‹ Histoire de l'intelligence (volume 2)Chapitre 24 sur 43 · CONCLUSION GÉN. DBS TROIS PMM. CHAP. OU 80LUT. ETC · texte numérisé non relu

CONCLUSION GÉN. DBS TROIS PMM. CHAP. OU 80LUT. ETC

D*oii vient dcme entre la réalité et son idée cette différence singulière ? à quoi tient-elle ? Elle tient à la manière d(Hit les choses nous sont données et aux conditions 43ons lesquelles seulement nous pouvons les saisir. En dIeMnémes et pour Tapperception qui les apperçoit purement et simplement , sans les distinguer, par conséquent sans les voir^ les réalités apperçues sont en eiTet des individus ; mais ces réalités, nous étant toujours données par Tapperception dans un certain milieu dans lequel seulement et au moyen duquel seulement nous pouvons les saisir, en les prenant apperceptivement au moyen de Tapperception vague du milieu tout entier qui les contient , ne sont plus alors pour nous que certaines différences déterminées en elles par ce milieu même, ou plutôt LA sub'Stans prise sous ces différences, par conséquent des réalités parfaitement générales, parfaitement universelles.

Voici, dans le plan des couleurs , notre petite marguerite : en elle-même et pour Tapperception , c'est une couleur et une forme parfaitement individuelles ; mais cette couleur et cette forme , nous étant données dans le plan de^ couleurs, ne sont plus pour moi, qui les saisis dans ce plan, Tune au moyen de sa couleur uniformisée et sombre, l'autre au moyen de son étendue sans limites , et qui ne peux pas les saisir autrement , que certaines différences déterminées en elles parce milieu même, ou, plutôt, LA sufhstans prise sous ces différences : LA substans NnoRE, LA sub-stans figura; autrement : LA substans NiTORE FiGURATo , par conséquent une chose tout4ifait générale.

986 BIffrOIRft DB L'iNTBLLIGiniCl, LIV. H, CH. lU,

Voici , dans le corps humain , la résistance d'un objet particulier : en elle-même et pour Tapperception» c'est j une résistance parfaitement indiyiduelle ; mais cette résistance, m'étant donnée dans le monde des résistances, n'est plus pour moi qui la saisis dans ce monde tu moyen de Tapperception vague et pour ainsi dire uniformisante de ce monde , et qui ne peux pas la saisir autrement, qu'une certaine difTérence déterminée en elle par le monde même, ou, plutôt, LA sub^^tans prise sous cette différence : LA sub^tans RESisTBmiA ; par conséquent une chose tout-a-fait générale.

Voici , dans le moi vivant, notre son SB n qui commence (a) : en lui-même et pour Tapperception c-est un son parfaitement individuel; mais ce son, m'étant donné dans le moi vivant , n'est plus pour moi , qui le saisis dans ce monde au moyen de Vapperception vague de l'état particulier du moi qui disparait , et qui ne peux pas le saisir autrement, qu'une certaine différence déterminée en lui par cet état particulier , ou , plutôt , LA sub'Stans prise sous cette différence : LA sub-stans SONO ; par conséquent encore une chose tout-à-fait générale .

Ainsi , pour toutes les choses apperçues : ces choses, nous étant toujours données par Tapperception dans un certain milieu, ne sont plus, pour nous qui les saisissons dans ce milieu au moyen de l'apperception vague de ce milieu tout entier, et qui ne pouvons pas les saisir autre-

(a) Voyez le chap. précédent, p. 178-79.

COHCLIMOlf OÉN. DBS TROM PRBM. CHAP. OU 80LUT. ITG. 287

ment, tout ce qu'elles sont en elles-mêmes et pour l'app ereption , mais seulement certaines diiTérences déterminées en elles par le milieu qui les contient et dans lequel nous les saisissons, par conséquent des natures parfaitement uniTerselles, des généralités incontestables. Ces premières différences une fois saisies, sous elles nous prenons LÀ substance et nous constituons ainsi Tidée concrète générale représentant la réalité donnée à son point de vue le plus élevé : celui du genre, Y. G., LA

COITUUR, LA EÉSISTANGB9 LE SON.

