‹ Histoire de l'intelligence (volume 2)Chapitre 12 sur 43 · M LA CONCEPTION ET DU CONCKPT · texte numérisé non relu

M LA CONCEPTION ET DU CONCKPT

point donné ou mxv plusieurs points à la fois , leur union plus intime» plus profonde.

Mais pour produire ce serrement du moi appercevant autour d'une réalité donnée, il me faut un effort ; pour le produire ^suite autour d'une seconde» il me faut un deuxième eff(Mrt» etc. ; ces deux efforts ne peuvent pas être simultanés : le moi ne saurait fsdre deux efforts à la fois. L'appréhension simultanée est d(mc toujours impossible. Cette impossibilité ne tient plus k l'organe dans lequel je saisis les objets» elle ne tient plus à l'apperception ; mais elle tient à l'activité qui agit sur elle et la dispose : la loi de notre activité en exercice, n'est-ce pas la successivité ?

Le moi ne saurait faire deux efforts a la fois : je veux bien Tacoorder » si l'on m'accorde que le moi » par un effort unique» peut produire deux actes à la fois » peut faire deux choses à la fois. Mais si l'on refusait dem'ac* corder cela» j'en appellerais alors à l'observation pour démontrer soit la réalité de deux efforts simultanés» soit la réalité de deux opérations par le moyen d'un seul e£fort : ne {Mressons-nous pas k la fois de nos cinq doigts le corps que nous saisissons ? ne saisissons-nous pas k la fois avec nos deux mains un objet donné? et ne puis-je pas» si je le veux» abaissera la fois» au moyen de mes cinq doigts ou même de mes dix doigts » cinq ou dix toudies d'un clainier ? Dans ces trois cas et mille autres semblables » je fais plusieurs efforts k la fois» ou bien je fais plusieurs choses k la fois par le moyen d'un seul effort. Choisissez entre ces deux suppositions : toutes les deux rendent possible l'appréhension simultanée.

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Mais peut-être la simultanéité d'action trouvée dans ces exemples tient-elle à la multiplicité svqf^posée de Torgane sur lequel alors j'agis, et n'est-elle plus possible avec un organe non composé de parties comme le moi appercevant? C'est le contraire : loin d'être id un avantage, la multiplicité de l'organe est un désavantage réel ; elle rend trës-difficile à comprendre, pour ne pas dire impossible, la simultanéité dont il s'agit : comment comprendre, en effet, que le moi, simple, en face d'un organe multiple, puisse, au moyen d'un seul effort, atteindre et mouvoir à la fois cette multitude d'organes? La simultanéité d'action, qu'elle soit produite par un seul effort, ou par plusieurs efforts simultanés, se comprend beaucoup mieux avec un organe non composé de parties qu'avec un organe multiple. Sans doute il est nécessaire que cet organe soit susceptible d'une certaine nmltiplicité, qu'il puisse recevoir en lui, malgré sa simplicité, et contenir à la fois une pluralité donnée. Mais tel est justement le caractère du moi appercevant: le moi appercevant, comme l'espace dont il est peut-être la réalité, avec lequel il a du moins une singulière ressemblance , n'est pas composé de parties ajoutées les unes aux autres, et pourtant il est susceptible de recevoir une pluralité donnée, puisqu'il contient la multiplicité des choses apperçues , comme l'espace contient la multiplicité des corps sans perdre son indivisibilité nécessaire. Peut-être montrerons-nous plus tard que l'organe matériel, l'organe moteur, ressemble parfaitement, sous ce rapport, à l'organe apperceptif, à l'organe intellectuel ; qu'il est un comme lui, mais qu'il peut recevoir, comme

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lui, dans son indivisible unité, une multiplicité donnée. Seulement que le lecteur veuille bien ne pas se préoccuper en ce moment de cette question : chaque chose en son lieu.

Mais si nos deux suppositions rendent également possible une explication de l'appréhension simultanée , la première cependant, il est bon de le dire, est seule véritable. Ce qui le prouve, c'est ce fait, bien simple et bien fadle à vérifier, d'une opération finissant ou commençant p^idant la durée d'une autre opération . Si deux opérations simultanées avaient pour origine un seul et même effœ^t, elles commenceraient toujours et finiraient nécessairement ensemble. 11 n'en est pas ainsi : donc les efforts qui les produisent sont différents ; donc le moi peut faire k la fois plusieurs efforts.

Mais si cela est, d'où vient qu'il m'est impossible de trouver en moi deux efforts k la fois? d'où vient qu'il m'est impossible d'en imaginer deux? Il y a ici une double illusicm : — si deux efforts sont simultanés, ces deux efforts par cela même se confondent ; leur pluralité par conséquent s'efface, mais elle s'efface sans cesser d'être; ou plutôt, leur pluralité s'efface, mais leur distinction reste ; seulement elle n'est plus saisissable apperceptivement : ces efforts sont toujours plusieurs : ils sont plusieiu*s en réalité, ils sont plusieurs pour l'apperception; mais pour l'appréhension qui les saisit, par conséquent pour la conscience, ils sont un. — Voila pour la perception , voici maintenant pour l'imagination : la perception ne me donnant jamais deux efforts à la fois, je n'ai pas le concept qui me représenterait leur si-

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multanéité, par conséquent je ne puis pas la concevoir; avec quoi la concevrais -je? L'imaginaticm (c'est une vérité banale, souvent répétée, mais encore incomprise ou toujours oubliée), l'imagination ne crée rien» die arrange, elle dispose des idées dans un rapport donné; mais elle suppose ces idées et le concept du rapport suivant lequel elle les dispose; en un mot, Timagination suppose les matériaux et le modèle de ces prétendues créations; si ces matériaux ne lui sont pas donnés» si ce modèle lui manque, l'imagination ne peut rien faire, elle ne peut rien produire. Eh bien, ce qui manque icik Tima^ nation pour se représenter plusieurs efforts i^multanés, c'est justement le modèle dont je parle; c'est l'image de cette simultanéité, la perception n'ayant pu la lui livrer. Ainsi cette nouvelle difficulté se résout, comme la première, dans une illusion : partout et toujours, c'est une ombre qui se lève devant nous, c'est un fantôme qu'il nous faut dissiper.

Résumons ce qui précède et concluons : — le moi appercevant embrasse à la fois dans un baiser intime et profond tous les objets apperçus ; — plusieurs efforts peuvent être simultanés et, par cela même, cesser d'être plusieurs sans cesser d'être distincts; — donc l'appréhension simultanée , dont nous avons déjà montré la réalité, est possible : je puis appréhender k la fois plusieurs réalités données; je puis saisir à la fois, dans le moi appercevant, d'une manière individuelle, tous les termes qui composent un ensemble. L'illusion seule, sous laquelle nous étions, nous faisait paraître la chose impossible.

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