers à tourner bride et à donner l'exemple de la fuite, mais d'une fuite tellement affolée qu'ils franchirent sans s'arrêter Si/îles, Saint-Julien, Cazères, Palaminy et arrivèrent d'un trait à Martres, d'où, après avoir laissé un Instant prendre haleine à leurs montures, ils repartirent pour Saint- Martory avec la même vitesse. Cette fuite honteuse durant quatre lieues, alors que les royalis-
(1) Arch. de la Hte-Gne, Registre des délibérations de la municipalité de Montréjeau, séance du 15 fructidor.
tes, assez maltraités, n'avaient poursuivi les républicains que pendant un quart d'heure, fut, avec le mauvais armement des colonnes mobiles, une des principales causes du désastre de la Terrasse, « dans lequel j'ai perdu si inutilement mon fils, dit Lamouche, sans que sa mort ait servi de rien (1). »
On ne connaît pas exactement le nombre des républicains morts ou blessés dans cette déroute. Le Journal de Toulouse du 5 vendémiaire an vin le porte à soixante-huit pour les tués et ne parle pas des blessés. Le commissaire du Directoire exécutif Lamagdelaine, dans son rapport officiel au ministre de la guerre, avoue soixante morts et se tait sur les blessés. Nous avons voulu vérifier ces chiffres, mais les listes des républicains tués ou blessés par les insurgés de l'an vu, 'dressées par les municipalités en exécution des lois des 24 messidor et 3 fructidor sont incomplètes et contiennent, en outre, de nombreuses lacunes. C'est ainsi que le jeune Lamouche dont nous venons de parler n'y figure point, de même que le citoyen Atoch, de Saint-Elix, également tué à la Terrasse, comme nous l'a affirmé notre ami le docteur Atoch, son petit-fils. Nous pensons, toutefois, que le chiffre donné par le Journal de Toulouse est à peu près exact et que celui des blessés ou prisonniers peut être porté à deux cents. La
(l) Arch. de la Hte-Gne, Fnsurr. de l'an Vif, liasse 10.
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colonne mobile du canton de Martres-Tolosane perdit, à elle seule, quarante-deux hommes, dont vingt prisonniers, onze blessés et onze tués, parmi lesquels le brave Làmargue^.
Jean L.imargues, qui commandait la colonne mobile de Martres-Tolosane, était un chef de bataillon de trente-deux ans, relire par suite de blessures. Il remplissait à Martres les fonctions de commissaire du Directoire exécutif. Grièvement blessé et étendu sanglant sur le champ de bataille, il vit sa colonne se débander après avoir perdu, en morts, blessés ou prisonniers, près de la moitié de son elîecuf. Un certain Lamothe, exprébendier de Toulouse, chassé de sa famille pour son immoralité, l'aperçoit. Il court à lui et lui dit, en le menaçant de son sabre : Crie Vive le Roi! — J'ai juré de mourir libre, répond Limargues. Vice La République ! — Eh! bien, meurs! dit Lamothe en lui plongeant son sabre dans la poitrine (J).
Un jeune garçon de dix-huit ans, Jean-Joseph Fadeuilhe, de Bordes, /^rés Montréjeau, capitaine dans la colonne mobile de ce canton, mourut à peu prés de la même manière. Fait prisonnier au combat de la Terrasse, il fut conduit à Carbonne. On voulut lui faire crier : Vive le Roi! Il s'y refusa obstinément et tomba sous les coups des brigands en criant : Vive la République (2) ! Si
(1) Journal de Toulouse du 9 fructidor an VII.
(2) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an Vil, liasse 18.
Léra s'était trouvé au pont de Carbonne à deux heures, au lieu d'y arriver à six heures du soir, l'affaire de la Terrasse pouvait donner des résultats opposés.
Un écrivain contemporain, M. l'abbé de la Tour de Noé, dans un livre grotesque exclusivement consacré à la glorification de tous les membres de sa famille, fait du combat de la Terrasse un récit aussi pompeux qu'imaginaire. 11 le fixe d'abord au 21 thermidor, alors qu'il eut lieu le 2ô, et substitue sans plus de façon, au général Rougé et à ses lieutenants, son grand-père Gabriel de la Tour de Noé et deux de ses amis, le comte de Fauls et de Guilhem de Latrape, dont nous n'avons pas trouvé seulement les noms dans les volumineux documents que nous avons parcourus.
Ces trois gentilshommes réunissent deux mille fantassins, cinquante cavaliers avec deux couleuvrines et marchent, dit-il, sous le commandement supérieur de la Tour de Noé, contre cinq mille républicains campés à la Terrasse. Ils les attaquent vers trois heures du matin, les mettent en pleine déroute et leur tuent quatre mille cinq cents hommes pendant qu'ils n'en perdent que quatre cents.
La principale action, dit cet écrivain, eut lieu au pont d'Ercus, derrière le parc de la Terrasse, « pont moins historiqueque celui d'Arcole, s'écrie « l'abbé de la Tour, et qui pourtant mériterait de lo « devenir plus que lui, de même que le combat
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« de la Terrasse a plus de valeur militaire que «. toutes les batailles ensemble que les Frédéric, « les Moltke et les autres ont livrées aux soldats « de la France. » On ne saurait pousser plus loin rinfatuation de la famille.
Après ce grand succès^ ajoute cet abbé, le général Gabriel de la Tour de Noé entra à Saint-Martory où le comte de Fauls blessa grièvement le général républicain Latour, et où de Guilhem de Latrape, commandant les cinquante cavaliers, fut tué près de l'église.
Comme toutes les mauvaises nouvelles, celle de la déconfiture des républicains se répandit avec une rapidité effrayante et jeta la consternation dans le pays. Chaque commune avait à déplorer quelque mort ou quelque blessé et voyait arriver, ce qui était plus humiliant encore, quelqu'un des siens tondu jusqu'à la peau. C'est après l'affaire de la Terrasse que les royalistes, ne sachant que faire des prisonniers, imaginèrent de les tondre aussi ras que possible afin de les reconnaître s'ils étaient pris de nouveau. Les plus célèbres tondeurs furent les chefs de bande Denax, de Lilhac, canton de Boulogne, et Martres père et fils, de Saint- André, canton d'Aurignac.
Cependant, le général Bartier arrivait à Martres avec les cinq à six cents hommes qu'il avait pu rallier de son armée débandée et qui fondait pour ainsi dire dans ses mains, tant était grand le découragement. Il entra le lendemain matin,
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27 thermidor (13 août), à Saint-Martory, y établit son quartier-général et partit pour Saint-Gaudens avec une seule ordonnance, laissant la ville sous la garde de vingt-cinq à trente hommes de Martres et du Fousseret, commandos par les capitaines Dinnat et Dulac. Ce qui restait de la colonne de Bartier, suivant son exemple, s'était dispersé.
