LA «PAIX UNIVERSELLE» DU 2 OCT
vêque d'York et plus tard cardinal, avait d'autres visées. Il craignit de voir son pays isolé. Il chercha une entente avec la France, mais inspiré d'une part des idées généreuses des humanistes, s'appuyant, d'autre part, habilement sur les suggestions du pape, qui, soit dit entre parenthèses, le détestait, au sujet de la croisade contre les Turcs, Wolsey réussit à gagner la France par la cession de Tournai. Le 2 octobre 1518 fut signé à Londres une «Ligue contre le Turc» entre François et Henri, consacrant le principe d'une paix universelle, à laquelle tous les princes chrétiens seraient invités à adhérer, et deux jours plus tard ce traité fut complété par deux autres accords, l'un arrangeant un mariage entre Mary, fille de Henri, alors âgée de deux ans et le Dauphin nouveau^né, l'autre cédant Tournai à la France contre une somme de six cent mille couronnes en or.'
Ce fut un grand triomphe diplomatique pour Wolsey. Le pape, qui avait pris l'initiative de la pacification, se trouva relégué au se< cond plan. Il adhéra cependant à la convention, comme le fit aussi le Roi d'Espagne. Mais l'Angleterre joua le rôle de pacificateur et d'arbitre de l'Europe. En eflFet ce fut dans ce rôle que "Wolsey vit pour l'Angleterre la garantie d'une influence permanente sur les af» faires de l'Europe.
Malheureusement la «pacification» ne fut que de très courte durée. L'Empereur Maximilien en fut enragé, parce qu'elle boule* versa ses plans en Italie; il n'arriva pas à faire dissoudre la confédé» ration, mais sa mort, survenue le 12 janvier 1519, en ouvrant la suc» cession impériale, mit aux prises les trois jeunes princes qui l'avaient conclue. Leur rivalité pour la couronne des Empereurs romains créa de longs conflits irrémédiables entre eux.
Le traité de paix universelle n'a donc qu'un intérêt théorique. Il vaut cependant la peine de l'étudier de près, non seulement comme
' Le traité du 2 octobre se trouve dans Dumont, Corps diplomatique, IV, p. 266, ceux du 4 octobre ibd. p. 269 et p. 275. — Comp. Hill, History of Diplomacy, II, pp. 306-8. — Political History of England (Longmans) V (1906), by H. A. L. FiSHER, pp. 203—4.
LES PRÉCURSEURS DE L'INTERNATIONALISME MODERNE
le symptôme d'un certain sentiment de solidarité européenne, ou du sons plutôt chrétienne; mais aussi à cause de quelques-unes des dis= positions qui trahissent un esprit internationaliste rare à cette époque. Il faut retenir que ce traité est plus qu'un projet. C'est un instru' ment diplomatique ratifié par trois monarques puissants. Il est assez surprenant que ce document n'ait pas trouvé une attention plus grande auprès des jurisconsultes et des historiens de la diplomatie européenne.*
Le traité débute en exposant l'objet de la ligue; en première ligne il s'agit de la guerre contre les Turcs, mais d'autre part «la paix universelle tant désirée et si nécessaire» en serait la conséquence. Entre le pape, l'empereur, les rois d'Angleterre, de France et d'Es^ pagne est conclue «bona, sincera, vera, intégra, perfecta, fidelis, et firma Amicitia, Unio, Liga, Intelligentia, Confoederatio, et Fax, per Terram, Mare et Aquas dulces, Portus Maris et ubique locorum, futuris temporibus perpetuo duratura» — l'abondance des mots, d'ail» leurs caractéristique du style des chancelleries de l'époque, est évidem» ment destinée à confirmer la force des engagements conclus. La ligue n'est pas dirigée exclusivement contre le Turc; elle sera une fédération perpétuelle et offrira des garanties contre toute agression et une per» turbation de la paix quelconque: «. . . contra Invasores, Perturbato» res, et Hostiles Aggressores quoscunque, praedicti Confoederati omnes et singuli eorum perpetuis futuris temporibus erunt amici amicorum et inimicorum inimici». La garantie se trouve consacrée par la disposition suivante: Si l'un des fédérés devient l'objet d'une agression, les autres fédérés offriront des représentations diplomatie ques, et au cas où ces représentations ne produiraient pas d'effet, ils se déclareront tous les ennemis de l'agresseur après le délai d'un mois, et ils envahiront son pays dans le délai d'un second mois, chacun à ses frais. Le cas échéant les flottes entreront en action, et les fédé»
* HiLi ne donne pas de référence à ce traité; alors qu'il renvoie aux deux traités du 4 octobre, qui sont beaucoup moins intéressants.