‹ Histoire de l'InternationaleChapitre 26 sur 34 · partie de la charge des cinq milliards à payer au Prus · texte numérisé non relu

partie de la charge des cinq milliards à payer au Prus

hlL dans une de ses plus

belles proclamations, avait déclaré que les vrais auteurs e la guerre en supporteraient seuls les frais. La Corn “lune aurait délivré le paysan de l’i.pé, du ^ul ,

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aurait donné un gouvernement à bon marché, aurait remplacé ses sangsues actuelles, le notaire, l’avocat, l’huissier, et autres vampires légaux, par des agents communaux salariés, élus par lui-même et responsables devan lui. Elle l’aurait délivré de la tyrannie du garde champêtre, du gendarme et du préfet ; elle aurait mis l’instruction par le maître d’école à lu place de l’abrutissement par le prêtre. Or, le paysan français est surtout soigneux de son argent. Il aurait trouvé trés-raisonnablc que le salaire du prêtre fût fourni par les dons volontaires de ses paroissiens, au lieu d’être extorqué par le receveur des impôts. Tels étaient les grands avantages immédiats offerts aux paysans de France par le régne de la Commune cl par ce régne seul. Il est donc tout à fait superflu de s’étendre ici sur les problèmes plus compliqués, mais capitaux, que la Commune avait la volonté et lé pouvoir de résoudre en faveur du paysan, à savoir, l’accroissement constant de la dette hypothécaire, qui doit conduire à son éviction, à une époque rendue de plus en plus prochaine par le développement même de l’agriculture moderne et par la concurrence des agriculteurs capitalistes.

Le paysan français avait élu Louis Ilonaparte comme président de la République, mais c’est le parti de l’ordre qui fit l’empire. Ce que le paysan français désire, il commençait à le montrer en 1849 et 1850, en opposant son maire au préfet du gouvernement, son maître d’école au prêtre du gouvernement et lui-même au gendarme du gouvernement. Toutes les lois adoptées eu janvier et février 1850 étaient des mesures de répression contre le paysan. Le paysan était bonapartiste, parce que la grande Révolution, avec tous les avantages qu’il eu tirait, était, pour lui, incarnée dans la personne de Napoléon. Cette illusion, disparaissant rapidement sous le second empire (et par sa nature même hostile aux ruraux), ce préjugé du passé n’aurait pas pu résister à l'appel de la Com-

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mune,aux inléhils manifestes et aux besoins urgents des paysans.

Les ruraux (et telle était, en effet, leur plus vive crainte) savaient que trois mois de libre communication entre Paris communal et les provinces auraient amené un soulèvement général des paysans ; de là, leur grand désir d’établir, autour de Paris, un blocus de police, pour empêcher la propagation de la peste communale.

Si la Commune était ainsi le vrai représentant de tous les éléments sains de la société française, et, par conséquent, le gouvernement vraiment national, elle était, en même temps, comme gouvernement des travailleurs, comme champion de l’émancipation du travail, énergiquement internationale. En vue de l’armée prussienne, qui avait annexé à l’Allemagne deux provinces françaises, la Commune avait annexé à la France les’ouvriers de tous les pays du monde.

Le second empire était le jubilé de la rouerie cosmopolite; les hommes tarés de tous les pays arrivaient en foule pour prendre part à ses orgies et au pillage du peuple français. Aujourd’hui encore, Ganesco, le méprisable Valaque, est la main droite de Thiers, et sa gauche est Markowski, l’espion russe. La Commune a admis tous les étrangers à l’honneur de mourir pour une cause immortelle. Entre la guerre avec l’étranger, perdue par sa trahison, et la guerre civile fomentée par sa conspiration avec l’envahisseur étranger, la bourgeoisie avait trouvé le loisir de prouver son patriotisme en organisant les chasses policières contre les Allemands en France, La Commune a choisi un ouvrier allemand pour son ministre du travail. Thiers, la bourgeoisie et le second empire avaient toujoui’s trompé la Pologne par de grandes professions de sympathies pendant qu’on la livrait à la Russie. La Commune a honoré les fils héroï^ ques déjà Pologne en les plaçant à la tête des défenseurs de Paris. Et pour marquer encore plus distinctement

la nouvelle ère de l’histoire qu’elle voulait inaugurer, sous les yeux des Prussiens vainqueurs, d’un côté, et de l’armée bonapartiste, conduite par des généraux bonapartistes, de l’autre côté, la Commune fit jeter en bas ce symbole colossal de la gloire militaire, la colonne de la place Vendôme.

