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l'ubl. Je llnst. Nobel norvégien. IV

DÉBUTS DE LA LITTÉRATURE PACIFISTE

lungen und Vertragen in Kriegszeiten. Sonderbarer Tractât oder Handlung» . . . livre de 644 pages."

Ces deux travaux ne nous retiendront pas; ils sont d'ordre purement juridique et discutent des problèmes relatifs au droit de la guerre. Un troisième ouvrage encore plus important mérite une brève mention. En voici le titre: «Vom Krieg. Sonderbarer Tractât oder Handlung des Edlen und Vehsten H. Joh. Wilh. Neumayr von Ramszla Daselbst Erbgesessen. Jena 1641.» Ce livre n'a pas moins de 992 pages in«4°!

Il n'y a au fond qu'un seul chapitre de ce livre qui nous inté» resse. C'est le quatrième, „Was ein Fiirst zu bedencken hat, auch thun sol, welcher einen mit Krieg angreifen wil, bellutn offensivum genannt. Da dann uiiter andern fiirnemlich von nachfolgenden Puncken (sic !) gehandelt wird: 1. Welch Krieg rechtmassig oder nicht rechtmassig sey?» .... (pp. 271—85).

On voit que c'est l'éternel problème de la légitimité de la guerre. Neumayr admet non seulement le droit de défense, pour la personne et pour la patrie, mais il mentionne encore un critère qui n'est pas sans intérêt au point de vue des événements actuels. La guerre est légitime, «wann man einem die Strassen, Meerport, Fliisse, Ufer, wie auch Handel und Wandel, verbieten wil.» C'est le problème de la liberté des mers, l'expression étant prise au sens du «libre accès à la mer». Neumayr a vu très clairement que la liberté d'expansion économique, pour toutes les nations, est une condition pour la paix générale.

Il énumère toute une longue liste de motifs légitimes de guerre. II est curieux d'y voir figurer un raisonnement que nous retrouverons, après la Révolution française et Napoléon, chez Metternich et Gentz: «. . . wann man einen der zur ungebiihr von Land und Leuten ver» trieben worden, durch Kriegs Gewalt wiederumb einsetzt. Dann

" Le livre traite du droit de conclure des traités en temps de guerre, et je n'ai pu y trouver le «projet de paix» dont parle ScuiJCKiNG, 1. c. p. 579.

NEUMAYR VON RAMSLA - CHAPELIUS

die Kônige und Fiirsten seynd propter interesse regiae Maiestatis, einer dem andern solches zu thun schuldig, weil ihnen eine solche That ingemein mit zur Schmach gereichet.»

On ne pourrait mieux poser le principe de la légitimité royale, de la solidarité des dynasties. Ce ne sera qu'après les dures cxpérien» ces de l'époque de la grande Révolution que les princes arriveront — et pour très peu de temps! — à placer leurs intérêts communs au dessus de leurs rivalités.

Neumayr établit finalement les motifs de guerre qui ne doivent pas, d'après lui, être considérés comme légitimes: «Hiergegen ist dis keine rechtmassige Ursache zu einem Kriege . . . wann der, den wir bekriegen wollen, sich zum Recht erbeut, wir es aber verwerffen, und nicht annehmen wollen.» (p. 290).

Ce jurisconsulte a voulu voir le droit prendre la préséance sur la force. Il n'est pas arrivé à voir dans le refus d'accepter la solution d'un litige par les voies judiciaires et amiables le critère fondamental de la légitimité d'une guerre : à ses yeux ce n'en est qu'un parmi plusieurs autres. Mais le fait d'avoir constaté aussi clairement qu'il le fait le caractère illégitime d'une guerre ouverte dans de semblables conditions est un mérite qui réserve à Neumayr von Ramsla une place d'honneur dans l'histoire des idées internationalistes.

Un certain CiiAPELius aurait fait imprimer en 1630, à Hambourg, une pièce dramatique, que je regrette n'avoir pu retrouver; je ne la connais que par un extrait très bref" En voici le titre «Irenaro< machia. Das ist Eine Newe Tragico»comoedia. Von Fried und Krieg. (Auctore E. Chapelio), Hamburgi 1630.»

