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RENAISSANCE ITALIENNE

modifié le caractère et l'importance, est donc un autre héritage de la pratique internationale italienne.

Si les horreurs de la guerre laissent indifférents les humanistes italiens, la guerre elle-même, comme procédé politique, est étudiée par eux avec un intérêt profond. On admire les grands artistes de la guerre' parce qu'ils savent façonner par leur génie et par leur énergie les conditions politiques, créer des «oeuvres d'art» dans le domaine social. Le résultat d'une guerre est accepté comme con» cluant, non pas au point de vue du Moyen»Age, en tant que juge* ment de Dieu, mais par ce qu'elle est une expression de la force. La Renaissance italienne admire la force: il est légitime qu'elle soit la source du droit.

C'est des mêmes notions que s'inspire la politique des grands états européens. Le grand théoricien italien Machiavel* leur sert de guide et de prophète. Les Italiens de la Renaissance s'inté« ressent encore moins au problème de l'organisation internationale qu'à celui de la légitimité de la guerre. Machiavel n'en parle pas. 11 réprouve la division politique entre les Italiens, qui fera un jour du pays la proie facile des étrangers, et il préconise l'Etat national italien, uni et puissant; mais il ne regarde pas au delà des Alpes. L'Europe n'existe pas pour lui, ni le problème international en général. Il en est de même de ses contemporains.

' BURCKHARDT, 1. c, Châp. IX (1, pp. 98-103).

' Comparer notamment les chap. XV et XVIII du Prince, sur les règles que doivent suivre les princes, ou auxquelles ils sont obligés d'avoir recours. — Commises (f 1511) n'avait pas enseigné autre chose. Cp. Mémoires, livre V, chap. III, ^Discours sur ce que les guerres et divisions sont permises de Dieu, pour le

chastiment des princes et du peuple mauvais ». On y lit: «Or faut donc

conclure que la raison naturelle, ne nostre sens, ne la crainte de Dieu, ne l'amour de nostre prochain, ne nous gardent point d'estre violens les uns contre les autres, ne de retenir de l'autruy. ou de luy ester le sien par toutes voyes qui nous sont possibles.» Cest des princes qu'il s'agit: «Des foibles qui ont division, je n'en parle point; car ils ont supérieur, qui aucunesfois fait raison aux parties, au moins à celuy qui aura bonne cause — — — ». Ed. Michaud et Poujoulat (Collection des Mémoires, T. IV, p. 131).

TRANSITION AUX TEMPS MODERNES

L'Humanisme européen accuse sous plusieurs rapports un carac:: tère très différent de celui de la Renaissance italienne. D'une façon générale on peut dire que la Renaissance italienne a exercé une influence plus profonde sur la pratique politique du XVIe siècle que l'Humanisme européen contemporain. Le réalisme italien sourit davantage aux princes et aux hommes d'état que l'idéalisme d'un Erasmus ou d'un Morus. Mais, inversement, les humanistes chrétiens des temps modernes jouent un rôle infiniment plus important pour notre sujet qu'aucun des grands Italiens du cinquecento.

C'est vers 1500 que l'Humanisme franchit les Alpes et devient un facteur de l'histoire européenne. Il envahit tous les pays de notre continent à l'exception de la Russie, et il domine la vie intellectuelle des nations d'Europe pendant plusieurs générations. Par ce fait seul, l'Humanisme devient international, ou pour mieux dire européen. Il est le premier élément international de caractère laïque que connaisse l'histoire de notre continent. L'Eglise catholique du Moyen«Age avait été franchement internationale, on pourrait presque dire cosmopolite. L'Eglise universelle avait donné aux différentes nationalités, encore si mal définies, l'impression d'une certaine parenté, d'une communauté au point de vue spirituel. Les grands pèlerinages avaient eu un caractère très international, Canterbury. Compostella, Cologne, Nidaros, et, avant tous les autres, Rome. — La Réforme détruisit cette communauté religieuse: l'Humanisme créa au moins la base de l'unité intellectuelle de l'Europe, transférant ainsi dans un autre domaine l'idéal de l'unité humaine. C est pourquoi les humanistes deviennent internationalistes pour ainsi dire par défini» tion: voyageant de cour en cour, d'université en université, d'impri* merie en imprimerie, ils créent des liens entre les peuples et forment le premier noyau de la communauté européenne de l'avenir.

Ces humanistes se distinguent à plusieurs points de vue de leurs prédécesseurs italiens. Avant tout ils ne sont pas païens, ils sont chrétiens, imbus du même idéal de piété, de responsabilité person» nelle devant l'Eternel qui caractérise le mouvement mystique et les

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