La grande mesure sociale de la Commune était sa propre existence. Les mesures spéciales ne pouvaient que marquer les tendances d’un gouvernement du peuple par le peuple. Telles furent l’abolition du travail de nuit des garçons boulangers; la défense, sous peine d’amende, aux patrons, de réduire les gages de leurs ouvriers en leur faisant payer des amendes sous divers prétextes, procédé par lequel le patron se fait à la fois législateur, juge et exécuteur, et empoche l’argent par-dessus le marché. Une autre mesure du même genre fut le décret qui livrait aux associations ouvrières, sous réserve d’indemnité, tous les ateliers ou fabriques qui étaient fermés, soit que leurs propriétaires se fussent enfuis, soit qu’ils no voulussent pas faire travailler.

Les mesures financières de la Commune, remarquables par leur sagesse et leur modération, ne pouvaient être que celles qui convenaient à la position d’une ville assiégée. Considérant les vols énormes commis sur la ville de Paris par les grandes compagnies financières et les entrepreneurs, sous la protection d'Haussmann , la Commune aurait eu bien plus de droit de confisquer leurs propriétés que Louis-Napoléon de confisquer les biens de la famille d’Orléans. Les Ilohenzollern et les oligarques anglais qui doivent une si grande partie de leurs biens au pillage de l’Église, étaient, bien entendu, très-surpris devoir que la Commune ne retirât que 8,000 francs de la sécularisation.

Pendant que le gouvernement de Versailles, aussitôt qu’il eut repris un peu de courage et de force, employait les moyens les plus violents contre la Conlmune ;

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pendant qu’il réprimait la libre expression des opinions par toute la France, au point de défendre la réunion des délégués des grandes villes; pendant qu'il soumettait Versailles et le reste de la France à un espionnage qui excédait de beaucoup celui du second empire ; pendant qu’il faisait brûler par ses gendarmes tous les journaux imprimés à Paris, et épluchait toute la correspondance entre Paris et les provinces; pendant que, dans l’Assemblée nationale, tous les efforts pour dire un mot en faveur de Paris, étaient couverts par des clameurs inconnues, même dans \a. Chambre introuvable de 1816; avec la guerre sauvage de Versailles en dehors, et scs essais de corruption et de complots en dedans de Paris, la Commune aurait manqué honteusement û ses devoirs, si elle avait observé les bienséances du libéralisme comme dans un temps de paix profonde. Si le gouvernement de la Commune avait ressemblé à celui de M. Thiers, il n’y aurait pas eu plus de motifs pour la suppression des journaux du parti de l’ordre à Paris qu’il n’y en avait pour la suppression des journaux communaux à Vei’sailles.

11 était bien lilcheux pour les ruraux qu’au moment même où ils déclaraient que le retour à l’Église était le seul moyen de salut pour la France, l’infidèle Commune eût découvert les mystères du couvent de Piepus et de l’église Saint-Laurent. 11 y avait une satire sur M. Thiers, dans ce fait que, pendant qu’il donnait des grandes croix aux généraux bonapartistes pour reconnaître leurs talents à perdre des batailles, ù signer des capitulations, et à faire des cigarettes à Wilhelmshoë, 1^ Commune congédiait et faisait arrêter ses généraux, soupçonnés d’avoir négligé leurs devoirs. L’expulsion et l’arrestation par la Commune d’un de ses membres, qui s’y était glissé sous un nom d’emprunt, après avoir subj un emprisonnement de six jours à Lyon comme banqueroutier, était une véritable insulte lancée contre le faus-

saire Jules Favre, à ce moment ministre des affaires étrangères de France, et continuant en cette qualité à vendre la France à Bismark et à dicter ses ordres au gouvernement modèle de la Belgique. Mais la Commune n’a jamais prétendu à l’infaillibilité, l’attribut invariable de tous les gouvernements de la vieille espèce. Elle rendait public tout ce qu’elle faisait ou disait, et ne cherchait pas à cacher ses défauts.