Si le général Bartier, plus froid ou plus prudent, au lieu d'obéir à un ressentiment personnel et d'aller à Saint-Gaudens faire publiquement une scène violente à l'administration municipale, était demeuré à Saint-Martory pour réorganiser sa petite troupe, lui relever le moral, couper la route de Toulouse à Saint-Gaudens par des tranchées ou la barrer avec des barricades entre la vieille tour de Latourasse et les rochers d'en face, à l'entrée de la ville et dans le défilé de i'Escalère, il auraitpu arrêter Rougé au moins toute la journée du 28, recevoir le général Latour qui arriva le soir même avec trois cents hommes et deux canons et prendre sa revanche du désastre de la Terrasse. Pour peu que Bartier eût, en effet, prolongé la résistance dans Saint-Martory, si bien défendu parla nature, il recevait, deux ou trois jours après, les précieux renforts amenés par Chaussey et Léra et plaçait toute l'armée royaliste entre ses forces et celles de Vicose arrivant de Saint-Elix. Dans cette situation, Rougé n'aurait eu qu'à se rendre ou à se voir écraser entre les deux armées républicaiiies; car Saint-Martory est un défilé de
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quelques mètres de largeur sur un ou deux kilomètres de longueur environ, limité à l'est par lu Garonne et à l'ouest par des rochers élevés dans lesquels on a taillé la route à pic. C'est ce qui faisait dire à Goutelongue, commissaire du Directoire exécutif près l'administration municipale d'Aurignac : a Je n'ai été qu'un sergent des « grenadiers de l'ancien régime, mais si j'eusse u été honoré du commandement des républicains « et que les brigands eussent franchi Saint- « Martor}^ je me serais brûlé la tête (1). »
Quoi qu'il en soit, l'agent municipal de Saint- Martory Dominique Bonneserre, resté seul de toute l'administration municipale qui avait fui à la seule annonce de la marche de Rougé, y compris le commissaire du Directoire exécutif Court et le juge de paix Lapeyre , constate dans un procès-verbal que ce chef royaliste entra dans la ville abandonnée, le 28 thermidor (14 août) vers cinq heures du matin, avec une force armée de trois mille hommes environ criant à tue-tête : Vive le Roi I vive la Reine ! vive la Religion!
Son premier soin fut de faire abattre l'arbre de la liberté en chantant le Réveil du peuple, d'enfoncer les portes de la maison commune, d'y briser tous les meubles et d'y déchirer ou brûler tous les papiers que Lapeyre et Court n'avaient pas emportés. Puis il me somma^ dit Bonneserre,
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an Vil, liasse 12.
de fournir à ses troupes tout ce dont elles avaient besoin en pain, vin, viande, fourrages, « avoine, etc., etc. N'ayant aucune force à leur « opposer, je dus me soumettre à toutes leurs « exigences sous peine' de voir les maisons et les « propriétés de mes administrés pillées, dévastées, « incendiées. Je fis alors publier cette somma- « tion au nom de Rougé et chacun s'empressa de « porter ce qu'il pouvait (1).
« Mais les chefs des rebelles, ajoute Bonneserre, « sachant que Saint-Martory avait fourni un fort « contingent aux colonnes républicaines qui « luttaient contre eux, imaginèrent de sommer, « au nom du roy, la population de verser, dans le « délai d'une heure, une contribution de guerre de (( 6,000 francs dans leur caisse militaire, sous « peinede voir leurville livrée au pillage. » C'était à la fois, dit M. Roscha ch, une nécessité de guerre et un châtiment (2).
Cette sommation jeta l'alarme dans tous les esprits et Bonneserre dut, avec quelques autres citoyens, faire des démarches pressantes auprès des chefs de l'armée royale pour leur démontrer l'impossibilité où se trouvaient leurs concitoyens de verser cette somme. Ils prièrent, supplièrent et finirent par obtenir qu'on ne donnerait pas suite à cette demande; mais bientôt après plusieurs maisons furent pillées. Enfin, les insurgés par-
(1) Arch. delà Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 13.
(2) FoisG et Comminges, page 137.
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tirent pour Saint-Gaudens vers midi, emportant sur des chars réquisitionnés toutes sortes de subsistances pour l'infanterie et la cavalerie en viandes, fourrages, avoine, etc., etc., avec huit cents marques de pain et deux chars de vin, sans compter les deux mille trois cents rations de pain, de vin et de viande qui leur avaient été déjà livrées.
Les derniers soldats de Rougé avaient à peine franchi le défilé de l'Escalère que le général Latour apparaissait sur la route de Saint-Girons, de l'autre côté de la Garonne, avec trois cents hommes de cavalerie ou d'infanterie et deux pièces de canon. Les fonctionnaires et les magistrats fugitifs de la veille rentrèrent avec lui. Plusieurs détachements de républicains armés étant venus le rejoindre, ce général disposait de cinq à six cents hommes lorsque de Paulo se présenta devant Saint-Martory, vers cinq heures du soir. « Mais cette troupe ne sut pas ou plutôt « ne voulut pas résister, dit Court, car à la pre- « mière nouvelle de l'arrivée de ces insurgés, le « général Latour monta à cheval pendant que la « générale battait dans les rues de Saint-Martory. « Il se porta bravement en avant, sur la route de « Toulouse, suivi de quelques cavaliers seulement, « parmi lesquels se trouvait l'agent municipal « Bazin, du Fousseret, qui montra le plus grand (( courage. Pendant ce temps, les autres troupes, « au lieu de suivre l'avant-garde qui se battait à « cent mètres de la ville, prirent la fuite. Lacava-
« lerie courait vers Saint-Girons et l'infanterie « se sauvait à travers les champs et les vignes. »
Le juge de paix Lapeyre raconte à son tour le même fait comme suit :
« Le lendemain, 28 thermidor (14 juillet), dans « l'après-midi se présenta un corps d'insurgés « commandés par de Paulo. Le général Latoar^ « surpris par l'arrivée de ce corps dont il ignorait « la marche, fait battre la générale. Les républi- « cains prennent les armes et se réunissent à la « hâte. La lutte s'engage. Le général Latour « tombe. On le croit mort et le désordre se met « dans les rangs des républicains qui se déban- « dent et prennent la fuite en laissant cinq des « leurs sur le champ de bataille (1). »
D'après le commissaire du Directoire exécutif Court, le général Latour aurait été mis hors de combat par le comte de Paulo dans une lutte corps à corps. La Biographie toulousaine s'empressa d'adopter cette version qui servit aux écrivains royalistes pour donner à ce combat des proportions presque épiques. Un grave écrivain contemporain, M. Roschach, se prenant lui-même d'enthousiasme à cette occasion, écrit : « Il y eut dans « ce petit combat de Saint-Martory un épisode (c qui rappela le souvenir des guerres chevale- « resques et qui dut plaire aux ruines féodales du « château de Montpezat. Pendant quelques ins-
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an Vil, liasse 13.