Puis celle idée ainsi formée sur une réalité individuelle, nous cherchons, à la lumière qu'elle nous fournit, toutes les réalités dans lesquelles se retrouve le genre représen* té par elle, et, rapprochant ces réalités de la réalité primitive, nous formons autour d'elle un milieu artificiel dans lequel cette réalité se trouve déterminée sous une forme oouvdle. Nous saisissons cette forme nouvelle , cette nouvelle différence au moyen du milieu qui la détermine, et, sous elle, prenant le genre déjà perçu, nous oonstitucms l'idée concrète générale représentant la réalité donnée à son point de vue le plus élevé après celui du genre : celui de Vespèce,\.G.,LA COULEUR looGi, LA RÉSISTANCE solide, LE SON o.

Puis cette nouvelle idée ainsi formée sur la même réalité individuelle, nous cherchons, à la lumièrequ'elle nous fournit, toutes l^ réalités dans lesquelles se retrouve l'espèce représentée par elle, et, rapprochant ces réalitésde la réalité primitive, nous formons autour d'elle un deuxième milieu artificiel dans lequel cette réalité se trouve déterminée sous une forme nouvelle. Nous saisissons cette

288 HISTOIRB DB L INTBLLIGBHCB, UY. H, CH. If.

forme nouvelle, cette nouvelle différence au moyen du mi* lieu qui la détermine, et, sous elle, prenant Tespëce déjk perçue» nous constituons l'idée concrète générale représentant la réalité donnée à son point de vue le plas élevé après celui de l'espèce : celui de la variété, Y. 6., LA COULEUR rouge rose, LA RÉSISTANCE solu>i dure, LE SON o mi.

Puis enfin cette troisième idée ainsi formée toujours sur la même réalité individuelle , nous cherchons , à la lumière qu'elle nous fournit, toutes les réalités dans lesquelles se retrouve la variété représentée par elle, et, rapprochant ces réalités de la réalité primitive, nous formons autour d'elle un troisième milieu artificiel dans lequel cette réalité se trouve déterminée sous une fc^rme nouvelle. Nous saisissons cette forme nouvelle, cette nouvelle différence au moyen du milieu qui la détermine, et, prenant 8ous elle la variété déjà perçue , nous consti> tuons l'idée concrète générale représentant la réalité donnée à son point de vue le moins élevé : celui de Y individu, ce que nous appelons Vidée individuel le, Y. G., LA COULEUR rouge rose saisie par moi dans cette rose, LA RÉSISTANCE SOUDE dure delà pierre sur laquelle je suis assis, LE SON o mi chanté par une personne qui solfie devant moi.

De cette manière, toutes ces idées et celles qui pourraient être acquises au-dessous d'elles , en descendant toujours, sont nécessairement générales , quoique formées sur la même réalité individuelle.

Transportons-nous dans un ordre de faits différent , nous trouverons la même chose. Voici Socrate : en lui-

tONCLtSION 6ÉN. Dl» tRÔIS Phtell. CHAP. OO 8ÔLUT. ETC. S89

même c'est un individu ; mais ici où Socrate m'est donné, c'est-à-dire dans une solitude un peu sauvage, se promenant parmi des rochers et des arbres, pour moi qui le saisis au moyen de ces différents objets et qui ne peux pas — pour le moment du moins — le saisir autrement, c'est tout simplement une certaine différence : animal , déterminée en lui par tout ce qui l'entoure, ou plutôt c'est LE substans pris sous cette différence : LE substans AI9IMALE, ou tout simplement L'animal; par conséquent un être parfaitement général .

