‹ Histoire de l'InternationaleChapitre 22 sur 41 · X. LE pRÊ^iiiiFJiT : Êtes-vous soumis à la cotisation · texte numérisé non relu

X. LE pRÊ^iiiiFJiT : Êtes-vous soumis à la cotisation

BERTDî : Nous n'avons pas eu le temps de le faire. Dans cette réunion où nous avons adhéré en masse, nous avons dit : < U ne faut pas traîner en lorgueur, il faut nous orgiaiser immédiatement ; nous allons nommer des déléguas pour former une section » . Nous avons nommé quatre délégués qui ont été à l'Internationale et qui ont reçu tous ]es renseignements nécessaires. On leur a donné des petits livres contenant les règlements de l'Iùteruationale, et ils en ont distribué un par chaque atelier. J'élais un des quatre délégués ; c'est en cette qualité que j'ai assisté à des réunions du conseil fédénl, et c'e^t là que j'ai signé le manifeste.

Un autre prévenu, qui devait quelques mois plus

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taiil acquérir une triste célébrité et payer de sa vie sa participation à l'insurrection du 18 mars, Durai, le futur général de la Commune, explique à son tour dans la même audience, avec un langnpre plus violent et plus haineux, mais par des motifs aiisolument identiques, son entrée dans une société dont les complots devaient bientôt le mener à la mort :

Pour faire comprendre les motifs de notre adhésion en masse à l'Inlernationule, j'ai besoin de retracer ici le commencement de notre yrève, afm que vuus puissiez juger vnis-mèrae si nos réclamations aux patrons étaient justes et fondées. Depuis plusieurs années, les journées avaient subi une telle diminuiioii, que les deux liers des ouvriers mouleurs étaient payés de quatre à cinq frar.cs, tandis qu'avant celle époque, les jjurnées étaient de cinq francs au minimum ; cependant, il est facile de constater que les besoins de la vie ont augmenté de tous côtés : logement, vèlem.ent, nourriture, tout a atteint des prix fabuleux.

Dans l'hiver de 1809-187O, les trois quarts des fonderies de Paris ne firent que huit et neuf heures pour la journée ; enfin, la misère était à son comble. .Au sortir de l'hiver, il fut décidé dans une réunion qu'il fallait à tout prix faire cesser ces abus ; une commission fut nommée afin d'étudier les remèdes à apporter dans la profession; après quelques séances, cet'e commission convoqua la délégation de chaque atelier qui accepta le projet, Pt la d -légation ayant transmis cet exposé dans chaque atelier, il fut adopté à l'unanimité, sauf quelques voix...

Trente-six de nos patrons refusèrent sur quarante-sept, ils reçurent nos demandes avec mépris et plusieurs d'entre eux répondirent : Nous atteivirois que vous ayez faim...

Devant tant de mépris, l'assemblée suivante vota et signa la grève à outrance; l'on jura sur l'honneur de ne pas re-

commencer avant racccptation complète Je nos réclamations ; et la propositio7i fut faite par moi d'adhérer tous à l'Internationale. Huit ou neuf cents membres présents adhérèrent en bloc, signèrent leur adhésion séance tenante et nommèrent immédiatement quatre délégués pour les représenlor au conseil fédéral parisien.

Je suis un de ces délégués; Berlin en est un autre.

Maintenant, messieurs, je crois avoir sullisarament expliqué mon adhésion à l'Internationale.

Les faits que racontent Duval et Bertin sont la règle générale ; toute grève, qu'elle aboutisse à une victoire ou à un échec, a pour résultat inévitable de pousser tous les ouvriers qui y ont pris part à s'affilier h l'Internationale.

Comment croire dès lors les meneurs de l'association quand ils se déclarent peu partisans de ces coalitions où ils puisent leur principale force?

la grève de roubaix en 1s67. — le manifeste de l'internationale et le journal des débats.

