VAUDOIS
Tout un chapitre de son ouvrage, et même un chapitre très long'* discute le problème de l'inviolabilité de la vie humaine. Le titre du chapitre: «De isto mandata ■' Non occides; a unde probent Haeretici persecutionem et vindictam esse illicitam», semble indiquer que l'in» térêt principal se rattache à la question de la légitimité des exécutions des hérétiques. L'un des paragraphes, cependant, porte une rubrique plus spéciale : «Les affirmations des hérétiques de la non«légitimité de la défense par la guerre, de la vengeance contre autrui et de la non» légitimité des guerres de rEglise»'\
Dans ce paragraphe se pose tout le problème de la légitimité de la guerre. Il s'ouvre par les lignes déjà citées'" — citation qui vise les Neo=Manichéens comme les Vaudois. Après être revenu sur la question si brûlante de la légitimité de l'exécution capitale des héré* tiques, Moneta soulève le problème de la vengeance". Les hérétiques citent les paroles de Jésus chez Matth. 5. 38ss : «Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens: oeil pour oeil et dent pour dent. Mais moi je vous dis de ne pas résister à celui qui vous fait du mal; mais si quelqu'un te frappe à la joue droite, présente»lui aussi la joue gauche.» — Moneta renvoie à un autre chapitre où il a discuté cette parole à propos de la relation entre le Vieux et le Nouveau Testa» ment. Il veut dire que les paroles de Jésus ne sont pas un précepte, mais plutôt un conseil. Telle n'est pas l'opinion des Vaudois qui prennent la parole au pied de la lettre. Et ce n'est pas la seule parole de Jésus alléguée par les Vaudois contre la légitimité de la guerre. D'après Moneta'^ ils citent les paroles à Pierre: «Remets ton épée dans le fourreau»; encore sa réponse à Pilate: «Mon royaume n'est pas de ce monde». — De la dernière parole les Vaudois tirent
'* Liber quintus, Cap. XIII, fol. 508—46.
"" m, fol. 513-32. «Unde probent haeretici quod bellando non licet se defenderc, nec in alium vindicarc, et quod Ecclessiae non licet facere bellum.» '" Voir plus haut, p. 53, note 2.
" Moneta, fol. 515.
'« fol. 522.
CHRISTIANISME
cette conclusion que ceux qui se défendent contre les injures, ap« partiennent à ce monde, et encore davantage ceux qui veulent se venger**.
D'autre part Moneta" ajoute les observations suivantes «ad in» structionem rudium in Ecclesia»: «Le prince qui mène une guerre juste contre un autre, doit viser la paix, et faire la guerre afin d'ar» river à faire la paix, et afin d'amener son ennemi à composition par sa victoire.» Il cite Augustin à l'appui de cette thèse-'.
Le problème de la guerre internationale est touché de plus près dans la question de la bénédiction des carrocciï et des bannières, dont parle Moneta dans une autre connexion^^ «Les Vaudois essayent de prouver que l'Eglise Romaine ne peut être l'Eglise de Dieu parce qu'elle bénit les carrocciï prêts à partir pour des guerres injustes, des guerres contre des frères et des parents, et par là ils (les prélats) persuadent les hommes de faire une guerre injuste. Mais nous leur disons qu'il y a pourtant des guerres justes contre des parents et des frères; ils objectent qu'étant donné que deux états sont en guerre, il faut que l'un d'eux soit dans son tort.»
La solution de ce problème tel qu'il est présenté par Moneta ne nous intéresse guère ici. Ce qui importe c'est de constater par ces citations le caractère antismilitariste de la doctrine vaudoise Plus, explicite encore est la parole citée dans «Index Errorum»-^: «Ils croient
*" «Sic ergo videtur quod ad regnum mundi pertineant, qui ab iniuria immi; nente defendere se laborant, multo magis qui vindicarc volunt.»
'" fol. 530 . . . «Sic autem dico de Principe qui justum bellum contra ali» quem alium habet, quod ad pacem débet intendere, et ideo bellare ut pacem acquirat, et ut hostem vincendo ad pacem perducat.»
" Voir plus haut, p. 43.
" fol. 397. «Item alio modo nituntur probare Ecdesiam Romanam non esse Ecclesiam Dei, quia benedicit carroccia parata ad proelia injusta, id est ad proelia contra fratres et proximos suos, et sic suadent hominibus injuste pugnare. Sic autem dicimus eis: imo sunt proelia aliqua justa contra proximos et fratres. Ipsi objiciunt: cum diversae civitates ad invicem pugnent, constat alteram illarum in= justam habere causam, quare ergo Praelati illius partis benedicunt carroccium cjus?»
■' Biblioteca Maxima Patrum (Lugduni, 1677) XXV, fol. 308, citée par Hahn,