Suivons maintenant Soarate, c'est-à-dire pour nous tout simplement l'animal , il descend de la montagne et se dirige vers la plaine ; le voici parvenu au milieu d'animaux de différentes espèces, des chevaux , des bœufs, des chèvres, des cygnes, etc. Là, Socrate se trouve déterminé sous une forme nouvelle : la forme humaine, je saisis cette différence au moyen des animaux qui la déterminent, et, sous elle, prenaixt L'animal déjà perçu , je constitue l'espèce homme : l'être qui m'est donné : Socrate , devient pour moi L'ANIMAL homme : L'ANIMAL sub'Stans homine, autrement dit L'homme.

Conduisons maintenant Socrate parmi les hommes.

Là Socrate se trouve encore déterminé sous une forme

nouvelle, mais cette forme étant toujours une différence

est toujours quelque chose de parfaitement général ; en

prenant sous elle l'homme déjà perçu, l'être que pour

ainsi dire je constitue n'est pas un individu, c'est un

genre : ce n'est pas Socrate, mais une idée qui, comme

les idées que nous avons acquises avant elle, tant que

nous ne sortons pas du milieu où elle a été formée, peut

290 H18T0IIIB SB l'dITBLUOBNCB, LUT. D, CH. IT.

être prise pour lui. Voilà l'idée individuelle, toujours et nécessairement générale.

Avant de terminer cette réponse» faisons une distincûoa que les {Mosoplies n'ont point faite et qu'il est important de faire : distinguons l'idée du jugement qui s'y mêle presque toujours et la rapporte à un objet donné. L'idée étant une différence, ou plutôt, l'idée étfmt LA substance prise sous une différence, est toujours et nécessairement générale : c'est quelque chose qui, fût-il donné dans une seule réalité, peut toujours se retrouver dans plusieurs ; c'est un genre , une substance ; en d'autrea termes , l'idée est générale en soi , peu impcHrte quelle extension je lui donne dans ma pensée. Au contraire le jugement qui se mêle à cette idée et la rappcnrte à ceci ou à cela est tantôt général et tantôt individuel. Au point de départ , quand l'idée vient d'être acquise ou formée , ce jugement est toujours individuel ; il rapporte l'idée à une seule réalité , celle qui est là soos mon regard et sur laquelle l'idée a été acquise : LA couleur alors, c'est notre marguerite. L'animal ou V^oum^ c'est Socrate. Plus tard, ce jugement se généralise : il s'étend avec le temps et l'expérience à une foule d'objets. Mais cette variabilité, cet agrandissement perpétuel du jugement, l'idée ne les connaît pas; sa généralité à elle ne va pas, comme celle du jugement, en s' étendant déplus en plus; elle est universelle et nécessaire des le principe: l'idée vient au monde achevée, complète : elle naît parfaite. Toute idée, celle-là même que nous appelons idée individuelle, possède cette universalité absolue , et ia possède dès en naissant. Il n'y a d'individuel dans l'idée

CONaVflK)!! OÉlf. DBS TiOlS PMll. CHAT. OU SOLUT. ETC. â94

qui fwte ce nom que le jugement qui s'y mêle et la rapporte à un seul individu. Ce jugemrat a pour cause l'impossibilité où nous sommes de suivre» comme nous le fadsions tout-4i*rheure, l'individu qui nous est donné dans un monde où cet individu se trouverait déterminé d'une certaine manière que nous ne connaissons pas ; ce qui nous permettrait d'établir aUr«dessous de son idée actudle, de cette idée appelée individuelle, un certain nombre d'idées particulières.

2. Les réalités qui nous sont données sont toujours et partout mélangées » imparfaites ; les idées acquises sur ces réalités sont simples et parfaites. Et cela n'est pas vrai seulement pour les idées des choses elles-mêmes , mais aussi pour les idées des formes variées que les dioses nous présentent : où est , dans la réalité» la ligne droite qui ne participe pas plus ou moins de la ligne courbe et de la ligne brisée? Montrez-moi donc , dans la nature, un cercle qui n'ait rien du carré , du triangle ou de l'ellipse ; un cercle qui ne comprenne pas en lui , outre la ligne brisée , toutes les diversités de la courbe aujourd'hui connues, mais tout cela mélangé, par conséquent altéré et imparfait. D'où peut venir dans nos idées cette perfection qui n'est pas dans les réalités sur lesquelles nos idées sont acquises ?

