III. « Rendons ce sentiment plus vif, mais en lui
» conservant son uniformité ; échauffons, par exemple,
» l'air ou refroidissons-le : la statue aura de tout son
» corps une sensation égale de chaud ou de froid, et je
» ne vois pas qu'il en résulte autre chose, sinon qu'elle
» sentira plus vivement son existence. Car une seule
» sensation, quelque vive qu'elle soit, ne peut pas
» donner une idée d'étendue à un être qui, ne sachant
» pas qu'il est étendu lui-même, n'a pas appris à
» étendre cette sensation, en la rapportant aux diffé-
» rentes parties de son corps -. »
Tout cet alinéa est vrai ou à peu près, et, si je le cite, c'est uniquement pour en blâmer le vague et l'imprécision : La statue sentira plus vivement son existence ; quoi ! c'est sous cette forme légère, avec cette négligence d'analyse et d'expression, comme s'il s'agissait d'une chose peu importante ou parfaitement connue qu'un
1 Voyez ci-dessus, g II, p. 86 et s. : 2 Ch. II, \ 3.
premièrement
deuxièmement
petit mot rappelle suffisamment, que vous osez présenter la première et la plus importante de nos perceptions, la plus compliquée, par conséquent la plus obscure et la moins connue ? On peut être clair ainsi, sans beaucoup de peine ; mais on n'apprend rien à personne et l'on ne résout aucune difficulté * . Dans ce passage subit d'une température à une autre, le lecteur ne l'a pas oublié, la statue se percevra elle-même : se met, sous un phénomène passager : le chaud, ou le froid, et sous une forme déterminée dans le temps: Y accident ou la naissance, mais tout cela d'une manière confuse 2.
IV. « Si je la frappe 5 successivement à la tête et » aux pieds, je modifie à diverses reprises son sentiment » fondamental ; mais ces modifications sont elles-mêmes » uniformes, aucune ne peut donc lui faire remarquer » qu'elle est étendue 4. »
1 On m'a beaucoup reproché mou 3 Si je la frappe. Ce mot rappelle
obscurité , je la préfère à une clarté la phrase de Buffon citée plus haut :
stérile. L'obscurité qu'on me reproche « Le fœtus, dans le sein de sa mère, a
tient aux questions mêmes dont j'ai » la peau très-déliée, il doit donc sen-
cherché et peut-être trouvé la solu- » tir vivement toutes les impressions
tion; je n'ai pu l'éviter : obscuritate » extérieures ; mais comme il nage
rerumsœpeverba obscur antur, puis- » dans une liqueur et quelesliquides
je dire pour ma justification. Je sais » reçoivent et rompent l'action de
bien qu' « un grand nombre de lec- » toutes les causes qui peuvent occa-
» teurs, comme dit M"16 de Staël, cou- » sionner des chocs, il ne peut être
» vaincusquel'ignoranceetlaparesse » blessé que rarement et seulement
» sont les attributs d'un gentilhomme » pardescours ou des efforts très-vio-
* en fait d'esprit, croient au-dessous » LEms;iladoncfort peu d'exercice
» d'eux de se donner de la peine, et » de cette partie du toucher qui ne
» veulent lire comme un article de ga- » dépend que de la finesse de la peau
» zette les écrits qui ont pour objet » et qui est répandue par tout le
» l'homme et la nature » ; mais je ne » corps " . » : la raison nous per-
m'adresse pas à ces lecteurs et peu suade médiocrement. m'importe leur jugement : satis sunt
rnihipauci, salis est unus, satis est 4 Gh. II, g 4. nullus.
2 Voyez ci-dessus, g II, p. 56 à 67. * Voyez ci-dessus, p. 23.
130 HISTOIRE DE ININTELLIGENCE. lie PÉRIODE.
Si je la frappe . . . je modifie à plusieurs reprises, ajoutez : et sur différents points. — Mais ces modifications sont uniformes : nullement, elles sont diverses, nous l'avons démontré. — Aucune ne peut donc lui faire remarquer qu'elle est étendue ; non, mais déjà elle se reconnaît multiple * .