Des garçons jouent à la guerre. Irène (La Faix) leur demande: «Ist's nicht gnug dasz die Alten Krieg fiihren? Ihr Jungen miiszt euch auch dazu gewehnen?» L'un des garçons (le «Lieutenant») lui répond, contrarié: «Wolt ihr uns das Spielen verbieten?» Non,

•« Frankfurter Zeitung du 19 décembre 1911 (Nr.351. Abendblatt): Feuilleton, signé Dr. A.

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pas le jeu en général, au contraire, «aber ehrliche Spiel so Kindern geziemet soUet ihr spielen . . . denn worzu ein Knabe in der Jugend gewehnet wird, darzu hat er sein lebelang lusten.» Le «lieutenant» insiste: il faut s'accoutumer à la guerre dans la jeunesse afin de la faire bien lorsqu'on devient grand. Irène : «Es wàre aber viel besser dasz ihr dazu gehalten wiirdet wie ihr lernen kônnet Frieden zu er* halten als gefàhrliche Kriege zu fûhren» Le «Capitaine» inter» vient; il est «Realpolitiker» : «Jetzund aber ist jenner Krieg in der Welt.» Irène, toutefois, ne désarme pas: «Das kompt daher, dasz niemand weisz den Frieden zu erhalten, darumb soltet ihr lernen, wie man den verlornen Frieden wider erlangen solle, denn daran were ewerm Vaterland mercklich gelegen.»

Il paraît que les garçons n'ont pu riposter à cet argument. Le portesdrapeau («Signifer») met promptement fin à la discussion : «Last uns nur fortspielen H. Hauptmann, was haben wir mit dem Weibe zu tun?»

On a l'impression d'entendre un profond soupir sortant de la poitrine du peuple à travers les paroles d'Irène, représentant les as* pirations vers la paix. Il serait intéressant de savoir qui fut ce Cha* pelius, si sa «Tragico*Comoedia» a eu un retentissement quelcon* que, et s'il se trouve d'autres documents dans le même ordre d'idées.

En 1631 un certain Lucius de Monte Wolgeratensi — évidem» ment un nom fortement latinisé — fit paraître un «Discursus théo* logicoshistorico*politicus : continens difficillimam et alias multo san* guine notatam quaestionem An pro religione iustum possit geri bel* lum.» L'auteur n'hésite pas à se caractériser lui*même comme «pacis, justitiae ac veritatis amator». Le lieu d'impression n'est pas indiqué.

L'auteur est un partisan convaincu du principe de la liberté re* ligieuse. Nous trouvons (p. 10) la belle déclaration suivante : «Re* ligio .... est cultus divinus qui libertatem voluntatis praesupponit, Coactus enim cultus non est cultus, coactus honos nuUus honos. Et nihil tam voluntarium est quam religio, in quâ si animus adversus est,

LUCIUS DE MONTE WOLGERATHNSl - PETOLIO

jam sublata, jam nulla est.» Et autre part nous lisons: «Et licet subditi a Principis Religione dissentiant, non tamen propterea statim haeretici sunt proclamandi (Christus enim dissentiebat a Religione Caesaris; haereticus tamen non erat) nec statim ferro persequendi. Audiendi potius, doccndi et moncndi sunt, ut ab crrore, si quem fovent, désistant» (pp. 18—19). Si par contre ils s'insurgent, la peine capitale est légitime, et il est permis au prince de punir par empri< sonnement toute agitation religieuse contre la confession officielle de l'Etat.

L'auteur réprouve donc une guerre religieuse, faite pour convertir des hérétiques paisibles.

Des professions de modestie plutôt excessives" semblent indiquer que le petit travail est une thèse de doctorat, ou un autre genre d'ouvrage universitaire.

Un grand traité de Nicolai Schaffshausen, «Tractatus de pace constituenda, firmanda et conservanda», qui a vu deux éditions,** et est dédié au Roi Christian IV, est absolument dénué d'intérêt. Il paraît qu'il doit en être de même d'autres publications de l'auteur.'*

Un italien, Marco Antonio Petolio,'^ fit publier en 1641 à Cologne le Princeps Pacis, travail encore plus volumineux. Malgré son titre pacifiste (qui probablement a amené M. Lagorgette (ouvr. cité, p. 108) à le citer), l'ouvrage n'a rien à faire avec le pacifisme; c'est un traité de gouvernement. L'auteur n'est pas au fond paci»

"... habeo et ego nimirum ut fatear materiae difficultatem et judicii imbc» cillitatem (I) (p. 2); ... et mihi nondum de hac re ardua satis liquere ingénue fatcor (p. 18).