Il serait d'abord iimtile et presqu'étourdi de répondre quel'art a pu produire des réalités parfaites, Y. G., qu'il a pu tracer des cercles parfaits, et que c'est en considé* rant ces produits de J' art que nous avons acquis nos idées parfaites ; car, premièrement, T^rt n'atteint jamais et ne peut pas atteindre la perfection de l'idée , par la

29S Burromt de l'uctiluoiiici, ut. h, ch. n.

raison que la matière sur laquelle il opère et avec lah quelle il opère ne la comporte pas : l'idée peut bien s'iocamer jusqu'à un certain point , elle ne s'incarnera jdmaift complètement ; il y aura toujours, quelle que soit l'habileté de l'artiste, entre la réalisaticm et son idée, une diiTérence immense. Deuxièmement, pour atteindre la perfection dont il est capable , l'art lui-ménie a besoin d'un modèle , et ce modèle c'est l'idée déjà acquise. Demandons à la philosophie une réponse sinon plus Traie, du moins plus intelligente.

Cette perfection , selon Platon ^ vient d'une réminiscence : nous avons vécu dans une vie antérieure, et durant cette vie nous avons été admis à contempler en Di^ les idées de toutes les choses qui S(mt. Ces idées se sont alors gravées dan» nos âmes , et maintenant que nous sommes tombés dans la matière , elles se réveillent en nous à la vue des réalités imparfaites qui nous entourent et qui ont été créées à leur image : quand l'apperception nous donne la réalisation imparfaite, la réminiscence nous rappelle son idée parfaite , sou idéal.

Selon Malebranche au contraire, cette perfection vient d'une vision particulière, actuelle et permanente de l'ânie en Dieu. Cette vision, au moment oùTapperception saisit dans la nature une réalité imparfaite, atteint dans la substance infinie où se trouve nécessairement contenue l'image de toutes les choses qui sont, l'idée pure et parfaite de cette réalité.

Enfin, selon Kant, cette perfection vient de notre entendement lui-même. L'entendement, dit Kant, possède

CONCMiaOll 6ÉN. DBS T10I8 PRBH. CHIP. OU WOLOT, BTC. 293

irimitivement uo certain nombre de formes; sous ces brmes il subsume les réalités imparfaites qui lui sont lonnéesy et, par la, leur imprime ce caractère de perfecion qu'elles n'ont pas par elles-mêmes , mais qu'elles reçoivent delà forme même soub laquelle notre entenlement les saisit; perfection qui par conséquent ne se trouve pas dans la réalité elle-même , mais seulement lans l'idée qui nous la représente.

Ces hypothèses peuvent amuser l'esprit, séduire l'ima- ^nation ; mais elles ne satisferont jamais l'intelligence , et la foi leur résistera toujours. D'où vient donc, dans nos idées, cette simplicité, cette perfection qui n'est pas dans les réalités sur lesquelles nous les avons acquises? kquoi tient-elle? Elle tient encore à la manière dont les choses BOUS sont données , et aux conditions sous lespielles seulement nous pouvons les saisir : les réalités mélangées, dont le monde apperçu se compose, nous sont toujours données dans un certain milieu ; mais dans oe milieu, pour nous qui les saisissons au moyen de ce milieu même , ces réalités ne sont plus mélangées, elles sont simples; car elles ne sont plus qu'une certaine difrérence déterminée dans chacune d'elles par le milieu qui les contient , par conséquent des natures parfaitement simples. C'est ainsi, par exemple, que tes couleurs nous sont données; c'est ainsi que tout d'abord nous les saisissons, et c'est encore ainsi que la plupart des hommes, et surtout les élèves de nos collèges, les considèrent. Ce n'est que plus tard, et dans un petit nombre d'hommes, quand la mémoire s'est peuplée d'idées, que l'analyse , revenant avec effort sur ces réalités , et les étudiant au

294 uOTOiu M h'mrwLLwmcM^ u? • n» ch. it.

moyen des idées qu^elle possède, reoonnait en elles des collections, des mélanges.