On a déjà pu juger, sur quelques faits cités par nous, avec quelle ardeur rintcrnationale soutient les grèves, et quelle importance elle attache à ne pas

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laisser k's hommes qu'elle a poussés ù hi lutte rentrer vaincus dans leurs ateliers. Une histoire complète des coalitions auxquelles elle a donné son appui, et qui ont pu, grâce à elle, ou remporter une victoire complète ou faire payer cher leur défaite aux patrons, serait presque l'histoire même de l'industrie européenne dans ces sept ou huit dernières années. Un tel récit, s'il était possihle de le faire, nous entraînerait trop loin ; d'ailleurs la plupart des documents qu'il faudrait avoir entre les mains pour l'entreprendre no nous sont pas encore accessibles. Probablonient les procès faits un peu partout aux affiliés de l'Internationale qui ont pris part aux troubles et aux insurrections de cette année, et les saisies opérées à leurs domiciles ; plus tard, les scissions qui surviendront entre les diverses sections, et les querelles qui les auront précédées ou suivies; les mémoires que plusieurs des chefs se décideront peutêtre à écrire, toutes ces causes diverses, et Ijien d'autres encore, initieront peu à peu le public à une foule de mystères qui lui sont encore soigneusement cachés aujourd'hui. Alors l'histoire complète, de l'Internationale, et en particulier celle des grèves qu'elle a suscitées, sera possible à écrire. On peut être assuré que ce sera l'une des pages les plus curieuses et les plus instructives des annales de notre M'fle. Mais aujourd'hui, il faut nous résigner sur ce point, comme sur tant d'autres de l'histoire contemporaine, à n'avoir que des à peu près et à tâcher de deviner ce qu'on essaye de nous dissimuler.

Peut-être nous saura-t-on gré de donner, au lieu d'une nomenclature rapide dos principales de ces grèves, le récit détaillé de deux ou trois d'entre elles, prises comme type, afin de montrer les incidents tragiques qui viennent trop souvent les compliquer , et de faire voir par quelques échantillons curieux l'éloquence que déploient d'ordinaire, en de telles occasions, les publicistes de l'Internationale.

On verra aussi par notre récit que le mouvement d'idées que nous avons signalé à propos des congrès s'est produit également à l'occasion des coalitions. La violence des passions et du langage s'est accrue de jour en jour, et les chefs qui, dans les premières années, pouvaient encore à la rigueur se permettre de blâmer officiellement les torts de leurs soldats, sont obligés, dans les derniers temps, à fermer les yeux sur leurs plus condamnables excès, et à tourner uniquement les foudres de leur éloquence contre les défenseurs de l'ordre, coupables d'être intervenus pour protéger les personnes et les propriétés.

En 1867, à Roubaix, on venait d'introduire de nouveaux métiers perfectionnés qui économisaient la main-d'œuvre, car un seul homme pouvait en conduire deux à la fois. Les ouvriers, trouvant juste de prendre leur part dans les bénéfices que cette amélioration procurait aux patrons, réclamèrent une augmentation qui leur fut refusée. L'établissement d'un nouveau règlement, qui imposait diverses amendes comme punition de certaines fautes, augmenta

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le mt'contentomont. Los esprits étaiont fort mnnt(''S, pt sans doute les meneurs tivivaillaient à accroître cette irritation, lorsque le samedi, 10 mars, l'orage, qui depuis plusieurs jours grondait sourdement, vint h éclater. Les ouvriers sortirent brusquement de leurs ateliers au milieu du jour en poussant des cris, en proférant des menaces contre plusieurs fabricants. Il y avait ainsi plus de vingt-cinq mille liommes qui parcouraient les rues de la ville en semant partout la crainte par leurs vociférations. L'autorité municipale se bâta de demander des renforts à Lille. Mais avant que les troupes appelées fussent arrivées, le désordre prit des proportions sérieuses.

Les ouvriers, qui avaient longtemps erré dans les rues sans but déterminé, finirent par se diriger ou plutôt par se laisser entraîner vers les ateliers désignés à leur vengeance. Pendant quelques heures, les scènes de pillage et de dévastation se produisirent sdns qu'il fût possible d'opposer aux pillards la moindre résistance. Sept ateliers furent envahis, les métiers y furent détruits, les pièces d'étoffe '^n travail lacérées, et les chaînes coupées sur les métiers.

Les maisons particulières de deux des fabricants auxquels on en voulait le plus furent saccagées; les meubles, les lits, la literie, la vaisselle furent jetés par les fenêtres.

