‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 114 sur 142 · LES «ROSENKREUZER» - LES ACADÉMIES · texte numérisé non relu

LES «ROSENKREUZER» - LES ACADÉMIES

de voir internationaliste et pacifiste; ensuite dans l'écho vraiment stupéfiant qu'évoquèrent ces publications, la preuve d'une acceptation assez générale d'idées similaires au commencement du XVIIe siècle. Non pas qu'il s'agisse d'un mouvement conscient des esprits vers Tinter» nationalisme. C'est une tendance beaucoup moins définie, de carac tère plus vaste et plus flottant.

Elle part de l'impression pénible et tragique que «the world is out of joint» : le grand mouvement de réforme religieuse du XVIe siècle est en déclin visible ; il n'a pas donné, pas plus que tant d'autres mouvements idéalistes, tout ce que ses initiateurs et ses ad< hérents fervents avaient espéré aux débuts; les guerres de religion ont dégénéré — comme tant d'autres guerres engagées sur le terrain des idées — en de simples disputes dynastiques et territoriales. Des hommes de bonne volonté commencent à se demander quelle peut être la racine des maux qui travaillent l'humanité. Ils ressentent le besoin d'approfondir le problème. — D'autre part les nouvelles sciences, l'astronomie, la physique, surtout la chimie mystérieuse, encore à ses débuts, piquent la curiosité On veut apprendre davan< tage dans ce domaine, on veut échanger des expériences, des impres» sions, des manières de voir.

De là naît le besoin de s'associer. Or, la liberté d'association n'existe pas. D'autre part, ces chercheurs sont aristocrates : ils désirent se tenir à l'écart, dans un certain isolement distingué.

C'est ainsi qu'il faut s'expliquer l'origine des nombreuses «Académies» et «Sociétés» fermées et en partie secrètes que connurent les XVIe et XVIIe siècles.

Les «Académies» sont d'origine italienne. Les premières avaient été fondées à Florence à l'époque de Cosme et de Laurent de Mé» dicis. Il est probable qu'Andreae, qui avait étudié aux universités de Lombardie, les a connues. On connaît des sociétés secrètes dans de nombreux pays. En Allemagne le prince Louis d'Anhalt»Kôthen, qui avait été admis en 1600 comme membre de VAccadenùa délia Crusca à Florence, fonda, en 1617, à Weimar, le Palmbaiim, qui

DÉBUTS DE LA LITTÉRATURE PACIFISTE

demeura société secrète pendant trente ou quarante ans. Des princes, des hommes d'état (Oxenstierna entre autres), des penseurs et des savants, ou tout simplement des gentilshommes cultivés en firent partie. Andreae en fut, de même Friedrich von Logau, dont nous aurons à parler tout«à»rheure. — Une princesse fonda, également en 1617, une société où seules des femmes étaient admises. D'autres sociétés suivirent au cours du XVIJe siècle.

Des initiatives parallèles, poursuivies en Angleterre pendant l'âge de la guerre civile, se cristallisèrent, en 1662, dans la constitution définitive de Royal Society for the Promotion of Science.'^

Ce fait nous prouve ce que nous avons fait remarquer plus haut, que ce mouvement est loin d'avoir un caractère prononcé de pacifisme.

Le champ des études des Sociétés fut vaste et varié. L'intérêt dominant était peut«être la curiosité scientifique, dont l'ambition fut de pénétrer jusqu'aux secrets les plus profonds de l'univers à l'aide de la méthode expérimentale. C'est ainsi qu'on peut rapprocher de ce mouvement un ouvrage comme The New Atlantis de Francis Bacon, qui sous la forme de la «Maison de Salomon» fait l'esquisse d'un institut scientifique. C'est l'ébauche des projets qui aboutirent à la fondation de la «Royal Society».

Un autre objet qui préoccupa également ces esprits fut la cori* ciliation des confessions. Andreae s'y intéressa, mais le représentant le plus éminent de ces tendances, et qui y dévoua les efforts de toute une vie laborieuse, fut Amos Comenius (Voir Chap. XI). 11 faut en rapprocher également le dialogue de Jean Bodin, Colloquiiim

' Voir sur le mouvement des Académies plusieurs publications de Ludwig Keller, dans les publications de la Comenius»Gesellschaft, notamment: «Comenius und die Akademien der Naturphilosophen» ; «Die deutschen Gesellschaften des 18 Jahrh. und die moralischen Wochenschriften». — Keller a réuni beaucoup de renseignements ; il me paraît cependant enclin à exagérer la portée de faits isolés et à y voir l'expression de tendances générales, et surtout conscientes.

Page 1