LES TRADE-UNIONS. U
soutenir. Los sociétés ouvrières destinées, soit à résister aux prétentions des patrons, soit ù les attaquer pour leur dicter des lois, étaient déjà noml)reuses en 1824, quand on se décida, quarante ans avant nous, à ne plus punir la coalition comme un délit.
M. le comte de Paris, dans le Leau livre sur les Associaiioïifi ouorihes en Angleterre, qu'il a publié, à Paris, en 1869, s'exprimait ainsi : (i 11 y a quarantequatre ans que l'ouvrier anglais jouit de la liberté de se coaliser, de disposer de son travail comme de sa marchandise, comme le producteur de ses produits. Aujourd'hui l'armée des travailleurs enrôlés sous les bannières des Trade- Unions peut rivaliser avec celle des plus grands États du continent, car elle se compose de plus de huit cent mille volontaires. Même parmi ses adversaires, personne ne se flatte de la dissoudre : il faudrait pour cela revenir vio' lemment en arrière, jusqu'aux lois qui consacraient le servage des classes ouvrières. Il faut donc compter avec une force aussi nombreuse et aussi bien organisée, et l'intérêt de toutes les classes veut qu'on lui persuade de déposer les armes en lui montrant qu'elle peut trouver un meilleur emploi de sa puissance que dans les luttes stériles qu'elle a engagées jusqu'à présent. »
Nous partageons absolument sur ce point les opinions sagement libérales de M. le comte de Paris; mais il faut avouer que la conversion qu'il s'agit d'opérer n'est pas des plus faciles. Jusqu'à quel point les cœurs d'une partie des soldats de cette ar-
mée sont ulcérés, quels trésors de haines ils peuvent contenir, à quelles extrémités ces hommes peu instruits et passionnés peuvent se laisser emporter, c'est ce qu'oublient trop aisément aujourd'hui les Anglais, bien qu'une enquête fameuse l'ait révélé au monde.
Il n'est certes personne qui n'ait frémi d'épouvante en apprenant cette année les forfaits par lesquels la Commune venait de signaler son agonie. Mais il faut songer que les miséraitles qui ont couronné par de tels crimes leur sanglante carrière étaient surexcités par deux mois et demi d'une lutte sans espoir, que depuis plus de six semaines le bruit incessant et chaque jour plus rapproché de la fusillade avait dû pousser jusqu'à la plus furieuse démence, la fohe qui les avait portés à se jeter dans une entreprise aussi extravagante que criminelle. Les Anglais, qui paraissent trop souvent dans leurs journaux rendre tous les Français solidaires de ces incendies et de ces meurtres, devraient se souvenir des crimes dont se sont souillés en pleine paix certains meneurs des ouvriers de Sheffield, sans qu'aucune circonstance pût expliquer leur fureur. Puisqu'ils les 'oublient si promptement, on nous permettra de les leur rappeler.
Il existait à Sheffield, comme dans toutes les villes industrielles de l'Angleterre, un grand nombre de sociétés ouvrières, dontle but principal était de soutenir les grèves, mais qui, à Sheffield comme ailleurs, cherchaient en même temps à exercer sur leur in-