PIERRE DE L'HOSTAL - DU SOUHAIT
innombrables d'Epicure, vouz le jugerez au cheminer à droit et à gauche, en avant et en arrière, car d'une part rencontrant la Franche* Conté et de l'autre Naples et Milan, voyant l'Espagne en teste et la Flandre à dos, ne direz»vous pas vous»mesmes: Et quelle seureté.» (pp. 49-50).
Les derniers mots forment le refrain des développements sui» vants, dont voici le résumé et la conclusion:
«On verra que la nature en son eau et en son feu n'a voulu donner qu'un type et un patron de ces deux Monarchies naturellement et par fatalité contraires ennemies.» (p. 58).
Les protestants français goûtèrent ce langage. L'Estoile appelle ce pamphlet «pièce élégante et diserte.» Il n'aime pas du tout la riposte des catholiques, «Le Pacifique ou l'Anti^Soldat françois»;" elle «sent de loin son âme cautérisée espagnole.»
Cet auteur se donne l'air très humble et modeste ; il sent évidem» ment la force de l'opinion officielle qu'il doit combattre. Aussi es» sayestsil de placer le débat sur le terrain des principes : la pai.x est un don divin qu'il ne faut pas légèrement compromettre. II se tourne contre son adversaire : «Tu fais comme ces fayneants qui sont aux galeries des ieux de paulmes qui incitent les ioueurs de faire vne partie pour leur donner de plaisir et non pour contribuer aux fraix.» (p. 19).
Il repousse avec indignation la théorie de l'inimitié naturelle :
«De dire que la Castille n'est pas nostre pays, ô brutal que tu
es, les Espagnols ne sont«ils pas de mesme tyge que nous?
La France n'est pas seulement ton pays, ie me trompe tu n'en as poinct? le monde sert de pays qu'à l'homme de bien. Voilà pour< quoy je ne trouve plus estrange que tu desires les afflictions publi» qucs, et que tu ne vueilles estimer les larmes des personnes, puis» que comme le lappin la crainte te feroit desja deuorer tes petits.» (pp. 49-50).
" s. 1. «L'an de grâce, MDCIIII,» 168 pp. in I6o. D'après le catalogue du Bri» tish Muséum rédige par Du Souhait.
DÉBUTS DE LA LITTÉRATURE PACIFISTE
L'auteur a fait la constatation déjà qu'au fond c'est la peur qui inspire les militaristes.
Il faut une régénération intérieure : «Les plus heureuses victoires sont celles que l'on obtient sur ses propres passions, qui font naistre les haines et mettre les armes à la main. Escoute ce que dit ce grand capitaine La Noue qui bien qu'il ne fust Catholique, conseille les Roys en Catholique», (p. 76).
Et heureux de pouvoir étayer son argumentation sur celle de ce bon huguenot, il donne un extrait des propositions de La Noue d'une guerre commune contre les Turcs, ainsi que celles d'autres auteurs dans le même sens.
Il ne faut pas attacher trop d'importance à ces publications éphémères, qui par dessus le marché sont assez médiocres. Toujours est«il qu'avec les deux ouvrages dont il vient d'être parlé, elles té« moignent de l'existence en France d'une certaine atmosphère paci« fiste, créée par l'impression des misères des guerres de religion. Et il est permis de croire que cette atmosphère n'a pas été sans importance dans les origines des projets de Crucé et de Sully, dont nous aurons à parler dans le chapitre suivant.
Nous verrons du reste que les idées pacifistes trouveront encore d'autres représentants en France dans la première moitié du XVIIe siècle.