Comme on le voit, cette réponse est k peu près la même que la réponse k la question précédœte ; je la résume pour les deux cas ainsi qu'il suit : roui l'appbAhinbioii , pa

CONSÉQUENT PODl NOUS , LK8 BÉALITÉS NB SONT PAS TOUT CI Qu'bLLBS SONT IN BLUS-KÉIIES BT POUR l'aPPIBGBPTION, KAB CELA SSULSIIBNT QUE LES FAIT ÉTBI, OU PLUt6t QUE LES MONUI LE HUJEU DÂTEBMINANT QUI LES CONTIENT, c'eST-A-DIEB , BIS DIFFÉRENCES , PAR CONSÉQUENT DES NATURES UNT^ERSELLES It SIMPLES.

Ce principe reconnu, nous admirerons encore, mais sans nous étonner du fait qui Fétonne et sans aller chercher de ce fait, dans une hypoth^ brillante, je Tayoue, mais fausse, une explication que Tobservation nous fou^ nit , cette belle page de Bossuet : « D'où me Tient cette » impressicm si pure de la vérité? me vient-elle des

» choses elles-mêmes? sont-ce les triangles, et les

» carrés, et les cercles que je trace grossièrement sur le » papier , qui impriment dans mon esprit leurs propor- » tiens et leurs rapports, ou bien y en a-t-il d'autres » dont la parfaite justesse fasse cet effet ? où les ai-je vos » ces cercles et ces triangles si justes, moi qui suis as- » sure de n'avoir jamais vu aucune figure parfaitement » régulière et qui entends néanmoins si parfaitement » cette régularité? y a-tril quelque part, ou dans le monde » ou hors du monde , des triangles ou des cercles sub- )> sistant dans cette parfaite régularité, d'où elle se serait

)i imprimée dans mon esprit? ou bien n'est-ce pas

» plutôt que celui qui a répandu partout la mesure, la

CORCUmiO!! GtK. Dif TIOlSncÉ. CHAP. OU 90LUT. BTC. SCfg

» proportion , la yérité même, en imprime en mon es-^ » prit ridée pure et certaine (a) ? »

Nulle part assurément, dans la nature, ne se trouvent des triangles ni des cercles subsistant avec cette parfaite régularité sous laquelle mon esprit les conçoit, c'est-àdire les possède ; mais il y a dans la nature des triangles et des cercles imparfaits, et je puis, subsumant les premiers sous Tidée déjà acquise de FIGURE SIMPLE RÉGULIÈRE RECnUGNE (6), les seconds, sous l'idée déjà acquise de HGURE SIMPLE RÉGULIÈRE CURVI- LIGNE, les rapprocher sous mon regard*, ceux-là d'un« objet réef dans Fequer existe la FIGURE SIMPLE RÉ- GULIÈRE RECTILIGNF, sans son caractère particuKer de triangle, ceux-ci, d'un objet réel dans lequel existe la FIGURE SIMPLE RÉGULIÈRE CURVILIGNE, sans son caractère particulier de cerde; puis, appréhendant ces triangles et ces cercles imparfaits au moyen de ces objets, saisir en eux, au moyen de ces derniers, le Ériangle et le cercte parfaits qui s'y trouvent alors déterminés par les objets dont je parle.

Sent lin exemple : Il y a dans la nature des cercles imparfaits, V. G., celui de la planche S ; un de ces cercles m'étant donné je le subsume d'abord sous l'idée déjà acquise de FIGURE SIMPLE RÉGULIÈRE CURVI- WBNE, puis rapprochant cette FIGURE SIMPLE RE-

(o) Bossoçt, De la connaissance de Dieu et de soi-même, cb. IV, IX.

(b) Voyez ch. III, II* D., { U, p. 215, ce que j'entends par simplicité et régularité des figures.