La rage des émeutiers s'accroissait de minute en minute, et ils en vinrent à mettre le feu à deux des ateliers qu'ils vaient dévastés.

On ne sait jusqu'où se seraient emportés ces furibonds si l'on n'avait enfin vu arriver, le soir même, deux bataillons de ligne , et deux escadrons de cuirassiers. Les insurgés, fidèles à la constante tactique de toutes les insurrections, reçurent les soldats aux cris de : Vive la ligne! espérant ainsi les détourner de leurs devoirs; mais, quand ils virent que ces troupes, au lieu de lever la crosse en l'air chargeaient leurs armes, ils se décidèrent à se retirer, et l'ordre matériel fut rétabli.

La journée du dimanche ne fut pas trop mauvaise; le lundi, à six heures du matin, beaucoup d'ouvriers étaient à leur ouvrage, et l'on pouvait croire que les retardataires viendraient eux-mêmes reprendre leur travail à l'heure du déjeuner. Mais tout à coup un mot d'ordre fut lancé ; aussitôt les tisserands demandèrent une augmentation de salaire qui leur fut refusée ; ils se retirèrent et la grève régulière succéda à l'émeute, à l'inverse de ce qui se passe d'ordinaire; car le plus souvent, la coalition, d'abord pacifique, ne prend que peu à peu les allures d'une insurrection.

Quelque rôle que l'Internationale eût joué dans la grève ou dans les événements qui l'avaient précédée, elle ne pouvait pas laisser passer des faits aussi graves sans faire connaître officiellement la façon dont elle les jugeait. En effet, MM. Tolain, Fribourg et Yarlin, en qualité de correspondants, de la commission de Paris, ne tardèrent pas à publier le manifeste suivant :

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Des troubles regrettables, aicomiuignés de violon:(\s iiliii regrettables encore, ont éclaté parmi les fileurs et tisseurs de lloubaix.

Les causes sont : 1° L'introduction de machines imposant aux tisseurs un surcroU de travail sans augmentation de salaire, et supprimant en même temps un grand nombre d'ouvriers ;

2° L'établissement d'un règlement imposant des mesures attentatoires à la dignité et des amendes d'une illégitimité flagrante ;

3° Enfin l'intervention de la gendarmerie dans ces détails d'intérêts privés et dans un cas où elle avait peut-être à veiller à la sécurité publique, mais non à protéger par sa présence les prétentions des particuliers.

La grève provoquée par ces causes a eu pour conséquences les tristes événements dont l'opinion publique a été instruite.

Dans cette situation, l'Association internationale croit de-, voir se prononcer et appeler l'attention des ouvriers de tous pays en faisant les déclarations suivantes :

L'emploi de la machine dans l'industrie soulève un problème économique dont la solution prochaine s'impose impérieusement. Nous, travailleurs, nous reconnaissons en principe le droit des ouvriers à une augmentation proportionnelle alors que, par un nouvel outillage, une production plus considérable leur est imposée.

En France, pays du sulïrage universel et de l'égalité, l'ouvrier est encore citoyen lorsqu'il a franchi les portes de l'atelier ou de la fabrique. Les règlements imposés au lileurs de Roubaix sont faits pour des serfs et non pour des hommes libres. Ils portent non-seulement atteinte à la dignité, mais encore à l'exislence du travailleur, puisque le chiffre des amendes peut supprimer et dépasser le taux du salaire.

Dans un pareil débat, alors qu'aucune violence n'avait et commise, et quo la grève commençait par l'aliandon dos

ateliers, l'intervention de la gendarmerie n'a pu qu'irriter les ouvriers, qui croyaient y voir une pression et une menace.

Ouvriers de Roubaix, quels que soient vos justes griefs, rien ne peut justifier les actes de destruction dont vous vous êtes rendus coupables, — songez que la machine, instrument de travail, doit vous être sacrée; songez que de pareilles violences compromettent votre cause et celle de tous les travailleurs; — songez que vous venez de fournir des armes aux adversaires de la liberté et aux calomniateurs du peuple.