'* Editio reiterata et auctior, Hamburgi 1640. 408 pp. in»16°.

'■'' JôcHER, Gelehrten»Lexicon, fait mention d'un livre, «darinnen er Wilh. An» tonium u. Finkelthusium fast von Wort zu Wort ausgeschrieben».

" « . . ein Mann von grossen Gaben, musste sich aber durch Corrigiren in der Druckerei seinen Unterhalt suchen.» Jôcher, Gel. Lex., III. 1431. Voici le titre de son ouvrage: «Princeps pacis in quo omnes virtutes morales, omnia con» silia quae verum principem in bello ad pacem promoveant, pacem diuturnam conservent, demonstrantur. Opus huic rerum statui et tempori accomodatum. Authore M. Ant. Petilio, Juris G. Neapol., Col. Agr. 1641, 610 pp. m:i°.

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fiste. Dans le 9e livre, chap. XXXIII il discute les critères de la guerre, ce qui n'a rien d'original, et il finit par déclarer: «Nihil enim justius quam injuriam propulsare» (p. 484).

Le belge Fullon, de Liège, jésuite, . curé, plus tard directeur d'école à Huy, où il mourut en 1668, discute le problème de la guerre dans un petit ouvrage," qui possède un intérêt particulier.

L'auteur examine d'abord les causes de la guerre. Elle est due à la volonté de Dieu: «II faut l'affirmer bien haut, sur la base des témoignages de tous les siècles: Dieu est l'arbitre des combats; c'est d'après sa volonté que celui'ci vit en paix, celui<là en guerre; que l'un est vaincu, l'autre victorieux; que l'un fonde un empire, l'autre subit la servitude ; c'est pourquoi il est fréquemment appelé le Dieu des Arméesy>^^ — Dieu provoque les guerres pour punir les péchés.'® Il est vrai que parfois de grandes calamités frappent des personnes innocentes ; cela n'arrive jamais dans les choses publiques*" — affir* mation d'autant plus stupéfiante qu'elle est difficile à prouver et ira* possible à réfuter, alors que le contrôle est plus facile dans les cas des personnes individuelles. — L'auteur n'hésite pas devant les ap* plications les plus extrêmes de sa théorie : tous, sans exception au» cune, sont responsables des guerres présentes.

Aussi les effets des guerres ne sont«ils pas tous nuisibles, au contraire : la guerre est une médecine amère, mais salutaire. Nous retrouvons chez ce jésuite du 17c siècle les théories de Joseph de

" Fontes Facis: in quibus Bellorum Causae, effecta, remédia compendio quaesita a R. P. Jeanne Erardo Fullonio e Soc. Jesu Th. proponuntur. Coloniae 1646. 32 pp. in>8°.

'* Affirmatissime dicendum, acclamantibus undique saeculis, Deum arbitrum esse certaminum: eius consilio dispensari huic pacem, illi bellum; huic clades, illi victorias ; huic imperia, illi servitulem, et vel ob hanc causam ei toties tribui ap» pellationem Dei exercituum (p. 6).

'" Summam illam justitiam impellunt hominum culpae ad decernanda belles rum supplicia (p. 7.)

" Privatas quidem calamitates aliquando a Deo innocentibus immitti certum est: at publicas nunquam (p. 8).

