‹ Histoire de l'internationalismeChapitre 77 sur 142 · JOHANNES LUDOVICUS VIVES · texte numérisé non relu

JOHANNES LUDOVICUS VIVES

Ce n'est pas un hasard que ce mouvement théologique se con» fond presque — au moins chez plusieurs personnalités éminentes, — avec un mouvement pacifiste, alors que les chefs des deux écoles extrêmes, les catholiques fervents d'un côté, les réformateurs, notam* ment Calvin, de l'autre, sont tous des avocats de la guerre. Les ex» trémes se touchent surtout en ceci, que d'après eux les moyens vio* lents sont permis et même indispensables afin de supprimer l'hérésie, erreur criminelle. Il est tout naturel que les médiateurs, les hommes de la conciliation dans les questions religieuses, soient par contre portés à condamner la violence, à prêcher la paix dans les litiges politiques.

Vives a traité le problème de la paix à plusieurs reprises. On verra que, plus encore que son maître Erasme, il se place au point de vue du moraliste.

Il avait connu à Louvain Hadrien VI, pape de 1522 à 1523, et pendant le pontificat de celui«ci, le 12 octobre 1522, Vives adressa au Souverain Pontife une lettre' dans laquelle il lui expose la grande tâche qui incombe au Saint«Siège: c'est de faire la paix, «quies ab armis inter principes, quies a tumultibus inter privatos». Nous voyons déjà que Vives ne traite pas à part le problème internatio* nal. Il croit aussi que pour pacifier lEurope il ne faudrait que gagner quelques hommes d'une grande influence, les princes et leurs conseillers. Il faudra leur dire que la guerre entre chrétiens est fratricide, et c'est au pape de le dire.*

C'est l'idée de la solidarité internationale qui se fait jour ici. Elle se trouve du reste déjà chez Erasme, dans Flnstitutio Principis

» Opéra (Valencia, 1783), V, 164-75. - Les oeuvres de Vives ont paru dans deux éditions, d'abord à Bâle, 1555, deux vol. in>fol ; ensuite à Valence, 1783, six vol. in=fol.

* «Tuum est, Pater sanctissime, ex praeccptis nostrac pietatis, quorum interpres mundo praesides, doccrc et Principes et Principum consultores, bellum hoc inter fratrcs, et quod plus est, initiâtes eodem baptismatc, iniquum, sceleratum, esse, contra fas. contra pium; nec secus quam si membra corporis eiusdem inter se dimiccnt.»

LA TRADITION PACIFISTE: L'HUMANISME CHRÉTIEN

Christiani: «Bellum inter Christianos non bellum, sed seditio est».* Chez les deux amis la solidarité est encore restreinte aus chrétiens seuls, donc identique à l'idée sur laquelle se basent les projets de Pierre Dubois et de Georges Podiebrad.

Hadrien a tâché d'agir dans le sens demandé par son ami; il n'a pas eu de succès; son pontificat fut en tout cas trop bref pour qu'il pût arriver à des résultats sérieux, et c'est une grande question de savoir si, dans les conditions de l'Europe d'alors, un plan de pa« cification aurait pu aboutir.

■Vives continua ses efiforts. Il séjourna en Angleterre de 1523 à 1528, comme précepteur de la princesse Marie, fille de Catherine d'Aragon. Il écrivit en 1525, après la bataille de Pavie, deux let« très* à Henri VIII sur la nécessité de faire la paix entre Charles* Quint et François 1er, en offrant la médiation de l'Angleterre. Henri 'VIII et son chancelier "Wolsey ont essayé, en effet, de rétablir la paix entre les deux rivaux; mais ce n'était pas dans le même esprit que Vives. Les maux causés par la guerre faisaient agir Vives, tandis que les hommes d'état anglais ne suivaient que des con» sidérations politiques.

Dans deux traités plus importants Vives revient aux idées déjà exprimées: il écrivit en 1526 à Bruges «De Europae Dissidiis et Bello Turcico Dialogus»', et en 1529 «De Concordia et Discordia».*' Nous y retrouvons l'idée de la solidarité entre les chrétiens, indiquée plus haut, la conviction que, la guerre et la discorde étant les fruits du péché, la seule paix véritable ne peut être obtenue que par une ré» forme intérieure. Le problème international n'existe pas pour lui; il n'y a qu'un problème moral.

