HUMANISME EUROPÉEN
premiers réformateurs. Quelques«uns sont même intimement liés au mouvement des sectes du Moyen<Age, dont nous venons de parler. Ils trouvent tous dans la Bible l'inspiration de leur foi, leur idéal de perfection, au point de vue personnel et au point de vue politique. C'est ainsi que nombre d'entre eux deviennent franchement paci» fistes, adversaires acharnés de la guerre.
Car la guerre en Europe, la guerre du XVIe siècle, revêtit un tout autre caractère que la petite guerre prudente des condottieri italiens. Il ne s'agissait plus de froids recensements des troupes en présence, le plus faible se rendant de bonne grâce à la force numérique de l'ennemi. Les nations «barbares» du nord des Alpes prenaient les choses au sérieux: pour elles la guerre était une lutte véritable de chair et de sang. Aussi les guerres du XVIe, du XVIIe siècle furent«elles menées avec une cruauté abominable. Les troupes mercenaires des princes mettaient les pays à feu et à sang. Pour les humanistes, hommes raffinés et hommes d'esprit, la guerre ne présenta qu'un spectacle d'horreurs et d'atrocités. Ils ne furent pas assez liés à un Etat pour en partager les sentiments nationaux qui commencèrent à naître: les haines nationales, l'enthousiasme patriotique se cristallisant peu à peu autour du sentiment dynastique et de l'esprit de dévouement pour le souverain. L'humaniste, c'était l'Européen qui voyait les Etats se déchirer, c'était le chrétien qui déplorait les atrocités de la lutte entre chrétiens.
Tous ces éléments ont contribué à faire des humanistes chréi= tiens les apôtres fervents de la Tradition pacifiste. Mais peu inté» ressés à la politique, poussés vers l'étude du problème international par des sentiments de moralité et de religion, ils n'ont pas appro« fondi la question d'une organisation internationale. Au fond, ils se sont bornés à élever la même protestation que Richard de Bury, Evêque de Durham : «Complaint of books against War»". Mais la protestation fut éloquente; son écho est entendu encore de nos jours.
Plus haut, p. 46.
TRANSITION AUX TEMPS MODERNES
Il était nécessaire d'insister assez longuement sur les circon« stances d'ordre général qui ont fait jouer à l'Humanisme un si grand rôle dans l'histoire de l'Internationalisme. Nous pouvons nous expliquer plus succinctement au sujet des Découvertes géo» graphiques et de la Réforme religieuse.
Les grandes découvertes géographiques. — Au point de vue intellectuel les grandes découvertes ont amené une extension énorme de l'horizon. Le monde, qui parut limité, presque trop petit pour les hommes de la Renaissance, si avides de savoir, si conscients de leur force, devint énorme, ouvert à tous les talents, plein de possi» bilités sans fin. Les nouveaux continents offrirent non seulement des matières apparemment inépuisables pour les recherches scienti» fiques. Leur existence donna aussi une impulsion à la spéculation abstraite, à la pensée constructrice et dirigée vers l'avenir: la littérature se peupla d'Utopies. D'une part elles sont critiques, comportant des jugements sévères sur les conditions actuelles; d'autre part elles imaginent un état de choses infiniment meilleur que celui qui exi« stait autour de l'auteur. Pourquoi ne pas croire possible que tout de même ces conditions idéales existeraient quelque part, dans quelque recoin bien caché des nouveaux continents ou des archipels vierges de l'immense océan?
La répercussion au point de vue intellectuel n'est pas tout: dans le domaine politique l'influence des grandes découvertes a été immense également. Il est vrai que les problèmes qu'elles allaient poser par rapport à l'organisation internationale — problème mondial, problème de l'humanité tout entière — n'ont paru que plus tard; encore aujourd'hui, nous ne les dégageons qu'imparfaitement. Mais certains efifets se sont révélés presque immédiatement, et cela par un rapport intime à l'objet qui nous occupe. L'augmentation énorme des revenus des Rois d'Espagne a permis à Charles»Quint, à Phi« lippe II de faire de la haute politique en Europe. L'Espagne est devenue soudainement une grande puissance, et toutes les ambitions semblaient permises à ses souverains: ainsi les oppositions entre les