‹ Histoire de l'intelligenceChapitre 4 sur 11 · JE SUIS : J1E STO OU JE STANS · texte numérisé non relu

JE SUIS : J1E STO OU JE STANS

1 Le moi ne disparaît pas. Voilà mais celte réalité ne ressemble pas

ce que Hume ne comprenait pas et, plus à celle que vous considériez

disons-le bien vite, ce qu'il ne pou- tout-à-1'heure que le rouge ou le

vait pas comprendre avec les idées bleu ne ressemble au violet, c'en est

qucPonavaitalorssuiTappréhension une autre: et tout changement que

et que l'on conserve encore aujour- vous supposerez en amènera unenou-

d'hui. D'après ces idées, une réalité, velle. Cette réalité perpétuellement

V. G., le moi, nous étant donnée , nouvelle, perpétuellement cbangean-

nous la saisirions tout entière, en te, cette réalité jamais la même, voilà

bloc et sans y rien distinguer : sa le moi de Plume.

substance ses modes, le rapport des En établissant l'année dernière

modes a la substance et des modes (VOyezla 1"partiede ce travail, liv. II,

entr eux, tout cela serait perçu d un ch/ L) sur la perception, des idées

seul coup, en masse et confusément. nouvei]es et complètement opposées

INous acquerrions ainsi tou d abord à ce]les je viens d-indiquer nous

une idée complète de la réalité, mais avons détruit celte difficulté singu-

obscure, confuse, indivisible en soi jjère, mais sérieuse et presque inatta-

et tout aussi une que la perception quab]e,contrelaquellela philosophie,

qnenousavonsduflerJouduwo/e*. depuis plus décent ans, est venue

Que, dans une réalité perçue de continuellement se briser, cette manière, un élément quelconque

vienne maintenant à disparaître, sa- 2 Voyez ci-dessus, p. 49 et suiv. ce

vez-vous ce qui a lieu? La réalité que c'est que la perception distincte

pour vous disparaît tout entière, et comment elle a lieu. Sans doute, vous avez bien encore

sous le regard une réalité donnée , 3 Chose remarquable; la signifie*-

Mais je n'ai pas sitôt dit: je suis, que déjà L'état particulier de mon front, c'est-à-dire, l'état particulier de moi-même qui succède à celui qui disparaît, se trouve appréhendé ; je le saisis au moyen de celui qui disparaît. Tenant alors à la fois, par deux appréhensions distinctes, moi d'abord, puis l'état particulier dont je viens de parler, je les prends apperceptivement tous les deux, et cela forcément f au moyen du phénomène qui disparaît , par conséquent dans le rapport déterminé entr'eux par cette disparition même, c'est-à-dire, moi sous l'état particulier : me sub-stantem eo quod apparet, me sub-stantem apparente, réunissant ainsi par une troisième appréhension les deux premières restées jusque-là isolées et tout-à-fait étrangères ; et je dis,

lion primitive du verbe Etre, non pas seulement en français, mais dans un très-grand nombre de langues, est starc*. Quant au latin sum ou esum, il vient de eep, STopcut, qui lui-même vient du primitif eu, qui signifie à la fois être, aller: demeurer eijnarcher; sans doute parce que l'idée qu'il représente, la manière d'être, le mode du moi qu'il exprime est double : — e'est si, are ou manere par rapport au phénomène qui disparaît, — c'est ire, adiré par rapport au phénomène qui commence, et que le moi est tout à la fois saisi sous ce double point de vue, comme quelque

* Voyez M. Renan, De l'origine du langage, p. 128 et suiv. Que faut-il conclure de cette signification presque universelle du verbe être? faut-il en conclure , comme le fait M. Renan, que c'est le phénomène matériel qui a prêté sa signification au phénomène spirituel? et ne pourrait-il pas arriver que ce fût le contraire ? Nous voulons que la métaphore aille toujours du monde visible au monde spirituel, mais ne pourrait-elle pas aller quelquefois, ici , par exemple , du monde spirituel au monde visible ?

chose qui demeure et qui va. Chose étonnante encore et qui n'a pas élé expliquéed'une manière satisfaisante, si même elle l'a élé, c'est que, en français, en latin, en grec, et dans une foule d'autres langues, si ce n'est pas dans toutes, dire signifie à la fois être et aller.

Quant à la forme primitive de ce verbe, c'est assurémeut le participe présent slayis. En effet , quand l'idée qu'il représente est saisie pour la première, elle ne contient pasautrechose qu'un mode de l'âme ou de la vie ; aucune idée ne s'y mêle encore qui soit relative au temps ou à la personne.

Un mot maintenant sur JE STANS, à la place de EGO STANS, sur JE, à la place de EGO dans une phrase latine : je n'ai jamais pu me résigner à traduire par un mot de deux sv llabes une idée essentiellement simple, et nécessairement simple à son origine.

1 Voyez t'° part., liv. II, eh. II, $ II, 3, p. 163 et suiv.. — Ch. III, ire divis., le g V.

76 HISTOIRE DE i/lNTELLIGENCE. Ire PÉRIODE.

parlant toujours dans mon verbe intérieur : je suas x :

Page 1