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u tants, le comte de Paulo et le général Latour « se battirent corps à corps en avant de leurs « cavaliers. L'officier républicain, blessé griève- « ment, passa quelque temps pour mort (1). »
Or, rien n'est moins certain que ce combat ; car si le commissaire Court, qui ne faisait qu'aller et venir de Saint- Martory à Mazères et de Mazères àSaint-Martoiy,selorj que les républicains étaient vainqueurs ou vaincus, le signale, le juge de paix Lapeyre et l'agent municipal Bonneserre, qui ne quitta pas un seul instant Saint- Martory, n'en disent rien dans leurs rapports. D'un autre côté, voici une pièce officielle qui en modifie singulièrement l'importance et le rend beaucoup plus prosaïque.
a L'an sept de la République française une et « indivisible et le 28 thermidor, nous, Philippe- « Joseph Dulac, habitant la commune de Lussan, « canton du Fousseret, commandant la force ar- « mée dudit canton, parti le 21 thermidor pour u repousser et battre les insurgés royaux, certifie <( que le citoyen François Bazin, agent municipal « de la commune du Fousseret, faisant partie (( de la force armée en qualité de soldat sous «. mes ordres, se battant corps à corps avec le « comte de Paulo, un des généraux des brigands « royaux, dans la commune de Saint-Martorj' et u à l'entrée de la dite commune, du coté de celle « de Martres, le 28 thermidor, le susdit Bazin, au
(1) Foicc et Comrninges, page 197.
LA EÉPRESSIOX 305
« moment où la victoire se déclarait pour sa bra- « voiii-f^ et son intrépidité, fut atteint et frappé « par l'aide de camp du dit Paulo au côté droit de « la tête, un peu au-dessus de l'aureiHe, d'un rude « coup de sabre qui, lui ayant cou fié ?on chapeau « de toi)e cir-ée, Jui fendit environ quatre travers « de doits de la tête, blai^sure qui le força à re- « gr-ef. d'abandctnner sa proye et de se retirer pour « se faire panier et se remettie. Ce que nous cer- « tifion-^ véritable, d'après le rapport de ses cama- « rades d'armes et d'après ce que nous en avons « vu nous- même qui en avons été en grande « partjp, le témoin oculaire.
« Eu foy de quoy avons dressé et délivré le « présent pour lui servir et valoir ainsi que de « dr)i', et nous avons signé.
« A Fousseret, le seusdit jour et an que dessus. « J. DuLAC, capHalne cc'mmnndant « la eo tonne mobile.
« Nous, membres de l'administration munici- « pale du canton du Fousseret, certifions la signa- « ture du citoyen Dulac véritable.
« Fait en administration municipale* le29ther- « midor an vu de la République.
« DANGf.ANS, /)r'^6?'r/fir?^; Lagèze, a f/e ni ; Lar- « RiFQ, af/ent ; Autofage, agent; Ségouf- « FEiN, agent; B. Dario, adjoint; Seget, ad- « joint; Lamouroux, comrai ubaii e [1). »
(1) Arr;h. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an Vif, liasse 18.
306 INSDBBECTION DE LAN Vil
Bazin mourut de sa blessure et quatre de ses compagnons furent également blessés dans ce combat. Le tableau des tués et blessés par les insurgés de l'an vn confirme cette lutte corps à corps avec de Paulo et ajoute à la colonne des observations que Bazin le blessa d'un coup de sabre à la poitrine et que c'est alors que l'aide de camp accourut au secours de son chef et frappa son assaillant.
On nous dira peut-être que ce combat corps à corps de Bazin avec de Paulo n'exclut pas une lutte semblable avec Latour, soit antérieurement soit postérieurement. Sans doute ; mais nous ferons remarquer que rien ne l'établit, que personne n'en parle, à l'exception de Court, absent en ce moment de Saint-Martory, et que la résistance de cette avant-garde ne dura que quelques minutes. Tout prouve, à notre avis, que Latour dut être blessé au début de l'action de quelque coup de feu et que c'est à cette nouvelle que ses troupes se débandèrent.
Durant cette petite campagne, ajoute le commissaire Court, la ville de Saint-Martory fut obligée de faire de grandes dépenses à cause du passage continuel des troupes républicaines et royalistes. « Les pillages ne furent pas nombreux, « dit-il, et certains se disaient volés alors qu'ils « avaient volé eux-mêmes, » Cette accusation, que rien ne justifie à l'encontre des habitants de Saint-Martory, pressurés, comme nous venons de
]e voir, par les bandes insurgées, n'existe point dans les procès-verbaux de Lapeyre ni de Bonneserre, qui sont à peu près d'accord sur tous les faits, ce qui prouve qu'elle est absolument gratuite de la part du commissaire du Directoire exécutif, dont la conduite, à cette occasion, aurait amené sa revocation sans le bienveillant appui du juge de paix Ruffat, de Saint-Elix.
Le comte de Paulo ne passa que quelques instants à Saint-iMartory. Il se hâta de franchir le défilé de TEscalère pour aller rejoindre Rougé.
Quant au général Latour, nous ne nous permettrons pas de qualifier sa conduite. Nous dirons seulement qu'on ne comprend pas qu'un homme de guerre quelque peu expérimenté se soit laissé surprendre et battre à Saint-Martory, alors qu'il n'avait qu'à placer des avant-postes sur la route de Toulouse et à occuper l'entrée de la ville avec un fort détachement de ses troupes et ses deux pièces d'artillerie pour être à l'abri de toute surprise. Si Bartier était blâmable d'avoir abandonné la ville de Saint-Martory sans défense, sans armes et sans munitions, aux débris affolés des vaincus de la Terrasse, on ne saurait pardonner à Latour de ne pas avoir su, avec cinq à six cents hommes de troupes fraîches et deux pièces d'artillerie, préserver cette ville de l'invasion de de Paulo en détruisant les deux cents rebelles qu'il commandait ou en les rejetant sur Vicose qui arrivait par Saint-Elix; mais il ne prit aucune
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précaution, aucune mesure de prudence si nécessaires dans les guerres régulières, à plus forte raison dans les guerres de partisans, si fécondes en surprises et en guet-apens.