296 UISTOIAE DE L* IRTELLIGKMGI9 UT. U, GH. IT.

GULIÈBE GURYIUGNE d'une autre FIGURE SIMPLE RÉGUUÈRE CURVILIGNE dans laquelle le cercle ne se trouve plus, Y. G., l'ellipse représentée dans la planche tout-à-l'heure indiquée, j'appréhende la pr^ miëre au moyen de la seconde, et par la j'arrive à saisir en elle cela seulement qiû s'y trouve déterminé par l'ellipse, c'est-à-dire le cercle ; le cercle dans ce qu'il a d'essentiel, de général et sans aucun des accidents qu'il nous présente dans l'objet sur lequel nous le saisissons (a), en un mot, le cercle parfait.

3. Les réalités sont ce qu'elles sont à un degré déterminé dans l'échelle des nombres; leurs qualités, leurs modes, sont finis : c^te rose est rouge à un degré donné, notre narcisse est blanc à un degré déterminé de blancheur; mais nos idées nou» représentent ces qualités, le rouge, le blanc, à tous les degrés possibles de l'être depuis jusqu'à l'infini : d'où vient, dans l'idée d'une qualité , cette synthèse infinie qui se mêle à l'appréhension de la qualité et ne se trouve pas dans la qualité saisie?

En tant que nous la saisissons, toute qualité, ditKant, est subsumée sous une des formes de l'apperception, le temps ; par conséquent, elle participe alors de la nature de cette forme et se trouve soumise aux conditions à priori y s'il en existe, auxquelles cette forme elle-même est soumise. Or, cette forme de l'apperception est déte^ minée par rintejlect-agent, au moyen d'une certaine

(«) Voyczch.U,gII, p. 165.

CONCLUSiOll GâN. DBS TROIS PREM. CHAP. OU SOLUT. ETC. 207

forme qui lui est propre, comme renfermant une synthèse intensive, la synthèse ou progression arithmétique -^0*1 •2- 3* •••<». Par conséquent, en tant que nous les appercevons, en tant qu'elles sont des intuitions, des idées, les qualités des choses nous paraissent avoir ce caractère particulier qui n'appartient qu'à la forme de l'apperception sous laquelle nous les saisissons.

Mais la philosophie nous offre encore une autre solution de la même question : un objet blanc nous étant donné pour la première fois, par l'abstraction nous saisissons sa blancheur et nous acquérons l'idée d'un certain blanc; plus tard en voyant du blanc plus blanc, nous concevons le blanc à plusieurs degrés. Cette réponse est dupe de tant d'illusions qu'en vérité l'on perd courage à les compter.

La réponse de Kant est trop cherchée, trop savante; celle-ci est trop simple : la vérité n'a pas cette profondeur que nous présente parfois le génie humain, encore moins cette simplicité vulgaire; on reconnaît en la voyant que ce n'est pas une création laborieuse, ni une illusion, mais une découverte. Voici, assurément, si je savais la montrer comme je sais la voir, la vérité sur cette question : Pour saisir, dans une réalité donnée, un mode qui s'y trouve, deux modes au moins de la même substance doivent m'être donnés à la fois, et ces deux modes doivent être entr'eux dans le rapport de à 1; c'est-à-dire, que l'un doit être la négation de l'autre, son néant, son 0, son non. Ainsi je ne puis saisir le rouge qu'avec le non rouge^ le blanc qu'avec

298 niSTOIRR DR L'iKTPXLIGBNCe, LIT. U, CH. lY.

le nonr-blanCy le droit qu'avec le notir-droit^ le dur qu'avec le non-dur, le bruit qu'avec le non^bruit, etc., etc.; par conséquent au moment où je saisis l'un de ces modes, j'apperçois et je ne puis pas ne pas concevoir, plus ou moins vaguement, le rapport -f" • 1 qui se trouve entre les deux, c'est-à-dire la progression -7- • 1 • 2 • 3 ••••<»: en d'autres termes , j'appréhende la qualité donnée à 1 , ce qui implique sa conception à 0; car le rapport -7- • 1 est un, il est indivisible et vous ne pouvez saisir l'I sans l'O, ou l'O sans l'I (a).

