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ALLGEMEINE UND GENERAL REFORMATION

DER GANTZEN WEITEN WELT» (1614). - LES «ROSEN»

KREUZER». - DER «PALMBAUM» (1617).

En 1614 un ouvrage curieux parut à Cassel. En voici le titre tout au long: «Allgemeine u. General Reformation der gantzen wei« ten Welt. Beneben der Fama Fraternitatis des lôblichen Ordens des Rosenkreutzes, an aile Gelehrten und Hâupter Europae geschrieben: Auch einer kurtzen Responsion, von dem Herrn Haselmeyer gestellt, welcher deszwegen von den Jesuitern ist gefanglich eingezogen, und

REFORMATION DER GANTZEN WEITEN WELT

auft cine Gallun (?) geschmiedet : Jetzo ofFentlich in Druck verfertigt, und allen trewen Hertzen communiciert worden. Erstlich Gedruckt zu Cassel, Im Jahr, 1614.»'

Après une préface suit, p. 5: «Alg. Reformation der gantzen Welt, so aus Befehlch des Gottes Apollinis von dcn Sieben Weysen aus Griechenland, vnd anderen Hochgelehrten Leuten ist Publiciert und ausgeschrieben worden.»

L'Empereur Justinien rapporte à Apollon que l'état du monde est désespérant. II demande l'autorisation de faire une nouvelle loi. «wodurch den Menschen scharff verboten wird, grausamkeit wider sich selbst mit verkurtzung ihres Lebens zu iiben.» Apollon s'étonne qu'il en soit ainsi ; il a payé tant de philosophes pour instruire les hommes. Il charge tout de suite les sept sages, avec quelques ad* joints, de délibérer sur les remèdes à employer.

Les moyens les plus disparates et les plus drôles sont proposés: Thaïes veut placer un «guckfensterlein» dans la poitrine de chaque homme, afin qu'il parle et agisse «à coeur ouvert» ; ce qui est adopté à l'unanimité. Homère et Horace prient que l'on ait d'abord l'occasion de «laver» les coeurs, et il est décidé d'ajourner pendant huit jours la promulgation de la nouvelle ordonnance, pour laisser le temps à ce nettoyage. Interviennent Hippocrate, Galène et autres autorités médicales, qui signalent les dangers graves de semblable opération. — Il faut donc renoncer à cet admirable projet. Que faire?

Solon propose un nouveau partage de la terre. Chilon veut abolir l'or et l'argent. Cléobule estime qu'il vaut mieu.x abolir le fer. «Das Eysen . . . hat die Natur hcrfiir gegebcn, damit Pflug« scharen, Sicheln, Hacken, und dergleichen Instrument, so zum Acker» bau dicnlich, soltcn daraus geschmiedet wcrden, nuhn braucht es aber die Menschliche Bosheit zu Dolchen, Rappieren, und vielen anderen tôdlichen Gewehren» (pp. 20—21).

' Je cite d'après une réimpression de 1781 (Regenspurg, 16S1 (erreur pour 1781) 152 pp. in•16^

DÉBUTS DE LA LITTÉRATURE PACIFISTE

Enfin Thaïes se prononce de nouveau, disant qu'il n'y a évidem* ment pas de panacée. Tous regardent Périandre et demandent son avis, et c'est lui qui est le porte^parole de l'auteur: Il ne sert à rien de punir les personnes privées. Elles s'inclinent devant les lois tant que règne la paix. Dès que la paix est rompue, les choses les plus horribles sont commises «. . . mussen deszwegen bekennen dasz der rechte Stein des Anstosses, dadurch wihr zur dieser Zeit geplagt werden, dieser sey, dasz die Fiirsten durch Geitz und Uebermuth getrieben, ihnen einbilden, es habe ihr Schwerdt einen gewissen und ausdriicklichen Pfandschilling, an allen dero Fiirsten Landern, so nicht so machtig sein als sie : Disz hat allein Neyd und Hasz, aller* ley Argwohn und Verdacht in die "Welt gebracht, dasz es scheinet, als wenn die edlen Creaturen, den Gott ein Menschen Hertz und ein leutseliges und geselliges Gemiith gegeben hatte, weren zu wiU

den und wiitenden Thieren worden und da ein Lôwe aile

andere Lôwen fiir Lôwen erkennet, befindet es sich doch bey den Leuten anderst, dasz den Englandern ein Schottlander, den Teutschen ein Italianer, den Spaniern ein Frantzosz, oder andere Auslânder nicht ein Mensch oder Bruder zu seyn bediincket, wie er in der Wahrheit ist, sondern viel ehe ein Thicr von einer frembden Art und Natur» (p. 43) ...

«Darausz ist erfolget, dasz man rauben und stehlen und andern das ihrige nehmen, hat fiir ein hochnôtige und riihmliche Kunst ge« halten, und der menschliche Verstand, welcher dazu gebohren war, dasz cr die wunderliche Wirckung und Eygenschaft des Himmels und der Erden, betrachten und erwegen sollte, hat sich mehr beflis» sen allerhand heimliche Anschlage und listige Wegssiinde zu er» dencken, und die Hand welche die Erde, davon wihr uns ernehren mussen, bawen sollte, iibet sich mehr dasz sie die Waffen wol môge fiihren, andere Leut damit zu erwiirgen . . .