Cependant la nouvelle de l'insurrection s'était rapidement étendue dans l'arrondissement de Saint-Gaudens. Dès le 21 thermidor les bruits les plus alarmants, les plus exagérés circulaient jusqu'au fond des montagnes et y répandaient le découragement et l'effroi. On disait, de tous les côtés, les insurgés maîtres de la ville de Toulouse et de son arsenal. Te roi Louis xvtii, proclamé à T'yon, marchait sur Paris avec une puissante armée, et les rebelle» de Toulouse, installés à Muret, leur quartier-général, ne tarderaient pas à arriver à Saint-Gaudens. Tous ces bruits réjouissaient fort les royalistes, très nombreux dans ces contrées. Ils allaient, venaient de tous les côtés, commentant, amplifiant les mauvai-es nouvelles, démentant les bonnes et soufflant dans tous les esprits le feu de la révolte. Leur quartier-général était ^à Cierp, où ils se réunissaient, se concertaient et tenaient des conciliabules.
i\'ous connaissons l'atiitude de l'administration municipale de Saint-Gaudens et le langage qu'elle tenait au lieutenant Soubiran-Lamaguére, sollicitant un ordre de courir au secours de l'Isle-en- Dodon menacé par les insurgés de Samatan et de Lombez. Cette attitude ne se démentit point depuis ce jour jusqu'à la déconfiture des rebelles à Mont-
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réjeau. Comme celle de Muret, l'administration municipale de Saint-Gaudens se montra d'une faiblesse, ou plutôt d'une mauvaise volonté criminelle Elle n'avait, comme disait le général Barrier, que de bonnes paroles. Celle de Muret pouvait invoquer à sa décharge la surprise, tandis que celle de Saint-Gaudens ne sut ou ne voulut rien faiie depuis le 21 jusqu'au 28 thermidor, jour où celte ville de six mille habitants laissa entrer dans ses murs les royalistes de Rougé sans leur tirer un seul coup de fusil, comme simple protestatioi), malgré les efforts que faisait depuis dpux jours le brave Soubiran-L.amaguère.
Rentré deGimont le 25 thermidor à minuit, cet officier trouva dans la municipalité de Saint- Gaudens la même froideur, la même apatliie, malgré les demandes pressantes et réitérées du général Barder, qui voulait prendre des mesures propres à défendre Saint-Martory et le défilé de l'Escalèi'e. « Je fis, dit Lamaguère, demander « par Suberville, commissaire du Directoire exé- « cutif près cette municipalité, des hommes ar- « mes à ses collègues de Luchon, de Saint-Béat, « de Saint-Bertrand, d'Aspet et de Montréjeau, « mais je ne reçus qu'une centaine d'hommes de « Saint-Bertrand que je dirigeai, le 27, sur Saint- « Martory avec ma brigade. Après une heure de « marche, ces hommes indisciplinés et mal armés « se jetèrent dans les bois et s'enfuirent laissant « les gendarmes seuls. A dix heures du soir
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« arriva Bartier. Il raconta sa défaite de la Ter- <( rasse et reprocha vivement et publiquement son « apathie, ou plutôt sa mauvaise volonté, à l'ad- « ministration municipale qui ne songe guère, « ajouta-t-il, qii'à décamper pour échapper à « tout danger. » Le lendemain matin, en effet, il n'y avait plus personne. Le président Mariande aîné, l'agent municipal Gazes, le commissaire du Directoire exécutif Suberville, le juge de paix Montalègre et tous les autres magistrats ou fonctionnaires avaient disparu, laissant la ville seule, sans défense, à la merci d'une population hostile ou effrayée et d'un vainqueur insolent. 11 convient d'ajouter à ces derniers les agents ou adjoints municipaux Dupuy, Bergounian, Lécussan, Garros, J. Boue, Bascans, Barbe, Couat, Lafuste, Fages, Cazaugrand, Blanchard, Dufour et Luscan qui ne parurent point à Saint- Gaudens.
Le lieutenant Soubiran-Lamaguère, indigné de la lâcheté des citoyens comme de celle des autorités, fait battre la générale dans toutes les rues à quatre heures du matin, le 28. Quelques républicains se rendent. Il la fait battre de nouveau deux heures après. Il court de porte en porte. Il réquisitionne le citoyen Mariande cadet, commandant de ia garde nationale, do lui fournir vingt-cinq hommes par compagnie pour les joindre à sa brigade et aux quelques hommes de bonne volonté ayant répondu à l'appel de la générale et marcher sur Saint-Martory. Il attend
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deux heures et reçoit pour toute réponse, du commandant Mariande, les contrôles des compagnies de la garde nationale^ « comme si je pouvais, dit-il, ia^^re les rebelles aoec du papier. y)Ce brave officier, desespéré de n'avoir rien sous la main, ne savait plus que faire lorsqu'il vit arriver les patriotes de Martres et de Saint-Martory annonçant l'entrée des brigands dans ces deux localités. Dans cette situation, voyant qu'il n'avait rien à espérer de Saint-Gaudens, il se disposait à partir pour Montréjeau avec les quelques hommes qu'il avait réunis, lorsqu'arriva le capitaine Micas avec quatre gendarmes. Il venait, de la part du général Aubugeois, le chercher avec toute sa lieutenance. Mais il n'eut pas de peine à faire comprendre à son supérieur l'impossibilité d'obéir à cet ordre. La situation de son arrondissement, envahi par les insurgés, lui en faisait un devoir. Micas se rendit à ces justes observations et ils résolurent de se replier ensemble sur Montréjeau afin d'y organiser la résistance. Ne voulant pas laisser aux rebelles les deux canons de Saint-Béat, ils les firent charger sur des charrettes, malgré les criailleries et la vive opposition d'une troupe de femmes. Ils partirent ensuite pour Montréjeau avec quatorze gendarmes et une cinquantaine de patriotes de Saint-Gaudens.
