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PIERRE DUBOIS ET LA PAIX

La «république chrétienne» de Pierre Dubois est plutôt ce que nous appelerions une Fédération, sous la direction d'un Concile, et dans lequel les différentes nations garderont une indépendance ab» solue oiquoad temporalia».*^

Cette dernière restriction est importante. Nous venons de voir que dans les affaires spirituelles, Pierre Dubois ne conteste pas Tau* torité du pape. Il lui donnera aussi une place prépondérante dans son projet d'organisation de la «république chrétienne». Ainsi c'est au pape qu'incombera le devoir de prendre l'initiative d'instituer la paix universelle entre les chrétiens, et nous allons voir que Dubois le fait aussi juge suprême de la Chrétienté.

D'autre part Pierre Dubois écarte complètement l'Empereur en tant qu'autorité internationale. Le Saint«Empire est pour lui un Etat comme les autres. Loin de lui confier un rôle prépondérant dans la société des nations, il rêve au contraire un agrandissement de la France aux dépens de l'Empire germanique, rêve qui ne nous intéresse guère ici.-* Tout internationaliste qu'il est, Pierre Dubois ne reste pas moins français, sans que pour cela il soit permis de dire qu'il a voulu établir la suprématie française; il ne faut pas oublier que la

estimare verisimiliter posset in hoc fine seculorum fieri posse quod esset totius mondi, quoad temporalia, solus unus monarcha qui omnia regeret, cui tanquam superiori omnes obedirent; quia si ad hoc tenderetur, essent guerre, scditiones et dissensiones infinité; nec esset qui posset eas sedare propter multitudinem populo» ruin, remotionem et diversitatem locorum, naturalem inclinationem hominum ad dissenciendum ; licet aliqui vulgariter vocati fuerunt mondi monarche, tamen post» quam regiones fuerunt de hominibus populate, non credo quemquam fuisse cui omnes obedirent. Non legitur, ut credo, occidentales citra Greciam habitantes etiam régi Alexandro subjectos fuisse nec ejus imperio paruisse. Sed verisimile est quod in spiritualibus possit et debeat esse princeps unicus et monarcha qui spiri= tualitcr percutiat et distringat usque ad orientera, occidentem, austrum, et septen» trionem; . . .

"' Cp. pour la signification du terme respublica, l'emploi fréquent du même vocable dans ce sens, tant chez les humanistes, que chez les auteurs du XVI le siècle, p. ex. chez Sully.

" A retenir aussi que Dubois veut donner au Roi de France une autorité spéciale sur la Papauté. De recup. § 111, pp. 99 et 101.

LES PRÉCURSEURS DE L'INTERNATIONALISME MODERNE

partie de son mémoire qui expose ses idées à ce sujet est celle adressée spécialement au Roi Philippe le Bel; en 1308, après la mort de l'Empereur Albert 1" d'Autriche, il a proposé à Philippe de se faire élire Empereur.*' Nous retenons seulement que Pierre Dubois espère pour la France un rôle de premier plan dans sa République chrétienne. La fédération qu'il rêve assurera aux chrétiens l'empire du monde; ils deviendront maîtres des «nations barbares»,** et ainsi la paix mondiale sera garantie. Mais on ne peut pas dire qu'il a voulu établir une sorte d'hégémonie française sous la forme dissi» mulée d'une organisation internationale.**

Organisation de la société internationale. — Ce sont les idées de Dubois sur l'organisation internationale qui nous intéressent le plus. Il les développe d'une manière assez détaillée, et il y re« vient plusieurs fois.

Le point de départ de son raisonnement est l'existence de l'état souverain, ou plutôt celle du prince souverain, «rex qui non recog» noscit superiorem in terris».*" La première fois qu'il emploie cette formule, il parle du Roi de France, et il est en effet tout naturel que l'idée de la souveraineté nationale se soit manifesté d'abord à l'égard de la monarchie française. C'est cette monarchie qui, en rem* portant, en 1302, la victoire sur la Papauté à Anagni, a la première revendiqué efficacement le principe de l'indépendance d'un état na» tional, ouvrant ainsi une ère nouvelle dans les rapports internationaux. — En parlant, plus loin, au pluriel «des cités et des princes ne re« connaissant pas de supérieur au monde», Dubois a donné à cette

" Langlois, Derecup, Introduction, p. XH. — Dubois suggère discrètement une idée similaire, De recup., § 13, p. 12.

" De recup., § 70, pp. 57-58.

'' Il me semble que ter Meulen, 1. c, pp. 106—07 et Redslob. Problem des Vôlkerrechts (Leipzig, 1917), pp. 105—06, insistent trop sur la tendance à consacrer une suprématie française.

'" De recup., § 5, p. 8. — Cp. 12, p. 11: «Iste civitates et multi principes sus periores in terris non recognoscentes;» et § 106. p. 90: «. . . . regibus et aliis qui non recognoscent superiores in terris».

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