Dans toutes les révolutions, il se faufile, à côté de leurs véritables auteurs, des hommes d’une espèce difi'érente, les uns, survivants et zélateurs des révolutions passées, ignorants du caractère du mouvement actuel, mais conservant une influence sur le peuple, par leur probité et leur courage bien connus , ou par la seule force de la tradition; les autres, simples braillards, qui, par la répétition continuelle des mômes déclamations stéréotypées contre le gouvernement du Jour, ont obtenu la réputation de révolutionnaires de première qualité. Après le 18 mars, des hommes de cette espèce se sont montrés, et quelques-uns sont môme parvenus à occu“ per des postes importants. En tant qu’ils le pouvaient, ils ont entravé l’action de la classe des travailleurs, précisément comme leurs pareils l’ont fait dans toutes les révolutions. C’est un mal inévitable; avec le temps, on s’en débarrasse, mais le temps a manqué à la Commune.

C’est une chose vraiment merveilleuse, que le changement produit à Paris par la Commune ! Pas la moindre trace du Paris courtisan esque du second empire 1 Paris ne fut plus le rendez-vous des propriétaires fonciers de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, des ev-propriétaires d’esclaves des États-Unis, des Russes, ex-propriétaires de serfs, et des boyards de la Valachie. Il n’y avait plus de cadavres à la Morgue, plus de vols, ni d’autres crimes ; en effet, pour la première fois depuis février 1848, les rues de Paris étaient sûres, et cela, sans aucune espèce de police. « Nous n’entendons plus parler, » dit un mem-

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bro de la Commune, « ni d’assassinats, ni de vols, ni de voies de fait; on dirait que la police a entraîné avec elle à Versailles tous scs amis conservateurs. » Les cocottes (I ) avaient suivi leurs protecteurs en fuite, les hommes de la religion, de la famille, et, surtout, de la propriété. A leur place, on voyait surgir les vraies femmes de Paris, — héroïques, nobles, dévouées, comme les femmes de l’antiquité. — Paris travaillant, pensant, combattant, saignant, oubliant presque, dans son incubation de la nou» velle société, les cannibales k ses portes, et rayonnant dans l’enthousiasme de son initiative historique!

En face de ce nouveau monde é Paris, regardez le vieux monde à Versailles, — cette Assemblée des goules de tous les régimes défunts: légitimistes et orléanistes, prêts à s’abattre sur la carcasse de la nation, — avec une queue de républicains antédiluviens, sanctionnant, par leur présence dans l’Assemblée, la rébellion des propriétaires d’esclaves, comptant, pour le maintien de leur république parlementaire, sur la vanité du saltimbanque sénile placé à sa tête, et parodiant 1789 en tenant leurs hideuses réunions dans le Jeu de Paume. La voilà, cotte Assemblée, le représentant de tout ce qui est mort en France , maintenue vivante par les seules épées des généraux de Louis Bonaparte. Paris, toute vérité; Versailles, tout mensonge ; et ce mensonge débité par la bouche de Thiers.