Les mêmes faits sont racontés par le capitaine Micas dans un rapport à l'administration centrale de la Haute-Garonne, et par le commissaire du
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Directoire exécutif de Saint-Gaunens Suberville qui, rentré, comme il dit, de son exil (il devrait ajouter volontaire), s'empresse d'écrire, le 16 fructidor, aux ministres de la guerre, de l'intérieur et de la police générale, une longue lettre justificative dn son étrange conduite, et dan« laquelle il cherche à établir que ce n'est pas Soubiran-Kamaguére qui a voulu défendre Saint-Gaudens contre les insurgés et sauvé les deux canons de Saint- Béat, inais bien l\ii, Suhc.rville ! « Le capitaine « Micas, venant d'Aiirignac, apparaît, dit-il, <i comme un éclair. Je vole aux deux pièces d'ar- « tillerie de Sain -.-Béat presque abandonnées. « Je profite d<^ la présence de quelques patriotes « pour les faire traîner au niilieu de la ville, (c Elles sont chargées sur une charrette et. sous « la protection des patriotes et des gendarmes, « conduites au camp de Lannemezan. » ï' suffit de bien piTciser les dates pour établir q\ie tous ces faits se passaient dansl'aprés-midi du 38 thermidor et qu'à ce moment Suberville était caché dans les bois avec ses collègues de l'administration municipale et tous les fonctionnaires, à l'exception du receveur municipal Pégot qui seul aurait dû partir au lieu de laisser l'argent de sa caisse à la disposition des rebelles. Il le dit, au reste, lui-même dans une lettre très curieuse du 2 fructidor, jour de sa rentrée à Saint-Gaudens. « Chassé, dit-il, de mon poste « par les royaux (qu'il n'a pas attendus), j'ai passé
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(( six jours et six nuits dans les bois, et je revois « enfin ma patrie! Je me glorifie d'avoir évité la « profanation de mon serment de haine à la « royauté et de ne pas avoir souillé les couleurs « nalionales (.1). » '
. Le petit détachement parti de Saint-Gandens avec Micas et Lamaguère arrive à M on te ej eau et ^\ est Hccueilli par une troupe de remmft<< répondant : Vive le Roi! Skxw. cris de : \^iae la Républiç^'f / poussés par la ti'oupf^ léjMibiicaine. En présence de cet accueil peu encourageant, les deux officiers de gendarmerie s'adressèrent au président de l'adininisiration municipale. Celui-ci leur répondit que, depuis la rentrée de^ vaincus de la Terrasse et la pe'ie de dix à douze de leur^ compagnons, la population du canion était en deuil; elle a\'a;t perdu tout courage, tcmte énergie et on ne pouvait compter en rien sur r.lle. Celle réponse aussi catégorique que décourageante détermina Micas et. Lamaguère à se rabattre sur Lannemezan où ils espéraient trouver un corps de trc-is cents hommes formé dans les Hautes- Pyrénées, Le citoyen Pégot fils aîné, cheC de bataillon adjoint au général Barbot, ^commandant la force arn^iée des Hautes-Pyénées, s'étani arrêté dans sa famille en passant à Saint-Gaudens, le 25 thermidor, avait dit à ses parents que le corps en formation à Lannemezan devait se porter le len-
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VU, liasse 12.
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demain 26 sur Montréjeau et de là sur Cazères, pour renforcer Bartier. Mais, arrivés à celte destination avec leur petite troupe, les officiers de gendarmerie n'y trouvèrent qu'un juge de paix, excellent patriote qui, ayant immédiatement et malgré la nuit envoyé des émissaires dans toutes les directions pour soulever les populations contre les royalistes, amenèrent le lendemain matin, 29 thermidor, près de trois mille hommes auxquels on ne put donner aucune espèce d'arme (1).
Il est donc certain et acquis qu'après l'arrivée de Bartier à Saint-Gaudens, le27 thermidorau soir, et la rentrée à Montréjeau des vaincus de la Terrasse, arrivant par petites bandes, les uns tondus, les autres déshabillés, et tous désarmés, les administrateurs et les fonctionnaires de tout ordre de la ville de Saint-Gaudens s'empressèrent de fuir et d'aller se cacher dans les bois. Mais ils avaient, avant de décamper, beaucoup parlé, beaucoup discuté, beaucoup écrit et envoyé, comme dit un combattant de la Terrasse, le citoyen A-justron, agent municipal de Martres-Tolosane, beaucoup de belles phrases, mais jamais un homme ni un sou.
C'est ainsi que, dès le 22 thermidor et sur la proposition du général Bartier, les administrateurs de Saint-Gaudens avaient fait un appel de secours à tous les chef-lieux de canton de lamon-
(1) Arch. de la Hte-Gne, //isarr. de l'an VII, liasse 13.
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tague et constitué, comme à Toulouse, un conseil militaire de défense. Maisceconseilnedonna guère signe de vie, et nous avons vu que les cantons de Montréjeau, d'Aspet, de Salies et de Saint-Martory répondirent seuls à cet appel. Saint -Bertrand ne répondit rien. Luchon et Saint-Béat déclarèrent qu'ils avaient besoin de toutes leurs forces pour résister aux tentatives probables des royalistes de la contrée et des émigrés réfugiés en Espagne ; néanmoins, Saint-Béat envoya les deux pièces d'artillerie dont nous venons de parler. Saint- Gaudens, le canton rural le plus peuplé du département, avait épuisé tous ses moyens de défense en formant la colonne de cent quatre-vingts hommes dirigée sur l'Isle-en-Dodon. Cependant il ordonnait, le 24 thermidor (10 août), la formation d'un corps de cavalerie pour lequel il réquisitionnait des chevaux le 26 et qui ne fut jamais organisé. Il réquisitionnait le même jour tous les fusils de calibre ou de chasse et convoquait les gardes nationales des vingt-une communes du canton au chef-lieu pour le 28 thermidor, jour où elles auraient été reçues par les royalistes de Rougé.
