BB L* APPRÉHENSION ET DB LÀ CONCEPT. CONSIDÉRÉES ETC
aujourd'hui, c'est ici, pour la première fois, qu'il prend conscience de lui-même*
RouGB une fois saisi et pris dans un concept avec LA COULEUR, je subsume sous son idée cette rose et cette anémone, deux variétés du rouge dans lesquelles je le retrouve : le rose et le vermu^lon ; je les rapproche ensuite sous mon regard, si ce rapprochement n'est pas déjà donné par la nature comme ici , et puis je les distingue dans les limites de l'idée subsumante : dans la rose je prends LE ROUGE avec la différence déterminée en elle par l'anémone, et dans l'anémone avec la différence déterminée en elle par la rose. Deux nouvelles idées sont acquises : rose et vermillon ; deux nouveaux concepts sont formés : LE ROUGE rose : LA COULEUR ROUGE rose : LE MOI COULEUR ROUGE rose et LE vermillon : LA COULEUR ROUGE vermillon : LE MOI COULEUR ROUGE vermillon.
Je passe sur les variétés DU BLANC , DU JAUNE , DU BLEU, DE L'ORANGE et DU VERT : ces variétés seraient perçues de la même manière.
Nous touchons aux limites où la perception des cou- - leurs paraît s'être arrêtée ; mais elle pourrait aller beaucoup plus loin sans atteindre pour cela les dernières modifications de LA substance dont elle est partie. Il y aura toujours, au-delà du point où la distinction s'arrête, des différences à reconnaître, des variétés à établir ; mais pour le moment ces différences nous étant inutiles et la vie n'en pouvant tirer aucun profit, la perception s'arrête où finissent nos besoins. Il n'eu est pas moins vrai qu'il y a là , pour l'induction , une cause étemelle
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d'incertitude et d'erreur ; un motif de se défier toujours, une nécessité d'échouer souvent ; par conséqfuent une occasion de plus offerte à notre vertu qui ne doit jamais pouvoir calculer avec certitude le résultat qu'elle espère. La vertu est et doit rester un acte hasardeux , comme disait Montaigne : rien de noble, ajoutait-il, ne se foisant sans hasard (a).
Ainsi toujours et partout la même marche : la perception ne monte pas des individus au genre ; elle dei^ cend du genre à l'espèce, de l'espèce a la variété et de la variété aux individus. Elle ne commence pas par des idées concrètes individuelles , mais par des idées abstraites, et avec ces idées abstraites elle compose les idées concrètes. Cette marche de la perception déjà constatée à propos des sons et des odeurs , retrouvée ici dans la perception des couleurs, nous allons la retrouver tout-àl'heure dans la perception des formes matérielles, nous la retrouverons bientôt dans la perception des arrangements divers formés par les objets dans le plan des couleurs : c'est la marche universelle, la marche nécessaire de la perception.
Au moment où Tapperception passive, uniforme et par conséquent confuse du plan des couleurs est fixée
[a) >|oaiaigue, \c^ Essais^ liv. 1^ cb.23.
U L'APPEÉHBNSOIf BT DE LA CONCEPT. CONSIDÉKtES ETC. 21 3
sur im objet déterminé dans ce plan, un mode particulier de la couleur , celui qui se trouve déterminé dans l'objet par le plan même au milieu duquel et avec lequel je Fappréhende» est saisi. Mais en même temps qu'il est saisi , ce mode de la couleur, quelle que soit d'ailleurs la grandeur de l'objet appréhendé, est confusément conçu comme point par opposition à l'étendue sans limites au milieu de laquelle et au moyen de laquelle je le saisis. Prenons un exemple.
Yoid, sous mes yeux, dans le plan des couleurs, assez loin de mm pour tomber tout entière sous mon appercepticm, une maison blanche au miheu des oliviers verts. Un rayon de soleil r- je prends cette hypothèse parce que pour moi ce n'en est pas une : bien souvent à Grasse j'ai été témoin de ce phénomène au moment de la taille des oliviers, et il se mêle à mes observations, âmes idées d'une manière en quelque ^orte nécessaire — un rayon de soleil arrêté dans sa course par quelque branche d'arbre , mais rendu libre tout-à-coup par la disparition de cet obstacle, vient subitement illuminer cette maison blanche. Un changement se produit alors sur un point de l'étendue colorée, ce changement fixe l'apperception et la maison est appréhendée au milieu des oliviers au moyen de l'apperception totale, vague et confuse du plan des couleurs. Le mode particulier de la couleur déterminé dans la maison par le fond noir des oliviers est alors ^aisi ; mais en même temps que ce mode de la couleur est saisi j il est confusément conçu comme point. Par opposition à l'étendue sans limites dans laquelle et au moyen de laquelle je le saisis, c'est pour moi une certauib
214 HISTOIRK DR l'iNTRLLIGRNCR, LIV. 0, CB. m.
BEAUTÉ, peut-être LE Initiant; LA couleur brillante,
SANS ÉTBNPCB ET POURTANT LIMITÉE, FIGUEÉS (3) : TOilà bioi, SI
je ne me trompe, d'une part Fidée de poiiit; de Fautre, le concept DU point : de LA COULEUR X point, ou DU MOI COULEUR X POINT.
Plus tard nous verrons ce concept laisser, pour ainsi dire, tomber la matière qu'il contient et se réduire à la simple forme du moi appercevant, au moyen de laquelle nous l'avons obtenu ; mais ne nous arrêtons pas.
Bientôt l'apperception de la maison, c'estrà-dire, Fapperception d'un ensemble de couleurs, toutes semblables, toutes les mêmes, si vous les considérez par rapport au fond noir qui les réunit; toutes diverses, si vous les considérez par rapport les unes aux autres, restée vague sous l'appréhension primitive qui déjà tient saisie la couleur générale de toutes ces diversités, l'unité de cette multitude, est appelée successivement sur chacune des parties dont je parle, et fixée simultanément sur plusieurs, sur toutes : LA COULEUR X toutà-l'heure saisie, et d'abord conçue comme point, est alors conçue étendue , c'est-à-dire , renfermant dans son