Thiers a dit à une députation des maires de Seine-et- Oise: « Vous pouvez vous fier à ma parole, à laquelle je n’ai jamais manqué ! » 11 dit à l’Assemblée elle-même qu’ (I elle était l’Assemblée la plus librement élue et la plus libérale qu’eiU jamais eue la France; » il dit à sa soldatesque bigarrée qu’elle est l’admiration du monde, la plus belle armée qu’ait jamais possédée la France; » aux provinces, il dit que le bombardement de Paris est

(1) En français dans le texte.

ses

un mythe : « Si quelques boulets ont été lancés, ce n’est pas le fait de l’armée de Versailles, mais de quelques insurgés voulant faire croire qu’ils se battent, tandis qu’ils n’osent pas se montrer, « 11 dit encore aux provinces qu# « l’artillerie de Versailles ne bombarde pas Paris, elle le canonne seulement. » Il dit à l’archevêque de Paris que les prétendues exécutions et représailles, attribuées aux troupes de Versailles, n’ont jamais eu lieu. 11 dit à Paris qu’il voulait seulement « le délivrer des tyrans hideux qui l’oppriment, » et que le Paris de la Commune n’est, en réalité, « qu’une poignée de criminels. »

Le Paris de M. Thiers n’était pas le vrai Paris de la « vile multitude, » mais un Paris fantôme, le Paris des francs - fileurs, le Paris des habitués des boulevards, lemmes et femmes, — les riches, les capitalistes, le Paris doré et fainéant, en ce moment dispersé avec ses valets, ses grecs, sa bohème littéraire et ses cocottes, à Versailles, à Saint-Denis, à Rueil et à Saint-Germain ; tous considérant la guerre civile comme iine diversion agréable, regardant les combats avec des longues-vues, comptant les coups de canon et jurant, sur leur honneur et celui de leurs prostituées, que ce drame était beaucoup mieux joué que ceux de la Porte-Saint-Martin, car les hommes qui tombaient étaient véritablement tués ; les cris des blessés étaient des cris naturels ; et, d’ailleurs, tout était absolument historique.

Voilà le Paris do M. Thiers, comme l’émigration de Coblentz fut la France de M. de Galonné.

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La première tentative de la conspiration des propriétaires d’esclaves pour soumettre Paris, en le faisant occuper par les Prussiens, a été déjouée par le refus de Bismark. La seconde, celle du 18 mais, se termina par la déroute de l’armée et par la fuite du gouvernement qui se retira sur Versailles, après avoir donné ordre à toute l’administration de l’y suivre. Par de feintes négociations de paix avec Paris, Thiers obtint le temps de préparer la guerre. Mais où trouver sou armée ? Les restes des régiments de ligne étaient peu nombreux et assez mal disposés. Son appel urgent aux provinces, qu’il priait de venir au secours de Versailles avec leurs gardes nationaux et leurs volontaires, n’eut aucun effet. La Bretagne seule envoya une poignée de chouans se battant sous un drapeau blanc, portant chacun sur la poitrine un cœur de Jésus en drap blanc, et criant: « Vive le Roi ! » Thiers fut donc forcé de réunir en toute hStc une bande bigarrée, composée de matelots, d’infanterie de marine, de zouaves pontificaux, de gendarmes de Valentin, de sergents de ville et de mouchards de Piétri. Cette armée, cependant, n’aurait servi de rien, sans est détachements de prisonniers de guerre impérialistes, que Bismark relâcha en nombre suffisant pour entretenir la guerre civile et tenir le gouvernement de Versailles dans la dépendance abjecte de la Prusse. Pendant la guerre même, la police de Versailles avait à surveiller l’armée de Versailles, pendant que les gendarmes l’encourageaient à se battre en s’exposant eux-mémes à tous les postes périlleux. Les forts qui tombaient en leur pouvoir ne furent pas pris: ils furent achetés. L’héroïsme des fédérés convainquit Thiers que la résistance de Paris

370 HISTOIRE DE L’INTERNATIONALE, ne pouvait être brisée ni par son génie stratégique, ni par la force dont il disposait.

