DE LA CONCEPTION ET BU CONCEIT
SOUS mes yeux , ces chants qui montent de la vallée, des harmonies, dés concerts à priori /tout ce vaste et beau paysage, un ensemble à priori; mon corps, une image, un concept à priori; ma vie, mon histoire depuis vingt ans, un ordre, une synthèse à priori. Nos intuitions seules sont réelles ; Tordre, Tenchainement de ces intuitions est un produit pur de la spontanéité^ c'està-dire, de rimagination. Voilà où conduit la négation de Tapperception simultanée : oui , si l'apperception simultanée n'existe pas, toutes ces conséquences sont nécessaires, tout cela est inévitable , et la raison pure est le dernier mot de l'intelligence humaine sur ellemême; mais si l'apperception simultanée existe, tout cela se dissipe comme ces formes vaporeuses, que la nuit produit, se dissipent aux approches du soleil, et la raison pure s'évanouit comme un fantôme dont il ne nous reste plus que le souvenir de la peur. Sans la négation de l'apperception simultanée, je l'ai déjà dit plusieurs fois et je ne saurais trop le redire, la rai* son pure n'a plus de démonstration possible, et bientôt elle n'aura plus de motifs : c'est encore une hypothèse ingénirase, expliquant, mieux peut-être que l'hypothèse de Malebranche ou celle de Platon, certains caractères de nos idées; ce n'est déjà plus une nécessité. Rendezmoi l'apperception simultanée, j'apperçois à la fois les réalités, leur synthèse et la forme de leur synthèse ; oui, tout cela m'est donné en même temps : j'apperçois à la fois la variété et sa forme ; voilà, sous mon regard, le modèle de la pensée, le patron sur lequel je puis pour ainsi dire la mouler; voilà, sous mon regard, tout ce
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que Kant est alié ^ malheureusement chercher dans des concepts innés» dans des forBies à priori. La conception est évidemment possible à posteriori, «lie est pos-sible apperceptivement 9 et pourvu que je montre qu'elle va se produire avec tous les caractères que Kant lui impose, j'aurai démontré qu'elle a lieu de cette manière. Mais d'abord voyons de quelle manière elle va se produire.
1 . Si dans le monde apperçu, soit le plan des cou-^ leurs» soit le corps humain» soit le moi vivant» je ne pouvais saisir à la fois qu'une seule des réalités simultanément apperçues qui composent ce monde » l'appréhension de cette réalité serait» il est vrai» possible à posteriori; mais l'intuition résultant de cette appréhension serait toujours sans rapport à d'autres intuitions; elle serait toujours isolée dans le moi appercevant» ne tenant ni à l'intuition qui l'a précédée» ni à celle qui va la suivre : par conséquent la synthèse des intuitions» leur association dans un concept; en un mot » leur conception, serait toujours impossible de cette manière. J'apperçois bien» sans doute» à la fois» dans cette hypothèse» toutes les couleurs qui sont là devant moi ; je sens bien à la fois toutes les résistances dont mon corps se compose ; et» dans le moi vivant» j'apperçois bien à la fois le moi permanent» la modification qui finit et celle qui commence ; mais je ne saisis jamais qu'une de ces