La grève continue; de nouvelles arrestations ont été fjites. Nous rappelons à tous les membres de l'Association internationale des travailleurs qu'il y a en ce moment h Roubaix des frères qui souffrent. Que si parmi eux des hommes, un moment égarés, se sont rendus coupables de violences que nous réprouvons, il y a entre eux et nous solidarité d'intérêt et de misère ; au fond du débat, il y a aussi de justes griefs que les fabricants doivent faire disparaître. II y a enfin des familles sans chef; que chacun de nous vienne leur apporter son ap['Ui moral et matériel.

On voit que les représentants de l'Internationale tout en donnant sur tous les points tort aux patrons, reconnaissaient du moins que les ouvriers de leur côté avaient commis des excès regrettables, et qu'ils n'hésitaient pas à les blâmer.

Le Journal des Débats publia à ce sujet, sous la signature du secrétaire de la rédaction, un article que nous ne poîivons reproduire ici tout entier cà cause de son étendue, mais dont il faut citer au moins une partie :

Les événements de Roubaix ont donné lieu à une manifestation qui ne peut être passée sous silence : c'est une

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aéclariaion tic ['Association internationale des travailleurs, rej)réseiiléc inir trois membres de la commission de Paris, (|ui signent avec le litre de correspondants: MM. Tolain, l'iibourg et Varlin. L'Association internationale des travailleurs est peu oo!inue de nos lecteurs, mais il est bon qu'elle le soit, quoiqu'elle nous semble n'e.visler encore qu'à l'état d'essai ou d'embryon. KUe n'asidre à rien moins qu'à embrasser les ouvriers d:! toutes les professions manufacturières de l'Europe, et il est certain qu'elle a de nombreuses ramifications déjà en Angleterre et sur le continent. Ce serait donc la plus vaste société qui ait jamais été formée. On l'a vu à l'occasion de la grève qui a dernièrement tenu en suspens à Paris l'industrie du bronze, le principal objet de celte Association serait d'intervenir dans les moments de grèves, en soutenant non-seulement de son influence, mais aussi de ses subsides, les ouvriers inoccupés de la profession où la grève aurait été déclarée.

L'Association inlernalionale avait au moins un mol à dire au sujet de ce qui s'est passé à Roubaix, puisque ces événements regrettables avaient leur point de départ dans une grève. C'est ce qu'elle a fait par l'organe des trois correspondante (\\ie nous venons de citer. Elle réprouve les violences dont se sont rendus coufabks des hommes égarés. Elle avertit les ouvriers en général que de pareilles violences compromtttent la cause de tous les travailleurs. Elle déclare que la macbine, à titre d'instrument de travail, doit être sacrée. Ce sont des vérités salutaires et opportunes. Malbeureusement les coubidéranls du jugement n'en valent pas le dispositif. D'après la lettre de MM. les correspondants, jusqu'au moment où ont commencé la destruction desmacbines et le sac des ateliers, tous les torts étaient du côté des paiFiins. Ces torts sont énumérés dans la lettre, et l'énuméralion mérite qu'on s'y arrête.

Après avoir discuté non-seulement avec impar-

tialitc, mais même avec bienveillance pour les trois signataires du manifeste , les divers reproches qu'ils adressaient aux patrons, l'auteur anonyme de cet article se tournait vers ceux-ci et leur démontrait que l'opinion publique leur demandait de s'expliquer à leur tour; puis il en revenait à MM. Tolain, Fribourg et Varlin et mettait en lumière, d'une part, ce qu'il y avait de louable dans leur publication, et d'autre part, ce qu'on regrette de n'y pas rencontrer :

Quoique les correspondants de l'Association inlernalionale se soient appliqués avant tout, dans leur manifeste, à metirc en relief les torts qu'ils attribuent aux patrons, il leur a fallu un certain courage pour blâmer, ainsi qu'ils l'ont fait, les désordres de Roubaix. Leur langage de réprobation n'est pas sans énergie; il aurait cependant pu en avoir davantage. Il ne fallait pas dire aux ouvriers : Les causes de la grève et de ce qui s'en est suivi, c'est la présence des gendarmes dans les fabriques, c'est l'introduction du nouveau métier, c'est l'établissement d'un règlement plus sévère dans les fabriques; il fallait leur dire que les causes des tristes événements, les causes non accidentelles ou secondaires, mais dominantes, étaient l'ignorance des ouvriers sur leurs propres intérêts et la faiblesse avec laquelle un certain nombre d'entre eux s'abandonnent à de mauvais penchants. 11 eût été plus sage de représenter aux populations que si elles avaient de meilleures habitudes, si elles fuyaient les cabarets, beaucoup trop fréquentés dans le Nord, elles ne seraient pas autant, à beaucoup près, à la merci des incidents qui peuvent suspendre le travail. Les correspo?«ctofs de l'Association internationale auraient mieux été dans le rôle de chefs intelligents et de bons guides s'ils avaient dit aux ouvriers:

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« Vuiis oies igiiuraiils, ii'.struisoz-vous; [ii'ofitez des facilités qu'on vous donne aujourd'hui lanir vous instruire. Plusieurs d'entre vous manquent de sobriété; qu'ils se corrigent; qu'ils travaillent les six jours de la semaine; qu'ils se préparent ainsi ijuelques économies pour les temps de cliùmaye. Les ouvriers de r.Mlomagne du Nord n'ont pas des salaires plus élevés (lue les vôtres, et pourtant ils ont fourni les fonds des 900 ou 1,000 banques du peuple qui se sont formées sur le modèle recommandé par M. Schultze-Delitscli, banques qui f^nclionneut à la fois couinie des Caisses d'épargne et des institutions de crédit.» .MM. les correspondants de l'Association internationale attachent un j^irand prix à afl'ermir et à étendre l'autorité qu'ils exercent sur leurs confrères : l'autorité, pour justifier sa prérogative, a besoin quelquefois de dire la vérité tout entière, quelque pénible qu'elle puisse être à entendre.

Les correspondants de l'Internationale répondirent an Journal des Débats une longue lettre dans laquelle ils ne faisaient guère que reprendre et développer chacun des points traités dans leur premier manifeste ; le Journal des Débats l'inséra sans la faire suivre d'une réponse que rien, en effet, ne rendait nécessaire, et la polémique en resta là.

En résumé, les hommes qui avaient parlé au nom de l'Internationale avaient, dans leur manifeste, flatté les mauvaises passions des ouvriers de Houbaix, et avancé soit sciemment, pour les besoins de leur cause, soit à leur insu et en se laissant tromper eux-mêmes, des faits complètement faux lorsqu'ils avaient attribué le pillage et l'incendie des ateliers à 1 intervention tie la gendai-merie; mais enfin ils

avaient ose blâmer ces scènes de dévastation ; c'était beaucoup.

Le journal qui représente plus que toute autre feuille française aux yeux du public la haute bourgeoisie riche et lettrée, avait discuté leur proclamation en signalant les tendances déjà trop évidentes de leur société , mais sur un ton calme , courtois et même bienveillant. MM. Tolain, Fribourg et Varlin, qui avaient cru devoir répondre à ces critiques, l'avaient fait sans trop s'éloigner de la modération dont on leur avait donné l'exemple (1).

(l) Ces pages étaient déjà écrites lorsque nous avons trouvé dans le Soir, du 19 juillet, un article où M. Fribourg.l'un des signataires de ce manifeste raconte, ainsi qu'il suit l'aflaire de Roubaix et l'intervention de^corresjjondants de l'association :

«Vers la même époque, un incident terrible se produit: les ouvriers de Roubaix, dans un accès de folie furieuse, brisent des machines, incendient des ateliers, maltraitent des innocents; un cri de réprobation méritée s'élève des rangs de la bourgeoisie; les travailleurs se taisent, attérés; leur conscience leur interdit d'applaudir, mais ils manquent d'énergie pour blâmer.

« Seuls les internationaux, risquant leur popularité naissante, osent élever la voix pour réprouver énergiquement de pareilles remontrances, et dans une lettre publique adressée ;.ax grévistes de Roubaix, ils s'exprimaient ainsi :

« Ouvriers de Roubaix, « Quels que soient vos justes griefs, rien ne peut justifier les « actes de destruction dont vous vous êtes rendus coupables. « — Songez que la machine, instrument de travail doit vous « être sacrée; songez que de pareilles violences compromettent « votre cause et celle de tous les travailleurs, — Songez que

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