EQUILIBRE EUROPÉEN - DROIT NATUREL
par les écroulements. Le cataclysme mondial de 191é ne fut au fond que le résultat logique de la politique d'Equilibre.
Ce n'est pas sur cette théorie qu'une science de Droit interna» tional aurait pu être basée. Le principe de l'Equilibre n'est pas un principe de Droit; il est exclusivement un principe d'action, de pra» tique, de diplomatie.
En effet, où trouver dans le monde international anarchique, dans lequel vivaient les états et les nations, la base solide pour des rap* ports juridiques entre ces états?
L'idée de l'unité chrétienne pouvait avoir une certaine importance pour les auteurs catholiques, et nous allons voir qu'il en est ainsi, tant de Franciscus a Victoria que de Suarkz. Mais les prote» stants? A leurs yeux le grand résultat de la Réforme comme de la Renaissance était justement, d'une part, la disparition de la domina» tion religieuse de Rome, la fin des prétentions du Pape à une auto» rite universelle ; d'autre part, la laïcisation complète de l'Etat et de toutes les manifestations de sa vie. Pour eux ce fut un besoin im» périeux de trouver, en dehors de la religion, un principe organique d'après lequel l'anarchie internationale pût être, sinon complètement écartée, au moins reléguée dans certaines limites.
C'est ce principe qui est fourni par la théorie de l'existence d'un droit naturel, revêtu d'une autorité absolue devant laquelle tous les hommes, y compris les princes et les Etats souverains, devaient s'in» cliner. Où les auteurs trouvaient»ils les principes de ce «droit natu» rel»? Comme l'a dit le philosophe Hoffding', «le droit naturel — — — est une expression mythologique de l'image idéale qu'on se forme de la constitution et du développement de la société». C'est l'âge qui crée l'autorité, surtout à une époque qui était encore sous l'influence des humanistes ; le «droit naturel» était tellement véné» rable qu'il n'appartenait plus au domaine de l'histoire proprement dite.
Den nycre filosofis historié (Kbh. 1894), I, 47.
LA SCIENCE DE DROIT INTERNATIONAL
Nous n'essayerons pas de suivre ici le rôle important qu'a joué la fiction d'un droit naturel pour le développement des théories con» stitutionnelles à l'intérieur des états. Pour grand qu'ait été ce rôle, il est permis de croire que la fiction a été encore plus importante pour la constitution d'une science de droit international, et ainsi in» directement pour l'évolution d'un corps de doctrines sur les droits et les obligations des états entre eux.
C'est là l'exploit historique de Hugo Grotius, et il n'est pas facile à concevoir comment, sans l'appui fourni par cette fiction plus ou moins mythologique, Grotius aurait pu orienter la nouvelle science vers une autonomie parmi les autres branches de la science juri< dique. Dans le domaine international, qui, par le fait de l'évolution historique, paraissait subir à tous égards la domination du principe de la force pure, il a posé la supériorité des principes moraux, non pas par un raisonnement exclusivement théologique, mais sur la base de développements laïques et même utilitaires. Les actes diplomati* ques avaient conçu les états comme n'ayant les uns à l'égard des autres que des droits; la science de Droit international, et en premier lieu Grotius, constate que ces droits ont des corollaires nécessaires dans des obligations, et les auteurs conçoivent ainsi, encore impar» faitement, et avec des données très insuffisantes, l'existence de cette Société des Etats que l'on aurait crue définitivement niée.
C'est avant tout le développement de cette conception que nous tâcherons de suivre chez les Fondateurs du Droit international, et puisque l'idée est examinée par eux surtout par rapport aux conflits armés entre les nations, il sera naturel d'étudier en même temps leurs théories sur la légitimité de la guerre.
FRANCISCUS A VICTORIA