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I.e Paris des travailleurs, en s’offrant lui-méme en

378 HISTOIRE DE LTNTERNATIONAI-E. ‘

holocauste, a enveloppé dans les flammes de son bûcher les édifices et les monuments. Lorsqu’ils déchirent le corps vivant du prolétariat, ses gouvernants ne doivent plus s’attendre à rentrer triomphalement dans leurs maisons intactes. Le gouvernement de Versailles crie à l’incendie ! et ce mot est répété par tous ses agents employés à la chasse des prétendus incendiaires de profession . La bourgeoisie du monde entier, qui avait regardé avec complaisance le massacre après la bataille, éprouve des convulsions d’horreur à la vue des briques et du plâtre profanés!

Quand les gouvernements donnent à leurs flottes l’ordre de « tuer, brider et détruire, » n’est-ce pas là autoriser l’incendie? Quand les soldats anglais mettaient le feu au Capitole, à Washington, et au palais d’été de l’empereur de Chine, n’étaient-ils pas des incendiaires? Quand les Prussiens, non pour des motifs militaires, mais tout simplement par vengeance, brûlaient, à l’aide du pétrole, des villes comme Chfiteaudun et des villages sans nombre, n’étaient-ils pas des incendiaires ? Quand Thiers, pendant six semaines, bombardait Paris, sous le prétexte qu’il ne voulait mettre le feu qu’à des maisons où il se trouvait du monde, n’était-il pas un incendiaire? Dans la guerre, le feu n’est-il pas une arme aussi légitime qu’une autre? Les bâtiments occupés par l’ennemi sont bombardés pour les incendier. Si les défenseurs sont forcés de se retirer, ils y mettent le feu eux-mémes pour empêcher les assaillants de s’en servir. Être brûlés a toujours été le sort inévitable des édifices voisins des champs de bataille. Mais, dans la guerre des esclaves contre leurs maîtres, la seule guerre qui puisse se justifier, cet usage ne doit pas être admis ! La Commune n’a employé le feu que comme moyen de défense. On s’en est servi pour fermer aux troupes de Versailles ces longues avenues ouvertes expressément pour l’usage de l’artillerie; on s’en est servi, pour couvrir sa retraite.

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de la même manière que les Versaillais, pour avancer, se servaient de leurs bombes, qui ont détruit au moins autant de maisons que les incendies de la Commune. A présent môme, on ne sait pas au juste quels édifices ont été incendiés par la défense, et quels par l’attaque. Et la défense n’eut recours au feu qu’après le commencement du massacre des prisonniers. D’ailleurs, la Commune avait, longtemps à l’avance, annoncé publiquement que, si elle était poussée à. bout, elle s’ensevelirait sous les ruines de Paris, dont elle ferait un second Moscou, comme le gouvernement de la Défense avait lui-môme (mais seulement pour tromper les Parisiens) promis de le faire. Pour cette fin, Trochu s’était pourvu de pétrole. La Commune savait bien que ses adversaires se souciaient peu de la vie du peuple de Paris, mais qu’ils affectionnaient beaucoup tes édifices de la ville. Et Thiers, d’un autre côté, leur avait dit que sa vengeance serait implacable. Son armée ne fut pas plus tôt prête d’un côté et le piège fermé par les Prussiens, de l’autre, qu’il dit, dans une proclamation : « Je s'erai sans pitié ! L’expiation sera complète et la justice sera rigoureuse ! » Si les actes des travailleurs de Paris sont du vandalisme, c’est le vandalisme de la défense réduite au désespoir, et non pas le vandalisme du triomphe, comme celui que les chrétiens ont pratiqué sur les inestimables trésors de l’art de l’antiquité ; et ce vandalisme même a été justifié par l’historien comme un incident inévitable et, pour ainsi dire, insignifiant dans la lutte titanesque entre une nouvelle société naissante et une vieille société à l’agonie. C’était encore moins le vandalisme de Haussmann, démolissant le Paris historique pour faire le Paris du touriste !