Et cependant Vives a sa place dans l'histoire du pacifisme; il

' Erasmi Opéra, IV. 608.

• Opéra (Basile* 1555) IL 939-947. La première est du 12 mars, la seconde du 8 octobre 1525. La bataille de Pavie avait eu lieu le 24 février. ' Opéra (Valcncia, 1783) VI. 452-81.

JOSSE VAN CLICHTOVE

s'y rattache par ses relations avec Erasme. Les pacifistes seront heureux de pouvoir compter parmi les leurs cet esprit distingué, d'une conviction religieuse si profonde, l'un des fondateurs de la science psychologique. Il combattait la guerre et possédait à un rare degré, le courage de ses opinions: il protesta en 1529 contre le divorce de Henri VIII d'avec Catherine, et il encourut par consé< quent le courroux de son maître royal. Il quitta donc l'Angleterre, et passa ses dernières années dans les Pays«Bas, où il mourut à Bru» ges en 1540.

§ 4. - JOSSE VAN CLICHTOVE (JUDOCUS CLICHTOVEUS)

Faut'il placer ici l'analyse de l'ouvrage de Josse van Cliciitove «De bello et pace opusculum, Christianos principes ad sedandos bel* lorum tumultus et pacem componendam exhortans (Parisiis, 1523)?» L'auteur, né en 1472 à Nieuport — de douloureuse renommée — fut un théologien de grande réputation, notamment comme apologiste de l'Eglise catholique contre l'hérésie luthérienne. En 1524 il publia, également à Paris, où il fut professeur, son Anti»Lutherus.' Le traité qui nous intéresse se rattache à plusieurs égards à la littéra< ture du Moyen»Age qui discute la légitimité de la guerre, et dont j'ai parlé plus haut.*

D'autre part Josse van Clichtove avait des relations avec les humanistes. Erasme parle plusieurs fois de lui dans sa correspondance, et toujours avec le plus profond respect.' Il se distingue des auteurs théo» logiens par un point de vue plus indépendant, et surtout plus élevé ;

' D'autres travaux apologétiques: «Propugnaculum ccdesiae adversus Luther ranos» (Paris, 1526); «De Sacramento Eucharistiae, contra Oecolampadium «(Parisi 1526). Ses Sermones (Paris, 1534) virent 17 éditions. Mort en 1543.

' Voir Chap. II, § 2, pp. 42-47.

' Voir Erasmi Op. III. 1., p. 647. «Intérim demiror tuam amplitudinem hos c nostris lacunis petere. cum domi habeas uberrimum optimum rcrum fontem Jodo» cum Clitovcum^> (Lettre du 17 juin 1521). Cp. I. c. III, 1. p. 840, 1613, 1624.

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enfin ce qu'il faut surtout souligner — il se prononce décidément en fa» veur d'une conciliation internationale ; il faillit proposer tout un projet de paix européenne. C'est un esprit d'une autre envergure que les théologiens ordinaires.*

Josse van Clichtove est internationaliste, parce qu'il est chrétien : dès la préface il annonce sa thèse fondamentale: «Je ne suis ni teu» tonique, ni allemand, ni britannique, ni espagnol, ni particulière» ment rattaché à aucune autre nation: je reconnais seulement le nom de chrétien.»"' Et il répète la même pensée au début de l'ouvrage. Les pays sont séparés. «Mais l'esprit indivisé du Christ les réunit tous et les lie intimement par le saint lien de l'amour divin.»* Et sa plaidoirie ne doit pas être suspecte: elle n'est faite en faveur d'aucun des princes, ni en vue d'outrager aucun d'entre eux.'

Il débute par une définition des deux expressions Paix et Guerre. En bon théologien et moraliste il ne peut passer com» plètement sous silence, ni la «paix de l'âme», ni la «guerre contre les péchés et les vices», mais, dit41, «dans ce traité, cependant, nous ne parlerons que de la paix du Seigneur et de la guerre du monde» (de sola domini pace et bello mundi in sequentibus locis habebitur a nobis sermo).