Cependant, ses relations avec les provinces devenaient de plus en plus difficiles. Pas une seule adresse d’approbation n’arrivait pour réjouir Thiers et ses ruraux. Au contraire, il venait de tous les côtés des députations et des adresses, rien moins que respectueuses, demandant la conciliation avec Paris sur la base d’une reconnaissance formelle de la République, l’octroi des libertés communales, et la dissolution de l’Assemblée nationale dont le mandat était expiré; ces adresses étaient si nombreuses que Dufaure, ministre de la justice, dans une circulaire du 23 avril, recommanda aux membres du parquet de traiter le cri de conciliation comme un crime. Voyant que sa campagne promettait si peu, Thiers changea de tactique, et ordonna partout le pays des élections municipales pour le 30 avril sur la base de la nouvelle loi électorale dictée par lui-même à l’Assemblée nationale. Tant par les intrigues de scs préfets que par l’intimidation de sa police, il espérait donner à l’Assemblée natio-^ nale, par le verdict des provinces, cette autorité morale qu’elle n’avait jamais possédée, et obtenir ainsi d’elle la force matérielle nécessaire pour subjuguer Paris.

Sa guerre de bandits contre Paris, vantée dans ses propres bulletins, et les efforts de ses ministres pour établir le règne de la terreur dans les provinces, devaient, toujours d’après ses plans, être accompagnés d'un semblant de conciliation, qui avait plus d’un but. C’était pour tromper les provinces, pour entraîner la classe bourgeoise de Paris, et par-dessus tout pour donner aux républicains de l’Assemblée nationale l’occasion de cacher leur trahison à l’égard de Paris derrière leur confiance en Thiers. Le 21 mars, n’ayant pas d’armée, il avait fait à l’Assemblée la déclaration suivante : u Arrive que pourra, je n’enverrai pas d’armée à Paris. » Le27 mars il dit : U J’ai trouvé la République un fait accompli, et

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je suis fermement résolu la maintenir. » En réalité, il supprima la révolution à L;on et à Marseille au nom do la République, pendant que les cris de ses ruraux couvraient toute mention du mol de rqiublique à Versailles. Après ces exploits, il commença à parler du fait accompli comme d’un fait hypotliétiquc. Les princes d’Orléans qu’il avait prudemment éloignés de Bordeaux, avaient maintenant, en flagrante violation de la loi, la permission d’intriguer à Dreux. Les concessions offertes par Thiers dans ses entrevues avec les délégués de Paris et des provinces, quoique toujours variant de ton et de couleur, selon le temps et les circonstances, n’allaient jamais plus loin que de restreindre la vengeance en perspective « à la poignée de criminels impliqués dans l’assassinat de Lecomte et de Clément Thomas,» sous la condition bien entendue que Paris et la France devaient sans réserve accepter M. Thiers comme la meilleure de toutes les républiques possibles, comme il avait fait luiméme avec Louis-Philippe en 1830. Mais il avait soin de rendre ces concessions douteuses par les explications données à l’.Vssemblée par scs ministres, fl avait son Dufaure prêt à agir. Dufaure, ce vieil avocat orléaniste, avait toujours été le justicier de l’état de siège : en 1839 sous Louis-Philippe, et en 1849 sous la présidence de Louis Bonaparte, aussi bien que maintenant en 1871. Tandis qu’il n’était pas en place, il s’enrichissait en plaidant pour les capitalistes de Paris, et courtisait la popularité en plaidant contre les lois dont il était lui-méme un des auteurs. 11 proposa à l’Assemblée et fit adopter à la hâte une série de lois répressives qui devaient, après la chute de Paris, extirper les dernières traces de la liberté républicaine eu France ; il devançait la chute de Paris en abrégeant la procédure des conseils de guerre qu’il croyait trop lente, enjfabriquant un nouveau code ' draconien de déportation. La Itévolution de 1848, en abolissant la peine de mort pour crime politique, l’avait

372 HISTOIRE DE L’INTERNATIONALE, remplacée par la déportation. Louis Bonaparte n’a pas osé, au moins en théorie, rétablir le régime de la guillotine. L’Assemblée rurale, n'ayant pas encore, la hardiesse d’insinuer que les Parisiens n’étaient pas des rebelles, mais des assassins, devait donc renfermer la vengeance qu’elle rêvait contre Paris dans les limites du nouveau code de déportation rédigé par Dufaure. Au milieu de toutes ces circonstances, Thiers lui-même n’aurait pas pu continuer sa comédie de conciliation, si elle n’avait pas, comme il l’espérait, arraché des cris de rage aux ruraux, dont l’esprit ruminant ne comprenait ni la comédie, ni ses nécessités d’hypocrisie, de tergiversation et de temporisation.