Mais l’exécution par la Commune des soixante-quatre otages, avec l’archevêque de Paris à leur têtet La bourgeoisie et son armée en juin 1848, ont rétabli l’usage (qui avait depuis longtemps disparu de la pratique de la

380 HISTOIRE DE L’INTERNATIONALE, guerre) de tuer les prisonniers. Cet usage brutal a été depuis plus ou moins suivi par les gouvernements qui supprimaient des émeutes populaires en Europe et aux Indes, prouvant ainsi que c’est là un véritable « progrès de la civilisation. » D'un autre côté, les Prussiens en France avaient rétabli l’usage de prendre en otages des hommes innocents, dont la vie devait répondre des actions des autres. Quand Thiers, comme nous l’avons vu, dès le commencement du conflit, mit en pratique l’usage humain de fusiller les prisonniers communaux, la Commune, pour protéger leur vie, fut obligée d’avoir recours à la pratique prussienne de prendre des otages. La vie des otages avait été exposée bien des fois par les fusillades de prisonniers exécutés par l’armée de Versailles. Comment pouvait on les épargner plus longtemps après le carnage par lequel les prétoriens de Mac-Mahon célébraient leur entrée dans Paris? Fallait-il négliger le seul moyen de mettre des bornes à la férocité sauvage des gouvernements bourgeois ? Le véritable assassin de l’archevèque Darboy, c’est Thiers. La Commune avait à plusieurs reprises offert d’échanger l’archevêque et plusieurs prêtres par dessus le marché contre Blanqui seul, alors entre les mains de Thiers. Thiers refusa obstiné- ■ ment. Il savait que Blanqui donnerait une tête à la Commune; tandis que l’archevêque servirait mieux ses desseins, quand il ne serait plus qu’un cadavre. Thiers a suivi le précédent de Cavaignac. En juin 1848, Cavaignac et ses hommes d’ordre ont poussé des cris d’horreur en stigmatisant les insurgés comme les assassins de l’archevêque Affre , sachant bien en même temps que l’archevêque avait été tué par les soldats de l’ordre !

M. Jacquemot, le vicaire général, qui y était, leur avait fourni des preuves positives de ce fait.

Tous les chœurs de la calomnie que le parti de l’ordre ne manque jamais, après ses orgies sanglantes, d’entonner , contre ses victimes, ne font que prouver que le hour- ■

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gcois de nos jours se croit le successeur légitime du baron de jadis, qui regardait toute arme comme légitime dans sa main contre le roturier, tandis que dans les mains du roturier une arme quelconque constituait un crime.

La conspiration de la classe dominante pour réprimer la révolution au moyen de la guerre civile conduite sous la protection de l’envahisseur étranger, conspiration que nous avons suivie depuis le 4 septembre jusqu’il l’entrée des prétoriens de Mac-Mahon par la porte de Saint-Cloud, a été couronnée par les massacres de Paris. Bismark se plaît à contempler les ruines de Paris, dans lesquelles il a peut-être vu le commencement de cette destruction générale des grandes villes qu’il désirait lorsqu’il n’était qu’un simple rural dans la chambre introuvable de Prusse, en 1849. 11 contemple avec joie les cadavres des prolétaires de Paris. Pour lui, c’est non-seulement l’extermination de la révolution, mais aussi l’extinction de la France, maintenant décapitée en réalité, et par le gouvernement français lui-même. Avec l’esprit superficiel de tous les hommes d’Étut heureux, il ne voit que la surface de ce terrible événement historique. Est-ce que l’histoire nous a jamais montré auparavant le spectacle d’un conquérant couronnant sa victoire en sc faisant, non-seulement le gendarme, mais aussi le bravo à gages du gouvernement vaincu ? 11 n’existait pas de guerre entre la Prusse et la Commune de Paris. Au contraire la Commune avait accepté les préliminaires de paix et la Prusse avait annonce sa neutralité. La Prusse n’était donc pas belligérante. Elle a joué le rôle d’un bravoj d un bravo lèche, puisqu’il n’y avait pas de danger; d’un bravo à gages, puisqu’il stipulait d’avance qu’on lui payerait 500 millions comme prix du sang à la chute de Paris. Ainsi, enfin, apparut le vrai caractère de cette guerre, arrangée par la Providence pour châtier la France impie et débauchée par la main de la pieuse et

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98J HISTOIRE DE L’INTERNATIONALE, morale Allemagne ! Et cette violation sans pareille du droit des gens, même comme l'entendent les juristes du vieux monde, au lieu de pousser les gouvernements civilisés de l’Europe à déclarer hors la loi le gouvernement félon de la Prusse, simple instrument du cabinet de Saint-Pétersbourg, ne fait que les engager à examiner si les quelques victimes qui s’échappent à travers le double cordon qui entoure Paris, ne doivent pas être livrées au bourreau de Versailles !

