‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 116 sur 142 · GUERRE DE TRENTE ANS · texte numérisé non relu

GUERRE DE TRENTE ANS

Il aurait été surprenant que les désastres et les horreurs de la terrible Guerre de trente ans n'aient pas suscité des avocats pour l'internationalisme, en tous cas provoqué des protestations contre l'esprit guerrier. Aussi venons»nous de voir que c'est l'observation des tragédies de la longue guerre qui met la plume dans la main de Grotius, et nous allons constater tout^à^l'heure la profonde im» pression qu'elles ont laissée dans 1 esprit de Comenius.

La littérature pacifiste proprement dite, se rapportant à la Guerre de trente ans, ne peut être qualifiée de brillante. Elle est au con» traire bien médiocre: on n'y trouve aucun pamphlet qui puisse être comparé à «l'Apologie de la Paix»; aucun soldat allemand qui dis»

' H0FFDING, Den nyere Filosofis Historié, 1 (1894). p. 55 ss.

DÉBUTS DE LA LITTÉRATURE PACIFISTE

cute, avec la largeur de vues de François de La Noue, les problèmes de la guerre et de la paix. La question de la légitimité de la guerre est toujours discutée avec la même ardeur que par le passé, mais aucun nouvel argument n'est ajouté à ceux énumérés déjà par St. Augustin; pour le reste la littérature qui nous est connue ne s'élève pas au dessus du niveau des prédications prenant pour texte les malheurs des temps présents — texte suffisamment connu depuis un passé immémorial.

Le premier auteur que nous rencontrons, Johann Philipp Schur» STAB, nous a dit tout son sentiment déjà par le titre très explicite de son opuscule: «Bellum et Fax. Wegen einander haltung und vergleichung desz Kriegs und Friedens, was deren opération unnd wiirckung seye. Darausz ein solcher unterscheid zusehen, als wie zwischen dem hellen liechten Tag, und der duncklen finstern Nacht. Und dasz dièse beyden Herrn, nemlich der Mars und Friedens» Fiirst gar einander zuwider sind. Dahero dann aile diejenigen wol fiir gliicklich zuhalten, auch hôchlichen zuloben, zuriihmen, unnd zu* preisen, welche zum lieben Frieden geneiget, und dem unniitigen Kriegswesen nicht anhângig sind».* Le mot «unnôdgen Kriegswesen» pique la curiosité, mais on est assez désillusionné par la lecture. L'auteur ne fraye pas de routes nouvelles. Les guerres sont ordon» nées par Dieu; il y en a de légitimes — la guerre de défense; la guerre pour la foi — et d'illégitimes — les guerres de conquête. La guerre est donc permise aux chrétiens, et l'auteur souligne que Jean Baptiste n'a pas, «auf ein Widertaufferische meynung», ordonné aux soldats d'abandonner leur métier. Il admet que la guerre est un mal, mais il fait de grands efforts pour convaincre ses lecteurs de la légitimité de prendre les armes. La guerre pour la religion est même un devoir sacré, «ein hohes fiirnemes werck der Liebe, zu beschûtz» ung unnd verteidigung desz Vaterlands, der Kirchen, der Weiber,

' Verfertigt unnd in offenen Dnick gebracht durch Johannen Philippum ScHURSTABiuM. Gcdruckt zu Niirnberg durch Abraham Wagenmann, 1623. XVI 80 pp. (non paginées) insl6°.

NEUMAYR VON RAMSLÂ

Kinder, Gesinds, auch zu erhaltung unnd fortpflantzung des waaren GOTtesdiensts. Denn dièses soll das Ende aller Krieg sein, dasz die rechte Erkanntnusz Gottes bleibe, und aufif die Nachkommen fortgebracht werde ...»

Le livre est dédié au bourgmestre et Conseil de Nuremberg. Serait'ce un ouvrage de circonstance, destiné à amener les bourgeois à un effort guerrier en faveur de la foi protestante? Il est trop peu intéressant pour qu'il soit nécessaire d'approfondir ce problème. L'auteur est resté une personnalité inconnue, et son opuscule ne peut pas servir de base à une célébrité quelconque.

Johann Wilhelm Neumayr von und zu Ramsla est mieux connu, et il le mérite. Né en 1570 il avait vu de près la guerre et ses horreurs, et il est peut«être permis de croire avec son biographe* que ses écrits avaient été inspirés par l'espérance de voir cesser les guerres ou au moins limiter leurs ravages par une reconnaissance plus répandue des règles du droit international. En d'autres mots ses efforts sont parallèles à ceux de Hugo Grotius ; mais on ne peut attribuer à ses écrits une importance telle dans l'évolution des théo* ries du droit international qu'elle leur mérite une place dans le chapitre précédent; d'autre part il serait injuste de les passer sous un silence complet. L'un des ouvrages de Neumayr discute des problèmes pacifistes. — L'auteur vivait encore en 1644. On ne connaît pas la date exacte de son décès.

Il avait publié en 1620 «Von der Neutralitat und Assistentz oder Unparteyligkeit und Parteyligkeit in Kriegszeiten». Plusieurs éditions en ont paru.'** En 1624 il fit paraître «Von Friedenshand»

° Wladimir Hrabar, Joh. Wilh. Neumayr von Ramsla. Beitrag zur Ge« schichte der staatswissenschaftiichen Literatur im Zeitalter des Hugo Groot. Jurjew 1897.

'" La Bibliothèque royale à Copenhague possède une édition parue en 1631 à Jena chez Joh. Weidner, 691 pp. pet. in»4o.

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