B. - FEDERATION DES ETATS
La Monarchie universelle, c'est l'idée du passé, un héritage de l'Antiquité et du Moyen»Age. L'idéal de l'avenir pour une organi« sation internationale sera trouvé par d'autres voies. Elles nous sont indiquées par deux écrivains, et il est intéressant de noter qu'ils sont
Org. der Welt, p. 576.
LE PROBLÈME D'UNE ORGANISATION INTERNATIONALE
nés dans le même milieu, contemporains, et français tous deux. Nous avons nommé le Duc de Sully et Emeric Crucé.
Déjà par rapport aux deux précurseurs de l'internationalisme moderne Pierre Dubois et Antonius Marini' nous avons souligné le fait qu'ils étaient de nationalité française. La France a été, depuis le treizième siècle jusqu'à l'époque de Richelieu et de Louis XIV, le champion de l'Etat indépendant et souverain contre les ambitions de domination universelle, d'abord de l'Empire et du Saint»Siège, plus tard de la maison d'Autriche. Cette lutte pour l'indépendance des nations devait logiquement conduire 1 Europe à l'anarchie. Des pen« seurs isolés ont reculé devant cette perspective, et ils ont essayé de trouver une solution du problème qui conciliât l'idée de l'indépen» dance nationale avec l'idéal de la paix: c'est la pensée d'une Fédé' ration des Etats. Il est tout naturel que ces penseurs se trouvent surtout en France. Il est caractéristique du génie français de pour» suivre les principes jusqu'aux conséquences extrêmes de la logique. Le pays qui a vu naître Bodin, théoricien de l'Etat souverain, devait produire aussi les avocats d'une fédération internationale. Chez Du» bois et Marini cette nouvelle conception se maria naturellement avec l'idée de la croisade et de la lutte contre les Turcs. Nous avons vu qu'au XVIe siècle cette idée est encore vivante; elle joue même un rôle chez Sully; il n'y a que Crucé qui s'en soit libéré, et qui va jusqu'à proposer l'admission du Grand Seigneur — le Sultan — dans la fédération internationale.
Crucé et Sully sont contemporains; leurs projets sont nés dans la même atmosphère. Malgré des divergences notables — nous en avons déjà marqué une — ils présentent plusieurs traits de ressem» blance. Il convient de rechercher, en examinant les deux projets, s'il existe une influence de l'un sur l'autre, s'il y a entre eux une parenté quelconque. Il faut dire tout de suite qu'il n'existe aucune preuve de relations personnelles ou littéraires entre les deux auteurs. Ap«
' Plus haut, p. 117.