En vue des élections municipales du 30 avril , Thiers donna le 27 avril upe de ses grandes scènes de conciliation. Au milieu d’un déluge de rhétorique sentimentale, il s’écria à la tribune de l’Assemblée : « Il n’existe aucune conspiration contre la République , excepté celle de Paris, qui nous force à répandre du sang français. Je le déclare encore une fois. Que ces armes impies tombent des mains qui les tiennent, et le châtiment sera arrêté immédiatement par un acte de paix d’où ne sera exclu qu’un très-petit nombre de criminels. 1 ) Aux violentes interruptions des ruraux il répondit : « Messieurs, dites-moi, je vous prie, si j’ai tort? Regrettez-vous réellement que j’aie pu vous dire, en toute vérité, que les criminels ne sont qu’une poignée? N’est ce pas chose heureuse qu’au milieu de nos calamités ceux qui sont capables de répandre le sang de Clément Thomas et du général Lecomte ne soient que de rares exceptions ? »

La France, cependant, faisait la sourde oreille aux paroles qui devaient, d’après les espérances de M. Thiers, produire l’effet du chant d’une sirène parlementaire. Sur cent mille conseillers municipaux élus par les trentecinq mille communes qui restent à la France, les légiti-

APPENDICE. 373

mistes, les orléanistes et les bonapartistes, pris ensemble, ne montaient pas à huit mille. Les élections supplémen* taires qui suivirent furent encore plus hostiles. Ainsi, au lieu d’obtenir des provinces la force matérielle tant désirée, l’Assemblée nationale perdit son dernier vestige de force morale, en cessant de paraître l’expression du suffrage universel du pays. Pour achever sa déconfiture, les conseils municipaux nouvellement élus dans toutes les villes de France menaçaient ouvertement l’Assemblée usurpatrice de Versailles d’ouvrir une autre Assemblée A Bordeaux.

Alors le moment de l’action décisive, si longtemps attendu par Bismark, était arrivé. Il somma péremptoirement Thiers d’envoyer à Francfort des plénipotentiaires pour la conclusion définitive de la paix. En toute obéissance à l’appel de son maître, Thiers s’empressa d’y envoyer son fidèle Jules Favre, appuyé de Pouyer Quertier. Ce Pouyer-Quertier, filateur de Rouen, fervent et même servile partisan du second empire, n’avait jamais rien trouvé A critiquer dans sa politique , excepté son traité de commerce avec l’Angleterre, qui lésait ses intérêts de boutique. A peine installé à Bordeaux comme ministre des finances sous Thiers , il dénonça ce traité inique, qui devait être bientôt abrogé, et eut même l’effronterie de vouloir (mais en vain, car il avait compté sans Bismark) relever immédiatement les vieux droits protecteurs contre l’Alsace, vu qu’aucun traité ne s’y opposait. Cet homme, qui regardait la contre-révolution comihe un moyen de faire baisser les salaires A Rouen, et la cession de provinces françaises comme un moyen d’augmenter le prix de ses marchandises en France, n’était-il pas l’homme prédestiné au choix de Thiers, comme collègue de Jules Favre, dans le dernier acte de sa trahison?

