‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 56 sur 142 · RENAISSANCE ITALIENNE · texte numérisé non relu

RENAISSANCE ITALIENNE

provoquer de ressentiments; un Etat fort et puissant croit souvent pouvoir se dispenser de ménagements et de compromissions pareilles, surtout s'il est la création d'une personnalité autoritaire.

x\insi l'influence de la Renaissance italienne contribua fortement à renforcer la tendance vers une «désorganisation internationale»\ Les petits états italiens, après la chute de l'Empire (1250) et la défaite de la Papauté (1302), ne connurent plus de «supérieur sur la terre»: ils se trouvèrent, au point de vue international, à un état complet d'anarchie. Mais la conséquence inéluctable de l'anarchie, c'est la domination du plus fort, c'est la guerre éternelle. L'instinct élémentaire de conservation prescrit donc aux états de trouver, dans leur pratique d'abord, dans la théorie ensuite, un principe d'action qui puisse concilier leur souveraineté avec le besoin de sécurité et de coopération entre états qui est une condition de bonheur et de bien-être relatif L'art politique de la Renaissance italienne a trouvé dans le principe de VEquilibre une base des rapports internationaux sur laquelle un état de paix pas trop précaire pût être assuré. Au fond le principe de l'Equilibre implique une protestation contre le principe de l'Empire universel; l'idée fondamentale en est qu'aucun Etat ne doit être assez puissant pour pouvoir dominer les autres. C'est un principe tout utilitaire et sans caractère moral. Les états se coalisent, dans un intérêt égoiste, contre celui dont la prépondé* rance leur paraît dangereuse. D'autre part l'Equilibre n'est qu'une sorte de pis=aller; il ne devient jamais stable; une modification légère de ses éléments peut le détruire et provoquer une perturbation profonde.

L'Europe moderne a hérité cette idée de la politique de l'Equilibre de l'Italie de la Renaissance^ Les hommes d'état et les

* Comp. ScuiJCKiNG, 1. c, qui emploie cette désignation par rapport à l'époque dont nous parlons.

"■ Voir sur la Politique de l'Equilibre, Dupuis, Le Principe de l'Equilibre et le Concert européen, Paris, 1909.

TRANSITION AUX TEMPS MODERNES

princes depuis le XVIe jusqu'au XXe siècle ne connaissent pas d'autre base de leur politique internationale.

Le principe de l'Equilibre n'est pas le seul héritage légué par l'Italie de la Renaissance à la politique des temps modernes. La pratique italienne par rapport aux relations entre états a profondé* ment influencé les siècles suivants. Cette pratique fut brutale, plutôt a<morale qu'immorale. Les considérations morales n'avaient rien à voir dans les choses politiques, encore moins dans la politique extérieure que dans la politique intérieure des états.

Dans cet ordre d'idées il est intéressant de noter qu'un pro» blême fondamental comme celui de la légitimité de la guerre n'a pas préoccupé la Renaissance italienne. On trouve chez quelques humanistes itaUens, tel Marsile Ficin, le célèbre platonicien et l'ami de Cosme de Médicis, des déclarations qui ont un certain air paci* fiste;*' mais le problème n'est jamais approfondi. Une des expli» cations, sans doute, se trouve dans le fait que les horreurs de la guerre n'émurent guère les Italiens, et ne purent guère les émouvoir. La guerre des condottieri en Italie était devenue un jeu savant de combinaisons diplomatiques et de calculs prudents. Les condottieri, marchands en gros de soldats, trouvèrent leur intérêt dans un sage ménagement de leur marchandise, et bien des «victoires» ne furent que le résultat d'une comparaison arithmétique des forces en pré* sence. Le rapports diplomatiques entre les Etats deviennent d'autant plus importants, et ce n'est pas le moindre facteur de l'évolution internationale des temps modernes que l'institution d'un service permanent de diplomatie. Cette institution, destinée à jouer un rôle si considérable pendant l'époque suivante, jusqu'à ce que les nouveaux moyens de communication du 19e siècle en aient considérablement

* Epistolae — — — (imprimées en 1495) fol. XVI. «De humanitate». — D'autre part la lettre, «Exhortatio ad bellum contra barbaros. Marsilius Ficinus Florentinus Mathie foelicissimo Pannonniae Régi in pacc securitatem, in bello vie» toriam, in Victoria gloriam sempiternam vaticinatur», n'est rien moins que pacifiste ; il ne faut pas oublier qu'il s'agit de la guerre contre les Turcs.

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