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LES EGLISES OFFICIELLES

La doctrine catholique ne se modifie guère sous l'influence de la Réforme. La contre»réformc catholique réussit à abolir les abus ecclésiastiques : elle ne touche pas au dogme ; au contraire elle l'affirme et l'approfondit.

Il en est ainsi de la doctrine catholique sur la légitimité de la guerre. Ainsi le célèbre apologiste Bellarmino (1542—1621) ne fait que répéter les développements scolastiques sur la guerre et la paix. Il discute la question dans son traité De Membris Ecclesiae^, III. 14, «Li'cere Chrisfianis aliquando bella gerere*.

La condamnation de la guerre est d'après Bellarmino une hérésie manichéenne; elle a été ravivée dans le siècle présent, et il cite Erasme, Cornélius Agrippa et les Anabaptistes. «Nous, par contre, nous disons, comme l'a enseigné toute l'Eglise, tant en paroles que par l'exemple, que la guerre d'après sa nature n'est point illicite, et qu'il est légitime de faire la guerre, non seulement pour les juifs, mais aussi pour les chrétiens, pourvu que soient remplies les condi» tions dont nous parlerons plus loin.»-

Les arguments usuels sont discutés, et devant la parole du Christ de mettre l'épée dans le fourreau, une distinction est établie entre le spirituel et le séculier, que nous retrouverons chez d'autres écrivains. «Je réponds que cette parole veut dire que dans le Vieux Testament

' De Controversiis Chr. Fid., Vol. H (dans l'édition de Milan, 1721).

' «Nos autem ut semper docuit Eccicsia tota et vcrbis et exemplis, dicimus bellum ex natura sua non esse iliicitum et non solum Judaeis, sed etiam Christia» nis fas esse bellum gerere, modo conditiones serventur, de quibus postea dice> mus.» Ibd.

LA TRADITION PACIFISTE: EGLISES ET SECTES

les guerres furent commandées par Dieu et nécessaires pour la con« quête et la conservation de la Terre promise ; dans le Nouveau Testa» ment les guerres ne sont pas nécessaires pour l'acquisition de l'em» pire des cieux. Mais il ne s'ensuit pas que les chrétiens, comme citoyens d'un Etat séculier, ne puissent faire la guerre à ceux qui les ont offensés.»^

Le chapitre suivant discute «Combien ya»t«il de conditions d'une guerre juste et lesquelles?» Au fond Bellarmin développe ici tout*à<= fait la thèse des scolastiques. Il pose quatre conditions: Auctoritas légitima : la guerre ne peut être faite que par les princes souverains et il leur appartient même d'attaquer leurs ennemis. «Il est permis à quiconque de se défendre, non seulement à un prince, mais aussi à un particulier; déclarer la guerre et attaquer l'ennemi appartient exclusivement au prince souverain.»'' Il faut remplir, toutefois, d'au» très conditions: Causa justa, dont cependant le prince est seul juge; Intentio bona: «Puisque le but de la guerre est la paix et la tran» quillité publique il n'est pas permis de commencer la guerre

pour un autre but Toutefois, puisque la guerre est un moyen

d'assurer la paix, mais un moyen très grave et périlleux, il ne faut pas faire la guerre rapidement, mais chercher plutôt la paix par d'au» très voies plus faciles, avant tout en demandant pacifiquement aux ennemis la satisfaction due.»" L'idée de soumettre le litige à un tiers impartial est, on le voit, tout»à»fait étrangère à la pensée de notre

" «Respondeo: vult dicere, in Testamcnto veteri bella fuisse imperata a Deo, et neccssaria ad terram promissionis capiendam et conservandam : in Testamento novo non esse imperata bella, sed potius pacem: quia ad regnum coelorum acquit rendum non sunt arma necessaria; non tamen hincsequitur, non posse Christianos, ut cives temporalis Reipublicae, bella gerere cum iis, a quibus iniuriam acceperunt.» Ibd., p. 481.

' « detendere se unicuique licet, non solum principi, sed etiam privato,

»t indicere bellum, et invadere hostem, solius est supremi capitis.» ibd.

° « quoniam bellum est médium quoddam ad pacem, sed valde grave

et periculosum, ideo non esse mox inferendum bellum, cum causa existit, sed esse prius procurandam pacem aliis rationibus facilioribus nimirum pacifice petendo ab hoste debitam satisfactionem.» ibd. p. 484.

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