Dès que ce beau couple de plénipotentiaires arriva A Francfort, le matamore Bismark leur posa de suite celle

37t HISTOIRE DE L’INTERNATIONALE.

allernaiive : « Restauration de l’empire, ou acceptation sans réserves de mes conditions de paix.» Ces conditions étaient une diminution des délais pour le payement de l’indemnité, et l’occupation des forts de Paris jusqu’à ce que Bismark fût content de l’état des affaires en France. La Prusse fut ainsi admise comme arbitre suprême dans la politique intérieure de la France! En retour, il offrit de relâcher, pour l’extermination de Paris, l’armée bonapartiste, et de lui prêter lo concours des troupes de l'empereur Guillaume.

Comme gage de sa bonne foi, il consentit à ce que le premier versement de l’indemnité ne fût exigible qu’après la pacification de Paris. Un tel appât fut aussitôt avalé par Thiers et ses plénipotentiaires. On signa le traité de paix le tO mai, et il fut ratifié par l’Assemblée de Versailles le 18.

Dans l’intervalle entre la conclusion de la paix et l’arrivée des prisonniers bonapartistes, Thiers sentit la nécessité de reprendre sa comédie de conciliation, d’autant plus que ses instruments républicains avaient grand besoin d’un prétexte pour fermer les yeux sur les préparatifs faits en vue du carnage de Paris. Le 8 mai, il répondit à une députation de conciliateurs bourgeois, « que si les insurgés se décidaient à une réconciliation, les portes de Paris seraient ouvertes pendant huit jours à tous, excepté aux assassins des généraux Lecomte et Clément Thomas. »

Quelques jours plus tard, interpellé parles ruraux au sujet de ces promesses, il refusa de donner des explications, mais il ajouta d’un ton fort significatif. « Je vous dis qu’il y a parmi vous des impatients, des hommes qui sont trop pressés. Il faut attendre encore huit jours; après cela il n’y aura plus de danger, et la tâche sera proportionnée à leur courage et à leurs capacités.» Aussitôt que Mac-.Mahon fut à même de l’assurer que l’on pourrait bientôt entrer dans Paris, Thiers déclara à

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l’Assemblée qu’ « il entrerait dans Paris la loi à la main, et demanderait une expiation complète aux scélérats qui avaient sacrifié la vie des soldats et détruit les monuments publics. » Quand ce moment décisif approcha, il dit à l’Assemblée : « Je serai sans pitié » (envers Paris, car Paris était vaincu) ; et il dit à ses bandits bonapartistes qu’ils avaient la permission officielle de se venger de Paris, tant que le cœur leur en dirait. Enfin, une fois les portes de Paris ouvertes, le 2t mai, au général Douai, par la trahison, Thiers, le 22, révéla aux ruraux le but de sa comédie de conciliation, qu’ils n’avaient pas voulu comprendre : « Je vous ai dit, il y a quelques jours, que nous approchions du but. Je viens vous dire maintenant que le but est atteint. La victoire de l’ordre, de la justice et de la civilisation est gagnée. »

C’était vrai. La civilisation et la justice de l’ordre bourgeois se montrent dans leur lumière lugubre partout où les esclaves de cet ordre se soulèvent contre leurs maîtres. Alors cette civilisation et cette justice prennent l’apparence d’une sauvagerie féroce et d’une vengeance implacable. Chaque nouvelle crise dans la lutte, entre les classes des producteurs et des exploiteurs, montre ce fait avec plus d’évidence. Les atrocités mêmes des bourgeois de Juin lo48, s’éclipsent devant l’inénarrable infamie de 1871. L’héroïsme et le dévouement dont la population de Paris, hommes, femmes et enfants, firent preuve, en se battant pendant huit jours après l’entrée des Versaillais, répand autant de gloire sur leur cause que les actes des soldats montrent l’esprit inné de celle civilisation dont ils sont les soutiens mercenaires. Une civilisation glorieuse, en effet, que celle dont le plus grand problème est de trouver le moyen de se défaire des monceaux de cadavres qu’il a entassés pendant le combat!

