DB LÀ GONCEPTIOM ET DU CONCEPT
choses à la fois : une seule couleur, une seule résistance, le moi tout seul ou Tune des modifications toute seule ; par conséquent, je n'ai conscience que de cela, que d'une unité« Aucune^ pluralitéi aucun ensemble n'arrive à la conscience. Pour être conscient d'un ensemble quelconque, soit dans le plan des couleurs, sott dans le corps humain, soit dans le moi vivant, il faut pouvoir appréhender khi fois tous les termes qui le composent.
Dire que la mémoire nous rappelle le premier terme d'un ensemble quand la perception nous livre le second, que, par conséquent , la perception simultanée de ces deux termes, par suite, leur conception, devient possible en moi sans leur appréhension simultanéie dans le monde réel, c'est dire une véritable étourderie; car, dans cette supposition , le fait perçu n'a point de rapport avec le fait rappelé, le fait rappelé avec le fait perçu. Ce sont deux unités parfaitement solitaires, parfaitement isolées. Si vous pouvez les associer , les prendre ensemble , en un mot, les concevoir, c'est que vous possédez à priori le modèle de leur association^ le concept de leur conception : d'où vous est-it venu? la mémoire ne saurait vous le rappeler, puisque la perception n'a pu le lui donner.
La. conception suppose donc , outre l'apperception simultanée des réalités placées sous mon regard, la possibilité d'appréhender à la fois, parmi toutes ces réa* lîtés^ un nombre déterminé d'entr' elles : toutes celles qui composent un ensemble donné. Cette possibilité existe-t-elle? Puis-je, si je le veux, parmi toutes ces couleurs apperçues simultanément, dont se compose le monde des couleurs, appréhender a la fois celle-ci,
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celle-là, et celle-là...? Je le puis assurément : après avoir formé un regard à ud point donné de Féteodue colorée» en serrant Tapperoeption autour d'une couleur qui s'y trouve déterminée , je puis» sans laisser tomber ce {Mreoâer regard» en former un second» de la même manière» sur un deuxième point ; et » sans laisser tomber les deux premiers» mais en les maintenant toujours Tun et Tautre» en former un troisième sur un troisième point» etc.; en d'autres termes» et d'une manière qui rappelle moins nos idées et plus les idées reçues » je pub à la fois » dans le plan des couleurs» tendre l'apperception : perceptionem attentam fae&re^ sur plusieurs points déterminés; de même» dans le corps humain » sur plusieurs résistances dètaminées ; de même enfin » dans le moi vivant » sur le moi et la modification qui commence » ou bien sur le moi et la modification qui finit.
Je sais bien que Kant » et » dq)uis , Dugald-Stewart ont nié ce que j'affirme ici après bien d'autres plûlosophes, et, il faut le dire» avec le monde entier , L'APraÉ- HENSioN siMULTANSjB. Mais d'abord» Kant avait besoin de la nier pour établir sou système : je le disais tout-àl'heure et je le répète : sans la négation de l'apperception simultanée» et pour Kant» apperception et apfNr^eih sion c'est tout un, la rahon pure a bien encore un motif, mais elle n'a plus de démonstration possible ; c'est une hypothèse ingénieuse, comme la réminiscence de Platon, comme la vision en Dieu de Malebranche, plus ingénieuse peut-être; mais ce n'est plus une nécessité. Et quant h Dugald-Stewart, cette négation n'est pas chez
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lui une doctrine parfaitement arrêtée , mais un mot en passant, mot qu'il n'affirme pas : « Sur une question de » cette nature, dit*il, je ne prétends pas prononcer avec » assurance » ; et devant lequel il reculerait certainement s*il en voyait les conséquences (a) •
Ensuite, ce n'est pas la réalité de Tappréhensicm simultanée que nient Kant et Dugald-Stewart, cette réalité leur apparaît comme à tout le monde , mais seulement sa possibilité; ce qui a peu d'importance. En effet, loutes ces démonstrations sur la possibilité ou l'impossibilité des choses ne prouvât absolument rien quant k leur existence réelle : ce sont des jeux de l'esprit s'amufiant à lier ou à délier ses idées, sans s'embarrasser le moins du monde des réalités que ces idées représentent. Prises au sérieux, ces démonstraticMis sont presque toujours des étourderies : — un point matériel, en mouvement, parcourt; dans un instant donné, un espace divisible; mais c^est une contradiction , cela ne se peut pas : I0 Bionvement est impossible. Oui, vous avez raison, le mouvement est certainement impossible ; mais tenez , r^ardez , le voilà : — deux mobiles placés à un mëtre de distance et allant dans la même direction , le dernier dix fois plus vite que l'autre, ne peuvent junais se rencontrer. La raison ie dit sans doute ; mais vc^ez : tandis que nous raisonnons, le dernier de ces deux mobiles a d^à dépassé le premier. — L'eau est noir« ; la neige n'est pas autre diose que de l'eau : c'est de l'eau avec
ia) Digald-Stewart, Philosophie de Vesprit humain, I" v<^, ch. U.
