DIPLOMATIE PERMANENTE ~ DROIT MARITIME
désolait les mers; la grandeur du but faisait alors oublier les préju» gés religieux, et à l'occasion il y avait communauté d'action des vil* les italiennes et des sultanats musulmans d'Afrique»*. — Un autre problème, également d'ordre universel, fut la question de l'existence d'un Droit maritime. Les principales villes italiennes reconnurent les règles du Consolato del Mare, adoptées par Venise en 1255, et ce code obtint une pleine autorité pour la Méditerranée'. Dans le même ordre d'idées il faut mentionner les discussions sur la Liberté des mers, question encore débattue avec passion de nos jours, quoique le débat ait actuellement changé de terrain. Le principe de la liberté de la haute mer est maintenant reconnu par tous les publicistes, et même par les états; la discussion de nos jours tourne sur les appli» cations du principe, notamment par rapport au droit de la guerre navale. Au XVIIe siècle le débat s'engage sur le principe même: les états ont»ils le droit d'interdire même le commerce et la naviga» tion dans les parties de la haute mer qui baignent leurs côtes, et même dans d'autres parties de l'Océan? La question est traitée dans des livres fameux, et la discussion se continue jusqu'au XVIIIc siècleS mais jamais la suggestion n'est faite de la discuter par voie internationale, entre les états eux<mêmes. La conception d'une com* munauté internationale est encore trop peu développée; là où elle existe, elle est plutôt un legs du Moyen»Age'* qu'une idée originale, conçue sur la base d'une observation directe des relations des états et de leurs intérêts véritables.
Et cependant l'époque connaît déjà des congrès presque européens; nous les voyons se réunir avec de longs intervalles; ils ont tous pour but la pacification d'un conflit plus ou moins général. Ainsi, en 1435, le congrès d'Arras, le «grand parlement pour la paix
' Nys, Le Droit international, (2e éd., Bruxelles, 1912), I, p. 14. ' HiLi, History ol Diplomacy, I, pp. 362—3.
* Voir un aperçu instructif, avec des références, dans Bonfiis, Manuel de Droit international public (5c éd. par Fauchille, Paris 1908), pp. 348—50.
' Cp. J. N. FiGGis, From Gerson to Grotius (Cambridge, 1907), p. 131.
LA SCIENCE DE DROIT INTERNATIONAL
de la France», qui en réalité mit fin à la guerre de Cent Ans, réu< nit un grand nombre d'envoyés d'autres princes que ceux directe* ment engagés dans la guerre*. Mais une politique européenne pro» prement dite ne se dégagea pas de ces congrès, précurseurs des réunions plus importantes du XVIe et du XVIIe siècle.
Il faut bien le dire: un sentiment commun, une mentalité inter* nationale n'existaient pas; c'est la conclusion à laquelle nous rêve* nons toujours, lorsqu'il s'agit de caractériser l'état d'esprit en Europe au début des temps modernes. Même le principe de l'Equilibre européen, héritage de la politique italienne du XVe et XVIe siècle, n'est pas au fond l'expression d'une conviction de l'unité de l'Europe. Le principe n'est qu'une combinaison toute empirique, dictée par l'instinct de conservation des états individuels, qui voient dans une souveraineté absolue, une indépendance sauvage, leur palladium in« tangible: il s agit de trouver dans l'union des faibles une garantie contre les ambitions des forts. Mais il n'y a pas question d'orga» niser l'union de tous et de trouver ainsi, par la fédération universelle, la sécurité de tout le monde.
Au fond il n'y a dans la politique de l'équilibre aucun principe réel: ce jeu de bascule et de combinazioni est un expédient afin de parer au danger le plus proche: le «principe» de l'équilibre, qui au XVIe siècle s'était surtout tourné contre l'Espagne, devait depuis 1648 jusqu'en 1815 servir de garantie contre les ambitions françaises. Comme toujours, cependant, une théorie sort des faits, et dans de nombreux traités politiques on voit discuter le principe de l'Equilibre comme s'il s'agissait vraiment d'une idée positive et constructive. Les quatre siècles troublés qu'a vécus l'Europe sous l'égide de cette théorie prouvent qu'elle ne contient pas de base solide pour une vie commune et assurée des Etats. L'équilibre ne devient jamais stable; plus ambitieux sont les échafaudages construits sur semblable fondement, et plus formidables sont les catastrophes provoquées
• Nys. Dr. int. I, 14; Hili. Hist. of Dipl, II, 70-71.