Pour trouver quelque chose qu’on puisse comparer à la conduite de Thiers et de ses limiers, il faut remonter jusqu'aux temps de Sylla et des deux triumvirats de

Rome, T>es marnes égorgements en masse commis de sang-froid, le même acharnement au massacre, sans égard à l’êge, ni au sexe; le même système de torturer les prisonniers; les mêmes proscriptions, mais portant cette fois sur une classe tout entière; la môme chasse sauvage des chefs cachés, de crainte qu’un seul ne s’échappe; les mêmes dénonciations contre des ennemis particuliers et contre des adversaires politiques; la même indifférence à regarder l’égorgement de gens étrangers c\ la querelle. Il n’y a que cette différence, que les Romains n’avaient pas de mitrailleuses pour tuer les proscrits en hloc ; et qu’ils n’avaient ni la loi à la main, ni le mot de civilisation à la houche.

Après toutes ces horreurs, regardez l’autre aspect encore plus hideux de cette même civilisation, tel qu’il nous est décrit par ses propres journaux :

« Pendant que des coups de canon se font entendre encore dans le lointain, » dit un correspondant d’un journal tory de Londres, « et que des blessés agonisent sans soins au milieu des tombes du Père-Lachaise, pendant que six mille insurgés errent, dans l’agonie du désespoir, au milieu des labyrinthes des catacombes, et que d’autres fuient dans les rues pour être abattus par les mitrailleuses, il est révoltant de voir les cafés remplis de buveurs d’absinthe, de joueurs de billard et de dominos, d’apercevoir les femmes de mauvaise vie qui se promènent sur les boulevards, et d’entendre les bruits d’orgie qui proviennent des cabinets particuliers des restaurants à la mode. » M. Édouard Hervé écrit, dans le Journal de Paris, journal versaillais supprimé par la Commune : « La manière dont la population de Paris a manifesté sa satisfaction hier était plus que frivole, et nous craignons que cela n'empire avec le temps. Paris a une apparence de fête qui est tout à fait déplacée, et, à moins que nous ne veuilloqs mériter le nom de Français de la décadence, il faudrait mettre un terme à cet état de choses. » Puis

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APPENDICE. 377

il cite le passage de Tacite : « Cependant, le lendenoain de cette affreuse lutte, miîme avant qu elle ne fût tout à fait terminée, Rome, avilie et corrompue, recommençait à se vautrer dans la luxure qui détruit le corps et qui souille l’âme. » M. Hervé oublie seulement de dire que la population de Paris dont il parle n’est que celle du Paris de M. Thiers, — les francs-fileurs revenant en foule de Versailles, de Saint-Denis, de Rueil et de Saint-Germain, — le Paris de la décadence.

Dans tous les triomphes sanglants sur les dévoués champions d’une société nouvelle et meilleure, cette inique civilisation, basée sur l’asservissement du travail, étouffe les cris de ses victimes sous les clameurs de la calomnie, Répétées partout. La paisible Commune des travailleurs de Paris est changée tout à coup en un enfer par les limiers de l’« ordre. » Et qu’est-ce que ce changement terrible prouve dans l’esprit bourgeois de tous les pays? Eh bien, cela prouve que la Commune a conspiré contre la civilisation ! Le peuple de Paris meurt avec enthousiasme pour la Commune, et le chiffre des victimes est plus élevé que dans toutes les batailles dont parle l’histoire. Qu’est-ce que cela prouve ? Tout simplement que la Commune n’était pas le gouvernement du peuple, mais l’usurpation d’une poignée de criminels. Les femmes de Paris donnent joyeusement leur vie sur les barricades et sur le lieu du supplice. Qu’est-ce que cela prouve? Simplement que le démon de la Commune les a changées en mégères et en Hécates! La modération de la Commune, pendant deux mois d’un pouvoir incontesté, n’est égalée que par l’héroïsme de sa défense. Qu’est-ce que cela prouve? Seulement que, pendant des mois entiers, la Commune a caché, sous le masque de la modération et de l’humanité, la férocité de ses instincts de démons, pour leur donner carrière à l’heure de son agonie.

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