L'auteur développe les malheurs de la guerre, les bienfaits de la paix; il répète l'argument classique que ce ne sont que les hommes

* Cp. Nys, Origines du Droit international, pp. 122—23, sur le «De belle et pace» : «Charmante comme fond et comme forme».

' L. c, p. 2. «Ita et ipse (novit dominus coram quo loquor) singulari af« fec(u, particularique mentis addictione, neque Teutonicus sum, neque Germânus, neque Britannus, neque Hispanus, neque alii cuiquam nationi peculiariter addic^ tioque animo affîxus; sed Christiani tantum nominis titulum et nomenclaturam agnosco.»

' L. c. p. 3. «At spiritus Christi individuus, eos omnes constringit in unum : et sancto divini amoris vinculo arctissime colligat.»

' p. 2. «Porro non existimet (velim) quisquam: hanc meam elaborationem esse susceptam, tendereve aut in hujus principis gratiam aut in illius sugillationem ac acerbam reprehensionem.»

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qui font la guerre entre eux; tous les animaux sont toujours en paix avec ceux de même espèce. Il insiste avant tout sur les arguments tirés du Christianisme contre la guerre.*

«Toute la loi du Christ consiste dans l'amour, elle enseigne avant tout le devoir de respecter religieusement les traités.» Il faut vaincre les ennemis par des prières. «Cependant lorsque, tous les moyens pacifiques ayant été tentés en vain, nous ne pouvons pas obtenir la paix de l'ennemi qui nous envahit scélératement, alors il faut saisir l'épée, et la victoire doit être recherchée par les armes comme par les prières.»" Jossc van Clichtove n'est donc pas anti» militariste; il admet le droit de légitime défense, et — nous allons le voir — même d'autres cas de guerre légitime. On croirait que la parole du Christ de la non»résistance au mal lui créerait des difficuU tés, au moins un certain scrupule. Mais il ne s'y arrête guère: elle ne doit pas être prise au pied de la lettre."*

Son examen du problème de la légitimité de la guerre est inté» ressant. Il exige d'abord certains critères extérieurs. Dans cet ordre d'idées il suit Saint» Augustin: Il faut que la guerre soit ordonnée par le prince: donc la guerre privée et civile est interdite, la guerre doit être le fait des états. — Il faut en outre que la guerre repré» sente la défense «modérée» contre une injure, ou bien la punition de crimes graves." — L'intention de celui qui fait la guerre doit être

' Chap. VI. Non decere: Christlanos principes unum in alterum cruenda bella movere. p. 15ss.

" Ubi vero tentatis omnibus viis pacis, eam ab lioste nos improbe adorto impetrare non possumus; tum ferro res agenda est, victoriaque et precibus de coelo et armis est quaerenda. p. 17.

'" Quod autem in Evangelio dictum est nos non debere resistere malo .... secundum praeparationem animi ad id exhibendum ubi locus et tempus atque ne» gotium exposceret, prompti: est intelligendum secundum gravium authorum atque probatorum sententiam, non autem semper secundum exhibitionem praesentaneam corporis. L. c. p. 35.

" «lllatae injuriae moderata propulsatio, necnon gravium criminum punitio.> Chap. XIIII, p. 32ss.

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«honnête» (recta gerentium bella intentio). — La discipline militaire doit être rigoureuse. — «Enfin, pour faire une guerre juste, il est avant tout nécessaire que la justice soit religieusement respectée, et que tous soient retenus sous la domination du droit.»'- Josse ap* puie son raisonnement par des références tirées de Cicéron et d'Ari* stote: «Et puisque d'après Cicéron (m Officiis) il ne doit exister aucune période pendant laquelle la justice est absente, il est évident que même en temps de guerre le droit ne doit disparaître, ni des lois, ni des coutumes, mais qu'il doit être alors rigoureusement ob« serve ... Il faut ajouter que d'après Aristote (m Topicis) la vertu est surtout nécessaire, lorsque le vice lui est opposé et s'étend parmi les hommes. Mais l'injustice règne avec plus de licence en guerre. Donc la justice est alors d'autant plus nécessaire.»" — Si encore ce programme pouvait être observé 1

Mais ce programme d'une guerre «juste» ne touche pas encore le fond du problème. Ce ne sont que les conditions extérieures qu'il faut remplir afin qu'une guerre, au fond juste, ne dégénère pas et ne perde pas son caractère élevé.