Pendant ce temps les contre-révolutionnaires s'organisaient à Cierp. Cette commune et celles de Marignac, Gaud et quelques autres, prennent les armes le 24 thermidor et forment une compagnie de rebelles qui s'empare de Cierp et devient le noyau insurrectionnel de ce canton et de celui de
Saint- Bertrand. On coupe les arbres de la liberté dans tout le voisinage, au bruit de la fusillade et aux cris de : Vice le Roi ! C\ev\) est entièreim-nt royalisé. On y porte publiquement la cocarde blanche et Binos, le cadet, y orgaiiise une colonne de déserteurs, de conscrits, de réquisitionnai res et de royalistes avérés. Cette organisation des rebelles, leurs menaces et leurs cris jettent la terreur et l'effroi dans les vallées de la Garonne et de la Pique dont ils occupent fortement l'entrée. A Saint- Béat on est dans la consternation. La déroute de Bartier à la Terrasse, celle de Latour à Saint-Martory, la marche de Rougé sur Saint-GdU'Jens et l'occupation de C'erp par la bande de Bino^ frappent tout le monde d'épouvante. L.e commissaire du Directoire exécut'f à Saint-Béat, Gazes, fait les plus louables efforts pour relever les cœurs et raffermir les courages abattus; mais il ne peut parvenir à constituer une force armée capable de défendre le passus lupi de cetce ville, ce passage si important qui est comme une porte de l'Espagne. Il a beau envoyer convocation sur convocation aux agents municipaux et aux gardes nationales : personne, ou à peu près, ne se rend à ses invitations. Il se décide alors à aller à Saint-Gaudens où tous les commissaires du Directoire exécutif sont invités à se rendre pour se concerter avec le conseil militaire chargé de la défense du pays. Il demande à ce conseil deux cents hommes armés qui, réunis aux
soixante dont il dispose à S iint-Béat, pourront former, avec l'artillerie qu'il possède, une force capable de défendre cette ville et de s'opposer efficacement à l'entrée comme à la sortie des rebelles. Mais il ne peut en obtenir qu'un ancien chef de bataillon en retraite pour commander ses soixante hommes. Cazes rentre désespéré à Saint- Béat avec ce maigre renfort. Il provoque immédiatement une réunion extraordinaire de l'administration cantonale; les agents municipaux de Lez, de Boutx et d'Eup répondent seuls à son invitation. C'est alors que lui vient l'idée de convoquer tous les citoj'ens à une réunion publique, afin de leur exposer la gravité de la situation et leur proposer de prendre des mesures énergiques. La réunion a lieu : on s'explique, s'échauffe, se sent les coudes et le commandant de la garde nationale est nommé commandant de place avec ia mission spéciale de prendre toutes les dispositions nécessaires pour défendre la ville. Un moment après on apprend l'entrée des insurgés à Saint-Gaudens et, le lendemain 29 thermidor, l'occupation de Montrèjeau et leur marche sur Saint-Béat etBagnères-de-Luchon. Ces nouvelles successives refroidissent singulièrement la population. Le découragement s'empare des plus braves. Ou cache avec soin les pièces d'artillerie restées dans la ville et on jette dans la Garonne, pardessus le pont, une couleuvrine d'un transport plus facile. Mais les femmes se soulèvent ; elles
courent les rues en criant que les insurgés arriveront dans la nuit. L'alarme est générale. On se réunit de nouveau et le commandant de la place, ainsi que le chef de bataillon venu de Saint- Gaudens, déclarent que la ville de Saint-Béat se trouve dans l'impossibilité de résister à une attaque. Alors la peur s'empare des plus fermes. Une panique générale saisit la population et chacun ne pense qu'à sa sûreté personnelle. On cache ou emporte ce qu'on a de plus précieux et on gagne la montagne. Gazes lui-même, emporté par le torrent, met en sûreté les registres de l'état- civil et les papiers les plus essentiels et fait comme ses concitoyens. Gependant, l'attaque nocturne annoncée n'ayant pas eu lieu, lesSaint- Béatins descendent au petit jour dans la ville afin de continuer le déménagement précipité et incomplet de la veille. Mais, le lendemain 1®'' fructidor, vers quatre heures de l'après-midi, tous ceux qui se trouvaient sur la montagne qui domine Saint- Béat à Touest aperçoivent une colofine de six cents insurgés environ se dirigeant sur la ville et y entrer aux cris répétés de : Vive le Roi ! Un certain Verdalle , breveté commissaire du roi dans le canton, était à leur tête. Il y proclama la reconstitution de la municipalité de 1790 ; plusieurs maisons furent pillées et on fit des réquisitions de toute sorte. Le lendemain, 2 fructidor (18 août), vers huit heures du matin, la compagnie formée à Cierp se dirigea sur Fos
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drapeau blanc déployé. Le même jour, le général Rougé, qui faisait partie de la bande, quitta précipitamment Saint-Béat pour rejoindre son armée serrée de près à Montréjeau. La compagnie de Cierp rentra de Fos vers cinq heures du soir, suivie d'un détachement de cavalerie venant probablement de la frontière d'Espagne. Dix à douze émigrés à cheval venaient à la suite, le sabre nu à la main et criant : Vive le Roi ! Toute cette troupe décampa pendant la nuit. Alors quelques républicains énergiques descendent de la montagne de bon matin; ils recrutent en passant, à Boutx et à Argut, une cinquantaine de bons citoyens, tous anciens militaires, et rentrent dans Saint-Béat presque désert. Ils s'emparent de tous les postes et y arrêtent les insurgés qui les gardaient. Ce coup de main hardi relève les courages. La population reparaît dans les maisons et dans les rues. On s'anime, s'échauffe, s'enhardit et on traîne les canons cachés dans la ville jusqu'au château aux cris de : Vive la République ! Ce cri est répété par les échos des montagnes et, dans moins de vingt-quatre heures, les portes de Saint- Béat sont fermées, barricadées et le château, la place et le pont occupés par des hommes tous armés, prêts à défendre leurs foyers contre toute nouvelle invasion. Ceux qui n'avaient point d'armes gravissaient la montagne qui domine à pic la ville au Midi, pour y entasser des fragments de rocher afin de les jeter sur les assaillants s'il s'en pré-
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sentait. Tout était prêt pour une lutte décisive, lorsqu'on apprit la déroute des insurgés à Montréjeau et l'arrivée prochaine des fuyards qui voulaient gagner la frontière d'Espagne. A cette nouvelle, les femmes recommencèrent à crier et à courir les rues, affolées par les menaces de mort, de pillage et d'incendie que la bande rebelle avait proférées la veille, en partant. Mais les citoyens restèrent fermes à leurs postes, bien résolus cette fois à repousser la force par la force. Heureusement les insurgés ne parurent point. Ils s'étaient engagés dans la vallée de la Pique pour gagner Bagnères-de-Luchon et, de là, l'Espagne. Néanmoins, les patriotes de Saint-Béat veillèrent jour et nuit pendant les 3 et 4 fructidor. Le 5, l'administration cantonale, composée de : Sacaze, président ; Claverie, Nouguès, Fourquet, Barès, Cassan, Soumastre, Saint-Antonin, Barès, de Garraux, Sengés, Baron, Mondon, Rouane, Talazac, Guiard, Gazes, Garravé, Agasse, Redonnet, Cazeaux, Comps, Burgalat, Goujon, Fouques, Sassère et Desprets, agents ou adjoints municipaux ; Gazes, commissaire du Directoire, et Ladevèze, secrétaire, reprit ses fonctions et, le même jour, les troupes républicaines commandées par les généraux Chaussey et Léra entrèrent dans Saint-Béat au milieu des cris enthousiastes de la population (1).
(1) Arch. de la Hte-Gne, /n-SMrr. de Veux VII, liasse 13.
LA RÉPRESSION 32 f
Pendant que tous ces événements se passaient à Saint-Béat, l'attitude de Bagnères-de-Luchon était bien pire. A Saint-Béat, il y eut au moins un commirî.saire du Directoire exécutif et une municipalité qui firent tout ce qu'ils purent pour remplir leur devoir, tandis qu'à L.uchon, l'annonce de l'insurrection de Cierp et les menaces des communes des vallées d'Oueil et de l'Arboust d'aller, sous la conduite de Dutrey, incendier la ville, suffirent, pour mettre en faite les administrateurs et les fonctionnaires. Le 30 thermidor au matin (16 août), la ville de Luchon était à la merci de qui voudrait la prendre. Le président de l'administration municipale Ca/.at, l'agent municipal Paul, l'adjoinc municipal Soulerat, le commissaire du Directoire exécutif Seugès, le juge de paix Saint-Martin, son greffier Gazave, le commissaire du département Pages, le commandant de la garde nationale du canton Saccorére cadet, celui de la garde nationale de Luchon Ferras aîné, le percepteur des contributions Azémar, l'assesseur Colomic et quelques autres étaient prudemment cachés dans une grange de ce dernier, située dans un défilé des gorges des montagnes, à deux lieues de Luchon.