J. E. FULLON

Maistrk, de Treitscmke et de tant d'autres contemporains. Ce militariste ressent déjà la crainte du manque des moyens de subsi< stence: la guerre est la limitation divine des consommateurs trop nombreux.**

La guerre est l'arène où celui qui le mérite est couronné ; elle est la grande fournaise des peuples: dans elle on voit brûler les balles, reluire l'or.^*

On est tout étonné, après ce dithyrambe en faveur de la guerre, de voir l'auteur procéder à la discussion des remèdes. Pourquoi des remèdes contre une médecine salutaire? Il n'explique pas cette volte» face, mais tâche d'accentuer qu'il s'agit d'adoucir les malheurs de la guerre, ou tout au moins de rendre les guerres plus rares. Il parle du danger commun qui menace les chrétiens de la part des Turcs ; il recommande l'arbitrage du Pape et cite l'exemple du pape Marcel, qui, en 1555, était intervenu dans la guerre des princes. «On dirait qu'un tel arbitre éminent serait aujourd'hui celui qui tendrait à l'Europe submergée la colombe et le rameau d'olive, symboles doux de concorde et de paix. Voilà le moyen le plus sûr d'arriver à la paix, et humainement parlant presque le seul.»*'

Car c'est l'aide de Dieu qu'il faut implorer afin de vaincre le mal qui est la racine même des guerres: le péché. «Le mal est à

" Mundi gubernatrix Providentia per excidia civitatum, populationes provin' ciarum, strages mortalium quod exuberat tollit, ut per sua dispendia modum rébus luxuriantibus figat. Eas itaque non abs re purgationes orbis terrarum vocaverimus, quomodo Plato saeva diluvia et conflagrationes mundi appellavit: aut si mavis, Tertullianico verbo nominemus Tonsuram inolestentis generis humani. Nam onerosi sumus mundo, vix nobis elementa sufKciunt. et nécessitâtes arctiorcs. et querela apud omnes, dum iam nos natura non sustinet (pp. 17—18).

" Bellum palaestra est in qua coronam alii mereantur, alii ignominiam. Bel^ lum fornax est; videas in ista paleam consumi, aurum nitescere; in illo aliis sancti» moniam, aliis improbitatem crescere (p. 21).

" Qualem ctiam dixeris hodie illum esse, qui Europae fluctuanti columbam et olivae ramum praetendit, dulcia concordiae et pacis indicia. Certissime quidem haec ad pacem vita est, et ferme humanitus unica. (p. 28).

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l'intérieur. Tout le reste est vain, tant que réside cette peste dans les entrailles.»**

Ainsi se trouve rétablie la suite logique du raisonnement de notre auteur. La guerre pour lui n'est qu'un élément de l'ordre divin, la rétribution pour le péché; donc en réalité c'est un bien destiné à sauver les mortels des punitions éternelles de l'enfer. — C'est une manière de voir qui, au fond, est une déduction logique de la croyance en un Dieu tout»puissant, un Dieu qui crée non seule» ment le bien, mais aussi le mal, l'un et l'autre pour ses fins in» scrutables.

Nous avons réservé pour la fin de ce paragraphe la mention d'un artiste et de trois auteurs qui ont tous les quatre mis leur art au service de la cause de la paix. La pensée pacifiste n'est pas en» core très prononcée chez eux; elle revêt la forme de moqueries sur la guerre et sur l'esprit guerrier, ou de protestations indignées contre les maux de la guerre.

L'artiste lorrain Jacques Callot,** graveur renommé, avait vu de près la guerre, comme le Chevalier de La Noue. La collection de gravures qui nous intéresse, poursuit un but de propagande très prononcé. Il commence en peignant la pompe et l'éclat de la guerre qui

'* Intus est malum .... Vana illa sunt omnia quamdiu pestis in visceribus latet (p. 31).

" 1592—1635; étudia en Italie; exécuta plusieurs scènes historiques sur com» mande: siège de Breda; siège de la Rochelle et attaque contre l'Ile de Rhé, les deux dernières pour Lous XIII. En 1631 il se fixa dans sa ville natale. Nancy, et c'est donc là qu'il a achevé «Les misères et les malheurs de la guerre», qui fut publié à Paris en 1633. L'album contient dix^huit gravures. D'après Chevers, Humanity in War, Calcutta, 1869, 169 pp. inï8°, qui donne une analyse minutieuse des gravures de Callot, l'artiste aurait publié sept autres gravures, dans un format moins grand, représentant également les misères de la guerre. (1. c. p. 19). — Cette publication est renseignée par Brunet, Manuel de Libraire, 5e éd., pp. 1488-89 sous le titre «Misères de la guerre, faict par Jacques Callot et mis en lumière par Israël Henriet,» Paris, 1636. C'est la suite dite «les petites misères». Elle a six pièces numérotées.

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