Il n'y a après tout que trois motifs qui créent la légitimité de la guerre: la défense; la répression de l'injustice; la reprise de ce qui vous a été pris.'* — Seuls les quakers et les tolstoïens nient la lé»

" Postremum ut justum agatur bellum: ante omnia opus est, in eo justitiam omni ex partç in sua incolumitate asservari, quae cunctos in suo contineat of: ficio. (p. 34.)

" L. c, p. 34. «Cumque secundum Ciceronis sententiam in officiis, nullum sit tempus quod iustitia vacare debeat: planum est et belli tempus non débere justitiae destitui legibus ac usu : sed eam vel maxime tune esse observandam. Adde quod secundum Aristotelem in Topicis, eo potissimum tempore necessaria est virtus : quo oppositum illi vitium, magis grassari solet inter homines. At inius stitia, in bello licentius regnare consuevit. Iustitia igitur: tune magis expediens.»

'* Josse résume ainsi (p. 38) son raisonnement à ce sujet: «Porro si supra^^ dictae très belligerandi causae: sui defensio, injuriae repulsio, ablatorumque repe« titio, secludantur: vix alias superesse putem justas rationes, ob quas Christiani principes inter se armis dimicent.»

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gitimité d'une guerre de défense. Le problème est de savoir quand une guerre est véritablement une guerre de défense; quel est le critère? Josse le trouve tout simplement dans l'invasion du terri» toire (p. 35). Tout comme les individus ont le droit de veiller à l'inviolabilité de leurs personnes, de même les princes ont le droit imprescriptible de maintenir l'intégrité de leur territoire.

Pour discuter le second motif, Josse se place sur le terrain de la morale pure: «Puis, si quelque crime abominable, s'enracinant dans une nation, devait être justement réprimé, et qu'il ne pût être puni commodément (sic!) par un autre moyen que la guerre, à cause de la dépravation des délinquants, défendant leurs moeurs dis» solues même par les armes : qui protesterait contre une guerre par laquelle ils seraient réduits, à contrecoeur et vaincus, à un meilleur état d'esprit?»'''

Josse ne paraît pas se douter de la question que poserait tout de suite un lecteur moderne: et qui sera juge de l'énormité du crime? surtout comment savoir qu'il n'y a pas d'autre moyen de convertir les délinquants que les armes? Nous comprenons le rai» sonnement lorsque nous voyons les exemples de Josse. Il cite les «haereticos et schismaticos»; il cite aussi «tyrannos identidem eccle* siam dei violenta oppressione infestantes». C'est l'apologiste romain, le défenseur de l'Eglise infaillible qui parle, et il ne voit pas qu'il faut, en effet, une autorité supra»nationale, pouvant décréter la cri» minalité d'un peuple, afin que semblable guerre puisse être considérée comme légitime.

D'après lui cette autorité existe pour ce qui est des questions morales et religieuses. C'est le pape. Il peut paraître singulier qu'il

'° Insuper ubi immane aliquod scelus in populo quopiam invalescens, esset castigandum justa animadversione, et alla non posset rationc commode puniri quam ferro ob pravitatem obstinatam delinquentium, etiam armis perditissimos suos mores det'cndentium: quis improbaverit unquam, in illos sumenda esse arma, qui» bus in saniorem mentem vel inviti et victi reducantur? (p. 35.)

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ne le dise pas expressément, et en tout cas son raisonnement reste incomplet et peu concluant.

Ce n'est que lorsqu'il se trouve sur le terrain de la politique territoriale que Josse approfondit le problème. Il s'agit de la re« prise de territoires conquis: «ablatorum repetitio», en un mot de la guerre de revanche. Peut^elle être considérée comme légitime?

En bon théologien Josse cite d'abord l'Ecriture: il est vrai qu'on peut en tirer des arguments contradictoires ; mais on y trouve plus fréquemment le précepte de ne plus reprendre ce qui vous a été pris. Pourquoi ne pas suivre ce commandement? Surtout si l'on réfléchit aux dépenses entraînées par la guerre on doutera de son utilité.