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une dispositicm particulière de ses molécules ; mais la disposition des molécules de Teau n'en saurait dianger la couleur ; la neige n'est donc pas blanche : elle ne peut pas Tètre. Non» la neige ne peut pas être blanche, je le vois bien ; mais tenez : voici de la neige ; elle est blanche cependant. Ainsi des autres.
Dans ces questions sur ta possibilité ou rimpossibiTité des choses, tout dépend de l'idée d'où l'on part pour comprendre cette possibilité ou cette impossibilité. Mais bien souvrat c'est cette idée qui est fausse et non la chose elle-même qui est impossible. Ce qui est impossible alors, c'est tout simplement la dédu€ti<m de cette chose de l'idée prise pour point de départ, le me fois de la couleur dans les corps une fausse idée, et de cette idée je ne puis pas déduire la blancheur de la neige ; voilk t^ut. Il en est absolument de même pour Tappréhension simultanée r ai l'appréhaision simultanée d'une multiplicité vous parait impossible, c'est que vous partei pour la compraidre d'une idée fausse soit de l'appel^ ception, soit de Factivité. Changez cette idée : ce qui vous parait impossible avec elle, avec une autre vous paraîtra non-seulement possible, mais facile et tout simple.
Le moi appercevant n'est pas un prisonnier dans une fcMrteresse ; il ne regarde pas le monde réel à travers ses sens comme le prisonnier dont je parle regarde la campagne à travers les trous de sa prison. SI vous vous représentez l'apperception sous cette forme, bien évidemment , d'une pareille image, vous ne pourrez déduire ni l'appréhension simple, ni l'appréhension multiple simultanée. Tout rapport se trouve suj^rimé entre le monde
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et le moi qui Fapperçoit, le vide les sépare : Tappréhension, dans le moi appereeTant» d'une réalité donnée n'a plus de sens.
•Le moi appercevant n'est pas non plus un atome placé au centre du sensorium : sensus communis sedes; obligé» pour se mettre en rapport avec les fibres nerveuses dont les extrémités se juxtaposent autour de lui » et recevoir les impressions différentes que chacune lui apporte, de courir» pour ainsi dire » de l'une de ces extrémités à l'autre. Si vous vous représentez l'apperception sous cette forme» bien évidemment encore vous ne pourrez pas déduire de cette image l'appréhension simultanée : le moi dans cette hypothèse ne saurait avoir que des perceptions successives.
Mais aussi l'apperception n'est rien de tout cela : c'est le moi appercevant embrassant à la fois dans un baiser intime et profond tous les objets apperçus. Gela est évident» sans illusion» dans le monde des résistances» pour toutes les résistances qui le composent. Dans ce monde» Wen évidemment» l'apperception se trouve partout : le moi appercevant embrasse et pénètre le monde des résistances tout entier ; il porte ce monde en lui-même. — Cela est encore évident» dans le monde des couleurs , pour toutes les couleurs qui s'y trouvent : moi appercevant ces couleurs je suis par tout ce monde à la fois ; j'embrasse toutes ces couleurs dans un baiser intime et profond : la vue, dit Voltaire, est une espèce de toucher qui s' étend jusqu'aux étoiles (a). Mais ici l'illusion nous
{a) Vollaire, Diction, philos, , au mot iNAGnATiofr, I.
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fait porter on jogeiBeiilcpn me effroatéoMn propie
peroeptioD : nom thj^os le hmm ^iperocTint portoot, maïs sous rîtluâoD ikmt je parle (o) ; nous le plaQOBS dans l'ceil ; et bientôt la science» continiiant la même iHoMm, le reculera JHqa'an centre da cerrean. — Enfin cela est évident, dans le mai vivant, pour le moi permanent, pour la modification qui finit et celle qm commence; mais de plus ici eda est néeessûre: lemoip^N manent , la modification qm finit ei cdle qm eoomimoe, tout cda se trouve nécessairement placé dans le moi apparcevant; tout cela existe à la fois dans Fapp^ceptioD.
Le moi app^rcevant n'est donc pasrdégué dans un des faits apperçus , il est partout. Loin d'être limité par les objets apperçus, il les contiaoït tous et pour ainsi dire les dépasse; c'est le lieu dans lequel ils se trouvent : le moi appercevant est le lieu des objets apperçus , comme l'espace est le lieu des corps.
Voilà l'image véritable, voilà Tidée vraie, l'idée, per^e et non faite, de l'appercepûon. Partez de cette idée, vous ne trouverez plus à comprendre l'appréhadsion les difficultés que nous y trouvions tout -à- l'heure : Tiurgane dans lequel je dois saisir les objets n'en est plus séparé, il les touche, pour ainsi dire , il les baise , comme l'espace touche et baise les corps qu'il contient; il ne s'agit plus , pour produire leur ap{H*éhension , que de serrer cet organe autour d'eux, afin de rendre par là, sur un
in] V()>cz liv. I, § V.