Après la guerre la plus terrible des temps modernes, nous voyons l’armée des conquérants et celle des vaincus fraterniser pour le massacre en commun du prolétariat ; mais cet événement sans pareil marque non pas, comme le suppose Bismark, la défaite définitive d’une nouvelle société naissante, mais seulement la fin de la société bourgeoise qui tombe en poussière. Le plus grand effort dont la vieille société soit encore capable, c’est la guerre nationale; et maintenant on sait que celle-là n’est qu’une ruse des gouvernements, destinée à détourner la lutte des classes, et à être abandonnée aussitôt que la lutte des classes fait éclater la guerre civile. La domination d’une classe ne peut plus se déguiser sous un uniforme national ; tous les gouvernements nationaux ne fontqu’un en face du prolétariat I

Après la Pentecôte de 1871, il ne peut plus y avoir ni paix ni trêve entre les travailleurs de France et ceux qui s’approprient leurs produits. La main de fer d’une soldatesque mercenaire peut, pour un temps plus ou moins long, englober les deux classes dans une oppression commune, mais la lutte se renouvellera toujours sur une échelle de plus en plus grande, et il ne peut y avoir de doute sur le point de savoir à qui doit rester la victoire définitive, aux exploiteurs peu nombreux ou aux producteurs qui forment l’immense majorité. Encore la classe des travailleurs français ne forme-t-elle que l’avantgarde du prolétariat moderne.

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Pendant que les gouvernements de l’Europe manifestent ainsi, devant Paris, le caractère international de la domination d’une classe, ils décrient l’association internationale des travailleurs, cette contre-organisation internationale du travail contre la conspiration cosmopolite du capital, — comme la source de tous ces désastres. Tliiers l’a dénoncée comme le despote du travail dont il se prétendait lui-méme le libérateur. Picard a ordonné que toute communication entre les internationaux français et ceux de l’étranger fût coupée; le comte Jaubert, le complice momifié de Thiers en 1835, déclare que le grand problème imposé à tous les gouvernements civilisés est de détruire l’Internationale. Les ruraux déblatèrent contre elle, et toute la presse européenne fait chorus. Un honorable écrivain français, tout à fait étranger à notre association, a dit : « Les membres du Comité central de la garde nationale, aussi bien que la plus grande partie des membres de la Commune sont les esprits les plus actifs, les plus intelligents, les plus énergiques de l’association internationale, — des hommes parfaitement honnêtes, sincères, intelligents, dévoués, purs, et fanatiques dans la bonne acception de ce mot. » L’esprit bourgeois naturellement se figure l’association internationale comme agissant à la manière d’une conspiration secrète, avec son Comité central ordonnant, de temps à autre, des explosions en différents pays. Notre association n’est, en réalité, que le lien international entre les travailleurs les plus avancés des différents pays du monde. Partout où, n’importe sous quelle forme ou dans quelles conditions, la lutte des classes prend quelque consistance, il est trop naturel que les membre» de notre association prennent les devants. Le sol d’où elle sort c’est la société moderne elle-même. On ne peut pasl’exterminer par le carnage. Pourl’exterminer, les gouvernements auraient ù détruire le despotisme du capital sur le travail, — la condition de leur existence parasite.

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Le Paris des travailleurs, avec sa Commune, sera à tout jamais célèbre comme le précurseur d’une nouvelle < société. Ses martyrs ont leur place dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs sont déjà cloués au pilori éternel de l’histoire, et toutes les prières de leurs prêtres ne pourront les en arracher.

Le Conseil général :

M. T. Boon, Fhéd. Brad.mck, G. H. Buttery, Caihil, William Hales, Kolb, Fréd. Lessner, B. Lucbaft, George Milner, Thomas Mottershead, Charles Mürray, George Odger , Pfander, Rühl, Sadler, Cowell Stepney, William Townshend.

Les Secrétaires correspondants ;

Eugène Dupont, pour la France; Karl Marx, pour t Allemagne et la Hollande ; Fréd. Engels, pour la Belgique et l’Espagne; Hermann Jung, pour la Suisse; P. GiovaccHiNi, pour r Italie; Zevy Maurice, pour la Hongrie; Antoine Zabicki, pour la Pologne; James Cohen, pour le Danemark; F. G. Eccarils, pour les États-Unis.

Hermann Jung, président ; John Weston , trésorier; George Harris, secrétaire financier; John Hales, secrétaire général.

Bureau, 256, High Holborn, Londres, W. C.,

30 mai 1871.

(Imprimé et publié pour le Conseil, par Edward Truelove, 236, High Holborn.)

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