«Dièses ist die stinckende Wunden, die das MenschHche Ge« schlecht schier gar zum Todt gebracht hat, die rechte Arzney aber, damit sie mag geheylet werden, ist dièse, dasz die Fiirsten so sol*

REFORMATION DER GANTZEN WEITEN WELT

cher Unordnung Anstifter sein, sich besscrn, auch mit dem Reich* thumb, Macht und Gewalt, so sie itziger zeit besitzen, ihnen ge« niigen lassen, denn es mich ja eine wunderseltzame sach zu sein be< diinckt, dasz man bisweilen ohne eintzige Einred zu herrschen und zu regieren habe . . .

. . . sehe also fiir rathsamb an, dasz man fur allen Dingen die Herrschaften und Kônigreich, in gewisse Grantzcn einfasse welche keinem Fiirsten zu iiberschreiten vergônnet sey» (pp. 46—47) ....

C'est la manière de voir que nous avions rencontré déjà chez Erasme et les autres humanistes : la réforme internationale dépend de la bonne volonté des princes.

La discussion est continuée, toutefois, sans qu'on arrive à un résultat tangible. On adopte en fin de compte «avec enthousiasme» une déclaration pleine de belles phrases et vide de sens. «Also kan man leichtlich dem gemeinen Pôbel ein nasen drehen und mit schlechten Dingen vergniigen: Aber verstandige Leut wissen, dasz, so lang als Menschen sein werden, auch Laster sein, und dasz in dieser Welt keine gântzliche richtigkeit zu trefïen, sondern dasz man da wol lebe, da man mit wenigen unrichtigkeiten beladen, endlich dasz es der Herrn Menschlichen Klugheit seye, dasz man sich in den schweren fiirsatz schichen konne und gantzlich bey sich entschliessen die Welt also zu lassen wie man sie gefunden hat» (p. 68),

Voilà la conclusion de la partie du livre qui nous intéresse. Elle est inspirée d'un scepticisme résigné, pour ne pas dire d'un cynisme amer.

La publication de l'opuscule fit sensation. Surtout la référence du titre à l'ordre honorable de la «Rosenkreutz» piqua la curiosité, et toute une littérature s'occupa de la question de savoir quel fut l'auteur de l'wAUg. und General Reformation», ce qu'était l'ordre des «RosesCroix», quelles avaient été les origines de cet ordre etc. etc. Les controverses notamment sur ces dernières questions ont

DÉBUTS DE LA LITTÉRATURK PACIFISTE

continué pendant plus de deux cents ans, et il en est encore aujourd'hui qui sont passionnés par le problème.

Pour ce qui est de la première question, celle de savoir qui fut l'auteur de l'ouvrage, elle ne laisse plus de doute. Il avait été publié par un jeune théologien luthérien, Johann Valentin Andreae;* ce ne fut pas un travail original, toutefois, seulement une traduction d'un auteur satirique italien récemment décédé, Trajano Boccalini (1556-1613).' - En 1615 Andreae fît paraître la Fama Fraterni* tatis, ce qui ne fît qu'inciter la curiosité générale autour de cet ordre mystérieux des «Rose»Croix».

Il serait déplacé de discuter ici toute la question de r«ordre des Rosenkreutzer». Il suffît de dire que personne n'a jamais pu con« stater l'existence d'un seul «Rosenkreutzer». Descartes s'y efforça en vain, Leibnitz de méme.^ — Tous qui ont vraiment étudié le problème estiment que la chose est une des plus grandes mystifîca» tions que connaisse l'histoire, ce qui n'empêche qu'encore de nos jours on parle de «l'ordre des Rose»Croix» comme une «organisa» tion» ou une «société», qui aurait existé.'

S'il faut écarter cette fiction, il est toutefois permis de voir, d'abord dans les écrits d'ANDREAE, et notamment dans les extraits que nous venons de citer, des symptômes intéressants d'une manière

' Andreae, 1586—1654, joua plus fard un grand rôle dans l'Eglise luthé» riennc. Il a publié plusieurs ouvrages d'ordre théologique et moral.

' Il s'agit du LXXVIIe de ses Ragguagli di Parnasso. — Il paraît qu'une édU tion séparée en a paru à Milan en 1614 sous le titre «Riforma générale dell'Uni» verso». Des éditions parurent également en anglais, en espagnol et en latin.

' «Cartesius war es ein ernstes Anliegen dem Geheimnis auf den Grund zu komraen und einen einzigen wahren Rosenkreuzer kennen zu lernen .... Abcr dies ward ihm wie spater Leibnitz und den anderen allen nicht moglich.» K. Fischer, Gesch. d. neueren Philosophie, I (4. Aufl.) p. 168.

' Ainsi «Sur l'internationalisme», p. 221 ss. (M. Charles Andler): Ernest Nys, Droit international et Franc»Maçonnerie (Revue de Dr. int. et de Lcgisl. comp. Bruxelles, 1907) tiré à part, p. 24. - Il me paraît superflu de donner ici la biblio» graphie des écrits rosc'cruciens. Ils n'intéressent pas le mouvement pacifiste direct Icment, en tout cas ni la Fama ni la Confessio, qui sont les deux principaux.

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