Aussi suffit-il d'une centaine d'insurgés, commandés par Binos-Guran fils aîné, pour s'emparer de cette ville de plus de trois mille habitants et y commettre toutes sortes de réquisitions, de pillages et d'arrestations. En outre de son chef.
322 INSURRECTION DE L'iN VU
cette bande comprenait parmi les plus exaltés . Verdalle père et ses trois fils Ninet, Touto et Jean-François ; Despouy père et fils aîné . de Cierp ; Despouy (Biaise), ancien juge de paix;Bachos fils aîné; d'Aspet, de Lez; Spont, de Marignac, etc. Ces rebelles constituèrent une municipalité, nommèrent deux consuls et confièrent le commandement de la force armée de Luchon à Dutrey, de Mayrègne, qui adressa, au nom de Louis xviii, une proclamation au peuple. Mais, deux jours après, tout cela avait fondu comme la neige au soleil, à la suite de la déconfiture de Montréjeau, et tous les représentants de la République sortaient de leur grange et rentraient fièrement à Luchon pour y reprendre leurs fonctions. L'administration municipale s'installe à la maison commune et entre en séance pour délibérer sur les graves événements quisesont accomplis pendant son absence ; mais elle avait à peine entamé son ordre du jour qu'on entend sonner le tocsin et crier dans les rues : Aux armes! aux armes! C'étaient environ trois cents cavaliers de l'armée royale qui traversaient la ville, portant un drapeau blanc fleurdelisé que la Clotilde, danseuse de-l'Opéra de Paris, en villégiature à Luchon, venait de leur remettre, escortée d'un grand nombre de baigneurs et d'habitants de cette ville. Une panique saisit la population qui fuit de tous les côtés, et les cavaliers en profitent pour s'emparer de quelques vivres et gagner la frontière.
Le fait attribué à la dite Clotilde et celui du drapeau blanc fleurdelisé brodé de ses chastes mains ont été vivement contestés par les autorités locales et par quelques étrangers fort nombreux en ce moment à Luchon. Le président de l'administration municipale Cazat, chez lequel logeait la danseuse, répond au commissaire du Directoire exécutif Lamagdelaine « que l'histoire « attribuée à cette dame n'est pas vraie; car ce « jour-là précisément elle avait pris médecine. « Mais que les brigands, après s'être promenés u dans la ville avec une serviette pour drapeau^ « étaient entrés chez elle et qu'il est possible « qu'effrayées par leurs clameurs et leurs menaces^ « la citoyenne Clotilde, sa sœur ou sa mère leur « aient offert une robe blanche que plusieurs « femmes qui se trouvaient là par hasard auraient « arrangé en drapeau. Ce drapeau n'a donc pas (( été brodé des mains de Clotilde, ni la fleur de « lys verte cousue par elle, pas plus que porté par ({ elle au-devant des rebelles^, mais par d'autres « femmes en très grand nombre, parmi lesquelles « il s'en trouvait quelques-unes de patriotes que « la peur faisait agir (1). »
Devant ces explications embarrassées et contradictoires du président Cazat, le commissaire du Directoire exécutif en résidence à Toulouse invita son collègue de Luchon, Sengés, à traduire
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insiirr. de l'an VIIj liassel2.
524 INSURRECTieN DE l'Ax\ VII
]a dite Clotilde et ses complices devant la juridiction compétente, afin d'y être poursuivis suivant la loi (1). Mais Sengès n'était pas un magistrat irréprochable. Il avait été déjà signalé plusieurs fois aux ministres de l'intérieur et de la police générale comme un ami des royalistes et surtout des prêtres réfractaires qui pullulaient dans toutes les communes, y disaient publiquement la messe en appelant les fidèles au son des cloches, comme avant la Révolution. C'est au point que, dans un très grand nombre de communes qui avaient un excellent esprit et dont les enfants partaient allègrement pour les armées, il n'y a plus aujourd'hui que des réquisitionnaires et des déserteurs corrompus par les prêtres. On ne tint aucun compte de ces plaintes, que la conduite de Sengès en thermidor justifia pleinement, et la danseuse Clotilde put quitter Bagnères-de-Luchon sans être inquiétée.
Cependant le général Commes était arrivé à Saint-Elix le 29 thermidor (15 août), après avoir renvoyé de Noé, où il avait couché, à l'administration centrale qui les lui demandait, le général Aubugeois avec cinq cents hommes dont il n'était pas très satisfait, ainsi que le prouve la lettre suivante :
« Je vous renvoie les forces que vous me de- « mandez. Vos cavaliers et vos fantassins sont
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 3.
« mal accoutumés. Ils ne connaissent ni ordre « ni discipline et ne songent qu'à piller. Je vous u les renvoie donc, car c'est le bataillon de la « colonne mobile que je veux et non ce ramassis « d'hommes dont je ne me servirai que lorsque « je ne pourrai faire autrement.
« Gommes (1). »
II écrivait, le même jour, a que Vicose était à Carboune avec sa colonne qui est très fatiguée, mais animée d'un grand patriotisme. Elle pourra, dit-il, nous donner un bon coup de main. Mais envoyez-moi des troupes et des munitions, parce que les volontaires du Tarn veulent se retirer. Il faut donc accepter ceux que ce département vous offre pour les remplacer. »
Le lendemain, Vicose arrivait, en effet, à Saint- Elix et, après s'être concerté avec son supérieur, il réunissait les deux troupes en un seul corps, en prenait le commandement et se dirigeait sur Martres pendant que Gommes partait pour Toulouse. Vicose passa la nuit du 1®'" fructidor à Martres afin de ravitailler sa colonne, et y réquisitionna, dans ce but, quatre bœufs, trente moutons et le pain, le vin, les fourrages et l'avoine dont elle avait besoin. Le 2 fructidor au matin, Vicose entrait à Saint-Martory et y rejoignait l'adjudant-général Chaussey, auquel il avait donné
(1) Arch. de la Hte-Gne, lnsurr.de l'an VU, liasse 6.
32 INSDBRECTION DE l'AN YII
rendez-vous deux jours auparavant. Ces deux généraux adressèrent de cette ville la proclamation suivante aux agriculteurs, aux réquisitionnaires et aux déserteurs :
« Citoyens,
(c Fort du sentiment de sa grandeur et de sa « puissance, un gouvernement républicain sait « pardonner l'erreur, lors même qu'il punit le « crime.
