IL — EGLISES ET SECTES
La fin du Moyen^Age, et notamment le XVe siècle, est caracté* risée par une forte fermentation religieuse. C'est de cette fermenta' tien que sort la Réforme, tout comme l'origine et surtout la propa* gation du Christianisme s'expliquent par le vif intérêt éveillé par les problèmes religieux au sein de l'Empire romain.
C'est la réunion de plusieurs facteurs qui a produit l'efferves» cence religieuse du XVe siècle. Nous avons parlé déjà du courant mystique, qui, protestant contre le caractère extérieur et séculier re» vêtu par l'Eglise, voulait faire de la religion avant tout une force intérieure et personnelle. Les Frères de la vie commune sont les re» présentants les mieux connus de cette tendance. Nous avons égale» ment parlé du mouvement des sectes dont les débris, quoique dis» perses et faibles, ont contribué à sauver le principe d'une religion personnelle et vivante dans bien des pays européens. Les sectes, les mystiques étudiaient déjà la Bible. Deux facteurs ont puissamment favorisé cette étude: la nouvelle presse de Gutenberg, et les prédi» cateurs itinérants appartenant aux ordres mendiants. Les éditions de la Bible en langues populaires foisonnent au XVe siècle. Aucun livre n'est si souvent publié par les imprimeries, de sorte que la
LA TRADITION PACIFISTE: EGLISES ET SECTES
Sainte Ecriture se trouve bientôt dans les mains de tous ceux qui savent lire. Et dans les réunions populaires des moines mendiants, les textes de l'Ecriture sont lus — ces réunions sont souvent des «Bibellesungen», des «lectures de Bible» — et ils sont commentés. Les textes bibliques deviennent les «Household words» des bour» geois et des paysans. Le mouvement est au fond l'expression reli» gieuse de cette classe du Tiers»Etat, encore humble, souvent opprimée, et qui trouve dans les paroles éternellement révolutionnaires de l'Evangile un appui précieux de ses revendications sociales, politiques et morales.
C'est un mouvement de caractère européen; ces tendances se manifestent un peu partout, mais surtout, cependant, dans les pays qui entourent la grande voie du commerce européen, le long des rivages du Rhin: dans l'Allemagne du sud et de l'ouest, en France, aux Pays»Bas, enfin en Angleterre. C'est ce qui explique que la Ré» forme éclate un peu partout en même temps. Nous voyons alors les tendances nouvelles se cristalliser autour de quelques personnalités puissantes, qui deviennent les chefs de la Réforme. Bientôt les ré» voltés de naguère, au moins quelques»uns d'entre eux, deviennent victorieux, ils fondent des Eglises officielles, et plusieurs de ces Eglises s'allient aux états. Ces états s'opposent à d'autres; ils s'op» posent surtout à l'Empire. Nous avons vu déjà qu'ainsi la Réforme aboutit aux Guerres de religion.
Il n'est que naturel que ces Eglises officielles, dominées par le souci de se défendre, ou même parfois par celui d'étendre leur propre puissance, ne puissent admettre la doctrine pacifiste. Elles sont au» toritaires et ne veulent pas abandonner Vultima ratio, qui est la guerre, de maintenir cette autorité. Elles ne sont pas pacifistes. D'autre part elles ne peuvent pas éviter la discussion du problème de la guerre, d'autant moins que les sectes — en tout cas plusieurs d'entre elles — continuent la tradition de leurs précurseurs du Moyen»Age. Comme toute réalisation, la Réforme — que ce soit celle de Luther, celle de Calvin ou celle de l'Anglicanisme — est réduite à l'oppor»