C'est tout bonnement l'argument moderne contre la guerre qu'avance ici notre auteur : elle ne paie pas. Et l'issue en est telle» ment incertaine. «Il n'est pas profitable (ce mot est attribué à Auguste) de pêcher avec un hameçon d'or ; il résulterait un dom» mage plus grand de la perte de l'hameçon qu'il y aurait d'avantage à la pêche du poisson.» — Autre argument contre la guerre : «Je ne parle pas de l'oppression lamentable du peuple. Quidquid délirant reges, plectuntur Achivi.»

«Ce n'est donc pas ainsi que les chrétiens — ceux qui veulent vivre d'après le Christ — doivent essayer de reprendre leurs posses« sions.» Josse développe son opinion dans le chapitre suivant.'® — Evidemment, si l'on se déclare en principe contre toute guerre de revanche, les conquérants seraient toujours impunis. «Mais j'estime qu'on ne devrait pas courir immédiatement aux armes ... le sage doit essayer tous les moyens conciliants avant que de recourir aux armes .... et le Seigneur enseigne dans le Deutéronome que des ambassadeurs de paix doivent être envoyés avant que les armes ne soient prises . . . Mais lorsque, après avoir couru tous ces risques.

'" Cap. XVI. — Qua progrediendum est via: ut repetatur armis urbs aut re« gio, principis cuiuspiam ditioni subtracta.

JOSSE VAN CLICHTOVE

ceux qui ont été exposés à l'injustice, n'ont rien pu obtenir . . alors il faut recourir aux moyens extrêmes et en appeler aux armes.»"

Ce raisonnement est fort intéressant. Josse indique ici le critère d'une guerre défensive que défendent les auteurs du paciBsme mo» derne,'* à savoir qu'une guerre n'est légitime que pour le parti qui a épuisé tous les moyens d'une conciliation pacifique: offre d'arbitrage, recours à une enquête ou à une médiation. Ce critère est vraiment logique, parce que juridique, alors qu'il sera toujours facile d'esqui' ver le critère d'une invasion du territoire. Il est en effet assez éton» nant que Josse van Clichtove ne préconise le critère juridique que pour une guerre de revanche, alors qu'il peut servir de pierre de touche à n'importe quelle catégorie de guerre. C'est là, évidemment, un exemple du développement imparfait de la science de la paix ; elle se trouve encore à ses débuts, elle est tâtonnante, peu sûre de ses idées, en partie même contradictoire.

En voulez»vous la preuve? Immédiatement après le passage que nous venons de citer, se trouve l'observation suivante : «Et la guerre est le recours extrême afin de rattraper sa propriété, tout comme l'excommunication l'est pour réprimer les récalcitrants.»'*

" Sed non protinus ad arma prosiliendum esse arripiendaque bella quibus repetantur ablata, suaserim. Sapientem siquidem, omnia prius consilio quam armis, experiri decet . . . Mittendosque pacis esse legatos antequam arma sumantur, prae> cipit Dominus in Deuteronomio .... Ubi vero horum omnium facto periculo, nihil promoverint ii qui injuria atfecti sunt, neque injustos occupatores valuerint inducere ad ea restituenda quae vi adempta sunt ac detinentur: tum ad extremum auxilium dcscendendum, et armis decertandum p. 38.

'" Notamment Gaston Moch dans plusieurs rapports aux Congrès universels de la Paix, en dernier lieu au Congrès de Stockholm (1910). Voir Compte rendu pp. 218—37. Cp. Jaurès, L'armée nouvelle, Paris, 1911, p. 685.

Le même critère est admis dans la pratique entre les états, ainsi par la 2e Convention de la Haye du 18 oct. 1907 (Sur la limitation de l'emploi de la force pour le recouvrement de dettes contractuelles) et par les traités de paix américains de 1913 et 1914. Cp. Lange, Les traités de paix américains. (Kristiania, 1916).

'".... estque bellum, postremum confugium ad sua repetenda: perinde atque excommunicatio, ad reprimendam contumaciam. p. 38.

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