« C'est à vous tous, agriculteurs paisibles que « de lâches suborneurs ont conduits au bord de « l'abîme, à lui prouver votre repentir, en rente trantdans vos foyers pour vous livrer aux hono- « râbles travaux qui alimentent sa force.
u La patrie vous tend encore ses bras maternels. « C'est aussi à vous que nous nous adressons « malgré vos torts, à vous, réquisitionnaires et « déserteurs de toute espèce qui avez abandonné « le poste de l'honneur pour marcher sous la « bannière du crime; rejoignez vos braves frères (( d'armes. Lavez sous nos yeux la honte dont « vous vous êtes souili '^s dans' le sang impur « des vils sicaires d'une ( oalition monstrueuse.
« Et vous , jeunes cons^^rits que la patrie « voudrait pouvoir nommer ses enfants lors « même que vous cherchez à déchirer ses en- « trailles,présentez-luila sincérité de vos remords « en abandonnant les hommes atroces qui, se u jouant de votre jeunesse et de votre crédulité.
« ont armé vos bras, sous le voile trompeur d'une « religion à laquelle ils ne croyent pas, pour « secouer sur notre malheureuse patrie le flamu beau de la guerre civile.
« Les adjudants-généraux,
« G. VicosE, Chaussey.
« Pour copie conforme :
« Pierre Féret, capitaine adjoint (1). »
Ces deux généraux ne passèrent que quelques heures à Saint -Martor3^ Ils en sortirent vers midi et entrèrent le soir même à Saint-Gaudens sans coup férir, ainsi que le raconte le général Vicose :
« J'entrai à Saint-Martory le 2 fructidor et j'y « rejoignis l'adjudant-général Chaussey , com-. « mandant la colonne ariégeoise. Nous sortîmes « après dîner pour pousser une reconnaissance « sur Saiht-Gaudens. Après avoir parcouru près « de la moitié du chemin sans avoir ri«n vu qui « pût annoncer la présence de l'ennemi dans le « canton, trois chasseurs du 14® régiment, aux- « quels se joignirent les citoyens Carivenc, chef « de bataillon, et Hangard, entrent à cinq dans la « ville, s'emparent du corps de garde, désarment « trente hommes qui y étaient postés, se saisissent « de dix chevaux appartenant aux brigands et
(1) H. Duclos. Histoire des Ariégeois, tome II, p. 343.
328 INSDBRECTION DB l'aN VU
« arrêtent cinq mille rations de pain, de la viande « et du vin en quantité qu'on avait destinés à leur « subsistance. Bientôt deux de nos braves joignent « les cinq qui venaient d'entrer dans Saint- « Gaudens et coopèrent, avec le citoyen Carivenc, u à faire délivrer les prisonniers détenus par les « brigands.
« L'état-major , la cavalerie et une pièce de « canon que nous fîmes avancer en poste, arri- {( vèrent peu après dans la ville. Le soir, une « reconnaissance poussée sur Saint-Gaudens par « les brigands réunis en force à Montréjeau nous (( fit prendre les armes. Dans cette alerte les « chasseurs tuèrent deux chefs et prirent trois « brigands. Un plus grand nombre auraient mordu « la poussière si la nuit n'eût arrêté les combat- « tants et suspendu leurs coups (1). »
Cette entrée des troupes républicaines dans Saint-Gaudens ressemble en tout point à celle de Rougè dans cette même ville et dans Saint-Martory. Elle.démontre une fois de plus que les belligérants des deux partis se valaient, à peu de chose près, au point de vue militaire, et que sans l'entrée en ligne des troii;>es régulières il aurait été difficile de prévoir ce qui serait advenu de cette insurrection .
Rougè ne fit, pour ainsi dire, que passer à Saint- Gaudens. Mais on y vida les caisses publiques et
(1) Arch. de la Hte-Gne, Insurr. de l'an VII, liasse 6.
LA BÉPUESSION 329
y détruisit les procès-verbaux d'adjudication des biens nationaux. C'est dans le pillage du tribunal, dit M. Roschach, que périrent les précieuses archives de l'abbaye de Bonnefont. On y cria beaucoup : Vice le Roi ! y découpa des fleurs de lis vertes pour les fixer sur les drapeaux blancs et y chanta à tue-tête le célèbre Réveil du peuple, dont voici deux strophes :
Peuple trançais, peuple de frères.
Peux-tu voir, sans frémir d'horreur, Le crime arborer les bannières Du carnage et de la terreur.
Mânes plaintifs de l'innocence.
Apaisez-vous dans vos tombeaux !
Le jour tardif de la vengeance Fait enfin pâlir vos bourreaux !
En quittant Saint-Gaudens, Rougé y laissa les deux pièces suivantes :
« Au nom du Roy légitime, « Le général en chef de l'armée royale stationnée u à Saint-Gaudens, étant instruit que des perte sonnes malintentionnées insinuent que les mai- « sons des hommes dénommés par le titre de « patriote doivent être pillées, prend l'engagement « formel de respecter les personnes et les pro- « priétés ; il déclare qu'il fera punir très sévère- « ment tout individu qui s'écarterait de ses in- « tentions bien démontrées de n'être que juste, u ainsi que le roi son maître. Toute crainte à « cet égard doit être anéantie.
« Le dit général ordonne au nom du Roy à « toutes les paroisses d'avoir sans délay à nom- « mer parmi elles tous les consuls qu'ils croyent « nécessaires pour la police être exécutée selon « les principes de la raison et de la justice. Et si (( contre son attente la présente sommation n'avait « point son entière exécution, il en rend respon- « sables tous les habitans ; il ordonne de plus « d'avoir à se former en corps armé pour repous- « ser les scellérats qui n'ont cessé jusqu'à ce jour « de violer tous les principes des droits des gens « sous des mots vagues et vides de sens; et charge « les dits consuls d'attester et certifier à ces « sangsues du sang français que s'ils se permet- « tent aucune vois de fait contre aucun soldat de (( l'armée Royale il usera de représailles.
« Le général commandant V armée Royale, « RouGÉ, signé. »
« P.-S. — Je charge personnellement les « habitans et consuls de faire des doubles de la « présente et de la faire passer aux paroisses' c( voisines. — Signé : Rougé.
u Pour copie conforme :
« Caissel, Leygue, Barrau, Camparan, « Desbarreaux, Lamagdelaine (1). »
(1) Ministère de la guerre (archives historiques), liasse du 20 août.
« Je soussigné, chef d'ètat-major de Tarmée « royale, déclare avoir reçu de M. Pégot, préposé « à la recette de l'arrondissement de Saint- « Gaudens, la somme de six mille cent francs, « provenant des deniers de la ci-devant Républi- « que, y ayant été contraint par ordre du Roy mon « maître.
« A Saint-Gaudens, le 15 août 1799.
« Le chef d' état-major,