Toutes nos idées abstraites, autrement dit toutes nos idées différencielles, en supposent une autre qui leur est opposée et sans laquelle il est impossible de les concevoir, sans laquelle elles ne seraient pas : la lumière suppose les ténèbres, le silence suppose le bruit, le blanc suppose le noir, le dur suppose le mou, la maladie suppose la santé, la vie suppose la mort, etc., etc.; mais cela n'est pas vrai seulement pour quelques unes de nos idées ainsi choisies, cela est vrai pour toutes nos idées différencielles : le rouge, par exemple, suppose tout aussi bien un non-rouge, le bleu, un nonrbleu, que le blanc suppose un non-blanc. D'où vient cela? pour-

la) Voyez le chapitre précédent^ g VU.

CONCLOaiON GfiK. DBS T10I8 PIEH. CHAP. OU SOLUT, ETC. 299

^oi aucune de nos idées ne se suffit-elle à elle-même, et n'existe-t-elle que par une autre?

Cette nécessité qui, toujours et partout, à une idée donnée en oppose une autre, n'atteint pas la réalité représentée par nos idées. Le blanc entendu de la réalité blaucy et non de l'idée blanc, ne suppose pas du tout le noir : tout pourrait être blanc et le noir pourrait n'avoir jamais existé, et être impossible réellement; je dis réellement, car logiquement le noir est certainement possible puisque je le conçois, puisque j'en ai une idée. C'est donc là un caractère de nos idées dont il faut chercher l'explication, non pas dans la réalité ellemême comme quelques penseurs paraissent tout disposés à le faire, mais dans le procédé intellectuel qui nous la livre : — pour saisir, dans une substance, un mode qui s'y trouve, j'ai besoin d'un autre mode de cette substance; sans ce deuxième mode, le premier n'est pas déterminé, il n'existe pas pour nous et ne peut pas être saisi. Par conséquent, au moment où je saisis apperceptivement un mode quelconque, je le saisis toujours au moyen d'un autre et son idée parfaitement déterminée ne s'établit dans mon intelligence qu'avec l'idée vague et obscure de cet autre : voilà la véritable réponse à la question posée ; je la résume en un mot : nos idées abstraites en supposant toujours une autre qui leur est opposée, parce que nos idées abstraites sont des idées BiPFÉRBNGiELLEs, c'cst-à-dirc, dcs idécs représentant des différences, de pures, de simples différences.

Nous sommes peut-être les seuls qui ayons posé, d'une manière véritable et sérieuse, la question qui

300 HISTOIRE DB l' INTELLIGENCE, LIV. U, CB. IV.

nous occupe, nous sommes assurément les seuls qui l'avons résolue. Par conséquent, nous n'avions pas ici à réfuter les philosophes, mais à constater leur silence et à nous en étonner. C'est une chose, en effet, trèsétonnante que tant de doctrines philosophiques , qui s'occupent aujourd'hui presque exclusivement de rechercher les caractères universels et nécessaires de nos idées, oublient celui-là même qui pouvait les mettre sur la voie d'une véritable explication de tous ces caractères.

Toutes nos idées représentant un objet, V. G., l'idée d'un point, d'une boule; l'idée d'un arbre, d'une maison, d'une fleur; l'idée d'un homme, d'un cheval, d'un oiseau; l'idée d'un coup frappé, du tintement d'une pendule, d'un événement quelconque, nous présentent , si nous les considérons en elles-mêmes et dans la mémoire , premièrement , la représentation d'un objet, d'un fait; deuxièmement, l'intuition vague de quelque chose qui n'est plus représenté dans l'idée, mais qui sert à la représentation et sans lequel la représentation serait impossible ; une sorte de vide intellectuel dans lequel la représentation se trouve déterminée et pour ainsi dire FORMÉE. D'où vient dans notre idée d'un objet ce double élément qui la constitue et que représente-t-il ?

Le premier de ces éléments vient de l'objet lui-même et le représente : ici la réponse est facile et tout le monde

Page 1