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PIERRE DUBOIS ET LA GUERRE

Dubois, veut dire les nations chrétiennes): «Car s'il convient de travailler pour l'apaisement des conflits et pour l'établissement de la paix au sein d'une seule cité ou diocèse, et plus encore dans une province, plus encore dans un royaume, plus encore dans dix royau' mes, combien davantage importe4»il de travailler pour la paix perpé* tuelle, temporelle et spirituelle, entre tous les catholiques?»" La paix entre catholiques est également la condition absolue du succès de la croisade. Les croisés ne demeureront pas en Terre Sainte s'ils apprennent que leur pays soit en danger de guerre.'' La guerre en» tre chrétiens est du reste mauvaise en soi: «beaucoup meurent en guerre dans un tel état qu'on doit redouter leur mort étemelle»."

Mais on le voit bien : ce n'est que la guerre entre chrétiens, guena infer catholicos, qui est à réprouver. Pour Pierre Dubois comme pour tout le Moyen»Age — et on pourrait ajouter en grande partie également pour l'époque moderne — non seulement la guerre contre les infidèles est licite, mais elle est un devoir sacré. Cela ré' suite de l'idée maîtresse de son ouvrage: les musulmans sont pour lui les ennemis naturels de la communauté chrétienne; il faut les combattre, les expulser, tout comme une société policée combat et punit les malfaiteurs.

Pierre Dubois n'a pas beaucoup approfondi la théorie de la guerre. Elle a d'après lui son origine dans le péché, notamment les péchés des princes; c'est Satan lui<mème qui l'engendre.'^ Mais il est intéressant de voir déjà chez lui la constatation que chaque guerre

" De recup., § 99, p. 81. Nam, si expédiât laborare ad sopiendum discordias pacemque firmandam unius civifatis et diocesis, magis etiam unius provincie, magis unius regni, magisque decem, quanto magis expedit laborare ad pacem temporalem et spiritualem perpetuam omnium catholicorum.

" Voir surtout De recup. § 2, pp. 3—4.

" De recup., § 2, pp. 3—4. Guerre catholicorum inter se sunt pessime, que» niam multi moriuntur in eis in tali statu quod de talium morte perpétua verisimir liter dubitatur.

'* Voir surtout De recup. p. 93 (§ 108) et p. 4 (§ 2) . . . . peccatum civitatis, seu majorum ejus, causa est dissensionis et bellorum ac mortis. (p. 93).

LES PRÉCURSEURS DE L'INTERNATIONALISME MODERNE

porte en elle le germe de guerres nouvelles, que la guerre ne peut pas apporter la solution finale d'une dissension. Il fait d'abord ob« server que l'appétit des guerriers vient en mangeant; puis il constate la soif de la revanche chez les survivants''* — le tout, cela va sans dire, sur l'instigation du diable.

Le grand problème de la légitimité de la guerre n est soulevée qu'une seule fois. C'est dans un passage qui se trouve entre les deux qui viennent d'être cités. «Cependant, si la paix ne peut être obtenue que par la guerre, il est permis aux hommes justes de dési» rer et de faire la guerre afin qu'ils puissent s'adonner, la paix étant rétablie, aux vertus et aux sciences; autrement, excepté dans ce but, toute guerre est illicite, et cela aussi d'après les jurisconsultes».'* On voit que le problème n'est qu'effleuré. Quel serait le critère de ce que la guerre fût le seul moyen d'obtenir la paix? Dubois a voulu parler de ce que nous appelons maintenant la guerre de défense. On sait toutes les polémiques qui ont eu lieu quant à sa légitimité; on sait aussi qu'on a beaucoup cherché le critère de la légitimité, si toutefois celle«ci était admise- Nous aurons l'occasion d'y revenir. Quant à l'opinion émise par notre auteur elle ne présente aucun cri« tère, et même une guerre de conquête serait, d'après elle, légitime, si

" De recup. p. 4 (§ 2); Et quia quanto frequentius bella committunt, tauto magis appetunt committere, hoc consuetudini magis quam emendationi députantes post bella et per ea pacem non querentes, nec tenentes, nec reincipere bella ves rentes, non advertentes quod ait Philosophus, doctor régis Alexandri: Omne beU lum in se malum et illicitum; in tantum quod qui appétit bellum propter bellum

in fine malicie est. Videmus quod mortuis patribus et avis in bello illicite

superstites nepotes ac uxores defunctorum, quicquid promittant, quam citius poss sunt iterum ad bellum et vindictam voluntariam se préparant. — Dans le traité «De abreviatione» il dit à ce propos: «Preterea per solitum modum bellandi, mortuis principibus vel fratribus in bello, non metuunt superstites .... ad instar bovum, ovium et porcorum qui propter mortem proximorum mori non verentur . . . .» ibd. pp. 4—5.

'• De recup., p. 4 (§ 2). Sed tamen cum pax alias quam per bellum haberi non potest, licet viris justis bellum appetere et facere, ut, adepta pace, post bellum possint homines pacis tempore vacare virtutibus et scienciis adquirendis; alias, nisi propter hanc finem, omne bellum est illicitum etiam secundum juris civilis doctores.

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